• w t -
itzi
*
% ; v #
> y f > *
-V
y
• f -■
ff
T> rp
*
« i-i
r
*. TV r
> V.
*f i»
■s n _ %
Digitized by
,*• o i< ; '
Original from
/ARD UNIVERSITY
*
F ROM THE G 1 FT OF
ARCHIBALD CARY COOLIDGI
(Class of 1887)
l'ROFESSOR OF HISTORY
FOR BOOKS ON FRENCH HISTOR\
t-
j Orfgtn^l from %
vftÀRVARDUblIVERSITY
Digitized by
°gle
Original from
HARVARD UNIVERSITY
Original from
SITY
ANNALES
DE LA
SOCIÉTÉ
DES
LETTRES, SCIENCES S ARTS
/
des
ALPES-MARI Tl M ES
DÉCLARÉE
ÉTABLISSEMENT D'UTILITÉ PUBLIQUE
%
par décret du 25 août 1879
-aaaaaa^aaaaaa^aaaaaaaaa^!^
Tome XX
NICE
IMPRIMERIE ANGLO-FRANÇAISE
MALVANO-MIGNON
Gloffredo, 68
et chez tous les libraires
PARIS
ü. CHAMPION
LIBRAIRE-ÉDITEUR
CORRESPONDANT DE LA SOCIÉTÉ
15, Quai Malaqnala
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
LETTRES, SCIENCES ET ARTS
DES ALPES-MARITIMES
I
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
Tous droits réservés
Digitized by
Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
ANNALES
PB LA
SOCIÉTÉ
ALPES-MARI Tl M ES
DÉCLARÉE
ÉTABLISSEMENT D'UTILITÉ PUBLIQUE
par décret du 25 août 1879
^aaaa^A a
Tome IX
NICE
IMPRIMERIE ANGLO-FRANÇAISE
MALVANO-MIGNON
Rne Cloffredo, mm
et chez tous les libraires
1884
PARIS
H. CHAMPION-
LIBRAIRE-ÉDITEUR
CORRESPONDANT DE LA SOCIÉTÉ
fl S, Qaal
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
FA'Z* 7
Harvard College Library
JAN 19 1912
Gift of
Prof, A. C. Coolidge
AVIS TRÈS IMPORTANT
La Société des Lettres, Sciences et Arts des Alpes-Maritimes laisse
aux auteurs des mémoires qu’elle publie, toute la responsabilité des
opinions qui y sont émises.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
SÉANCE PUBLIQUE DU 17 MARS 1884
Le 17 mars, à 4 heures du soir, dans la salle Rum-
pelmayer, la Société a tenu sa séance publique annuelle,
sous la présidence de M. le général commandant la division
militaire de Nice. Plus de trois cents personnes assistaient
à cette fête littéraire.
Près du président d’honneur avaient pris place :
MM. Borriglione, maire-député de Nice, Victorien Sardou,
de l’Académie française, l’éminent astronome Camille
Flammarion, Bonnefoy-Sibour, secrétaire général de la
Préfecture, et le bureau de la Société.
M. le général Thiéry a ouvert la séance par le discours
suivant :
DISCOURS DE M. LE GÉNÉRAL THIÉRY
Mesdames, Messieurs,
Vons éprouverez sans doute quelque surprise en me voyant occuper
le fauteuil de la présidence d’une société savante, et cela, en un jour
de réunion solennelle où je me vois entouré d’hommes d’un mérite
distingué et dont quelques-uns déjà portent un nom illustre dans les
lettres, les sciences ou les arts.
Cette surprise — ai-je besoin de le dire? — je suis tout le premier à
la ressentir et à la partager avec vous ; car, sans la moindre fausse
modestie, je n’ai aucun titre personnel à un tel honneur !
Il eût été plus sage peut-être de m’y soustraire.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
6
DISCOURS DK M. LE GÉNÉRAL THIÉRY
Je l’ai accepté cependant!..: comme on consent à se laisser mettre
sur la sellette... à ses risques et périls.
Mais fort heureusement pour vous... et aussi pour moi... je n’ai ni
l’intention ni la prétention de vous faire un discours : ce terrain-là
n’est pas le mien... et je courrais grand risque d’y mal manœuvrer.
Seulement — et pour excuser ma témérité — permettez-moi de
vous dire, en quelques mots, comment et pourquoi j’occupe aujourd’hui
ce poste élevé... un vrai poste avancé :
Séduit par la juste et légitime renommée de la « Société des Lettres,
Sciences et Arts » de Nice, j’avais exprimé un jour à un ami trop
bienveillant le désir d’être admis, par faveur, au nombre des membres
de cette Société, non pas pour l’enrichir d’une recrue promettant de
belles espérances, mais dans un but utile : dans l’espoir de faire mon
profit des questions qui y sont étudiées et développées avec une
compétence incontestée... Je me promettais, en un mot, de glaner
de ci, de là, ne pouvant pas et ne devant pas perdre de vue que l’armée
a de fréquents emprunts à faire à presque toutes les branches des
connaissances humaines.
Une proposition, à mon sujet, fut donc soumise dans ce sens,
Messieurs, à votre bureau ; et vos « Statuts » interrogés révélèrent
que le général commandant la division est inscrit (d’office) parmi les
présidents d’honneur de votre Société, laquelle a voulu ainsi, par
une résolution toute gracieuse qui date de sa fondation, rendre à notre
armée un flatteur et précieux hommage.
Et voilà pourquoi, devant cette intention manifeste, devant cette
décision si française et si patriotique relevée dans vos Statuts, le
général commandant la division militaire de Nice, cédant d’ailleurs
aux courtoises sollicitations de vos délégués, n’a pas cru devoir décliner
l’honneur de vous exprimer — au nom de l’armée — et ses remer-
cîments et sa gratitude.
Mesdames, rassurez-vous ; je n'ai plus qu’un mot... et je vous prie
de le couvrir de votre généreuse protection.
Je voudrais revendiquer la faveur d’évoquer la mémoire des officiers
qui ont fait partie ou font encore partie de la Société scientifique de
Nice : c’est en même temps un devoir de confraternité militaire, qu’il
m’est doux de remplir, et un acte de bonne justice.
Cela faisant, Messieurs, je ne suis que l’écho des témoignages élogieux
recueillis dans vos « Annales » sur les services rendus à votre
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
DISCOURS DE M. LE GÉNÉRAL THIÉRY 7
Société par les membres militaires qui ont trouvé place dans vos
rangs.
Mais déjà vous avez publié ou analysé leurs travaux : il me suffira
donc de rappeler ici leurs noms, dont plusieurs ne manqueront pas
d’éveiller, dans cette assemblée, des souvenirs de sympathie.
C’étaient : le général d’Auvare, le colonel Féraud, le colonel Wagner,
le colonel Nicot, le commandant Prost.
Et c’est encore aujourd’hui : le général Peaucellier, le commandant
Cugnin, le commandant Morin, le commandant Ramakers et le
colonel Gazan, l’un des doyens de l’armée et l’un des premiers fonda¬
teurs titulaires de votre association.
Si je ne craignais pas de froisser la modestie de ce savant, de cet
érudit, de ce chercheur infatigable, de cet excellent homme enfin, que
vous connaissez tous, je ne résisterais pas au désir de lui payer ici le
tribut d’éloges qu’il mérite ; mais il ne me pardonnerait pas de l’avoir
fait publiquement... et je ne voudrais pas m’exposer à perdre son
amitié qui m’est chère depuis déjà longtemps.
En lisant vos Statuts et en parcourant vos « Annales », j’ai compté,
Messieurs, vingt-trois ans depuis la fondation de votre Société; ces
vingt-trois années sont autant de campagnes heureuses pour vous et
fécondes pour la science. Vous pouvez donc déjà être fiers de vos états
de service ainsi que de vos succès qui en présagent de plus brillants
encore. (Double salve d'applaudissements.)
M. Usquin, président, prend ensuite la parole.
DISCOURS DE M. USQUIN
Mesdames, Messieurs,
Tout récemment, mes chers confrères se sont réunis et ils ont
profité de mon absence pour me nommer leur président. Je suis très
fier de ce témoignage de sympathie ; mais je crains d’avoir été
présomptueux en acceptant un pareil honneur. Dans tous les cas, je
suis inexpérimenté, et je réclame toute l’indulgence de l’assemblée
d’élite qui m'écoute.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
8 DISCOURS DE M. USQUIN
J’ai l’honneur d’adresser les remerciements de la Société des
Lettres, Sciences et Arts des Alpes-Maritimes à notre président
d’honneur, M. le général de division Thiéry, pour avoir bien voulu
accepter, aujourd’hui, le commandement en chef de notre compagnie ;
A M. le maire de Nice, pour avoir bien voulu se souvenir qu’il est
également un de nos présidents d’honneur ;
A M. le préfet, qui, forcé de partir pour Paris à l’improviste, s’est
fait représenter par son très sympathique secrétaire général ;
Enfin, par une bonne fortune bien rare, deux illustres représentants
des lettres et des sciences, membres honoraires de notre Société :
l’auteur des Pattes de Mouches et de Patrie, l’auteur de Y Astro¬
nomie 'populaire et des Terres du Ciel se sont trouvés à Nice, en
même temps, et ils ont bien voulu prendre place au bureau.
Nous remercions du fond du cœur M. Victorien Sardou et M. Ca¬
mille Flammarion.
On prétend que les femmes manquent quelquefois de courage et
d’énergie; vous avez prouvé le contraire, Mesdames, puisque vous
avez consenti à venir entendre le compte rendu un peu froid et aride
de nos travaux de l’année ; mais, après tout, votre présence était
toute naturelle.
Sous le ciel embaumé de Nice les femmes et les fleurs sont de
toutes les fêtes. la nôtre est un peu sérieuse. Nous ferons tous
nos efforts pour que vous n’en emportiez pas un mauvais souvenir et
nous vous prions d’agréer l’expression de notre profonde gratitude.
Et vous tous, Messieurs, qui avez répondu à notre invitation avec
tant d’empressement, laissez-nous espérer que nous vous reverrons,
non plus seulement comme auditeurs, mais comme confrères et comme
amis.
La présidence de la Société me sera facile, je l’espère, car je m’effor¬
cerai de suivre les traditions de mes « anciens » et en particulier de
l’honorable docteur Nièpce, mon prédécesseur.
Il a dirigé nos travaux avec autant d’impartialité que de distinction.
Il a su se concilier l'affection de tous ses collègues par la droiture de
son jugement et par son extrême affabilité.
D’autre part, je puis compter, j’en ai eu déjà la preuve, sur le
concours dévoué de notre président honoraire, M. Sardou père, qui,
dans sa verte vieillesse, conserve toute la vigueur et toute l’ardeur
de ses jeunes années.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
DISCOURS DE M. USQU1N
9
« Si l’oisiveté rend l’esprit flottant », comme le prétend Lucain,
Variant semper dant otia mentent , nous pouvons être certains que
l’intelligence et l’esprit de notre vénéré maître ne flotteront jamais.
Doué d’une facilité de travail exceptionnelle, d’une mémoire merveil¬
leuse et d’un cœur d’or, M. Sardou est, pour nous tous, un modèle à
suivre. Digne père de Victorien Sardou, il a bien mérité l’immense
joie qui lpi était réservée : il a pu applaudir aux triomphes de son cher
fils, et il assistera à ceux que l’avenir lui réserve.
M. Sardou est la cheville ouvrière de notre Société : c’est le
véritable président, l’autre n’a qu’à l’écouter et à suivre ses conseils
toujours marqués au coin de la sagesse.
Mais ce n’est pas tout : j’ai quatre collaborateurs remplis de zèle et
d’activité.
M. Deville, vice-président, connaît à fond toutes les questions qui
se rattachent à la géographie. Après avoir traversé l’Asie Mineure,
visité Jérusalem, il a navigué sur le Gange, traversé l’Inde dans tous
les sens, gravi l’Himalaya. Puis il s’est rendu aux Etats-Unis et au
Canada, il a navigué sur les grands lacs, passé sous la cataracte du
Niagara et descendu le Mississipi jusqu’à la Nouvelle-Orléans, après
avoir visité les fameuses grottes de « Mammouth-Caves. » Partout il
s’est mis en rapport avec les habitants des contrées qu’il a visitées. Il
s’est efforcé de recueillir leurs idées, leurs sentiments, et non seule¬
ment il a décrit les mœurs des populations au milieu desquelles il a
vécu, mais il a rapporté un grand nombre de croquis pris sur nature.
Collaborateur du Tour du Monde, membre de la Société de Géogra¬
phie de Paris, M. Deville est venu, lui aussi, planter sa tente à Nice.
Il remplacera souvent le président et personne ne s’en plaindra.
M. Brun, secrétaire général depuis vingt-trois années, est le seul
membre actif survivant des fondateurs de notre Compagnie. C’est à
lui qu’elle doit en grande partie sa situation prospère. Non seulement
il nous adresse des mémoires très intéressants; mais, toutes les fois
qu’on arrive à discuter une question d’art, d’archéologie ou d’archi¬
tecture, il intervient avec une autorité incontestable et incontestée.
Tout à l’heure M. Brun rendra compte des travaux de la Société
pendant l’année écoulée, mais il ne parlera pas de lui. Il m’appartient
donc de placer sous vos yeux un résumé très rapide des mémoires
qu’il nous a lus : 1° Souvenirs de voyage de Naples à Pompei.
Ce sont des notes très intéressantes, prises au jour le jour, currente
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
10
DISCOURS DE M. USQUIN
calamo. 2* Étude sur les stations préhistoriques et les campe¬
ments romains dans les Alpes-Maritimes. Ce travail comprend la
description des trente camps et oppida dont les ruines ont été retrou¬
vées dans les Alpes-Maritimes. La Société a décidé que ce travail
intéressant serait présenté à la réunion générale des Sociétés savantes
qui aura lieu à la Sorbonne le mois prochain. Une découverte faite
par notre confrère sur le plateau de Cimiez permettra de rectifier,
en partie, les versions diverses motivées par l'inscription en l’honneur
de Septime-Sévère, trouvée en même temps qu’une autre dédiée à
Caracalla, dans les baignoires du Caldarium. Enfin, M. Brun nous a
décrit toutes les fouilles effectuées à Cemenelum (aujourd’hui Cimiez).
Il a démontré que, dans la deuxième moitié du III me siècle de notre
ère, l’impératrice Cornélie Salonine habitait Cemenelum. Cette ville
était à l’apogée de sa prospérité au IV me siècle, comme le prouvent
des pièces de monnaie à l’effigie de Licinius et de Constantin.
J’ajouterai que notre infatigable secrétaire général a publié, cette
année, la 3 me édition d’un ouvrage admis à la Bibliothèque de l’Expo¬
sition universelle de 1878 : Le Traité pratique des opérations sur
le terrain, et qu’il a trouvé encore le temps de faire à l’Athénée des
conférences très suivies sur l’art ancien.
M. Brun a pour secrétaire-adjoint M. Moris, archiviste du dépar¬
tement, qui fait preuve d’un zèle, d’une activité dont nous ne saurions
trop le remercier.
Non seulement M. Moris s’occupe des détails de la correspondance,
détails multiples, puisque nous sommes en rapport avec deux cent
vingt-quatre sociétés savantes, mais il nous a lu pendant l’année 1883
deux mémoires fort intéressants sur les Campagnes des Alpes
pendant la Guerre de la succession d'Autriche.
Notre jeune et sympathique confrère a bien mérité la récompense
qui lui sera décernée tout à l’heure.
Enfin, sous la direction intelligente de M. Nœtinger, notre trésorier-
bibliothécaire, nos archives sont classées avec ordre et méthode et l’im¬
pression de nos Annales ne laisse rien à désirer : c’est un bibliothécaire
modèle doublé d’un érudit et d’un écrivain élégant.
Avec de pareils collaborateurs la tâche du président est bien facile,
je dirai même que c’est une véritable sinécure.
Notre société a fait d’excellentes recrues pendant l’année qui vient
de s’écouler: M. Vigan, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées; —
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
DISCOURS DE M. ÜSQUIN
II
M. le chanoine Bousquet; — M. Edmond Chiris, conseiller général,
président du Tribunal de Commerce de Grasse ; — M. Duchêne,
inspecteur des forêts; — M. Quéry, chimiste expert ; — M. Levylier,
ancien sous-préfet; — M. le docteur Olivier (d’Antibes); —
M. Martinet; — M® Marcy, avocat, président de l’Association poly¬
technique ; — M. le commandant Morin ; — M. Teisseire.
Mais, depuis notre dernière réunion, nous avons eu la douleur de
perdre deux de nos membres honoraires : M. le baron de Boyer
de Sainte-Suzanne, gouverneur général de la principauté de Monaco,
et M. le oomte du Moncel, membre de l’Institut, tous les deux
officiers de la Légion d’honneur.
M. le baron de Sainte-Suzanne avait parcouru une laborieuse
carrière administrative. Partout où il a passé il a été regretté. Je
n’ai à m’occuper ici que de ses nombreux travaux littéraires, estimés
à juste titre par tous les amateurs et par tous les gens de goût.
Je citerai les principaux : Le Traité de recrutement militaire
(cet ouvrage a eu huit éditions) ; —La Vérité sur la centralisation ;—
L'Art dramatique chez les Romains; — Le Code départe¬
mental; — Les Intendants de Picardie; Les Études sur les
arts industriels ; — Les Recherches sur la sigillographie et la
numismatique.
A Monaco, il a publié plusieurs volumes d’une étude fort intéres¬
sante intitulée : Notes d'un curieux , comprenant les tapisseries
de haute et basse lisse françaises , flamandes , espagnoles,
italiennes , anglaises. Cet ouvrage devait se terminer par une
étude sur les orfèvres français qu’il venait de finir quand la mort
est venue le frapper.
M. de Sainte-Suzanne appartenait à la Société française de numis¬
matique et d’archéologie. Administrateur éminent, artiste et critique
d’art, bibliophile hors ligne, il se fait remarquer par un goût délicat
en toutes choses. Modeste, comme tous les hommes d’un mérite réel,
il a su se faire aimer de tous ceux qui l’ont connu. Son amitié n’était
pas de celles dont parle Michel de Montaigne, « avec lesquelles il
faut marcher prudemment, la bride à la main. »
Notre Société, fière de le compter parmi ses membres, n’oubliera
jamais M. le baron de Sainte-Suzanne.
M. le comte du Moncel, de l’Institut, était membre correspondant
de notre Société depuis 1876. C’était un de ces vulgarisateurs qui
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
12
DISCOURS DE M. USQUIN
savent, comme notre éminent confrère, M. Flammarion, mettre la
science à la portée de tous et la rendre agréable. Il ne suffit pas de
montrer à ceux qui sont désireux d’apprendre la ruche remplie de
miel et de leur dire « in mcedium quœsita reponunt ». Il faut
leur donner le moyen d’extraire facilement le miel de la ruche et
d’en tirer le meilleur parti possible.
M. du Moncel avait été le premier directeur du journal La Lumière
électrique. Il a rendu compte de tous les travaux concernant l’électri¬
cité et il est l’auteur d’un grand nombre de mémoires relatifs à cette
science qui vient à peine d’entrer dans le domaine de l’application pra¬
tique et qui est appelée à transformer le monde industriel et commercial.
En 1882, il a fait paraître chez Hachette cet intéressant livre sur le
téléphone dont quatre éditions ont été épuisées en quelques mois.
M. du Moncel, un des premiers,a compris toute l’importance des travaux
de M. Marcel Deprez au sujet du transport de la force électrique à
grande distance, par les fils conducteurs. Cette nouvelle application
de la science électrique, appelée à modifier un jour toutes les con¬
ditions économiques de la vie industrielle, mettra à la portée de tous,
non plus seulement à la ville, mais à la campagne, une force motrice
commode et peu coûteuse.
Dans les contrées sillonnées par des cours d’eau, comme le Dauphiné,
les Pyrénées, l’électricité sera produite à très peu de frais par les
machines dynamo-électriques. M. du Moncel assistait aux expériences
faites à Yizille dans le département de l’Isère. La force transmise par
une turbine de Yizille et qui était recueillie à Grenoble, c’est-à-dire à
10 kilomètres de distance, a été utilisée pour une foule d’offices et les
plus incrédules ont été convaincus. Les expériences faites à Munich
avaient, d’ailleurs, prouvé qu’on peut transmettre la force motrice à
50 kilomètres de distance par le moyen de fils analogues aux fils
télégraphiques ordinaires. Les dernières expériences de Yizille vont
être suivies par d’autres faites sur une grande échelle. On espère
transporter une force de 200 chevaux à 50 kilomètres de distance avec
un rendement de 50 p.'/ 0 , et les 200 chevaux de force transportés
pourront être répartis sur trois points différents. Dans un temps
peu éloigné, l’électricité et la chaleur causeront dans le monde
économique et scientifique une révolution dont il est difficile de
prévoir l’étendue. Peut-être, dans quelques années, pourrons-nous
obtenir des dépôts de force motrice produits par l’électricité, comme
Digitized by
Original from
HARVARD UNIVERSITY
DISCOURS DE M. USQUIN 13
nous aurons des dépôts de rayons solaires emmagasinés dans d'im¬
menses réservoirs.
M. le comte du Moncel est mort sur la brèche, la plume à la main,
avec la satisfaction d'avoir assisté aux grandes victoires de la science
moderne et d’avoir prévu celles de l’avenir. (Applaudissements
prolongés.)
La parole est donnée à M. Brun, secrétaire perpétuel pour
la lecture du rapport sur les travaux faits pendant l’année.
RAPPORT DE M. BRUN
Mesdames, Messieurs,
Après les paroles éloquentes de notre président et celles si profon¬
dément senties et si patriotiques que vient de nous faire entendre
notre président d’honneur M. le général Thiéry, il serait imprudent,
même pour un orateur habile à manier la parole, de venir faire un
discours. Aussi n’en estrK» point un que je me propose de faire, mais
une simple nomenclature des travaux de notre Société pendant l’année
qui vient de s’écouler depuis notre dernière réunion générale.
Je n’aurai donc pas à me préoccuper de mon style ; tout l’intérêt de
cette communication résultant uniquement de celui que présentent,
dans leurs détails, les divers travaux de nos honorés confrères. Jusqu’à
ce jour, l’honneur d’en rendre compte avait été réservé à notre prési¬
dent; une modification de nos règlements intérieurs nous fait, aujour¬
d’hui, déroger à cet usage. Tout autre membre de la Société aurait
pu, mieux que votre serviteur, accomplir cette tâche; mais les cir¬
constances en ont décidé autrement : il y a vingt-trois ans, lors de
l’organisation de la Société, on désigna pour remplir les fonctions de
secrétaires des sections, les plus jeunes des membres fondateurs. Le
secrétaire remplit dans une société le même office que le ressort dans
une montre ; et, comme le ressort, il doit rester caché sous la double
enveloppe de la boîte : on ne doit le voir nulle part et il doit remplir
ses fonctions sans qu’on s’aperçoive de sa présence C’est ce que je me
suis efforcé de faire pendant vingt-trois ans.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
14
RAPPORT DE M. BRUN
Mais, l’année dernière, fatigués de voter perpétuellement pour le
même membre du bureau, mes honorés confrères ont décidé qu’il était
plus logique de m’accorder le titre de secrétaire perpétuel. Ce n’est
donc pas à une valeur personnelle quelconque que je dois, aujourd’hui,
l’honneur de rendre compte de nos travaux, mais simplement à l’an¬
cienneté, n’en déplaise à notre honoré président qui a bien voulu me
prodiguer des éloges dont je serais très fier s’ils étaient véritablement
mérités.
La Société a publié, depuis notre dernière assemblée générale, le
tome huitième de ses annales, comprenant près de quatre cents pages
in-8* et dix-neuf planches, dont une en chromotypie.
Les divers travaux contenus dans ce volume ont été cités lors de
notre dernière séance publique annuelle et plusieurs ont été l’objet de
récompenses accordées par la Société.
Nous sommes heureux de rappeler les noms des lauréats de l’année
dernière :
M. Péragallo, qui a reçu une médaille de vermeil pour ses beaux
travaux d’anthomologie; M. Sénequier, auquel une médaille d’argent
a été attribuée pour ses recherches sur les camps préhistoriques, et
enfin, MM. Bottin et Chiris qui ont reçu chacun une médaille de
bronze pour leurs recherches archéologiques.
M. Casimir Bottin, l’intrépide chercheur, qui a déjà fouillé tous les
coins des bois et des montagnes des environs de Saint-Vallier, vient
d’enrichir ses collections de deux vases remontant à la plus haute
antiquité ; ils sont en poterie brune très grossière, mal cuite et leur
surface est couverte de dessins géométriques analogues à ceux qui
décorent les poteries gauloises. Cependant leur composition, la gros¬
sièreté du grain, leur mode de fabrication les font remonter à une époque
antérieure à l’âge du bronze. Il ont, du reste, été trouvés dans une
sépulture avec des objets caractéristiques de la période néolithique.
Les ornements qui décorent ces vases confirment la théorie de
l’ornementation qui a été développée l’an dernier à l’Athénée et qui
tend à prouver que les ornements primitifs, n’empruntant leurs élé¬
ments qu’à l’imagination et au caprice sans s’inspirer de la nature, sont
les mêmes chez tous les peuples et que les dessins de cette nature
trouvés à Mycènes, à Santorin, dans la Gaule, au Brésil, dans les
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
RAPPORT DE M. BRUN
15
Indes, sont identiques, basés sur les mêmes inspirations, combinés de
la même manière; que le bambou sculpté par le sauvage de la
Nouvelle-Calédonie est décoré des mêmes zones, des mêmes zigzags,
des mêmes triangles simples ou combinés, que le manche de fouet
façonné par un bourrelier de village.
M. Bottin a, en outre, envoyé récemment les photographies de
divers objets qu’il a trouvés dans neuf tombes préhistoriques entre
Saint-Cézaire et Saint-Vallier.
M. Bottin a bien voulu servir de guide aux membres de notre
Société qui, au mois de juin dernier, ont entrepris une excursion
archéologique dans l’arrondissement de Grasse ; il nous a fait visiter
plusieurs sépultures, un camp préhistorique, une enceinte remplie de
débris de silex, de poteries et d’ossements.
Cette enceinte se trouve sur le sommet d’un monticule ; elle est
formée de roches aux formes fantastiques dont quelques-unes semblent
avoir servi de tables à sacrifices ; on y reconnaît même des espèces de
conduits peut-être formés par la nature, mais dont la disposition est on
ne peut plus curieuse.
Ces roches qui dominent les plateaux de la Siagne, à une altitude de
près de 700 mètres, ont un aspect véritablement grandiose.
Ce site étrange éclairé par les rayons de la lune serait un admirable
cadre pour une scène druidique, et le peintre qui voudrait l’interpréter
serait certain d’obtenir un succès d’impression, dans la véritable
acception du mot.
Quelque temps après cette intéressante excursion, M. Bottin nous
signalait, aux environs de Saint-Vallier, la découverte d’une nouvelle
brèche osseuse.
On ne saurait trop encourager les efforts d’hommes qui, comme
M. Bottin, partis des derniers échelons de l’administration (il a débuté
comme facteur des postes), ont conquis, à force de travail et d’efforts,
un avancement mérité et des connaissances suffisantes pour leur
permettre de rendre à la science de véritables services. Aussi, la
Société, heureuse de reconnaître son mérite, lui a-t-elle accordé, cette
année, une médaille d’argent.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
16
RAPPORT DE M. BRUN
m. mûris
M. Moris, notre laborieux et savant archiviste du département, a
analysé, dans les séances des 1 er et 16 juin 1883, un fort intéressant
mémoire qui lui a été communiqué par M. Cachiardy de Montfleury,
maire de Breil. Ce mémoire contient de précieux détails historiques
sur l’action des armées franco-espagnoles et austro-sardes dans les
Alpes, pendant la guerre de la succession d’Autriche.
Le passage relatif à l’épisode du siège, par les Espagnols, d’une
maison de campagne appartenant à la famille Thaon n’est pas tout
à fait conforme, dans ce mémoire, aux traditions locales. Ce qu’il
y a de certain cependant, c’est que quelques jeunes gens, fortuite¬
ment réunis dans cette habitation, située sur le flanc de Montboron,
en-dessous du fort de Montalban, mirent en émoi toute l’armée
espagnole ; qu’ils soutinrent une espèce de siège, capitulèrent et
sortirent avec les honneurs de la guerre et leurs fusils de chasse.
Le plus curieux de l’affaire, c’est qu’on prit la chose au sérieux à
Madrid et qu’on y chanta un Te Deum pour remercier le ciel de
cette victoire. La maison porte depuis le nom de fort Thaon.
Dans la séance du 16 novembre, M. Moris a déposé sur le bureau
le premier exemplaire du cartulaire de Lérins dont il venait d’achever
la publication. C’est un beau volume in-4 # imprimé avec le plus
grand soin sur papier de Hollande, et orné d’un plan de l’abbaye
au XII* siècle ainsi que d’un fac-similé d’une charte. Cet ouvrage
de quatre cent soixante-quinze pages contient des notes fort intéres¬
santes, des appendices, des index, et un dictionnaire géographique.
Quelques personnes, ignorant que ce travail devait avoir une suite,
ont reproché à M. Moris de ne l’avoir pas accompagné d’une discussion
diplomatique. Ce complément indispensable sera publié dans le second
volume du cartulaire.
Notre Société qui se proposait, depuis 1867, de publier le cartulaire
de Lérins et qui avait même fait réclamer officiellement le retour
à Nice de l’original, s’est empressée de venir en aide à M. Moris
pour l’exécution d’une œuvre aussi importante, et, sur ses ressources
pourtant bien restreintes, a accordé, pour les frais d’impression de
l’ouvrage, une subvention de 1,500 francs qui n’en couvrira que
la sixième partie à peu près. Elle a, en outre, voté à M. Moris,
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
RAPPORT DE M. BRUN
17
pour ses travaux en général et en particulier pour sa collaboration
au cartulaire, une médaille de vermeil que nous serons heureux de
lui remettre aujourd’hui.
Dans les inspections fréquentes que fait l’un de nos confrères,
M. Nœtinger, dans notre département, il a remarqué l’intelligence
avec laquelle un secrétaire de mairie avait su classer les archives
de sa commune. Tout y a été conservé, étiqueté, mis en ordre
et pour encourager dans cette voie les confrères de M. Musso,
secrétaire de la mairie de Roquebillière, la Société a décidé qu’il
y avait lieu de lui accorder une médaille de bronze.
M. LE DOCTEUR MACARIO
M. le docteur Macario vient de parcourir tous les rivages de la
Méditerranée dans les meilleures conditions possibles pour un savant :
s’arrêtant partout où il y avait une recherche à faire ou quelque chose
à admirer. Nous avons eu l’heureuse chance de recevoir les premières
communications de ses impressions de touriste. C’est ainsi que
M. Macario nous a décrit les ruines de Carthage, la chapelle palatine
de Palerme, la mosquée de Sainte-Sophie, d’autres monuments encore,
faisant preuve, chaque fois, d’un goût artistique très développé et
d’une érudition profonde. Nous espérons que M. le docteur Macario
publiera bientôt son voyage et nous nous faisons une fête de parcourir
ces pages empreintes d’un cachet de vérité auquel le pittoresque du
style n’enlève aucunement son relief.
M. DUCHÊNE
La Société a accorde à M. Duchêne, inspecteur des Forêts, une
médaille d’argent pour son beau travail sur l’utilité du reboisement en
France. M. Duchêne a étudié la question des aménagements du sol
forestier depuis la conquête romaine jusqu'à nos jours et a démontré,
preuves en main, la connexité qui existait entre les déboisements
inopportuns et le recul vers le midi des cultures qui, telles que celle
de la vigne, demandent un climat tempéré. Cet important travail
figurera in extenso dans le tome IX e de nos annales où il sera lu avec
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
18
RAPPORT DE M. BRUN
plaisir par tout le monde ; car, outre son intérêt spécial au point de vue
économique, il est écrit dans un style attrayant et rempli de citations
et de faits qui intéresseront tous les lecteurs.
M. P. SÉNEQUIER
M. Paul Sénequier, auquel notre Société doit déjà de si importants
travaux sur l’archéologie préhistorique de l’arrondissement de Grasse,
a communiqué à la Société, dans sa séance du 16 mai 1882, plusieurs
passages d’un mémoire qu’il se proposait de publier à la suite de
l'inventaire des archives de la ville de Grasse. Ce mémoire fort
intéressaut et qui ne contient pas moins de vingt chapitres est le fruit
d’un travail consciencieux et de patientes recherches; il repose sur les
documents les plus authentiques. L’auteur y a résumé, dans un style
plein de verve, tous les évènements importants de l’histoire de Grasse.
Il a lu, in extenso , le chapitre relatif au clergé, qui renferme des
détails fort curieux sur les luttes incessantes soutenues par le chapitre
contre les évêques et sur des procès de toute sorte auxquels l’avocat
des chanoines ne pouvait souvent suffire.
11 y a, dans cette partie du travail de M. Sénequier, des passages
qui, à plus d’un titre, auraient été dignes d’être célébrés par l’auteur
du Lutrin.
M. Sénequier a fait récemment hommage à la Société du volume
contenant ce mémoire : c’est un in-8° de trois cents pages, imprimé avec
soin et qui fait honneur à l’auteur et à l’imprimeur M. Imbert, de Grasse.
M. LE DOCTEUR GUEIRARD ET M. LE DOCTEUR HENRY
Dans la séance du 16 mai 1883, M. le docteur Gueirard a exposé à
la Société un projet d’organisation de stations météorologiques dans les
montagnes, entre Nice et Menton. La Société, sur la proposition de
M. le docteur Henry, a décidé qu’il y avait lieu de généraliser cette
mesure et de multiplier les points d’observation. Il y aurait un intérêt
majeur à obtenir le concours du Génie militaire pour les postes placés
sous sa direction.
La Société a commencé à s’occuper des moyens propres à doter
certaines stations d’instruments convenables, dans le plus bref délai
i
i
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
*
RAPPORT DE M. BRUN
19
possible. M. Henry, auquel la Société doit des travaux qui lui font le
plus grand honneur et qui ont été, en partie, publiés par elle, a adressé
une requête au bureau central météorologique pour obtenir des
instruments d’observation. Nous ne doutons pas du succès de la
démarche de notre savant confrère.
Dans une séance postérieure, M. le docteur Gueirard a fait part à la
Société de ses observations sur les variations progressives, depuis trois
années, du baromètre absolu de MM. Hans et Hermary. M. Gueirard
n’attribue pas ces variations à l’évaporation du liquide contenu dans le
thermomètre à air libre, mais bien à la rétraction progressive du
verre. Ces baromètres sont, par ordre du Ministère de la marine,
adoptés pour le service de la flotte ; cette observation est donc d’une
importance capitale et M. Gueirard, appuyé en cela par l’un de ses
collègues, qui a également observé les mêmes variations, dit que l’on
ne peut se fier à l'exactitude du baromètre absolu et qu’il est
indispensable de le régler tous les deux ou trois mois au moyen d’un
baromètre Fortin.
M. NŒTINGER ET M. HALPHEN
M. Nœtinger a rendu compte de la brochure offerte par M. Halphen
et qui a pour titre : Lettres inédites de Henri IV au chancelier de
Belliêvre.
M. Halphen a entrepris une étude des plus intéressantes, celle de la
correspondance du roi Henri IV. Il a recueilli, à la bibliothèque
Nationale, toutes les pièces qui s’y trouvaient relativement à ce sujet et
a déjà publié plusieurs volumes du plus grand intérêt.
Cette nouvelle brochure, éditée avec luxe, contient soixante-huit
lettres du roi au chancelier de Belliêvre. M. Nœtinger en a fait
l’analyse en faisant ressortir la fausseté des accusations d’avarice et
d’ingratitude si souvent formulées contre le Béarnais. Cette correspon¬
dance, dans laquelle on regrette de constater que le roi se mêlait un
peu trop de la direction à donner aux arrêts de la justice et indiquait
d’une manière trop significative le sens dans lequel il désirait que ces
arrêts fussent prononcés, prouve, d’autre part, que le roi n’oubliait pas
ceux qui lui avaient rendu des services et qu’il savait, à l’occasion, se
montrer généreux.
M. Halphen, qui sait faire un si noble emploi de sa fortune, aurait
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
20
RAPPORT DE M. BRUN
voulu compléter son œuvre en y joignant la précieuse collection des
lettres de Henri IV conservées dans les archives du palais de Monaco,
mais la publication de ces documents n’a pas été, jusqu’à ce jour,
autorisée par le Prince.
M. Halphen a, en outre, offert à la Société deux autres ouvrages
qu’il vient de publier : Discours de la bataille de Garennes (1590)
et Harangues et Lettres inédites du roi Henri IV, suivies de
lettres inédites du poète Rapin et de son 01s.
Ces éditions de luxe font le plus grand honneur au goût de notre
oonfrère, qui rend, par ces publications, le plus grand service à
l’histoire de notre patrie.
M. LE DOCTEUR NIÈPCE — M. LE DOCTEUR CAZENEUVE
M. le docteur Nièpce a entretenu la Société de ses travaux d’analyse
de l'air et des eaux de Nice. Il a constaté l’heureux effet des brises
sur notre atmosphère et constaté que c’est à leur action constante
qu’est due, en grande partie, la salubrité de la ville de Nice.
M. le docteur Cazeneuve a communiqué un travail fort intéressant
sur les sanatoria des Alpes dans l’Engadine.
M. SARDOU
M. Sardou, notre savant président honoraire, à qui les années sem¬
blent donner une nouvelle ardeur, a lu à la Société une fort intéres¬
sante étude sur la vie et les œuvres de Rancher, le célèbre poète
niçois. Vous dire avec quel soin et avec quelle érudition profonde a
été traité ce sujet serait absolument oiseux ; vous allez en entendre la
lecture que notre aimable et vénéré doyen a bien voulu consentir à
refaire aujourd’hui.
ATHÉNÉE
Le docteur Maurin a lu, dans la séance du 16 avril 1883, un fort
intéressant rapport sur les travaux de l'Athénée pendant la dernière
période triennale.
L’Athénée est un établissement libre d’enseignement supérieur dont
la fondation est due à la Société des Lettres, Sciences et Arts des
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
RAPPORT DK M. BRI; N
21
Alpes-Maritimes. Après avoir, pendant trois années, établi des cours
d'enseignement secondaire pour les jeunes filles, notre Société a
organisé des cours publics dont le succès l’a engagée à créer une
institution définitive. Sur la proposition d’un professeur émérite,
M. d’Izalguier, la Société a nommé une commission chargée d’organiser
les cours et d’administrer l’Athénée. Le succès a répondu à ses efforts
et, grâce au concours bienveillant de la Municipalité toujours prête à
favoriser les œuvres de progrès, ainsi que du Conseil général du
département, la ville de Nice est aujourd’hui dotée d’un établissement
d’enseignement supérieur aux cours duquel se pressent les auditeurs
et qui fait honneur à notre belle cité ainsi qu’à la Société qui en a été
l’inspiratrice.
La Société appelée cette année à nommer une nouvelle commission,
pour remplacer celle dont les pouvoirs étaient expirés, a confirmé
purement et simplement la nomination des membres sortants, se
bornant à remplacer ceux que nous avions eu le regret de perdre
pendant l’exercice.
La commission de l’Atbénée que la Société remercie de son zèle et
de son dévouement est actuellement composée de :
MM. le docteur Maurin, président ;
le docteur Bernard Arnulphy, secrétaire;
Brun, Corinaldi, Macario, Moris et Nœtinger, assesseurs.
Les cours professés cette année sont les suivants :
Littérature.
Astronomie, par M. le docteur Gueirard;
Archéologie et histoire de l’art (3 me année), par M. Brun.
Le Théâtre contemporain, par M. Gardillon,
de l’Université;
Les grands Écrivains français, par M. Victor
Garien.
i Histoire naturelle, par M. le docteur Mengeaud,
Sciences .... < de l’Université.
Géologie, par M. Ambavrac, de l’Université.
Colonisation, par M. Moulin.
3
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
22
RAPPORT DE M. BRUN
QUESTIONS D’INTÉRÊT LOCAL
La Société s’occupe activement de toutes les questions qui, touchant â
la science, peuvent avoir quelque influence sur la prospérité du pays.
C’est ainsi qu’elle a souvent mis à l’ordre du jour de ses séances, des
études relatives à l'hygiène des villes et que les questions relatives au
pavage, aux systèmes d’égouts, aux meilleures conditions d’établisse¬
ment des conduites et des récipients des eaux ménagères, à la salubrité
des maisons et des rues ont été traitées dans son sein.
Dès l’année 1879 elle s’occupait de l’établissement rationnel d’un sys¬
tème d'égouts à Nice. Depuis lors,en maintes circonstances, elle a abordé
de nouveau ces études d’où dépendent la prospérité et l'aveuir de notre
ville. MM. Barbe père, D r West, Thaon,Schmeltz. Harris, Chevallier et
d’autres encore ont soumis leurs travaux à la Société qui les a discutés
et n’a cessé de s’occuper avec zèle d’une question aussi importante.
M. Barbe père a présenté l’analyse des divers systèmes d'assainisse¬
ment proposés à la municipalité de Cannes.
M. le D r West, professeur à l’Académie de médecine de Londres,
nous a entretenus des travaux de pavage et d’assainissement nouvel¬
lement exécutés en Angleterre.
M. Thaon a lu plusieurs mémoires sur l’ensemble des systèmes
d’égouts de la ville de Nice et sur l’hygiène.
M. Schmeltz a analysé les travaux des savants anglais et allemands
sur l’hygiène des maisons.
MM. Gueirard, Bonnal, Depretz, Nièpce, Macario, et d’autres de
nos confrères ont soutenu d’intéressantes discussions sur l’hygiène.
M. Harris, consul d'Angleterre, nous a entretenus, dans un charmant
et humoristique travail, des desiderata relatifs au tracé des nouveaux
quartiers et a exposé quelles étaient, selon lui, les meilleures conditions
d’une station d’hiver. La même thèse, en réponse à M. Harris, a été
traitée par M. Chevallier.
Comme on le voit, notre Société ne s’occupe pas uniquement de
questions spéculatives; elle cherche à se rendre utile au pays non
seulement en y répandant le goût des lettres, des sciences et des
arts, mais aussi en étudiant tout ce qui peut, à un titre quelconque,
#
être utile à cette belle contrée ou servir, plus particulièrement dans
la faible mesure de ses efforts, à la gloire pacifique ou à la prospérité
de la patrie.
■ •
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
RAPPORT DE M. BRUN
23
A la suite de ce compte rendu des travaux de la Société
souvent interrompu par des applaudissements, M. Sardou
père lit une fort intéressante étude sur Rancher, poète
niçois, dont la Nemuïda, poème analogue au Lutrin, est le
monument le plus précieux de la langue et de la littérature
du pays. L’auteur exprime le vœu que les œuvres inédites
de ce poète qui sont encore entre les mains de quelques
particuliers soient soumises à l’examen d’une commission
nommée par la ville et publiées au moins en partie.
M. Usquin, à propos d’un remarquable ouvrage offert
dernièrement à la Société par son auteur M. Charles Livet,
commente très spirituellement les Précieuses ridicules de
Molière.
RÉCOMPENSES
Enfin, des récompenses sont décernées aux lauréats :
Médaille de vermeil , à M. Henri Moris, archiviste du
département, pour ses travaux sur l’histoire des Alpes-
Maritimes ;
Médailles d'argent, à M. Duchêne, inspecteur des forêts,
pour ses études sur le reboisement ; — à M. Bottin, pour ses
recherches préhistoriques;
Médaille de bronze, à M. Musso, secrétaire de la mairie
de Roquebillière, pour le soin intelligent qu’il apporte dans
le classement des archives de cette commune.
La séance est levée à 6 heures et demie. Le soir, au
restaurant du Casino Municipal, un banquet .confraternel
réunissait un grand nombre de membres de la Société.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
RANGHER
POÈTE NIÇAKD
SA VIE - SES ŒUVRES
Dans le premier quart de notre dix-neuvième siècle, un
Français d’origine, que la ville de Nice, faisant alors partie
*
des Etats sardes, s’estimait heureuse de compter au nombre
de ses enfants, s’est fait par ses poésies en langue du pays,
comme après lui Jasmin à Agen avec ses petits poèmes
gascons, une grande réputation parmi ses concitoyens; et
aujourd’hui ce même poète, en raison de ses études sur la
vieille langue des Troubadours et ses tentatives de rénova¬
tion littéraire, mérite d’être considéré comme l’un des plus
dignes précurseurs des premiers félibres d’Avignon, ces
favoris de la muse provençale, qui ont créé une nouvelle
littérature dans le midi de la France.
L’homme dont je veux parler s’appelait Rancher, son
œuvre capitale est intitulée la Nemaïda. Cette curieuse
composition poétique, tableau fidèle de l’époque où elle
parut, nous fait vivre en plein Nice d’il y a soixante ans,
ville bien différente à tous égards de la Nice actuelle, et a
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
26
RANCHER
placé Rancher fort au-dessus de tous les autres poètes
niçards; elle peut donc, à plus d’un titre, offrir un assez
grand intérêt à tout ami des lettres, Niçois ou non, Fran¬
çais ou étranger; et c’est là un point que je vais essayer
ê
de faire ressortir; mais avant de donner un aperçu de
l’œuvre, disons quelques mots de l’auteur,
Joseph-Rosalinde RANCHER naquit à Nice dans une
maison de la place Vieille, le 20 juillet 1785 et non en 1784,
comme l’a dit M. Toselli *. Il fut le septième de quatorze
enfants : une de ses sœurs, née longtemps après lui et que
nous avons pu consulter, nous a dit que le futur auteur de
la Nemaïda vint au monde deux mois avant terme. « Il
était si petit, a-t-elle ajouté, que son premier berceau fut
un caissetin à bonbons, et si faible, qu’on le crut mort peu
après sa naissance. Il faillit même être enterré et ne dut la
vie qu’à un léger soupir qu’il poussa au moment où l’on
s’apprêtait à le porter en terre, dans son petit cercueil entiè¬
rement ouvert et parsemé de fleurs, selon le pieux et tou¬
chant usage de ce temps-là. »
Le père de Rancher était Français et habitait Saint-
Jeannet, petite commune sur la rive droite du Var, canton
de Vence, arrondissement de Grasse, département du Var,
avant l’annexion de Nice à la France en 1860. Reçu chirur¬
gien, il vint jeune encore se fixer à Nice, qui quelques
années après fut réunie à la première république française
(1792). Une école secondaire de médecine ayant été fondée
dans cette ville, M. Rancher père y fut nommé professeur
de chirurgie.
Son fils avait montré de bonne heure une intelligence
L Biographie niçoise. Voici la teneur de Pacte de baptême copié par nous sur les
registres de Péglise de Sainte-Réparate : « 1785. Die vicesima prima julii, Rosalindus
Josephus, filius domini Josephi Rancher et domin» Theresiœ Lioni jugalium Rancher,
heri natua, baptizatus est à reverendissimo domino Josepho Sauvaigo, presbjtero ouræ
assistent© : patrinis Àdrianus Rancher et domina Theresia Rancher, ejus uxor. »
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
POÈTE NIÇARD 27
#
remarquable. Après les premières études élémentaires de
l’enfant faites à Nice, M. Rancher le présenta, à l’àge de
douze ans, au collège de Marseille : on raconte que le jeune
Rancher, admis dans ce collège à la suite d’un brillant
examen, adressa à ses examinateurs un remerciement en
vers, qui fit bien augurer de son avenir littéraire.
Ses études terminées, il fut envoyé à Arezzo en Toscane
auprès d’une de ses sœurs, qui lui procura un emploi dans
l’administration des Contributions directes : la Toscane était
alors, comme tout le nord de l’Italie, sous la domination
française. D’Arezzo, où quelques vers de sa composition
l’avaient fait recevoir membre de l’Académie de Pétrarque,
notre jeune bureaucrate passa à la direction de Florence,
puis à celle d’Alassio, petite ville de la Rivière de Gênes;
et la chute de l’empire français en 1814 lui ayant fait perdre
son emploi, il revint à Nice, qui cette même année avait
été rendue au roi de Sardaigne.
Rentré dans sa famille, Rancher eut l’idée de suivre la
carrière du barreau et se mit à l’étude du droit; mais le
gouverneur de la ville, M. le comte de Saluces 1 , qui avait
su apprécier le savoir et le mérite de l’homme, le fit renon-
cef* à son dessein et l’attacha à sa personne en qualité de
secrétaire particulier. Peu de temps après, par la haute
protection du comte de Cessole, président du sénat de Nice,
Rancher obtint l’emploi de sous-secrétaire au tribunal de
commerce, fonctions qu’il remplit jusqu’à sa mort (11 juil¬
let 1843).
Le pauvre scribe se délassait de son fastidieux travail de
bureau par un entretien constant avec les muses. Il lut et
relut les chefs-d’œuvre littéraires de tous les temps et de
tous les pays, et se plut à rimer, soit en français, soit en
1. Gouverneur de Nice de 1820 à 1822.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
28
RANCHER
niçard, de petites pièces fugitives ainsi que des chansons,
dont parfois il composait lui-même les airs; car il était bon
musicien, jouait bien du violon et fut longtemps chargé de
faire la partie d’alto à l’orchestre du théâtre italien.
■ Ses premiers essais poétiques avaient été bien accueillis
de ses concitoyens, et plus particulièrement ses chansons
niçardes devenues bientôt populaires.
• Cet idiome niçois, sa langue maternelle, ce prétendu
patois auquel il devait ses meilleurs succès, attira toute son
attention, et il fit alors ce qu’aucun Niçois n’avait eu l’idée
de faire avant lui : il se demanda ce que pouvait bien être,
ce qu’était en réalité ce langage qui persistait à être
exclusivement usité chez les populations de Nice et de
tout le Comté, malgré la pression exercée durant plusieurs
siècles par la langue officielle d’un gouvernement italien ;
et, guidé par les travaux de Raynouard, avec lequel il
se mit en correspondance, il étudia l’idiome niçois dans
ses origines et dans ses rapports avec les autres langues
néo-latines. Ayant remonté ainsi jusqu’à la brillante
époque des Troubadours, il n’eut pas de peine à recon¬
naître que la langue vulgaire parlée à Nice de Provence ,
comme disait toujours et avec raison la Chancellerie des
ducs de Savoie, était tout simplement un dialecte moderne
de la vieille langue d’oc, dite aussi langue provençale ou
limousine.
Dès ce moment le niçard lui apparut comme une vraie
langue, ayant de même que toute autre langue, des qualités
suffisantes pour donner naissance à une littérature digne de
ce nom. Combattu sur ce point par des personnes d’un
savoir qu’il était le premier à reconnaître, mais qui n’avaient
pas fait les mêmes études que lui sur l’objet de leur discus¬
sion, et mis enfin en demeure de prouver son dire par des
faits, il composa sa Nemaïda, poème héroï-comique de
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
POÈTE NIÇARD
2,740 vers, formant sept chants.d’inégale longueur et dont
le titre a pour radical le nom du héros Nem, de même que
le poème de Virgile est intitulé Y Enéide du nom de son
héros le Troven Enée.
Quant au sujet, il est des plus simples, et c’est le hasard
qui le fournit à l’auteur.
« Une dispute éphémère entre les marguilliers et les
« sacristains d’une église, dit-il dans la préface de son
« œuvre, offrit pour base d’un poème la pointe d’une
« aiguille. »
Ces sacristains et ces marguilliers sont ceux de l’église
Saint-François-de-Paule; l’abbé Nem est le chef des
premiers, le laïque Parpagnaca est celui des seconds. Ces
deux chefs et leurs compagnons, mis en scène sous des
pseudonymes habilement forgés, sont des personnes réelles
ayant à leur insu posé devant l’auteur ; la cause de leur lutte
acharnée et ridicule, c’est la possession des clefs de l’église.
On voit qu’il y a une assez grande analogie entre la
Nemaïda et le Lutrin ; mais de combien l’emporte le poème
de Rancher sur celui de Boileau par la variété des tableaux,
la vigueur des touches, le naturel du dialogue et, à l’occasion,
par une assez forte teinte de naturalisme rabelaisien, qui
réjouissait grandement les Niçois de 1823, bien loin de les
scandaliser, et qu’en vérité n’aurait pu se permettre à la
cour de Versailles l’auteur du Lutrin !
Nous venons de dire que les personnages de la Nemaïda
étaient tous des contemporains de Rancher lui ayant servi
de modèles. Si nous l’en croyions, il aurait pris à l’aventure
les noms de ces personnages et leurs caractères auraient été
« le fruit de son imagination. » Voilà textuellement ce qu’il
a soin de dire dans sa préface. « Il n’y a, ajoute^t-il, point
« d’allusions, point de personnalités, point de caricatures
« dans mon poème; et ce serait à tort qu’on voudrait y
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
30
RANCHER
« trouver des applications, quand le sujet est purement
« idéal. »
Mais le public ne fut point dupe de cette précaution
oratoire. Les masques étaient si transparents, on reconnut
si bien autour de soi les types des caractères dépeints, que
le vrai nom de chacun des personnages vint de lui-même à
la bouche de tous les lecteurs du nouveau poème : on y vit
ce que l’humeur satirique de l’auteur y avait mis et le succès
de la Némaïda fut complet.
Bien qu’il ait perdu aujourd’hui tout son à-propos, ce
poème est encore digne d’une attention sérieuse. Sans parler
des qualités purement littéraires que de bons juges se plaisent
àyreconnaitre,ilaledouble mérite de nous offrir, en premier
lieu, un excellent spécimen d’une langue populaire, incor¬
recte, il est vrai, dans bien des cas, par conscience d’auteur
qui tient à être exact, mais souple, harmonieuse, douce ou
rude au besoin, brutale même et à l’occasion quelque peu
salée 1 ; secondement de mettre sous nos yeux divers tableaux
des mœurs d’une époque touchant à la nôtre et qui semblent
appartenir à des temps beaucoup plus éloignés.
Le plus généralement connu de ces tableaux, b plus
apprécié par les vieillards, dont il éveille les souvenirs de
jeunesse, c’est le festin de Cimiez *, c’est-à-dire la fête
patronale de ce lieu, ce qu’en d’autres contrées du midi
on appelle un roumairage, littéralement pèlerinage , de
roumiéuy pèlerin. Voici, pour les personnes qui connaissent
un des dialectes modernes de la vieille langue d’oc, le texte
de ce fragment, et pour les lecteurs auxquels ces dialectes
sont étrangers, une traduction aussi fidèle que possible,
mais nécessairement inférieure à l’original, comme toute
traduction.
1. Le provençal, comme le latin, dans les mots brave Vhonnêteté.
2. Le 25 mars, tête de l’Annonciation.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
POETE NIÇARD
31
L’auteur fait d’abord cette courte description du lieu de
la scène, la campagne de Cimiez 1 .
L’er es tranquil e pur, e la vila destrucha
Mouostra à l’uès encantat touta sorta de frucha :
Lou vert pourtegalié, garnit de bei poun d'or,
En la frucha en la flou douna un double trésor.
D’un llourage eternel li riba soun bourdadi,
De l'araourous Zefir li flou soun caressadi ;
E Febus diligent, en aquéu bèu quartié,
Fertilisa embe soin la laupia e lou plantié.
[L’air est tranquille et pur, et la ville détruite — montre à l'œil en¬
chanté toute sorte de produits des champs : — le vert oranger, garni de
belles pommes d’or, — dans son fruit, dans sa fleur offre un double trésor.
— Les rives sont bordées d’une floraison éternelle, — les fleurs sont
caressées de l'amoureux Zéphyr; — et Phébus diligent, dans ce charmant
quartier, — fertilise avec soin la treille et le verger.]
Notre poète niçois n’a garde d’oublier dans la suite de
cette description l’arbre de Minerve, l'aubre de Minerva .,
l’olivier,que Nice vénère, dit-il, qui estson unique ressource,
lou siéu soulet secours ; puis il nous apprend qu’un couvent
fut bâti en ce lieu ruiné et solitaire par un mortel inspiré,
et que là où étaient adorés Jupiter et cent dieux impuis¬
sants, s’élève triomphant l’étendard de la croix. Il continue
quelques vers sur ce ton ; et enfin, quittant le sacré pour le
profane, il décrit comme suit la fête champêtre, fort juste¬
ment appelée festin en niçard; car on y festinait largement,
1. Je préviens tout lecteur niçois que dans ce fragment de la Nemoïda, j’ai rendu à
l’idiome niçard son orthographe naturelle, celle de la langue d’oc, dont il n’est qu’un
dialecte moderne, et auquel on a, depuis le dix-septième siècle, maladroitement appliqué
le système orthographique de l’italien, système tout à fait contraire au génie de la langue
d’oc et par conséquent de l’idiome niçois lui-même. 11 faudra donc : 1* prononcer le C suivi
d’un e ou d’un i comme on le prononce dans le mot français ceci et les Niçois eux-mêmes
dans les mots niçarda Cimiè , facilamen, celesta , tels que les a écrits Rancher lui-même
(voir la Xemalda 1^ édit.) ; 2* le CH, chuintante forte, se prononcera tche ou * à peu
près comme dans le français fâché, dit Rancher, ainsi qu’on le « prononçait autrefois à
Nice ; » exemples : frucha, destrucha, drech ; 3* G devant e ou i et J , dans tous les cas,
chuintantes douces, sonneront dje ; exemples : gent, gijola , dçfà. • •
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
RANCHER
32
et de telleâ frairieâ pourraient parfaitement servir de pendant
aux noces de Gamache.
Lou festin es déjà plen d’un mouude enfenit :
De gonorba de chaudèu pareisse.ben garnit;
E Parquet campagnard, soubre de couorda frusti.
Grafigna à rabatoun de nota noun trbu justi,
En fen de requiqui s'avançon lu paisan,
Fan très o quatre saut; e, la gijola en man,
Vouguès o noun vouguës, que signe mouola o reda.
La si cbu laissa métré e sourtl de mouneda.
Pertout trouvas de gent, qu drech, qu assetat.
Lu raoucèu de jamboun et de roustit gelât
Parton, qu'es un plesl ; e Baccus e l’oustessa
Su toui lu festinié fan plbure l’alegressa.
La verdura dai camp li sierve de taulié ;
Si ve cent group fourmat souta dai aulivié.
Aid vira la brocha, aià la casserola
Manda de fricassada un audou que consouola ;
De gigot quasi crut, de poulas bourrousclat,
Tout es bouon, tout si vende, e tout es avalat.
Pertout s’aude un remoun que l’alegressa enfanta :
De tout coustà si ri, de tout coustà si canta ;
E l'amant quauque fes a deugut au festin
Un regard de la bêla, un plus urous destin.
[Le festin a déjà réuni une foule immense : — il semble abondamment
pourvu de corbeilles d'échaudés ; — et sur des cordes frustes, l'archet
campagnard — égratigne prestement des notes pas trop justes. — Les
paysans s’avancent en faisant des riqutqui 1 ; — ils font trois ou quatre
sauts; et la gijola * à la main, — que vous le vouliez ou non, qu’elle soit
souple ou raide, — il faut se la laisser fixer à la boutonnière et sortir de
la monnaie. — Partout vous trouvez des gens, les uns assis, les autres
debout. — Les tranches de jambon et les morceaux de rôti froid — dispa¬
raissent, c'est plaisir à le voir ; et Bacchus et l’hôtesse — versent
l'allégrese sur tous les banqueteurs. — On aperçoit cent groupes de per¬
sonnes rangées aux pieds des oliviers.— Ici tourne la broche, là-bas une
casserole — envoie une odeur de fricassée qui reconforte. — Des gigots
1. Cris de joie. C’est un mimologisme.
2. Cocarde ou nœud de rubaus que l’on distribue dans les fêtes de village.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
33
POÈTE NIÇARD
presque crus, des poulets cuits à peine, — tout est bon, tout se vend, et
tout est avalé. — Partout s'entend un brouhaha enfant de la joie : — de
tous côtés on rit, de tous côtés on chante ; — et l'amant a dû quelquefois
au festin — un regard de sa belle et un destin plus heureux.]
%
Signalons encore la description d’un dîner de Nice (ch. v)
et un combat de poissardes (ch. vu).
Souvent un vers ou deux suffisent au poète pour nous
instruire d’un usage singulier, d’une coutume bizarre, ou
pour nous révéler un trait de mœurs sauvages, heureuse¬
ment abolies depuis lors. Ainsi au commencement du cin¬
quième chant, pour bien préciser l’un des moments qui
précèdent le lever du soleil, il dit que déjà on secouait des
chemises par les fenêtr es :
A li fenestra jà cascavon de camia (vers 40)
C’est-à-dire que les femmes, ouvrant les fenêtres, se¬
couaient leurs chemises de nuit dans la rue pour en faire
tomber les puces, qui naturellement avaient hâte de faire
irruption sur les jambes des passants.
Plus loin, au vers 242 du sixième chant, il caractérise la
bravoure de deux combattants, le diligent Bebet et le tendre
Bertin, par ce vers :
Entra toui soun au cas de fà courre un judièu.
[Plus que tous les autres ils sont capables de faire courir (de mettre en
fuite) un juif.]
et par cette ironie (car cela se disait et se dit encore d’un
poltron), l’auteur nous apprend qu’autrefois, avant la pre¬
mière réunion de Nice à la France (1792), les juifs de cette
ville, qui n’étaient que tolérés, supportaient patiemment
Digitized by
Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
34
RANCHER
toutes les avanies de la populace, n’opposaient aucune résis¬
tance et fuyaient même devant un enfant *.
Au drame semi-burlesque qui forme le sujet de la
Nemaïda , se rattache celui des chastes amours de Lubin et
de Courine : les scènes épisodiques entre ces deux amants
ajoutent à l’œuvre entière une agréable variété et font une
heureuse diversion à d’autres scènes d’un caractère tout
différent.
L’action se déroule sur divers points de la vieille ville et
de la campagne. Or depuis 1823 il s’est produit à Nice de
tels changements, qu’à l’exception de quelques vieillards
dont le souvenir remonte à leurs premières années, il n’est
peut-être pas un Niçois vivant aujourd’hui qui pourrait nous
renseigner exactement sur la situation de la plupart des
lieux ayant servi de scène aux divers faits racontés dans
le poème, et encore moins nous en faire le plus léger croquis.
J’en citerai quelques-uns; et d'abord qu’appelait-on le pré
de Cougnet et où se trouvait ce pré? — C’était la presque
totalité de l’espace, aujourd’hui couvert de maisons,
compris entre la rue Gioftredo, le boulevard de Carabacel,
la rue Notre-Dame et l’avenue de la Gare. Cette grande
étendue de terrain était coupée d étroits sentiers, de ruis¬
seaux, de petits fossés, et divisée en un certain nombre de
1. Il en fut à peu près de même après la chute de Napoléon I".— De 1792 à 1814, le
Comté de Nice fait partie de la France sous la dénomination de département des Alpes-
Maritimes, et durant toute cette période la condition des juifs n’y différé aucunement de
celle des chrétiens. L'administration française prend fin le 18 mai « et dès le 21, trois
jours après, dit M. Gallois-Montbrun (Étude sur rétablissement et la résidence des israé-
lites à Nice), un édit de S. M. le roi de Sardaigne remettait en pleine vigueur les anciennes
constitutions réglant l*état des israelites, dont les principales dispositions étaient le
Ghetto , le signe distinctif , la réclusion et autres mesures plus ou moins humiliantes et
oppressives : de façon que les israelites de Nice, qui le 18 mai s'étaient endormis citoyens
français jouissant de tous les droits civils et politiques, en se réveillant le 21 se trouvèrent
placés sous une législation qui les en privait totalement, sans compter l'opprobre.Enfin,
en 1848, la promulgation de la constitution par le roi Charles-Albert, vint mettre un terme
A l'état d’abjection et aux anxiétés des israélites habitant le royaume de Sardaigne et plus
particulièrement ceux de la ville de Nice. » (Extrait du tome III des Annales de la Société
des Lettres , Sciences et Arts des Alpes-Maritimes.)
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
POÈTE NIÇARD 35
parties dont quelques-unes étaient garnies de haies ou de
murs peu élevés.
Ailleurs (Ch. iv, v. 135) notre poète compare des per¬
sonnes profondément étonnées à l'homme de bois qui
était sur les bastions : le peuple appelait de ce nom la
statue en bois d’une sorte d’ermite, dressée derrière la
grille du jardin de Son Excellence le gouverneur de Nice,
jardin qui est devenu la place Charles-Albert; et l’on dési¬
gnait par le mot bastions la rive gauche du Paillon qui
forme aujourd’hui les boulevards du Pont-Vieux et du Pont-
Neuf.
Enfin, au début de son poème (v. 55), l’auteur invite sa
muse à venir se rafraîchir dans les eaux du Paillon : «Viens
« dit-il, viens jusqu’à la Fous : là tu verras sur de la
« charogne les rossignols de notre vallée. »
On ne se doutait guère, lorsque Rancher composa sa
Nemaïda y que ce lieu infect, où l’on jetait dans un charnier,
sur la grève, des cadavres d’animaux dont venaient inces¬
samment se repaître des volées de corbeaux, que par une sorte
d’antiphrase le poète appelle des rossignols, on ne se
doutait guère, dis-je, que cet affreux quartier deviendrait
l’un des plus beaux de la ville, celui qui comprend aujour¬
d’hui le Jardin-Public, l’entrée de la Promenade des Anglais,
l’hôtel de ce nom et le cercle de la Méditerranée.
Ces trois renseignements, pris dans le texte de la Ne-
maïda parmi beaucoup d’autres de même nature, témoignent
assez, ce me semble, de l’intérêt que présente cette œuvre à
un autre point de vue que celui de sa valeur littéraire : c’est
de pouvoir nous fournir des indications suffisantes pour
reconstituer presque en son entier l’ancienne topographie
de la ville et de sa banlieue.
Revenons à Rancher. La publication de la Nemaïda mit
le sceau à sa réputation de poète niçard, mais elle fut pour
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
36
RANCH ER
lui une source de désagréments et d’ennuis: tous ceux qui
se crurent atteints par sa verve railleuse furent longtemps à
le lui pardonner. Il s’en est plaint amèrement dans un autre
poème en huit chants intitulé la Mouostra raubada (la
Montre volée). Cette œuvre, encore inédite, est en la pos¬
session de M. Malausséna ainsi que plusieurs autres de
moindre importance, composées par Rancher à diverses
époques de sa vie.
Il publia en 1826 un Guide des étrangers à Nice ,
accompagné d’un plan de la ville et de ses environs dressé
par lui. La même année le roi Charles-Félix et la reine
Marie-Christine vinrent à Nice ; ils furent accueillis par des
fêtes superbes et accablés de compliments en italien, en
niçard et même en français. Rancher, employé de la ville,
ne pouvait se dispenser de faire le sien : il le composa en
cette dernière langue ; son compliment parut imprimé par
ordre en 1826, ainsi que tous les autres.
Le roi Charles-Félix revint à Nice avec la reine trois ans
après. C’est alors et non en 1826, comme l'a dit M. Toselli,
que Rancher fit jouer un à-propos dont voici le titre exact:
« Les Bergers des Alpes-Maritimes , vaudeville en un acte,
« représenté devant LL. MM. le roi Charles-Félix et la
« reine Marie-Christine au théâtre royal de Nice, le 26
«( décembre 1829. Paroles de M. Joseph-Rosalinde Rancher
« de Nice, écrivain au suprême Magistrat du Consulat.
« Musique de Messieurs Philippe Oddi et Caïetan Sicard.
« Nice, 1829. De l’imprimerie de la Société typographique.
« Avec permission. » Le titre Les Bergers des Alpes-
Maritimes est reproduit avant la première scène avec le
sous-titre : Fête champêtre.
La pièce est en français : il y a un jeune paysan niçois,
nommé Rigaud, qui parle le patois des paysans de Molière :
« Jarnigué, ste fille-là, all’est pire qu’une biche... aile fuit.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
j
POÈTE NIÇARL) 37
« toujours ; et plus je faisons pour plaire à ste cruelle et
« moins je touchons ce cœur de roche. »
Quoi ! dira-t-on, une pièce de théâtre composée en fran¬
çais et tout exprès pour être jouée à Nice en l’honneur et
en présence d’un roi italien et de la reine sa femme ! Quelle
singulière idée I — Singulière, pourquoi ? En 1829, à Nice,
aussi bien qu’à la cour de Turin, la bonne compagnie se
piquait de parler français ; et en 1854, six ans avant l’an¬
nexion, j’ai vu moi-même dans tous les quartiers de la ville,
les noms des rues écrits en italien d’un côté et en français
de l’autre ; en outre sur dix enseignes de magasin, huit au
moins également en français, et de même pour les noms
d’hôtels et d’auberges. Soit dit en passant, tout cela ne
prouve-t-il pas un peu que Nice n’a jamais été réellement
une ville italienne ?
Le vaudeville de Rancher, composé sans doute sur
commande, est un simple intermède sans action drama¬
tique. Le bailli d’un village de la montagne rassemble les
bergers et les bergères de son canton pour célébrer la
présence à Nice du roi et de la reine ; tout ce monde
témoigne l’immense bonheur que lui cause ce grand événe¬
ment : on chante les vertus de Leurs Majestés, on se
trémousse, on danse ; et dans l’excès de sa joie, M. le
bailli consent enfin au mariage de sa nièce Cloris avec
le beau berger Tircis, qu’elle voulait absolument avoir
pour mari. C’est tout.
Une pareille élucubration ne méritait vraiment pas les
honneurs de l’impression ; mais peut-être fut-elle livrée
au typographe par ordre de l’autorité. Quoi qu’il en soit,
Rancher fut singulièrement récompensé de sa peine et du
zèle qu’il avait montré en cette occurrence : voici comment,
à ce que rapporte M. Toselli en son style infiniment peu
châtié.
4
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
38
RANCHER
« Au moment où les villageois en chœur dèvaient rendre
« hommage à LL. MM. Rancher fit entrer en scène son
« neveu, enfant de neuf ans, habillé aussi en villageois,
« qui joua un petit concert (sic) sur le violon, qui amusa
« assez LL. MM. Le gouverneur de la ville, qui n’avait
« pas été prévenu de cette partie du programme, en fut
« furieux, et le lendemain il fit mettre Nino Rancher 1
« en prison; il est vrai qu’il n’y resta que deux heures,
« car ses amis intervinrent aussitôt et le firent sortir; mais
%
« le soir il s’obstina à ne pas aller au théâtre, et peu s’en
« fallut que la représentation, où devaient encore assister
« LL. MM. ne manquât par sa faute. Il fit à cette occasion,
« contre le gouverneur, une chanson très satirique et bur-
« lesque tout à la fois, qui devint très populaire à Nice. »
Le gouverneur qui donna ce jour-là une si belle preuve
de sa sottise, s’appelait le comte de Faverges. Des per¬
sonnes qui l’ont bien connu m’ont assuré qu’on le voyait
ivre les trois quarts du temps.
Aux œuvres de Rancher que nous avons citées précé¬
demment, il faut ajouter un recueil de romances avec
musique, la plupart inédites ; un volume de fables en niçard,
dont six ont été publiées, l’une par nous à la fin de notre
Exposé d'un système rationnel d’orthographe niçoise,
cette même fable et les cinq autres dans le journal la
France Méridionale de juillet et août 1882, et enfin une
pièce de vers intitulée l'Estocafic à la branlada, qu’il fit
imprimer en 1838, cinq ans avant sa mort.
La première des six fables dont nous venons de parler
a pour titre lou Grihet e lou Lapin (le Criquet et le
Lapin) ; elle est fort jolie et révèle chez l’auteur un vrai
talent de fabuliste.
1. « Ce mot de Nino était un diminutif de son nom qu’on lui donnait en famille, et ses
connaissances l’employaient comme terme d’amitié. » (Tosellï).
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
POÈTE NIÇARD
39
On a donné le nom de Rancher à l’une des rues de la
ville : c’est bien, mais on pourrait faire plus et mieux
encore. Parmi les diverses compositions de notre poète
qui reposent toujours inédites dans les cartons de quelques
personnes, il en est certainement plusieurs d’une valeur
réelle. Il serait à désirer que leurs possesseurs les missent
à la disposition d’une commission nommée par la Ville,
pour choisir celles qu’on jugerait dignes d’être offertes
au public. Ce serait là un hommage bien dû à la mémoire
d’un écrivain niçois qui, le premier, a rendu à l’idiome de
son pays, dédaigneusement qualifié de patois par des igno¬
rants, son caractère de langue littéraire, qu’il avait perdu
depuis Raymond Féraud, Blacas, Bertrand du Puget,
Guillaume Boyer et autres célèbres troubadours de l’ancien
Comté de Nice.
A.-L. Sardou.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
NICE STATION D’HIVER
L’étranger qui séjourne longtemps dans un pays où il se
plaît, finit souvent par croire qu’il s’y est acquis quelques
droits naturels. Les sites qu’il aime semblent lui appartenir
presque autant qu’aux gens du pays eux-mêmes, d’ordinaire
assez indifférents aux beautés qui les environnent; il s’ac¬
coutume insensiblement aux divers aspects de la campagne
comme à ceux de la ville qu’il habite, il s’intéresse au sort
de cette ville; et si cet homme est doué d’une certaine
activité d’esprit, il trouvera un peu dur que sa qualité
d’étranger l’exclue, pour ainsi dire, do la vie que l’on vit
autour de lui et le retienne en dehors du cercle où se
débattent toutes les questions qui passionnent et qui
forment le fond même de l’existence d’un peuple, lutte dont
les échos seuls arrivent jusqu’à lui.
Toutefois, réduit ainsi à l’état de simple spectateur, cet
étranger reste calme au milieu des passions qu’il voit
s’agiter devant lui, garde tout son sang-froid, toute la
lucidité de son esprit, toute la rectitude de son jugement,
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
NICE STATION D’HIVER
41
et s’il est vrai, corame dit le proverbe anglais, que « les
spectateurs voient le jeu mieux que les joueurs * (Lookers
on see most of the gamej, on a parfois à s’applaudir de
l’avoir entendu émettre son avis touchant des questions
purement locales.
La charmante hospitalité que Nice offre aux étrangers
qui viennent s’y fixer ne leur permet guère de conserver
cette attitude purement spectatrice. Ici le nom d’étranger
n’est nullement un reproche, et il est souvent permis à celui
qui le porte de prendre part à l’étude de toute question
importante concernant son pays d’adoption, d’entrer dans
l’enceinte où se passent vos luttes et vos efforts et d’y
prendre même, par-ci par-là, une petite part. Je n’en veux
pour preuve pour ce qui me regarde que ma présence parmi
vous, Messieurs, comme membre de la Société des Lettres,
Sciences et Arts dont vous m’avez fait l’honneur de m’ouvrir
les portes.
Je pense donc, à propos d’une grave question de ce genre,
être suffisamment autorisé à vous soumettre quelques
considérations que je crois tout à fait nouvelles ; heureux si,
approuvant mes idées, vous estimez que leur mise en
pratique pourrait contribuer à la prospérité de votre beau
pays.
Le sujet que je viens traiter très rapidement devant
vous, c’est l’avenir même de cette station d’hiver qui nous
est chère à tous. Ce n’est point l'attitude du critique
indifférent que vous trouverez en moi, mais plutôt celle du
médecin, forcé, malgré lui, de constater le mal qu’il s’agit
de guérir.
J’entre donc en matière sans plus de préambule.
Il est certain que, sous beaucoup d'aspects, Nice s’est
modifiée dans ces derniers temps à son désavantage. Rien
ne m’a plus frappé, par exemple, que le changement
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITE
42
NICE STATION D’HIVER
dans la composition de la colonie étrangère. Il y a quinze
ans seulement, vous aviez encore une foule de maisons qui
recevaient ; vous y rencontriez beaucoup de personnes dont
l’illustration était connue de tout le monde. Nice était le
rendez-vous de la fashion et de l’illustration de l’Europe.
Avec cela il y régnait la plus grande simplicité ; vous aviez
des pique-niques sur l’herbe ; des excursions aux environs ;
la conversation roulait souvent sur les sites pittoresques des
alentours et j’ai vu moi-même un pair d’Angleterre condui¬
sant l’âne sur lequel chevauchait sa femme ; j’ai vu également
un vieillard, un général de la Garde, monté sur un petit
cheval et en conduisant lui-même un autre par la bride : il se
rendait à une villa des environs pour y prendre une dame
de sa famille qui devait se promener avec lui.
Aujourd’hui tout cela est changé ; il est assez rare qu’un
pair d’Angleterre vienne séjourner quelque temps dans nos
murs, y louer une villa et s’y établir avec sa famille pour la
saison. S’il en vient encore un ou deux de temps en temps,
c’est pour les courses ou les régates et ils demeurent juste le
temps d’assister à ces divertissements. Les familles françaises
de distinction nous abandonnent aussi de plus en plus et de
même que les Anglais ont choisi Cannes pour leur séjour
d’hiver de prédilection. Le fait, Messieurs, est indéniable ; il
est constaté par chacun des quelques vieux habitués qui
nous restent encore fidèles et qui se plaignent de plus en
plus de la disparition de la société à laquelle ils étaient
accoutumés et l’on peut dire d’eux avec Virgile qu’ils sont:
rari riantes in gurgite vasto.
Ce gurges vastus se compose d’une foule qui a remplacé
en partie la bonne société d’autrefois et qui substitue aux
charmants pique-niques sur l’herbe les matinées dansantes
des cercles et les fréquentes visites aux salons de Monaco.
Cette foule loue peu ou point de villas ; elle habite pendant
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
NICE STATION D’HIVER
43
quelques semaines seulement les vastes hôtels à l’américaine
qui ont surgi de tous côtés parmi nous et où, pour la plupart,
les prix sont exagérés. Le faste règne partout; les toilettes,
même de promenade, sont de la dernière élégance et de la
dernière cherté. La saison de Nice, qui durait autrefois
six ou même huit mois, en est réduite à trois tout au plus et
encore trouve-t-on qu’on y est resté bien longtemps quand
on les y a passés en entier. Je ne veux pas dire qu’il n’y ait
encore, Dieu merci, beaucoup de gens respectables à Nice ;
mais il est bien vrai aussi que vous y voyez bon nombre de
chevaliers d’industrie, de gens des deux sexes plus ou moins
tarés, de personnes qui s’affublent de titres auxquels elles
n’ont pas droit, voilant ainsi leur réelle et triste individualité.
Or je ne dis pas que cette foule n’amène dans nos murs
une sorte de prospérité, mais tout hôtelier ou boutiquier de
notre ville vous dira qu’il se voit chaque année de plus en
plus exposé à subir des pertes sensibles à cause des gens
qui ne le paient pas. Je n’oublierai jamais un honnête
commerçant de Nice, qui étant venu se plaindre à moi
d’avoir été volé par un prétendu gentleman Anglais, me dit
naïvement : « J’avais cru jusqu’ici, que les Anglais étaient
tous des gens honorables. » Hélas ! Messieurs, ce qui le
faisait parler ainsi c’était l’ancien souvenir qu’il conservait
de la qualité des Anglais qui fréquentaient exclusivement
nos parages.
Or la cause majeure des changements que je vous signale
c’est incontestablement le voisinage de Monaco. Ce n’est
point que les hautes classes et les gens distingués ne
fréquentent pas Monaco ; bien au contraire : les Anglais eux-
mêmes et leurs médecins ont découvert, ou cru découvrir,
dans le climat de Monte-Carlo lui-même une supériorité qui ,
depuis quelque temps, leur fait rechercher ce site merveil¬
leux ; mais c’est que la mauvaise société qui est attirée par
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
44
NICE STATION D’HIVER
Monaco séjourne principalement à Nice. En effet j’ai vu à
la table d’hôte du Grand-Hôtel de Monte-Carlo une foule de
personnes, la plupart d’origine anglaise, respectables et
tranquilles, qui y séjournaient avec leurs familles, j’y ai
vu des propriétaires, des avocats en vacance, plusieurs
membres du parlement britannique menant là une vie aussi
tranquille qu’ils l’auraient pu faire ailleurs. Je n’hésite donc
pas à dire qu’en dehors des salons de jeu et de l’hôtel de
Paris, c’est à Nice et non à Monaco qu’il faut venir pour
trouver la foule donc j’ai parlé plus haut. La raison en est
que Nice est devenue une grande ville avec toutes ses
ressources et tous ses défauts,tandis que Monaco ne présente
pas la surface nécessaire pour un pareil agrandissement.
S’il y avait place pour une grande ville à Monte-Carlo nous-
ne serions pas forcés d’héberger ici des éléments qui
graviteraient nécessairement par la loi d’attraction vers leur
centre de prédilection. Voilà donc, selon moi, la première
cause du mal que j’ai signalé tout à l’heure, mais elle n’est
pas la seule.
Nice a beaucoup perdu dans ces dernières années de sa
réputation comme station sanitaire, et au commencement
de la saison actuelle, un journal de Londres qui est sur
toutes les fables disait, après avoir vanté le climat de
Monaco : « Nice, en tant que climat, est le pire endroit de la
Riviera; les montagnes n’y sont pas une protection contre
les vents froids ; les constructions y sont aujourd’hui sur
une telle échelle que le rus in urbe qui formait la beauté
de cette côte a disparu pour toujours. Au lieu de cela Nice
possède une suite de rues larges et poudreuses, flanquées
de maisons qui ne sont qu’une imitation provinciale de
l’architecture parisienne (Truth 15 nov.) »
Or, Messieurs, n’y a-t-il pas du vrai dans cette description ?
Ces rues poudreuses, lorsqu'elles courent du nord au sud,
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
NICE STATION D’HIVER
sont évidemment des couloirs pour le vent froid de la
montagne dont nous avons tant souffert dans la première
semaine du mois de décembre dernier ; et Nice ne paye-t-elle
pas ainsi son aspect de grande ville en lui sacrifiant quelque
peu de son climat? Le rus in urbe dont parle l’auteur
ne disparaît-il pas aussi de toutes parts? Un autre journal
de Londres blâme notre système d’égouts, et ici encore
tout le monde ne convient-il pas que ce système laisse
beaucoup à désirer? N’y a-t-il pas là une question qui
devrait tout primer et qu’il serait urgent de résoudre sans
délai ?
Il y a en ce moment en usage à Nice un système de
vidange, ancien système si l’on veut, qui n’est pas peut-être
le plus mauvais et auquel il est bien possible que la science
revienne un jour; mais il y a, à côté de ce système de
vidange, un autre système d’égouts pour les eaux de pluie.
Cependant les propriétaires déversent dans ces égouts le
trop-plein de leurs fosses. Les égouts, étant à fond plat et
défectueux par cela même, reçoivent ces matières, qui y font
souvent un long séjour, en été surtout, faute d’un courant
d’eau suffisant pour les entraîner. Il est évident,n’est-ce pas?
qu’il faudrait se décider pour l’un quelconque de ces deux
systèmes et perfectionner celui que l’on aurait choisi au lieu
de les laisser fonctionner tant bien que mal tous les deux
en même temps. C’est une question qui est bien à l’ordre
du jour et dont je prends la liberté de recommander la
très prompte solution à nos édiles si l’on ne veut pas que la
réputation sanitaire de Nice, déjà si fort entamée, ne souffre
encore davantage.
Il y a une autre cause qui empêche les étrangers de se
fixer à Nice pour la saison entière : le manque de villas à
louer. Je ne veux pas dire que ce qu’on est convenu d’appeler
villa à Nice n’y pullule : maisons assez coquettes, alignées
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
46
NICE STATION D'HIVER
dans une rue avec un petit carré de jardin sur le devant et
sur les côtés; vous envoyez sur nos boulevards, où elles
sont très bien, mais souvent elles se trouvent dans une rue
ordinaire et ne sont autre chose que de luxueuses maisons
de ville. Je veux parler de villas qui se trouvent réellement à
la campagne et qui jouissent des agréments d’un bon air et
d’une belle vue. Cannes possède ces sortes de villas par
centaines, tandis qu’à Nice vous pouvez les compter sur vos
doigts. Celles qui existent en effet, et qui, autrefois, étaient
presque toutes à louer, ont été acquises par les personnes
qui les habitent pour la plupart elles-mêmes et l’étranger
n’en profite plus. Je me souviens d’une famille anglaise qui,
il y a trois ou quatre ans, me demanda de lui trouver une
villa convenable à Cimiez, ayant huit à dix lits de maîtres et
il ne me fut possible que de lui en proposer une seule !
J’en arrive donc à mon projet qui me semble pouvoir
remédier à la plupart des inconvénients que j’ai cru devoir
vous signaler. Si la ville de Nice, en tant que ville, a
quelque peu perdu au point de vue du climat en augmentant
les percées vers le nord et en livrant ainsi un plus facile
accès au vent froid ; si les égouts laissent à désirer; si la
société qu’on y rencontre aujourd’hui est trop mélangée
pour plaire à tous, n’avons-nous pas encore nos collines
abritées, bien exposées au soleil et rendues aujourd’hui
pour la plupart facilement accessibles? Carabacel et Cimiez
au milieu ; les Baumettes, le Magnan, Sainte-Hélène d’un
côté; le mont Boron de l’autre ne présentent-ils pas des sites
délicieux, incomparables, dont le climat est pour le moins
égal à celui de n’importe quelle station hivernale? N’avons-
nous pas, dans le fait que la plaine et les coteaux à Nice
s’étendent au loin, un avantage très considérable dont sont
privés Monte-Carlo, Menton, San-Remo, etc., c’est-à-dire
celui de fournir des abris contre les vents très fréquents du
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
NICE STATION D’HIVER
47
sud-est alors que les stations hivernales précédemment
citées ne peuvent s’en défendre?
Il me semble donc que nous n’avons qu’à tirer parti de
nos collines pour corriger les plus grands défauts qu’on
nous reproche. Prenons, pour commencer,le quartier le plus
accessible et le plus rapproché de la ville : celui de Cimiez.
Fondons là un quartier pour les étrangers, une station
hivernale à laquelle la malveillance ne puisse trouver
d’infériorité par rapport aux autres stations de la Corniche;
donnons-lui un développement suffisant pour quelle se
suffise en quelque sorte elle-même ; dotons-la d’un bureau
de poste et de télégraphe, d’une chapelle anglicane, d’un
Lawn Tennis et d’un nom propre qui est tout trouvé et vous
verrez si les Anglais n’y afflueront pas. Là ils ne craindront
ni les égouts, ni la société assez mêlée durant la saison
d’hiver ; ils seront dans une position salubre et délicieuse
avec la campagne alentour. Déjà nous avons des signes
évidents que c’est là une direction que mes compatriotes ne
demandent qu’à prendre. Les deux hôtels qui y existent,
Vitalis et pension Garin, sont généralement remplis
d’Anglais, et ces paisibles étrangers démontrent leur
prédilection pour la campagne en allant bien plus loin encore,
à l’hôtel Saint-Barthélemy (ancienne villa Arson)qui en est
toujours rempli. Mes compatriotes. croyez-le,ne demandent
qu’à venir là ou l’on se donnera la peine de consulter leurs
goûts. Mais pour cela il faut bien se garder de transporter
à la campagne les inconvénients, en partie inévitables, de la
ville. Déjà les sociétés immobilières ont fait de leur mieux
pour détruire le côté agreste de Cimiez; sachant que
c’est en grande partie sur les Anglais qu’elles ont à
compter pour l’habiter, elles n’ont nullement consulté
leurs habitudes ; au contraire : elles ont procédé selon les
idées erronées en fait de beauté qui ne prévalent que trop
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
48
NICE STATION D'HIVER
aujourd’hui en France où la ligne droite, en dépit de tous
les enseignements de l’art depuis les Grecs jusqu’à nos
jours, semble résumer pour la plupart des architectes et
des ingénieurs le type du beau par excellence. Ces sociétés
ont déjà percé deux grandes artères toutes droites vers le
nord pour bien introduire le vent désagréable et froid que
0
les Italiens appellent du nom pittoresque de tramontana;
à côté d’une de ces artères, nommée Grand Boulevard de
Cimiez, qui non seulement est tracé en ligne droite mais
dont le nivellement a exigé que l’on comblât toutes les
dépressions et que l’on fit des tranchées dans toute les
élévations de terrain absolument comme pour un chemin
de fer, on a tracé une jolie route à lacets, Y Avenue des
Mimosas comme pour démontrer l’affreuse laideur du
boulevard et lui servir d’antithèse. Ces compagnies ont fait
par-ci par-là de grandes trouées dans les arbres et ont pris
plaisir à tout raser, laissant le sol pierreux, nu comme la
main, orné seulement de grandes affiches portant la légende :
Terrains à vendre : elles ont fait un plan de lotissement
que tout le monde peut voir et qui présente l’aspect d’un
échiquier composé de petits carrés absolument pareils à
ceux de la ville elle-même; bref, leur seule idée a été
d’étendre la ville au loin et de supprimer la campagne, la
vraie campagne que tout Anglais recherche avant tout.
Rien n’aurait pu mieux éloigner mes compatriotes que
ces boulevards courant du nord au sud, ce manque d’ombre
créé artificiellement et un plan de lotissement semblable.
En effet à Cannes, où les Anglais sont très nombreux et
où la Foncière Lyonnaise a commencé à procéder de la
même manière, on m’assure qu’ils ont signé une pétition pour
tâcher d’enrayer ce système de destruction de la campagne.
Si la Foncière, au lieu d’éparpiller un peu partout ses efforts,
à Nice, à Cannes, à Ospedaletti, à Monaco, les avait concen-
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
NICE STATION D'HIVER
49
très dans une de ces stations; si elle avait entrepris par
exemple de créer la station sanitaire de Cimiez; si elle avait
tracé sur ce vaste champ les allées sinueuses d’un parc; si
elle avait tiré parti de quelques belles positions abritées pour
y construire elle-même soit de jolies villas à louer, ou un ou
deux hôtels commodes ornés comme ceux de Cannes de
grands et beaux jardins et si elle avait donné gratuitement
un terrain pour la construction d’une chapelle anglicane ; si
elle avait en outre largement annoncé sa nouvelle station
comme jouissant d’une situation admirable et d’une vue
splendide à deux pas de la gare et de la ville, quoique
n’en faisant point partie, croyez-vous qu’il n’y aurait pas
affluence? Croyez-vous que les médecins étrangers ne se¬
raient pas revenus de leurs préventions contre Nice et que
à l imitation des anciens Romains qui se connaissaient en
fait de sites, la ville salubre, luxueuse, mais en même temps,
si je puis me servir du mot, agreste de Cimiez ne serait pas
à l’heure qu’il est une des stations favorites du littoral
Méditerranéen? Or, Messieurs, je ne crois pas qu’il soit
trop tard pour corriger en grande partie les erreurs des
Sociétés foncières à Cimiez; un système de plantation, lait
avec des arbres à feuilles persistantes tels que l’eucalyptus
qui croît si vite ici, pour arrêter le vent et pour protéger
et orner les allées trop droites, des chemins de traverse
intelligemment tracés, des lots un peu irréguliers qu’on
commencerait d’ores et déjà à planter, la construction de
commodes villas à louer, un ou deux hôtels confortables et
surtout se recommandant, si cela est possible (et pourquoi
cela ne le serait-il pas?) par un bon marché relatif, tout
cela, j’en ai l’intime conviction ferait renaître la prospérité
d’autrefois, la vraie, la solide, que vous verriez nous revenir
en dépit de la concurrence qui nous est faite et l’acharne¬
ment de la malveillance à l’égard de notre cité.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
50 NICE STATION D'HIVER
Messieurs, si je vous ai parlé exclusivement de Cimiez
est-ce à dire que je le considère comme le seul quartier
favorable ? Non certes ; mais je voudrais voir sur ce point
le noyau d’un développement ultérieur qui s’étendrait plus
loin et qui, j’en ai l’espoir, arriverait aussi par la suite au
quartier que j’habite, — le mont Gros encore tout à fait
négligé. Il est pourtant bien abrité des vents et, sous le
rapport de la vue ot de la salubrité, ne redoute aucune
concurrence ; or, ce quartier n’a besoin que d’une ou deux
routes pour être recherché à son tour. On est en train de
construire à ses pieds une petite gare, et, si les routes
projetées ne se font pas trop longtemps attendre, nous
pourrons bientôt nous enorgueillir d’avoir à Nice un second
quartier magnifique rivalisant comme position avec celui
si vanté de Cannes auquel il ressemble beaucoup : je veux
dire la Californie.
Je me résume en deux mots :
Nice est devenue une grande ville. Elle en a, il est vrai,
les défauts, qui cependant ne sont pas entièrement irré¬
médiables; mais elle en a aussi les attraits; et nous
avons, à côté de cette ville, une campagne magnifique
à laquelle, jusqu’ici, nous n’avons pas demandé tous les
avantages qu’elle peut nous procurer. Mettons la main à
l’œuvre, mais d’une façon intelligente; évitons de suivre les
anciens errements, et, au moyen de nos sociétés immo¬
bilières dont l’une s’appelle aussi Société de construction,
créons à nos portes une station hivernale complète, séparée
de Nice, quoique assez rapprochée d’elle pour que Nice en
ait tous les avantages et en retire la plus grande partie des
profits. Alors la prospérité qui nous boude bien un peu
aujourd’hui nous reviendra les mains pleines et le sourire
sur les lèvres.
J. C. Harris.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
FOUILLES A LA GROTTE LOMBARD
EXÉCUTÉES
par M. C. BOTTIN, Membre correspondant
La grotte Lombard, qui se trouve sur le territoire de
Saint-Vallier, Alpes-Maritimes, est une de ces excavations
naturelles généralement désignées, dans la contrée, sous
le nom de Baumes. La bauma en question est située au
quartier de Dégoûtai, à une altitude d'environ 700 mètres
et à 40 mètres au sud du chemin de Saint-Vallier à Saint-
Cézaire.
Cette grotte est peu profonde; c’est une sorte d’abri sous
roche très incliné, creusé probablement par un cours d’eau
qui a déposé, le long des parois et au fond de la grotte, un
lit d’argile rouge dont la disposition en talus le long de la
roche est assez caractéristique et indique sa direction du
sud-est au nord-ouest.
0
La largeur de cette excavation, qui est absolument ou¬
verte du côté ouest, est de 17 mètres, et sa profondeur, au
milieu de la courbe irrégulière et de forme à peu près
elliptique de ses parois, est de 7 m ,50 seulement, ainsi que
l’indique le croquis n° 1. Il y a bien encore un petit enfon¬
cement presque dans l’axe de la grotte, espèce de poche
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
32 FOUILLES A LA GROTTE LOMBARD
de 0 m ,75 de hauteur, garnie de stalactites, mais qui ne
modifie en rien sa forme générale.
La hauteur du plafond de la cavité, au-dessus de l’ancien
sol, était de 2 m ,50 dans l’axe, avant les fouilles; la coupe de
la grotte affecte la forme indiquée par le croquis n # 2, sur
lequel se trouve indiquée la profondeur de la fouille qui
traverse : 1° une couche de terre d’une épaisseur variant
de l m ,75 à l m ,25, d’un brun foncé assez friable, mêlée de
débris de poterie, d’ossements, les uns en éclats, les autres
taillés, accompagnés de quelques silex et de traces de
foyers.
Au milieu de cette couche, j’ai constaté l’existence d’un
certain nombre de blocs calcaires provenant de la roche
dans laquelle la grotte a été creusée ; ce sont, selon toute
probabilité, des pierres qui se sont détachées du plafond de
la grotte à l’époque où elle servait d’abri, de même qu’il
s’en est détaché récemment encore, selon le témoignage de
M. Lombard, dont le père a vu tomber, il y a une soixan¬
taine d’années, une sorte de dalle ayant plus de l m ,50 de
longueur et qui provenait de ce que le plafond de la grotte
s’était délité, par l’influence de l’action atmosphérique ou de
l’humidité du terrain supérieur après de grandes pluies;
2° Une couche de 0 m ,30 à 0 ra ,40, en-dessous de la précé¬
dente, composée de terre noire très compacte, contenant
une quantité de résidus de combustion, des cendres, du
charbon, des pierres calcinées, des coquilles terrestres du
genre Hélix Nicensis en grande quantité, des ossements
taillés, d’autres en éclats, plus petits que dans la couche
supérieure, quelques-uns calcinés.
Les poteries sont très rares dans cette couche ; par contre
on y trouve une quantité d’outils en silex, tels que cou*
teaux, grattoirs, etc.
En-dessous de cette couche se trouve l’alluvion en argile
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
(jüo/lcJU/ dU Vwte
b AAA.twto duL jO otc/U£ ,d (»^tA^CAA ^5 joyittiè «i tw. «Acjkl fcV" eU-
|WH JljjjaJL taut- A ua'wtAia^'wî. 6 j-^\x M to 'joitA'u^o (ic£/v>.
CowcKjl oUOjî| -û. 0, 40 «<twu- 'yjmjl, tua-co vniyouM. cV oywvj
tJ'kvrç 'Wtiavuaf dut- o/vuIac okeiiouitm.dU. c^^C^Ctnnt:lAxj,dit.
CUyWfa cxa*l<j& eS- && •j'uui 'wtvuU dx i itav, Doiimu/v\fc le/vuW citM t^xU.
Çîoiù -Po/nùdraL
o m fard
Digitized by
Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
Crocfuis^ Jj f
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
FOUILLES A LA GROTTE LOMBARD 53
rouge, presque rose, dont nous avons déjà parlé, et qui
constitue le sol primitif de la grotte avant l’habitation
humaine.
Cette grotte a été déblayée en partie, de nos jours, pour
en faire une bergerie; on a construit, sur le devant, un
mur en pierres sèches d’environ l m ,50 d'épaisseur, percé
d’une porte et d’une fenêtre. Les pieds-droits de la porte ont
même été maçonnés au mortier pour en augmenter la soli¬
dité et fixer convenablement la fermeture. Il en est de même
de la partie dans laquelle existe l’ouverture ; mais cette
construction est plus récente et doit être le résultat d’une
réparation.
Cette grotte a dû être en partie comblée, car j’ai retrouvé,
contre la voûte, une agglomération de terre, de cendre et de
charbon, contenant des fragments d’os et ayant l’aspect
d’une petite brèche. J’ignore quelle est la cause qui a pu
faire accumuler ces matières jusque contre la voûte ; serait-
ce l’effet d’une submersion ou d’une accumulation de déblais
d’une partie de la grotte ? Ce qui semble certain, c’est que
le déblaiement de cette grotte, pour l’utiliser comme ber¬
gerie, est relativement récent et qu’elle est restée comblée
pendant un grand nombre de siècles. Elle a dû être habitée
pendant très longtemps, vu la quantité-d’objets qu’on y
trouve. Les silex que j’y ai découverts, au nombre de plus de
mille, sont tous éclatés en long, avec des retouches leur
donnant la forme voulue suivant leur destination. Ces
instruments sont absolument semblables à ceux de même
nature que j'ai trouvés jusqu’à ce jour et n’offrent aucune
particularité ; ce sont, en général, des couteaux, des pointes
et des grattoirs. Le croquis n° 3 représente la forme des
plus remarquables à l’échelle de 0 m ,75.
Les ossements, en très grande quantité, proviennent
d’animaux qui ont servi à la nourriture des habitants de la
5
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
54 FOUILLES A LA GROTTE LOMBARD
grotte, car ils sont tous fendus dans le sens de leur longueur
pour en extraire la moelle et aussi pour les utiliser comme
armes ou comme outils. C’est par milliers que j’ai pu re¬
cueillir ces débris dont quelques-uns, figurés sur le croquis
n° 7, sont assez remarquables.
J’ai trouvé, à une profondeur de 0 ra ,60 environ, une hache
polie en diorite, dont le tranchant est taillé en biseau d’un
côté comme une herminette. Cette forme, quoique très
connue, est très rare dans la contrée ; j’ai représenté cette
pièce du côté convexe, où elle est presque à l’état brut;
l’autre côté est poli et d’une belle couleur verte (fîg. 4).
Parmi les nombreux débris de poterie, il en est un certain
nombre qui portent des traces d’une ornementation gros¬
sière, composée de lignes pointillées ou en dents de scie
tracées parallèlement et de cercles concentriques, tels que le
fragment représenté sur le croquis n° 5, sur lequel l’anse
du vase est entourée de cercles. Ces poteries appartiennent
à la période néolithique. J’ai recueilli quelques anses, dont
une à peu près semblable à celles de nos marmites. D’autres
sont terminées par un bouton arrondi convexe ou aplati,
long de deux centimètres, percé verticalement ou horizon¬
talement; quelquefois l’anse est formée par une proémi¬
nence en forme de prisme triangulaire, mais tout cela fort
grossièrement exécuté. La pâte de ces poteries est de trois
couleurs différentes : brune, rosée, grise ; elle n’a pas subi
de cuisson. Les fragments ornés sont les premiers que j’aie
rencontrés de ce genre dans le pays l .
La faune est représentée dans cette grotte par un grand
nombre d’ossements et de dents, parmi lesquelles celles du
cerf sont les plus communes. J’ai mis à part et photographié
1. Depuis cette époque, M. Bottin a découvert, dans un tombeau, deux magnifiques vases
ornés appartenant à l’époque néolithique et qui ont figuré à l’Exposition Internationale
de Nice. (Note de la Commission de publication.)
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
FOUILLES A LA GROTTE LOMBARD 55
une quarantaine de dents appartenant à des espèces diffé¬
rentes, qu’il serait très intéressant de déterminer. J’ai
également trouvé un assez grand nombre de débris de
cornes de cerf, dont une ayant 0 m , 16 de diamètre. J’ai éga¬
lement trouvé l’os frontal d’une bête à cornes beaucoup plus
grande que la chèvre et moins grande que le bœuf. L’écar¬
tement entre les cornes n’est que de 0 m ,06, tandis que chez
un bœuf de petite taille, cet écartement est au minimum
de 0 m ,15. Les cornes se dirigent vers l’arrière comme celles
des chamois. Je crois qu’il peut appartenir à la famille du
Cervus Elaphus.
J’ai trouvé très peu d’objets servant à la parure des
hommes qui habitaient cette grotte : quatre coquilles mari¬
nes, dont un cardium percé et deux petites coquilles de
forme tubulaire, genre Dentalium, de même nature que
celle que j’ai trouvée dans la grotte de Peymeinade.
Les habitants primitifs de la contrée devaient, sans nul
cloute, faire de fréquentes excursions au bord de la mer, et
il est permis de croire qu'ils devaient s’y procurer une
partie de leur nourriture. Il faut aussi admettre qu’ils
tiraient des montagnes de l’Estérel les fragments de granit
et de gneiss dont ils avaient besoin. Cette dernière pierre
devait leur servir pour en extraire le sable qu’on retrouve
dans presque toutes les poteries.
Je dois aussi mentionner la présence dans cette grotte
d’une petite ammonite, genre Lotari, trouvée à une pro¬
fondeur de plus d’un mètre, de laquelle je donne ci-après
les dimensions, diamètre... 114 millimètres, largeur du
i
dernier tour 30 millimètres, épaisseur 16 millimètres. Ce
fossile, comme on sait, fait partie du groupe planulaté
(pictet) qui appartient à la période jurassique. La grotte
étant formée dans les calcaires grossiers, cette pièce a dû
être utilisée comme ornement.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
50 FOUILLES A LA GROTTE LOMBARD
Un objet qui devait être assez précieux, bien que je ne
puisse savoir à quel usage il pouvait être employé ni sa
provenance, c’est une petite pierre arrondie, en forme de
galet déprimé sur l’une de ses faces comme par la pression
d’un doigt. Je l’ai figurée sur le croquis n* 6. Elle est très
poreuse du côté convexe et unie dans la partie concave ;
les bords en sont arrondis et très lisses; il y a, presque au
centre, un rond très jaune, et en le présentant au soleil ou
à une lampe, cette couleur est transparente dans tout son
intérieur et dans toute son épaisseur. Cet objet pèse
cinquante grammes (autant qu’une pierre de calcaire
ordinaire du double de son volume),ce qui fait comprendre
que, quoique très poreux en apparence, il doit être composé
de matières très denses. Je pense que c’est un objet venant
de la mer.
J’ignore si les hommes qui habitaient cette grotte vivaient
en anthropophages, bien que la pensée de l’affirmative me
soit venue dans le cours de mes travaux, — opinion éveillée
par quelques os du métatarse et des orteils trouvés épars
dans le cours de mes fouilles.
Les gros ossements étant tous fendus, je n’ai pu confirmer
cette opinion sur aucun des objets. Mais, vers la fin de mes
\
travaux, j’ai trouvé en F du plan n° i, à 0 m ,40 environ
au-dessus du sol, entre les deux couches d’habitation,
les restes de deux fémurs, quelques fragments de crâne, deux
vertèbres et un péroné, sans pouvoir mettre la main sur
une seule dent ou quelque fragment de mâchoire. Bien que
ces échantillons fussent disposés dans un petit cercle, rien
ne me prouve qu’ils soient les restes d’une inhumation, et ce
qui me détourne de cette opinion, c’est que l’un des fémurs
était placé avec les fragments du crâne et les quelques
autres ossements et que le deuxième était isolé, à un mètre
environ des autres. Dans tous les cas, pour connaître, à
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
FOUILLES A LA GROTTE LOMBARD 57
quelque chose près, le rôle qu’a joué cette grotte,il faudrait
terminer la fouille ; mes travaux, limités par la ligne
marquée sur le plan n° 1 n’embrassent que le quart environ
de sa grandeur.
ê
Je ne puis donc donner qu’une vague appréciation sur les
habitants de cette grotte, les ossements que je possède n’étant
pas entiers; et, le seraient-ils, il ne m’est pas permis, vu mes
faibles connaissances, de les classer d’une manière à peu
près sûre. Bien que l’arête des fémurs soit assez prononcée,
le col est très développé, et je ne puis les attribuer à la
même race que ceux de la grotte de Peymeinade ou de Menton,
quoique la coupe des silex et des os taillés soit à quelque
chose près semblable à celle des objets de même nature
trouvés dans cette dernière localité par l’honorable
M. Rivière, et que la fabrication de la poterie soit aussi
grossière que celle trouvée dans la grotte de Peymeinade
avec la race la plus ancienne. Les différents dessins dont
ces fragments sont ornés permettent d’attribuer à ces hom¬
mes une certaine intelligence artistique.
Les silex en forme de couteau sont les plus nombreux ;
on n’en trouve aucun affectant la forme des pointes de
flèches cardiformes avec de fines retouches.
Les deux couches de foyers trouvées dans cette grotte
pourraient permettre de supposer deux périodes d’habita¬
tion. Pour ce qui concerne les silex, la coupe de ceux
trouvés dans la première couche ne diffère pas de celle
de la dernière : ils étaient seulement plus nombreux dans
celle-ci ; par contre, le progrès dans la céramique est mar¬
qué d’une manière très apparente, ainsi que je l’ai déjà
dit, la plus basse couche ne m’ayant donné que trois ou
quatre fragments, tandis qu’ils étaient assez nombreux
dans la première. Les fragments d’os de la première cou¬
che sont plus gros que ceux de la dernière et les quelques
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
58
FOUILLES A LA GROTTE LOMBARD
pointes que je présente à l’appui de mon travail (croquis
n° 7) ont été trouvées dans la première couche ; on y
remarquera plusieurs poinçons, une pointe de flèche, un
couteau, un poignard. Il en est de même du bois de
cerf, aucun des fragments que je possède n’a été trouvé
dans la dernière.
Je répète de nouveau que cette dernière couche n’est
qu’un dépôt assez compact d’un mélange de charbon, de
fragments d’os, presque tous calcinés, et des silex.
La nature de la poterie, la présence d’une hache en
pierre polie, ne permettent pas d’attribuer la couche
supérieure à une autre époque que celle connue sous le
nom de période néolithique.
Il ne me reste qu’à adresser mes meilleurs remerci-
ments à M. Lombard, propriétaire de la grotte, pour la
facilité qu’il m’a donnée pendant le cours de mes travaux.
BRECHE OSSEUSE A GROS OSSEMENTS
La brèche osseuse sur laquelle nous publions quelques
notes plutôt qu’un rapport scientifique, se trouve au
versant nord de la petite montagne de Péricou, dans le
vallon de la Combe, sur le talus de la nouvelle route de
Caussols à Saint-Vallier, incliné d’environ 30 degrés. Ce
point est situé à une altitude de 800 mètres au moins.
Je dois attribuer la mise à jour de cette brèche aux tra¬
vaux pratiqués pour la construction de la route. Les osse¬
ments sont assez gros; ils sont mélangés à la matière
sédimentaire qui les agglutine à des cristaux de carbonate
de chaux, à de gros fragments de calcaire néocomien mar¬
bré, très anguleux, fourni par les roches voisines. Un tibia
que j’ai pu tenir dans un état assez parfait de conser-
Digitized by
Original from
HARVARD UNIVERSITY .
FOUILLES A LA GROTTE LOMBARD 59
vation paraîtrait appartenir à un animal de la grandeur
d’un bœuf, sans cependant que je puisse me prononcer sur
le genre de quadrupède auquel il pourrait être attribué; sa
longueur, d’une cavité à l’autre, est de 0 m ,27; quant à son
épaisseur il est impossible de la reconnaître à cause du
sédiment qui l’enveloppe.
Si je puis donner ici mon opinion, il me semble recon¬
naître dans cette brèche le même fait caractéristique que
dans celles que j’ai déjà explorées. Sa formation est due à
un très fort courant, survenu par suite des mêmes phéno¬
mènes de la nature.
Saint-Vallicr, le 8 décembre 1883.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
LES PRÉCIEUSES RIDICULES ET LES FEMMES SAVANTES '
ÉDITION DE M. LIVET
COMPTE RENDU PAR M. USQUIN, PRÉSIDENT
I
M. Charles Livet, lauréat de l’Académie, membre cor¬
respondant de notre Société, a bien voulu nous offrir deux
exemplaires d’une nouvelle édition des Précieuses ridicules
et des Femmes savantes, enrichie de préfaces intéressantes,
de notes historiques et grammaticales très curieuses.
M. Charles Livet est bien connu des bibliophiles. —
Ecrivain délicat, chercheur infatigable, il n’a reculé devant
aucune étude, quelle qu’en fût l’aridité.
En 1856, il a fait paraître une édition elzévirienne re¬
marquable du Dictionnaire des Précieuses de Somaize,
et la préface qu'il a placée en tête de cet ouvrage est un
véritable chef-d’œuvre du genre.
En 1859, il a publié une étude sur les Précieux et les
Précieuses. Cet ouvrage est tout un chapitre de l’histoire
de la société française au XVII e siècle.
Ses publications du Tartufe , de l'Avare et du Misan¬
thrope, appréciées à juste titre, ont été couronnées par l’A¬
cadémie française.
1. Nouvelle édition par M. Livet, membre correspondant. (Paris, Paul Dupont).
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
LES PRÉCIEUSES RIDICULES 61
Si cette haute distinction n’avait pas été accordée à
M. Livet, nous aurions certainement décerné à notre con¬
frère la plus haute récompense de la Société.
A Nice, en effet, plus que partout ailleurs, peut-être,
le travail de bénédictin auquel s’est livré M. Charles Livet,
doit être apprécié par les gourmets des bonnes choses lit¬
téraires.
Nous n’avons qu’à tendre le bras pour serrer la main
d’une nation amie. Tout nous rapproche de l’Italie : nos
goûts, nos qualités, peut-être même nos défauts..... et les
études remarquables de notre confrère semblent provoquer
une étude intéressante.
A cette comédie des Précieuses se rattache une ques¬
tion de philologie comparée digne d’être traitée par une
plume plus autorisée que la nôtre.
II
Nous savons tous que la langue italienne est sœur ju¬
melle de la langue française et que toutes les deux sont
de souche latine. Un siècle à peine après la conquête des
Gaules par César, la langue latine avait, en grande partie,
étouffé la langue nationale; mais, avec les barbares, arrivè¬
rent l’idiome celtique et l’idiome tudesque. Ils introdui¬
sirent dans la langue plus d’un millier de mots destinés,
pour la plupart, à exprimer les besoins de la vie maté¬
rielle. Le mélange du latin, du celtique et du tudesque a
produit la langue romane « lingua Romana rustica », qui
n’était pas encore le français, mais qui n’était plus le latin.
Charlemagne et ses ministres parlaient encore latin ou
allemand ; mais, déjà, la plupart de ses offïtfiers et de ses
soldats parlaient en langue Romane. Les capitulaires de
Charlemagne ordonnent aux prêtres de prêcher en roman.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
62
LES PRÉCIEUSES RIDICULES
Le latin a donc été, à la langue française, ce que les
cadres sont à un régiment.
Plus les langues néo-latines se rapprochent de leur
source commune, plus elles se ressemblent; mais il n’est pas
exact de dire que la langue italienne est la mère de la langue
française. La langue romane est la première qui ait eu une
grammaire et qui ait produit une littérature. C’était la lan¬
gue des troubadours. Or, ces voyageurs de la gaie science
ont eu une influence très-grande, non seulement sur la
langue française, mais sur la langue italienne. Dante, Pétrar¬
que et Boccace, c’est-à-dire les trois fondateurs de la langue
et de la littérature nationales, en Italie, ont emprunté aux
troubadours provençaux non seulement des mots mais des
idées. Dante connaissait, par exemple, les contes et les fa¬
bliaux des troubadours Bertrand de Born 1 2 , Sordel, puis¬
que, dans la Divine Comédie, il se rencontre avec le pre¬
mier, aux Enfers *, et avec le second au Purgatoire. Il
compare le troubadour Sordel à un lion reposant calme
en sa force 3 .
Les oeuvres de nos premiers poètes nomades justifiaient
bien cette fière image. Ils ne chantaient pas seulement le
printemps, les femmes et l’amour; ces troubadours étaient
#
souvent des chevaliers qui faisaient entendre de mâles et
belliqueux accents.
III
Le « fabliau » est français par son origine, par la per¬
fection de sa forme ; et cependant, chose étrange, un grand
nombre de sujets traités par nos vieux poètes se retrouvent
1. M. Villemain a raconté d’une manière trèa intéressante la vie de Bertrand de Boni.
2 . Infer no, canto XXVIII. Dante rencontre Bertrand de Born portant lui-même sa
tête ensanglantée qui semble menacer et maudire encore.
3. Purgatorio (Canto VI).
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
i
ET LES FEMMES SAVANTES 63
chez les Arabes, en Perse, dans l’Inde et dans la Chine.
N’auraient-ils pas été apportés par d’autres trouvères no¬
mades venus on ne sait d’où ?
Un Indien nommé Sindbad, qui vivait un siècle avant
l’ère chrétienne, a écrit un recueil de contes intitulé les Sept
conseillers du précepteur et de la nièce du roi. C’est un
conte dans le genre des Mille et une Nuits.
L’original indien a été traduit en persan, en arabe, en
hébreu, en syriaque, en grec.
Au XII e siècle, un moine français le mit en latin, sous
le titre de Dolophatos (ou roman des sept sages), et nos
troubadours le découpèrent en fabliaux versifiés. On le tra¬
duisit en prose et il passa ensuite en allemand, en ita¬
lien, en espagnol.
Les novellieri italiens, Boccace, entre autres, en ont
tiré plusieurs contes. Et, enfin, Molière y a pris Geor¬
ges Dandin. Cette opinion trouvera certainement des con¬
tradicteurs ; mais j’ai pour moi Ampère qui a fait un cours
si intéressant, en 1839, sur les fabliaux, Barbazay, Méon,
le Grand d’Aussy, et le savant Demogeot. D’un autre côté,
Dante n’avait-il pas eu pour maître Brunetto Latini, qui
lui enseignait « comment l’homme se rend immortel? 1 »
Brunetto Latini est l’auteur du Trésor, vaste encyclopé¬
die composée vers 1270. Or, ce livre est écrit en français ,
dans un idiome bien différent du nôtre, évidemment, mais
on voit combien la langue et la littérature françaises, étaient
estimées en Europe au XIII e siècle.
« Si aucuns demandait, dit Brunetto Latini, pourquoi
« cest livres est escriz en romans, selon le langage des
« François, puisque nous sommes Italiens, je dirois que
1. L’Italie s’est détachée de l’imitation et du langage des troubadours ; elle s’est affir¬
mée elle-même par la voix puissante de Dante.
— Demogeot. Littérature Française (Paris-Hachette.)
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
64
LES PRECIEUSES RIDICULES
« nos soraes en France et porceque la parleure est plus
« délétable et plus commune à toutes gens. »
En 1309, Dante entendait à l’Université de Paris les
leçons de Sigier de Brabant.
C’est en français que le Vénitien Marco Polo a écrit ses
voyages ; que Rusticus de Pise a écrit son roman de
Méliadus; Moraïte sa chronique; Martin da Canale, son
histoire de Venise. M. Chevalet et M. Aubertin, qui ont
étudié cette question à fond, rappellent que parler français
était une mode très répandue en Italie, à la fin du XIV e siècle.
Aussi un moine italien, Benvenuto di Imola, disait : « Je
« m’étonne et je m’indigne quand je vois toute la noblesse
« italienne s’efforcer de copier les mœurs et les usages de
« la France, dédaigner notre langue pour celle des Fran-
« çais et n’admirer que leurs livres. »
IV
Pétrarque a passé la plus grande partie de son exis¬
tence à Avignon. Sa langue préférée, c’est la langue la-
tine ; mais il a fait beaucoup de vers italiens et il s’est
certainement inspiré des troubadours provençaux, comme
le fait remarquer M. Etienne.
Boccace né à Paris, peut-être, mais dont la mère était
certainement française a rapporté de Paris la connaissance
des romans français du temps; et il a puisé, dans ce fonds
très riche, la plupart des récits sur lesquels il a exercé
sa plume ingénieuse.
— Compilateur de génie, Boccace sut traduire dans un
style imagé, rempli de charme, les chants de nos trouba¬
dours et les légendes de nos trouvères : — ses traductions
ont la grâce, le sourire de l’art antique.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
ET LES FEMMES SAVANTES
65
L’histoire de Filocopo n’est autre que celle de Floire
et Blanche fleur, roman français de notre moyen âge. On
trouve, dans cette œuvre, une sorte d’ébauche du Déca-
méron.
La Téséide est encore une imitation d’un de nos romans
du moyen-âge. C'est l’histoire de Thésée, duc d’Athènes.
Plus tard, au XIII e siècle, nous retrouvons en Italie non
plus seulement des troubadours de la langue d’oc, mais
des trouvères de la langue d’oïl. C’est ainsi que Adam de
la Hâle, dit le « Boçu d’Arras », suivit à Naples Robert II,
comte d’Artois en 1282. C’est à Naples qu’il composa le
Jeu de Robin et de Manon , comédie pastorale qui eut un
grand succès. Plus tard il composa, encore à Naples, son
poème du Roi de Sicile à la gloire de Charles d’Anjou.
Adam de la Hâle peut être considéré comme un des prin¬
cipaux créateurs du théâtre en France; ses jeux scéniques,
composés en Italie, ont précédé les Mystères l .
Ainsi, bien avant que les règles de la langue italienne
fussent même soupçonnées, la langue française était formée
et s’imposait à l’Italie. Au XIV*siècle, seulement, la langue
italienne se détache de l’imitation et du langage des trou¬
badours et s’affirme, grâce au génie de Dante, de Pétrar¬
que et de Boccace; mais il n’est pas douteux que les fon¬
dateurs de la langue et de la littérature nationales italien¬
nes se sont inspirés de la langue française et des auteurs
français. Nous verrons tout à l’heure que plus tard l’Italie
nous a bien rendu ce que nous lui avons prêté.
1. Voir les mélanges de la Société des Bibliophiles Français — Paris 18 2 $.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
ce
LES PRÉCIEUSES RIDICULES
V
La renaissance coïncide avec la découverte de l’impri¬
merie. Grâce aux Médicis qui donnèrent une hospitalité si
intelligente aux savants et aux artistes byzantins chassés
par Mahomet II, l’Italie devient un foyer artistique et lit¬
téraire. Les lettres sont représentées par Poli tien, Laurent
de Médicis, Bibbiena 1 2 , Machiavel, Pulci, Guichardin, Berni,
Bembo, l’Ariosto, etc., etc.; les arts par Michel-Ange,
Raphaël, Bramante, Bandinelli, Jules Romain, Léonard
de Vinci, le Titien, André del Sarto, le Corrège.
La philologie, complètement négligée pendant le moyen-
âge, reparaît avec les savants grecs chassés de Constantino-
pie, dont l’Italie est devenue la patrie d’adoption. Demitrius
Chalcondyle et Théodore Gaza ne se contentent pas de faire
comprendre les beautés de la langue grecque; ils étudient les
rapports qui existent entre les divers idiomes, ils créent la
philologie comparée, et, grâce à eux, grâce à leurs succes¬
seurs, Politien, Philelphe, Aide ,non seulement les diffi¬
cultés grammaticales sont résolues, mais la langue italienne
s’enrichit et s’épure.
Il semble qui l’esprit littéraire d’une nation a besoin de
sommeiller pendant quelque temps quand il a produit un
triumvirat littéraire comme celui de Dante, Boccace et
Pétrarque. C’est ce qui est arrivé pour l’Italie; mais comme
le fait si bien remarquer M. Etienne*, un des principaux
caractères de la renaissance en Italie fut le réveil des étu¬
des et le goût de l’antiquité dans toute la Péninsule.
1. L’auteur de la Calandra imitation du Ménechme de Plaute, la plus ancienne comé¬
die, peut-être, qui nous reste.
2. Histoire de la Littérature italienne (Paris, Hachette, 1875).
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
ET LES FEMMES SAVANTES
67
La langue profita de la rivalité des villes, l’idiome national
hérita de ces avantages et trouva cinq ou six centres litté¬
raires : Florence, Rome, Ferrare, Milan, Mantoue, Venise,
Urbin. L’étude du grec et du latin donna aux écrivains la
fermeté et la concision du style.
VI
La renaissance littéraire française ne fut, pour ainsi dire,
qu’une élégante contrefaçon de celle de l’Italie. Les guerres
extérieures et les guerres civiles, l’agitation des esprits, les
querelles religieuses, tout s’opposait au développement in¬
tellectuel ; mais l’Italie multiplie ses doctes envois, les livres
deviennent moins rares, et bientôt on voit se développer
de toutes parts une curiosité enthousiaste pour le passé,
une activité passionnée pour les lettres.
En 1498 un Grec venu de Florence professait déjà à l’Uni¬
versité de Paris.
En 1415 un savant Italien, Alexandro, était nommé
recteur de l’Academie de Paris; il enseignait le grec et
l’hébreu.
Un illustre philologue, Guillaume Budé, devançant de
quarante-trois ans le véritable «trésor» de Henri Estienne,
fixa dans ses commentaires le sens d’une grande partie des
mots de la langue grecque ; il se fit le législateur d’une
science qui n’avait eu jusqu’alors que d’aventureux
champions.
Dans les écrits de Budé, comme dans ceux d’Erasme, de
Scaliger, Cazaubon, Juste Lipse, Henri Estienne, Gesner,
le style devient scientifique. L’élément germain détrône
l’élément italien.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
(58
LES PRÉCIEUSES RIDICULES
Clément Marot fut le dernier représentant de la vieille
poésie nationale, le véritable type de l’esprit français. Au
commencement du XVI e siècle on trouve dans les œuvres
de Marot des vers faciles, des idées ingénieuses, familières,
sincères ; mais la langue, l’idiome national ont perdu la
grâce des troubadours pour prendre la rudesse, l’àpreté, la
trivialité du langage soldatesque; les savants la dédaignaient
et le président de Thou écrivait ses mémoires célèbres
dans la langue de Cicéron, rendue à la vie et devenue le trait
d’union de l’Europe savante.
Ronsard, en 1560, essaya de réhabiliter la langue française :
« Elle ne fructifie pas encore, disait-il, par la faute de ceux
« qui l’ont eue en garde ; il faut hâter son développement
« par l’imitation des anciens. Imitons les Romains comme
« ils ont eux-mêmes imité les Grecs. Cicéron n’a-t-il pas imité
« Demosthènes et Homère ? 1 »
Ce programme était celui de du Bellay. Il voulait pour
notre langue « un haut et merveilleux style. » Il comprenait
qu’elle était trop pauvre d’expression vraies, qu’il fallait
hardiment créer des néologismes, en les empruntant non
seulement au grec et au latin, mais aux vieux patois des
provinces. « Laissez, disait-il aux poètes, laissez aux jeux
« floraux de Toulouse les rondeaux et les virelaiset d’un luth
« bien accordé au son de la lyre grecque ou romaine, chan-
« tez-nous ces odes encore inconnues de la langue fran-
« çaise ; sonnez-nous ces beaux sonnets, docte et plaisante
« invention italienne. »
Ronsard et du Bellay sont les deux grands réformateurs
littéraires du XVI e siècle. Ils ont commencé cette grande
œuvre que devait achever l’hôtel de Rambouillet : ennoblir
la langue par l’infusion des mots et des images empruntés
1. Le Tasse qui se trouvait à Paris en 1571 vint lui demander son approbation pour les
premiers chauts de sa Jérusalem délivrée .
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
ET LES FEMMES SAVANTES
69
non seulement aux anciens et à l’Italie, mais aux divers
patois de la France. Du Bellay pensait avec raison que
de la noblesse des idées devait dériver la noblesse du
langage \
Il voulait qu’on empruntât des mots à la profession des
armes, à la guerre, à la chasse ; il ne dédaignait pas d’aller
aux boutiques des artisans pour apprendre les termes de
leur métier.
Mais, comme le dit si bien M. Demogeot, les langues ne se
font pas en un jour. Ce sont des terrains d’alluvion créés
par le temps.
Le peuple français, en grandissant, se fit à lui-même sa
langue. En ennoblissant ses idées il ennoblitprogressivement
leur expression.
Quelques années plus tard Régnier, suivant l’excellent
précepte de du Bellay «transformait en soi les meilleurs
«auteurs et, après les avoir digérés, les convertissait on
« sang et nourriture *. »
Enfin Malherbe, ce tyran des mots et des syllabes, voulait
une langue noble par choix et par exclusion. On peut dire
de lui qu’il inventa le goût en proscrivant les patois admis
par Ronsard; il mit tous ses efforts k créer l’unité de la
langue française.
VII
Marie de Médicis apporta à la cour de France le culte des
beaux-arts et les traditions de l’élégance. Elle appela de
Florence Concini et le chevalier Marini, l’auteur d 'Adone,
dont les concetti étaient trop alambiqués. Une réaction
d’affectation se produisit naturellement après tant de
1. Demogeot, Histoire de la littérature française, page 337.
2 . Œuvres de Mathurin Régnier, par Violet le Due.
G
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
1
70 LES PRÉCIEUSES RIDICULES
guerres civiles, et cette réaction tant desirée nous la devons
à l’Italie.
Bientôt, en effet, deux charmantes femmes, deux Italien¬
nes, devaient, pour ainsi dire, faire en France l’éducation du
siècle : remplacer l’exagération par le bon goût, la licence
par la convenance 1 .
Julia Savelli, Florentine, femme du marquis de Pisani,
contraignit les fiers compagnons du Béarnais à modifier
leur rude langage, et sa fille, Catherine de Vivonne, mariée à
douze ans au marquis de Rambouillet, rapporta de la terre
classique de la politesse et de la galanterie une délicatesse
extrême, une rigidité de mœurs extraordinaire pour l’époque.
A la cour de France où son rang l’appelait, la marquise
de Rambouillet avait trouvé, comme le dit si bien M. Livet:
« une parcimonie sans grandeur, une familiarité sans no-
« blesse, une dépravation sans voile ni décence. »
Si la licence des mœurs disparut, en partie, on le doit sur¬
tout à M rae de Rambouillet. Grâce à elle, grâce à sa cour
d’esprit, le goût des plaisirs littéraires, des occupations
élégantes se développa rapidement. Le charme de sa con¬
versation, son caractère facile et gai attirèrent dans son
salon toute une génération nouvelle.
« Là, dit Fléchier, on trouvait une cour choisie, nom-
« breuse sans confusion, modeste sans contrainte, savante
« sans orgueil, polie sans affectation. On y rencontrait la
« princesse de Condé, M lle de Scudéry, la marquise de
« Sablé, la comtesse de la Suze. et autour d’elles
« Voiture, Pierre Corneille, Conrard, Rotrou, Benserade,
« Saint-Evremont, Ménage, Bossuet, la Rochefoucault,
« Fléchier, le marquis de la Salle. » •
1. Partout régnait le mauvais goût. La réaction commença en Angleterre par l’Euphuisme,
sorte de franc-maçonnerie du beau langage, mise à la mode par John Lilly. Il était de bon
ton d’employer les métaphores les plus incroyables, les hyberboles les plus ridicules. — Eu
cherchant à dévulgariser la langue on dépassa le but.
Digitized by
Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
ET LES FEMMES SAVANTES
71
Mais à côté de ces charmantes Précieuses, femmes du
meilleur monde et femmes de bon goût, qui enrichirent
la langue française, tout en supprimant beaucoup de locu¬
tions vicieuses ou surannées, on vit se former en province
et à Paris même toute une phalange de Précieuses, ri¬
dicules par leur affectation de bel esprit, par la recherche
de leur langage, par leur dédain exagéré de la vie ma¬
térielle.
Chapelle décrit, dans son Voyage, une assemblée de Pré¬
cieuses de Montpellier, qu’il reconnut pour telles à leurs
petites mignardises, à leur parler gras et leurs discours
extraordinaires.
Molière se trouvait alors à Pézénas, tout près de Mont¬
pellier ; il put les étudier sur nature. Il eut bien raison
de railler leur savoir pédantesque. Sa comédie eut un
succès extraordinaire, pour l’époque, et ce succès était
bien mérité.
VIII
Les précieuses ridicules et les Femmes savantes ont été
écrites à treize années de distance.
La première de ces comédies n’était qu’une escarmouche
sérieuse de la campagne dont les batailles se nomment les
Fâcheux , VÉcole des Femmes, la Comtesse d'Escarbagnas,
et qui se termine par une victoire décisive : les Femmes
savantes.
Tout en reconnaissant que cette comédie est une des
meilleures de Molière, M. Livet se demande, avec raison,
si, à côté des trois femmes savantes, il n’aurait pas été
intéressant d’en placer une quatrième qui représentât le
bon sens et la saine raison, qui protestât contre Philaminte,
plus occupée de la comète que de ses enfants et des vers
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
LES PRÉCIEUSES RIDICULES
de Trissotin que de son ménage, mais qui ne laissât pas
sans protestation la fameuse tirade du bonhomme Chrisale :
Il n’est pas bien honnête, ( et pour beaucoup de causes )
Qu’une femme étudie et sache tant de choses.
Former aux bonnes mœurs l’esprit de ses enfants,
Faire aller son ménage, avoir l’œil sur ses gens,
Et régler la dépense avec économie,
Doit être son étude et sa philosophie.
Nos pères (sur ce point) étaient gens bien sensés.
Qui disaient qu’une femme en sait toujours assez,
Quand la capacité de son esprit se hausse
A connaître un pourpoint d'avec un haut-de-chausse.
Les leurs ne lisaient point, mais elles vivaient bien ;
Leurs ménages étaient tout leur docte entretien,
Et leurs livres, un dé, du fil et des aiguilles
Dont elles travaillaient au trousseau de leurs filles.
Les femmes d’à présent sont bien loin de ces mœurs ;
Elles veulent écrire et devenir auteurs.
Nulle science n’est pour elles trop profonde,
Et céans beaucoup plus qu’en aucun lieu du monde,
Les secrets les plus hauts s’y laissent concevoir,
Et l’on sait tout chez moi, hors ce qu’il faut savoir.
IX
La femme raisonnable, dont M. Livet regrette l’absence
dans la comédie de Molière, eût répondu à Chrisale avec
Madeleine de Scudéry, la créatrice du roman psycholo¬
gique en France, la charmante précieuse calomniée par ceux
qui ont admis les railleries de Boileau sans avoir lu une
ligne du Grand Cyrus ou de Clélie :
« Je ne sache rien de plus injurieux à notre sexe que de
« dire sans cesse : « Une femme ne doit rien apprendre. »
« Défendez-leur de parler si vous ne voulez pas leur appren-
« dre â écrire.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
ET LES FEMMES SAVANTES
73
« On ne veut pas que les femmes soient coquettes et
« galantes et on leur permet d’apprendre soigneusement
« tout ce qui est propre à la galanterie, sans leur permettre
« de savoir ce qui peut fortifier leur vertu et occuper leur
« esprit.
« Je voudrais qu’une femme eût autant de soin de son
« esprit que de son corps, et, qu’entre être savante et
« ignorante, elle prit un chemin entre ces deux extrémités,
« qui lui empêchât d’être incommode par une suffisance
« impertinente ou insupportable par une stupidité en-
« nuyeuse. »
La femme de nos jours — et, bien entendu, je parle de
la femme au point de vue international, — se rapproche (de
plus en plus) du modèle donné par M lle de Scudéry. Dans un
siècle, que la postérité appellera le « siècle géant, » —
car il aura vu l’épanouissement de toutes les grandes décou¬
vertes de la science, — la femme ne peut pas rester igno¬
rante. Elle n’est pas seulement aujourd’hui la confidente
de nos joies et de nos douleurs, elle est devenue l’associée
de nos études.
X
Depuis quelque temps une certaine littérature produit
beaucoup de mots nouveaux.
On craint que la langue française n’entre dans une période
de décadence. On le dit même à l’étranger.
Il ne faut pas s’inquiéter outre mesure de cette inva¬
sion d’expressions triviales. Le bon goût en fera justice.
La langue de Voltaire, de Bossuet, de Corneille, de Racine
et de Molière sera toujours la langue de l’élégance et de
la poésie, comme elle est celle de la diplomatie.
Un des plus savants philologues de notre époque, mon
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
74
LES PRÉCIEUSES RIDICULES
excellent et vénéré maître, M. Egger, écrivait, il y a
quelques jours, à M. Livet:
« Toute langue vivante est en perpétuel mouvement. La
« société polie, comme le peuple, ne cesse guère de créer
« des mots et d’inventer des tours de phrase. C’est un
« fonds de nouveautés qui s’enrichit tous les jours et dans
« lequel les écrivains puisent avec plus ou moins de pers-
« picacité. — L’Académie française intervient, ensuite,
« avec une autorité toujours discrète. »
Laissons donc passer ce vent de mauvais goût.
Les bourgeoises d’autrefois cherchaient à imiter le lan¬
gage des femmes de qualité. Aujourd’hui quelques fem¬
mes du monde empruntent à celles du demi-monde (et
à «elles qui n’en sont pas du tout) des néologismes qui
n’ont pas même le mérite de l’originalité.
Faut-il en conclure que la langue française soit entrée
réellement dans une période de décadence?
Non. Soyons sans crainte et répétons encore : « laissons
faire ; laissons passer. »
Frère cadet de deux sœurs jumelles : — l’ignorance et la
vanité, — le ridicule a été et sera de tous les temps ; mais
le bon sens en aura toujours raison. L’esprit français peut
s’égarer, il se retrouve toujours.
D’ailleurs, avant que le XIX rae siècle ait fait place à cet
héritier présomptif, dont l’arrivée prochaine nous laisse
quelque peu rêveurs, l’instruction aura pénétré partout.
La femme pédante et la femme mal élevée seront des
exceptions.
Nous ne verrons plus que des femmes intelligentes,
instruites, certainement, économes, peut-être, des mères de
famille saines de corps et d’esprit (mens sana in corpore
sano ), dont les enfants sauront récolter le bon grain semé
par leurs pères, en laissant l’ivraie de côté.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
ET LES FEMMES SAVANTES
75
Quant aux fausses savantes, aux précieuses ridicules,
elles seront introuvables, ou plutôt on ne les trouvera plus
que dans les œuvres de Molière, et on sera toujours heu¬
reux de les revoir en compagnie de M. Charles Livet.
Notre cher confrère a élargi le champ des commentaires
qui accompagnent ordinairement les œuvres littéraires. Ses
travaux sur Molière sont le résultat de vingt-cinq années
d’études non interrompues. Ses éditions devraient être dans
toutes les bibliothèques. M. Livet a déjà été récompensé
par l’Académie française ; nous espérons bien que cette
récompense ne sera pas la dernière.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
NICE PROVENÇALE
i
Vers l’an 350 avant J.-C., les Phocéens de Marseille
fondèrent, sur la rive gauche et à une faible distance de
l’embouchure du Var, une colonie à laquelle ils donnèrent
le nom grec de Nikaia (latin Nicæ a), la Victorieuse , en
mémoire sans doute d’un grand succès remporté sur les
peuplades de la contrée, qui, par un motif que nous igno¬
rons, avaient provoqué les armes des Marseillais.
Telle est l’opinion généralement reçue touchant l’origine
de Nice. Quelques personnes cependant font remonter à
une époque beaucoup plus reculée la date de cet évène¬
ment 1 : quoi qu’il en soit, l’étroite parenté entre les deux
villes anciennes de Marseille et de Nice n’a jamais été mise
en doute par aucun historien.
Le pays où des Grecs de Phocée jetèrent les premiers
fondements de notre ville, était habité par des Ligures,
nation qui occupait non seulement toute la Provence
1. M. Fr. Brun, l’honorable secrétaire de la Société des Lettres, Sciences et Arts des
Alpes-Maritimes, croit que la fondation de Nice eut lieu en même temps que celle de
Marseille, Tan 536 avant notre ère. Il suppose, d’après un passage d’Hérodote, que les
Phocéens qui, après la prise de leur ville par Harpale (ou mieux Harpagus), lieutenant de
Cyrus, s’étaient établis à Alalia en Corse, ayant été contraints de quitter ce lieu, prirent
le parti d’aller fonder les uns Marseille, les autres Nice, à la suite d’un combat naval contre
les Tyrrhénien8 ou Etrusques et les Carthaginois, combat qui aurait été livré au N.-O.
de la Corse. (Recherches sur Vorigine de Nice). Il n’est pas impossible que les choses se
soient passées comme le dit notre savant ami : toutefois nous devons faire remarquer
qu’Hérodote ne dit pas un mot de la fondation de Marseille et encore moins de celle de Nice.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
NICE PROVENÇALE
77
d’aujourd’hui, mais aussi tout le littoral qui s’étend du Var
jusqu’au-delà de Gènes et auquel est resté le nom de
Ligurie. A ces Ligures étaient venus se mêler un très
grand nombre de Celtes ( Keltes ) ou Gaulois, race indo-
européenne, venue d’Orient par la vallée du Danube et
qui s’établit en Germanie, dans la Gaule proprement dite
et au nord de la péninsule italique, dans la vaste région
que les Romains appelèrent Gaule cisalpine , c’est-à-dire
Gaule en-deçà des Alpes ; de même qu’ils donnèrent le
nom de Gaule transalpine au pays gaulois situé, pour eux,
au-delà des Alpes et que d’ordinaire ils désignaient tout
simplement par le mot de Gallia, la Gaule l .
Nice, colonie marseillaise, Cemenelum (Cimiez), ville
celte, à une distance d’environ deux railles au nord, et toute
la contrée environnante, se trouvaient dans la Gaule tran¬
salpine 2 .
Plus d’un demi-siècle avant la campagne de César (58 ans
9
avant J.-C.), les Romains avaient déjà soumis une grande
étendue de pays au sud-est et au sud de la Gaule transal¬
pine. Ils donnèrent à leur conquête le nom de Provincia
Narbonensis, ou simplement Provincia, et la divisèrent
plus tard en Narbonensis l a et Narbonensis 11°. Cette
dernière, dans laquelle se trouvait la ville de Nice, reçut
bien des siècles après le nom de Provence , qui n’est rien
1. « L'antique extension de la race gauloise ou celtique dans l’Europe médiane, et
surtout dans le bassin du Danube, est un fait aujourd’hui incontesté. » (Ernest Desjardins.
Géographie historique et administrative de la Gaule romaine, t. II. page 501). — La longue
occupation de la Provence par les Ligures et leur fusion avec les Celtes ou Gaulois, venus
après eux plusieurs siècles avant rentrée des Romains dans la Gaule proprement dite, sont
aussi des faits connus et démontrés depuis longtemps (Voyez p. 56 à 62, t. II du même
ouvrage). Croire et prétendre que les Ligures n’ont jamais occupé que la zone maritime com¬
prise entre le Var et Gênes et qui porte seule aujourd’hui le nom de Ligurie , c’est donc
à la fois commettre une grande erreur et faire preuve d’ignorance.
2. « De l’autre côté du Var, dans cette partie de la Ligurie qui se rattache à la Gaule
et qui comprendra plus tard la province des Alpes-Maritimes, s’éleva de très bonne heure
la ville de Nicœa, Nice, colonie marseillaise. » (Ibid. p. 179). — L’étymologie de Cemenelum
ou mieux Kemenelon (gr. KcjxeveXcov) est le celte Keménc , et signifie chef-lieu (Fr. Brun.
Annales de la Société des Lettres, etc . des Alpes-Maritimes » t. V. p. 371b
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
78 NICE PROVENÇALE
autre que la première moitié de l’expression Provincia
Narbonensis.
Plus tard encore, une nouvelle province, celle des Alpes-
Maritimes est formée, en grande partie, aux dépens de la
Narbonnaise seconde. Cette province, qui naturellement
renfermait Nice et son territoire, avait pour métropole ou
chef-lieu Cemenelum (Cimiez) agrandi et embelli par les
Romains, et, comme nous l’attestent divers documents
antiques, se rattachait toujours administrativement à la
Gaule proprement dite.
Ammien Marcellin, historien du quatrième siècle de
notre ère, a inscrit Nice dans son tableau géographique
de la Gaule (XV, xi, 15). Le témoignage d’Étienne de
Byzance, qui vivait à la fin du cinquième siècle, est tout
aussi affirmatif; voici textuellement ses paroles: Nixon»iroXt;
KcXtixt) MocffijaAioTwv dhroixo; -, « ce qui signifie, dit M. Ern.
Desjardins, non pas Nice celtique, mais Nice, ville de
Gaule, colonie de Marseille : la Gaule comprenant, pour
lui, les Alpes-Maritimes. » ( Géographie de la Gaule
romaine, t. II, p. 180, note 2).
La Notice des provinces et cités de la Gaule 1 nous
présente les deux tableaux suivants :
Provincia Narbonensis II a
Metropolis civitas Aquensium
Aix
— Aptensium
Apt
— Reiensium
Riez
— Forojuliensium
Fréjus
— Vapincensium
Gap
— Segesteriensium
Sisteron
— Antipolitana
Antibes
1. Xolitia pwinciarmn et vinlalum G al tiw. rédigée très probablement vers la Un du
quatrième siècle.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
NICE PROVENÇALE
79
Provincia Alpium maritimarum
Metropolis civitas Ebrodunensium
Embrun
— Diniensium
Digne
— Rigomagensium
Chorges
— Solliniensium
Castellane
— Sanitiensium
Senez
— Glanativa
Glandevès
— Cemelenensium
Cimiez
— Ventiensium
Vence
Ainsi la province des Alpes-Maritimes, renfermant
Cimiez et par conséquent Nice, au même titre que Digne,
Castellane, Senez, Vence et autres villes de la Gaule
transalpine, formait une division administrative ayant pour
métropole Embrun, aujourd’hui chef-lieu d’arrondissement
dans le département français des Hautes-Alpes.
Les Alpes-Maritimes figurent aussi parmi les sept pro¬
vinces composant le Diœcesis Viennensis ou gouverne¬
ment de Vienne (Isère), dans quatre autres documents
anciens, savoir : la Liste des provinces sous Dioclétien *,
la Liste de Polemius Silvius 1 2 , le Tableau des provinces
de l’empire par Rufus Festus 3 , et la Notice des dignités 4 .
Nous savons par un édit de l’empereur Honorius, daté
de l’an 418, qu’il se tenait à Arles des assemblées provin¬
ciales de tout le midi de la Gaule, auxquelles se rendaient
les députés de la Viennoise, des deux Aquitaines, de la
Novempopulanie, des deux Narbonnaises et des Alpes-
Maritimes.
Il est donc parfaitement démontré que jusque vers le
1. Manuscrit découvert eu 1863 dans la bibliothèque capitulaire de Vérone. Dioclétien est
mort l’an 313.
2. Récemment découverte.
3. Dit aussi Sextus Rufus . Il florissait vers l’an 370.
4. Notitia dignitatum Imperii romani . Les six autres provinces étaient la Viennoise, la
Xarbonnaise l re ,la Narbonnaise 2*, la Novempopulanie, l’Aquitaine l re et l'Aquitaine 2 e .
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
80
NICE PROVENÇALE
i
milieu du cinquième siècle, cette dernière province faisait
partie de la Gaule proprement dite ; mais il ne faudrait pas
en conclure qu’elle répondait exactement au département
qui porte aujourd’hui le même nom. On a tout lieu de croire
que la limite occidentale de la province romaine des
Alpes-Maritimes était le petit fleuve qui s’appelle de nos
jours le Loup, et que plus tard cette limite fut reportée
jusqu’à la chaîne de l’Estérel comprenant ainsi la ville
d'Antipolis. D’autre part au deuxième siècle de notre ère,
d’après l’Itinéraire terrestre d’Antonin \ la frontière du
côté de l’Italie ne devait pas, dans notre région, dépasser
la Turbie. Voici en effet ce que porte ce document (édition
d’Alde Manuce, Venise 1518) :
Albintimilio M.P.XVI* Aujourd’hui Vintimille
Lumone M. P. X — Cap Martin 1 2 3
Alpe summa M.P.VI — La Turbie
Usque hùc Italia hinc G allia 4 .
Cemenelo M.P.IX — Ciniiez
Varum flumine M.P.VI — Le Var
Antipoli M.P.X — Antibes
Strabon, géographe du premier siècle avant J.-C., donne,
il est vrai, le Var comme limite occidentale de l’Italie ; Pline
l’Ancien, Pomponius Mêla et Ptolémée, venus après lui 5 ,
1. Antonin le Pieux, empereur l'an 138 de J.-C., mort l’an 161.
2. C’est-à-dire, 16 mille pas. Le raille romain vaut environ 1481 mètres.
3. Entre Menton et Monaco.
4. C’est-à-dire : Jusqu'ici l’Italie, à partir de là la Gaule.
5. Pline et Pomponius Mêla ont écrit vers lemiiieu du premier siècle de notre ère; Ptoléince
appartient au siècle suivant. Il u’est pas indifférent de remarquer que la création de la
province des Alpes-Maritimes avec Cimiez pour chef-lieu date à peu près de l’époque de
Strabon, la contrée celto-ligurienne où se trouvaient Cimiez et Nice, ayant d’abord fait
partie de la Provincia ou Narbonensis J/ a ; rappelons en outre que, comme nous l’avons
dit plus haut, les A lpcs-M<u'Uinies étaient comprises dans la Viennoise , dont la capitale
était Vienne (Isère).
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
NICE PROVENÇALE Si
admettent cette limite tout simplement, sans discussion
ni raison quelconque. Il est certain cependant que Nice
était de leur temps comprise dans la Gaule transalpine :
les documents anciens qui constatent ce fait ont un carac¬
tère officiel, et il ne nous semble pas que leur autorité
puisse être infirmée par le dire de quelques géographes
qui, sous l’empire de conceptions purement systématiques,
se sont placés à un point de vue tout à fait particulier.
Nous savons, d’ailleurs, par Ammien Marcellin et Étienne
de Byzance, que trois cents ans après Strabon Nice était
toujours une ville de la Gaule ; et le témoignage de ces
deux écrivains, qui s’accorde si bien avec les renseigne¬
ments fournis par les nombreux documents que nous avons
cités précédemment, a sans contredit plus de poids que
celui de Strabon et de ses copistes. Au surplus, quelle
raison scientifique ces géographes avaient-ils pour faire
du Var une limite naturelle entre la Gaule et l’Italie ?
Ils auraient été, certes, beaucoup plus dans le vrai en
indiquant la vallée de la Roya au lieu de celle du Var,
s’ils eussent tenu compte de l’orologie, de l’ethnographie et
des divisions administratives déjà établies de leur temps.
L’empire romain d’Occident est livré aux invasions des
Barbares dès les premières années du cinquième siècle, et
durant une longue période de profonds bouleversements,
rien de fixe, rien de bien arrêté, rien de durable dans cha¬
que nouvelle situation politique ou administrative faite aux
provinces de l’empire par les hordes envahissantes, qui se
succèdent incessamment. Nice, subissant comme toutes les
autres villes la loi du plus fort, passa successivement
sous la domination des Visigoths, des Ostrogoths, des
Burgondes, des Lombards, qui la dévastèrent en même
temps que Cimiez, des Francs mérovingiens et enfin de
Charlemagne, qui, pas plus que ses prédécesseurs, ne put
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
82
NICE PROVENÇALE
la préserver du brigandage des Sarrasins, comme nous
l’apprend Eginard, son secrétaire, dans ce passage de son
livre intitulé : Vita et gesta Caroli magni: « Hoc Mauri
vindicare volentes, Centumcellas, Tusciæ civitatem, et
Nicæam Provinciæ Narbonensis vastaverunt ; c’est-à-
dire : les Maures, voulant se venger, dévastèrent Civita-
Vecchia, ville d’Etrurie,et Nice de la Province Narbonnaise
(Provence).
Ainsi l’un des plus habiles chroniqueurs du neuvième siè¬
cle, le mieux placé par ses fonctions auprès de Charlemagne
pour connaître toutes les circonscriptions des diverses
parties du nouvel empire d’Occident, ne met point la ville
de Nice dans l’ancienne province des Alpes-Maritimes,
mais dans la région qui s’appelle déjà la Provence : c’est
que, par suite des nombreux changements survenus dans
l’organisation administrative des provinces romaines, la
dénomination d'Alpes-Maritimes a cessé d’être appliquée
à celle qui avait pour métropole la ville d’Embrun (Voir
ci-dessus, page 79). Ces changements toutefois n’attei¬
gnirent point les circonscriptions ecclésiastiques, calquées
pour la plupart sur celles des anciennes provinces romai¬
nes : ce qui nous explique pourquoi les évêques de Nice
étaient suffragants de l’archevêque d’Embrun, et aussi
pourquoi les bulles et décrets des papes concernant l’évê¬
ché de Nice, placent toujours cette ville dans la Gaule
Narbonnaise ou Provence h
Au démembrement de l’empire carlovingien, Nice et
toute l’ancienne province des Alpes-Maritimes firent partie
du royaume d’Arles fondé par Boson (879), puis du Comté
1. Jusqu’au dernier siècle, la préconisation de l’évêque de Nice s’est faite à Rome en ces
ternes, à peu près comme pour les autres évêques de l’église gallicane ou église de France :
Vacat in Qaliui Narbonenai epxscopus Nicicnsis (Sommaire du Comté de Provence, etc.
par Mellarèdc, intendant général de la ville et du comté de Nice. Manuscrit de 1703, aux
Archives de la Municipalité). Voir ci-après une bulle du pape Benoît XIII.
)
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
83
NICE PROVENÇALE
de Provence, formé des débris de ce royaume (934).
A la mort du comte Raymond-Béranger IV, Charles,
duc d’Anjou, frère du roi de France Louis IX (saint Louis),
devint comte de Provence par son mariage avec Béatrix,
fille de Raymond-Béranger (1246). Charles d’Anjou fit la
conquête du royaume de Naples. Nice continua de faire
partie de la Provence sous les successeurs de ce prince ;
elle s’en détacha en 1388, après la mort de la fameuse
reine Jeanne, comtesse de Provence, et se donna au comte
de Savoie Amédée VII, dit le Rouge, pour échapper aux
horreurs de la guerre civile qui avait éclaté entre les
partisans des deux prétendants à la succession de la reine
Jeanne, savoir : Charles de Duras, cousin de cette reine,
et Louis d’Anjou, fils du roi de France Jean le Bon, que
Jeanne avait choisi elle-même pour lui succéder dans
toutes ses possessions.
Durant toute la période du moyen âge, la ville de Nice et
Cimiez, avant sa destruction par les Lombards l , sont tou¬
jours placées dans la Gaule par les chroniqueurs et surtout
par les écrivains hagiographes, dont quelques-uns emploient
l’indication plus précise de Provincia Narbonensis ou sim¬
plement Provincia, Provence. Ainsi font Aimon, abbé de
Fleury-sur-Loire, et Sigebert (X e et XI e s.) racontant la
vie de saint Hospice ; Pierre Natali et Martin Polonus
(XIII e et XIV e s.) rapportant le fait du baptême de l’empereur
romain Philippe l’Arabe et de son fils par saint Pons,
évêque de Cimiez ou de Nice au troisième siècle 2 .
C’est seulement à partir de 1388, date de sa réunion aux
1. En 575, suivant l’abbé P. Gioffredo (autrement dit Jofredy , en latin Jofredus) pages
455 et 456, tome 1 de son Storia delle Alpi Marittime. A la page 409, l’auteur dit que
l’évêché de Cimiez fut réuni à celui de Nice en 455 par le pape saint Léon.
2. Nicœa civitas sacris monumerUis illustrata opus r. d. Pétri lofredi , page 83. Voir
dans le même ouvrage, aux pages 63, 95 et 101, trois autres témoignages tout aussi formels
à propos de saint Celse, baptisé par saint Nazaire, de sainte Dévote, née à Nice, et de saint
Valère, évêque de cette ville.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
84
NICE PROVENÇALE
États de la maison de Savoie, que le comté de Nice,
jusqu’alors partie intégrante de la Provence, a pu être
considéré comme dépendant géographiquement de l’Italie,
bien que ses habitants n’eussent jamais été Italiens, ni
par leur origine, ni par l’histoire de leur pays, ni par
leur langue. Le sont-ils devenus depuis? C’est une ques¬
tion que nous examinerons bientôt: achevons d’abord cet
exposé rapide des divers changements politiques subis
par la ville de Nice et conséquemment par le Comté dont
elle était le chef-lieu.
Annexée à la République française en 1792, Nice fit
retour aux États sardes à la chute de Napoléon I er (1814) ;
elle a été réunie de nouveau à la France en 1860, par ces¬
sion du roi Victor-Emmanuel II à l’empereur Napoléon III,
et à la suite d’un vote plébiscitaire des habitants de la
ville et de tout le Comté.
Faisons ici une remarque qui ne laisse pas d’offrir un
certain intérêt. Plus de vingt-deux siècles se sont écoulés
depuis la fondation de Nice sur une terre celto-ligure
jusqu’à sa seconde annexion en 1860: se rattachant à la
Gaule proprement dite, dès son origine, et à la fondation
du royaume d’Arles, faisant partie de la Provence, Nice
n’est restée séparée de cette province et par conséquent
de la France que durant quatre siècles et demi, c’est-
à-dire à peu près un cinquième seulement de sa longue
existence l .
1. On compte quatre cent soixante-douze ans de 1388 à 1860 ; mais il faut retrancher de
ce chiffre vingt-deux ans de domination française depuis 1792 jusqu’en 1860, ce qui donne
juste quatre cent cinquante ans.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
NICE PROVENÇALE
85
II
Nous avons vu que le comté de Nice n’était en réalité
qu’une subdivision du Comté de Provence en 1388, lorsqu’il
passa sous la domination de la maison de Savoie. Nice,
provençale alors et depuis des siècles, fut-elle dans la
suite considérée comme ayant cessé de l’être ? Les princes
de Savoie vont eux-mêmes nous répondre : nous joindrons
à leur témoignage celui de divers écrivains niçois et en
outre la précieuse déclaration du grand ministre sarde le
comte de Cavour.
Amédée VIII succède à son père Amédée VII le Rouge
en 1391 et, en vertu de la récente acquisition des comtés
de Nice, de Vintimille et autres lieux, il prend les titres
suivants en tête d’un rescrit adressé, l’année d’après, aux
officiers de la ville et du comté de Nice :
Amedeus, Cornes Sabaudiæ, Dux Chablasii et Augustæ, in Italià
Marchio, Princeps Sacri Romani Imperii, in Provinoià Dominus,
ejusdemque Sacri Imperii Vicarius Generalis ; Dilectis Senescalio,
Capitaneis, Judicibusque et cæteris officialibus nostris Provinciæ,
Comitatumque nostrorum Forcalquerii, Vintimilii, etc. 1
— Amédée, comte de Savoie, duc de Chablais et d’Aoste,
Marquis en Italie, Prince du Saint-Empire Romain, Sei¬
gneur en Provence, Vicaire Général dudit Saint-Empire;
à nos chers Sénéchal, Capitaines, Juges et nos autres
Officiers de Provence et des Comtés de Forcalquier, de
Vintimille, etc. —
Les comtes de Provence Louis I er et Louis II d’Anjou,
rois titulaires de Naples, n’ont cessé d’être en lutte avec
les comtes de Savoie au sujet des nouvelles acquisitions
1. Gioffredo. Storia délie Alpi-Marittime . t. III, p. r>16.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
NICK PROVENÇALE
8b*
laites, à leur détriment, par ces princes étrangers. Un
premier accommodement a lieu en 1400 entre Yolande
d’Aragon, femme de Louis II, reine de Jérusalem et des
Deux-Siciles, comtesse de Provence, etc., stipulant en son
nom et au nom de son mari, qui guerroyait à Naples, d’une
part ; et d’autre part Amédée VIII, comte de Savoie, duc
de Chablais, etc. (Voir ci-dessus). Ce traité, rapporté par
l’historien niçois Durante, renferme la phrase que voici
en vieille langue française :
« Pour cause de la demande que ma dicte Dame la Royne et le Roy
dessus dicts font et ont faicts audict Comte, pour les terres qu’icelui
Comte tient au pays de Provence, telles que la ville de Nice et ses
vigueries, etc. »
Suit la ratification par Amédée VIII en date du 25 août
1400. On y lit deux fois ces expressions : « notre pays et
vigueries de Nice en Provence l . »
En 1406, le même Amédée VIII envoie par écrit à
Oddon de Villars, gouverneur de Nice, l’ordre de mettre le
château de cette ville à la disposition du pape Benoît XIII,
pour y prendre ses logements ; sa lettre commence ainsi:
Amedeus, Cornes Sabaudiæ, carissimo consanguineo et fideli do¬
mino Odoni de Villars, domino Bauciæ, locumtenenti nostræ civitatis
Niciæ et aliarum terrarum nostrarum quas habemus in Provincià,
salutem et dilectionem sinceram 2 .
— Amédée, comte de Savoie, au très cher cousin et
fidèle seigneur Oddon de Villars, seigneur de Baux, notre
lieutenant en la ville de Nice et autres terres que nous
possédons en Provence, salut et sincère affection. —
Le pape Benoît XIII, de séjour à Nice en 1405, y
publie une bulle confirmant un accord entre l’évêque et
1. Durante, Histoire de . Vice . Turin 1823. T. II. p. 31.
2. Giotfredo, t. III, p. 61i
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
NICE PROVENÇALE
K7
les chanoines de cette ville, d’une part, et les frères
ermites de Saint-Augustin, de l’autre. On lit dans cette
bulle les lignes que voici :
Quod cum propter guerrarum calamitates quæ in præsenti patrià
Provinciæ his, diù est, lapsis temporibus viguerunt, conventus sive
domus, claustra et ædificia Fratrum heremitarum S. Augustini
civitatis Niciæ fuerint dirupta, etc. 1
— Considérant que par suite des calamités causées par
les longues guerres qui, durant ces derniers temps, ont
régné en ce pays de Provence, le couvent, c’est-à-dire la
maison, le cloître et les bâtiments des Frères ermites de
Saint-Augustin de la ville de Nice ont été détruits, etc. —
En 1419, nouveau traité entre la reine-comtesse Yolande,
veuve de Louis II, régente pendant la minorité de son
fils Louis III, et Amédée VIII, duc de Savoie 2 . Après
une longue énumération des villes du Comté, telles que
Nice, Villefranche, Eze, la Turbie, etc. vient cette
phrase :
Et generaliter omnia alia loca et terras quæ et quas dictus dominus
Dux Sabaudiæ tenet et possidet de præsenti in dictis comitatibus
Provinciæ et Forcalquerii ac Vintimelii 3 .
— Et généralement tous les lieux et les terres que ledit
seigneur Duc de Savoie tient et possède en ce moment
dans les dits comtés de Provence, de Forcalquier et de
Vintimille. —
Ainsi dans cet écrit officiel la ville de Nice, celles de
Villefranche, Eze, la Turbie, etc., sont déclarées faire
partie de la Provence.
1. Gioffredo, t. III, p. 613.
2 . Duc à partir de 1416 ; il n’avait porté jusqu’alors que le titre de comte.
Gioffredo, t. IV. p. 50 et 51.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
88 NICE PROVENÇALE
Amédée VIII fait, en juillet 1426, une confédération
avec les républiques de Venise et de Florence contre le
duc de Milan ; le texte du traité porte cet article :
Item quod si, durante tempore præsentis unionis et liguæ, præfatus
dominus Dux Mediolani aut ejus collegati, recommendati, complices,
fautores, subditi, vel sequaces, moverent guerram per mare civitati
Niciæ de Provincià, etc. 1
— Item, que si durant le temps de la présente union et
ligue, le susdit seigneur Duc de Milan ou ses alliés,
vassaux, complices, fauteurs, sujets ou partisans, faisaient
la guerre par mer à la ville de Nice de Provence, etc. —
Cinquante ans après, en 1476, le prince Philippe de
Savoie, comte de Bugey et de la Bresse, nommé gouver¬
neur de Nice par son neveu le duc Philibert I er , fait
précéder son entrée en fonctions, par une adresse aux
Niçois, qui débute en ces termes :
Universis sit manifestum quod Nos, cupientes possessionem civitatis
Niciæ et castri in eadem civitate siti, totiusque terræ Provinciæ
eidem civitati adjacentis habere uti Gubernator dictæ civitatis et
patriæ, etc. 2
— Qu’il soit manifeste à tous que Nous, désirant prendre
possession de la ville de Nice et du château situé dans la
même ville, ainsi que de toute la terre de Provence adja¬
cente à la même ville, en qualité de gouverneur de ladite
ville et pays, etc. —
Un professeur nommé François Pellos publie en 1482
un traité d’arithmétique écrit en niçard et se qualifie de
citoyen de Nice, chef-lieu de la terre neuve en Provence:
Cap de terra nova en Provensa.
1. Gioffredo, t. IV, p. 89.
8. Ibid. p. 878.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
NICE PROVENÇALE
89
En 1562, autre traité d’arithmétique, aussi en niçard,
publié par Fulconis de Nice, terre de Provence, comme
il le dit lui-même l .
Voilà, croyons-nous, assez de témoignages empruntés à
do vieux documents : passons à des dates plus récentes.
L’historien niçois Durante fait paraître en 1823 une
Histoire de Nice écrite en français; à la page 565 du
second volume se trouvent ces deux lignes, aveu précieux
d’un littérateur fort instruit, écrivant l’histoire de sa ville
natale sous le régime du gouvernement sarde :
« La partie la plus pauvre de la Provence était sans contredit le
Comté de Nice. »
Le 2 mars 1860, la Chambre des députés sardes siégeant
à Turin discute le projet de cession du comté de Nice à la
France: le premier, ministre M. de Cavour, prononce à
l’appui de ce projet un discours dont voici un fragment
que nous empruntons à la brochure de M. Auguste Brachet,
intitulée : Al misogallo signor Crispi.
*
« Nos Etats comptent deux villes de Nice : l’une en
« Piémont, qu’on appelle Nice-de-Montferrat, l’autre au
« bord de la mer et que nous, dans notre jeunesse au moins,
« nous avons été habitués à nommer Nice-en-Provence.
« J’ai habité Nice ; j’y ai reçu une grande quantité de
« lettres dont la suscription portait : Nice en Provence.
« Cette locution serait-elle devenue populaire, vulgaire, si
« Nice était une ville italienne ?
« Mais quel est l’indice le plus concluant de la nationa-
« lité ? C’est la langue. Le langage niçois n’a qu’une
« analogie lointaine avec l’italien : c’est à peu près celui
1. Ces deux ouvrages sont à la Bibliothèque municipale de Nice ; chacun peut en deman¬
der communication. Le premier porte ce titre singulier : Sen segxie de la art de arithmeticha
et semblatment de jeumetria dich ho nominat Compendion de lo abaco ; l’autre est intitulé
Opéra yxora (Varismethira intitulada Cinterna Fvlcronica novellament compau&ada»
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
90
NICE PROVENÇALE
« de Marseille, de Toulon, de Grasse. Quand on parcourt
« la Rivière de Gênes, on y trouve la langue italienne dans
« ses diverses modifications jusqu’à Vintimille. Au delà
« il y a comme un changement de scène : c’est tout une
« autre langue. Je ne conteste pas qu’à Nice les gens bien
« élevés savent l'italien ; mais dans la vie ordinaire, c’est
« le provençal ou le français qu’ils parlent. Un assez grand
« nombre de mes anciens collègues, les députés niçois,
« parlaient italien, il est vrai, dans cette chambre; mais,
« remarquez-le, ces députés étaient d’anciens employés,
« des membres du barreau ou de la magistrature familia-
« risés avec la langue italienne par leurs occupations.
« Quand Nice nous a envoyé comme députés des proprié-
« taires et des industriels, ils ont été dans la nécessité de
« parler français. Dans une occasion récente où le député
« Bottero eut à me présenter une députation de commer¬
ce çants de la ville qui l’a élu, il ne se servit pas de
« l’italien, qu’il parle pourtant fort bien : se trouvant à
« la tête d’une députation de Niçois, il fut obligé de parler
« français. Cela serait-il arrivé, si Nice eût été vérita-
« blement italienne ?
« On dira: le même fait se retrouve dans tous les pays
« de frontières. Messieurs, si jamais des circonstances
« que je ne puis prévoir amenaient au milieu de nous
« des députés du haut Frioul ou de l’extrémité de la
« Sicile, croyez-vous qu’ils parleraient les uns l’allemand,
« les autres l’arabe ? Je ne le pense pas. »
Nous avons trouvé, dans un livre publié peu d’années
après 1860, le compte rendu détaillé de la réception faite
par Cavour à la députation du parti piémontais de Nice,
réception sur laquelle le célèbre ministre n’avait pas à
s’appesantir dans le discours que nous venons de citer.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
-NICE PROVENÇALE
01
Le lecteur nous saura gré, sans doute, de transcrire ici
cette page amusante d’un jeune écrivain niçois.
« Les délégués exposèrent, dans les termes les plus
chaleureux, les aspirations de leurs concitoyens, le désir
de ne pas voir le comté de Nice détaché du Piémont,
parce que, disaient-ils, il avait été toujours italien.
« M. de Cavour écouta attentivement leurs prières. Le
sourire bienveillant qui se dessina sur les lèvres de l’illustre
personnage fit présager aux membres de la députation la
réponse qu’ils devaient en attendre.
« Il prit la parole. Les représentants de Nice, sous le
coup de la plus vive émotion, écoutèrent, dans le plus
profond silence, les paroles du ministre, craignant de per¬
dre un mot, une syllabe, une lettre de la précieuse réponse
qu’ils devaient transmettre à leurs concitoyens.
« Messieurs, dit-il : excessivement flatté de la fidélité
« des Niçois, fidélité qui n’a jamais fait défection, je vous
« remercie au nom de Sa Majesté et au nom de tous les
« membres de la Chambre que je vais présider, qui verront
« comme moi que vous n’êtes pas plus Italiens que Turcs;
« car vous venez de le prouver en m’adressant voire prière
« en langue française » ( Les Brouillards de Nice) \
M. Brachet a fait suivre l’extrait du discours prononcé
par le comte de Cavour, d’une intéressante remarque,
servant, pour ainsi dire, de commentaire aux paroles du
ministre et qui mérite d’être reproduite. « Cavour, dit-il,
aurait pu ajouter que lorsque fut promulgué le Code de
Charles-Albert, le gouvernement piémontais en publia
une édition spéciale en français pour la ville de Nice.
1. Le projet de cession à la France avant été adopté par la Chambre de Turin, on crut
devoir le soumettre à la sanction du suffrage universel dans tout le comté. Le résultat du
vote, fut à Nice 6,810 oui et 11 non; les autres communes du comté donnèrent ensemble
18.243 oui et 148 non, ce qui fait en tout 25.053 votes pour l'annexion et seulement 159
contre. N'est-cc pas vraiment l'unanimité ?
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
92
NICE PROVENÇALE
« D’ailleurs la science a prononcé : dès 1835, dans sa
Gra.mma.tik der Romanischen spraken, Diez, le fondateur
de la philologie comparée des langues néo-latines, plaçait
la frontière de la langue italienne à Vintimiglia et rangeait
le comté de Nice dans le domaine de la langue pro¬
vençale. Alors que Nice appartenait encore à la Sardaigne,
l’émule de Karl Ritter et de Malte-Brun, l'illustre géo¬
graphe vénitien Adriano Balbi, tranchait la question dans
le même sens, il y a plus de trente ans, en même temps
qu’il réclamait à la France d’autres territoires qualifiés
par lui d’Italie française. » (Traité de Géographie, par
Adriano Balbi. 1850, in-8°, p. 370).
III
« Nice n’est pas et n’a jamais été une ville italienne :
c’est une ville provençale se rattachant géographiquement
à la Gaule ou France, dès son origine et dans tout le cours
des siècles, lors même qu’elle dépendait politiquement d’un
gouvernement italien. »
Telle est la conclusion par laquelle nous pourrions ter¬
miner ici une discussion semée de preuves ayant toutes une
valeur qu’on ne saurait méconnaître, et nous sommes assuré
que tout lecteur impartial se déclarerait d’ores et déjà par¬
faitement convaincu ; mais un puissant motif nous oblige
à poursuivre. Nous avons tout lieu de craindre que plus
d’un Niçois n’admette pas comme suffisante l’une des preu¬
ves, la dernière qui a été produite, indiquée plutôt que
solidement établie, celle enfin que M. de Cavour et l’illustre
philologue Diez ont tirée du langage vulgaire usité à Nice;
et voici la raison du doute qui nous tient :
Il s’est trouvé, presque de nos jours, des écrivains niçois
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
NICE PROVENÇALE
93
qui, ne s’étant jamais appliqués à l’étude des langues com¬
parées et restés par conséquent à peu près étrangers aux
premiers éléments de la linguistique, fort habiles d’ailleurs
(nous voulons le croire) en tout autre genre de savoir, se
sont figuré que le niçard, bien que dérivant de la vieille
langue cVoc, différait essentiellement des dialectes moder¬
nes de cette langue; que s’il avait été du provençal jadis,
ce n’en était plus aujourd’hui ; en un mot que c’était une
langue particulière,une langue qu’on pourrait dire nationale,
au même titre que l’italien, l’espagnol, le français et toute
autre langue néo-latine.
Comme on le pense bien, cette manière de voir est promp¬
tement devenue celle d’un assez grand nombre de Niçois peu
studieux de leur nature, qui s’en tiennent à l’apparence et
attachent une grande importance à de minces détails, à
deux ou trois points tout à fait secondaires, simples ques¬
tions d’orthographe ou de prononciation.
Ainsi, par exemple, vous entendrez à Nice des personnes
qui ne manquent pas cependant d’une certaine instruction,
vous faire ce singulier raisonnement : « Nous n’écrivons pas
le niçard comme on écrit le provençal, donc le niçard n'est
pas du provençal. —II est vrai, leur répondrez-vous, que
vous avez remplacé l’orthographe naturelle de votre idiome
par celle de la langue italienne, et ce n’est pas ce que vous
avez fait de mieux ; mais à juger ainsi sur la seule appa¬
rence, le niçard serait donc, sinon du pur toscan, du moins
un patois italien, ce que vous avez mille fois raison de nier.
Jusqu’à la fin du seizième siècle vos pères orthographiaient
le niçard comme le faisaient et le font encore tous ceux
qui parlent un dialecte de la langue provençale ; une foule
d’anciens documents témoignent de ce fait. Est-ce que les
modifications maladroitement apportées depuis lors à la
forme matérielle des mots a pu changer la nature même
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
94
NICE PROVENÇALE
de ces mots? Ce serait prétendre qu’un costume étran¬
ger change * nécessairement la nationalité de la per¬
sonne qui l’a revêtu. Rendez à votre idiome sa propre
orthographe et il apparaîtra à tous les yeux avec son
vrai caractère. »
— « Nous savons Tort bien, diront-ils encore, que notre
idiome s’orthographiait à la provençale tant qu’il a été
du vrai provençal ; mais l’influence de l’italien s’exerçant
de plus en plus, les Niçois, comme le dit notre historien
Durante, « ont adopté une prononciation plus italienne, à
« cause de leur plus grande fréquentation avec le Piémont,
« la Ligurie et la Toscane 1 ». Et voilà pourquoi le niçard
n’est ni du provençal ni de l’italien, et voilà pourquoi aussi
nous nous en tenons à l’orthographe italienne. »
Il serait difficile, certes, de raisonner d’une façon plus
contraire aux règles de la logique ; aussi ne nous arrêterons-
nous pas à de pareilles arguties ; nous ferons seulement
une question. Vous dites que les Niçois ont adopté une
prononciation plus italienne ; voyons vos preuves? Est-ce
parce qu’ayant emprunté l’orthographe italienne, ils pro¬
noncent le ce et le ci comme le font les Italiens et comme
les vieux Niçois prononçaient jadis le provençal ché, chi ?
Mais vous faites alors un pitoyable sophisme, vous prenez
le signe pour la chose signifiée !
Nous, qui avons l’habitude de ne nous prononcer qu’après
mûr examen, nous trouvons au contraire dans cette malen-
1. Ce sont en effet les paroles de Durante (Histoire de Nice , t. I, p. 355, Nice, 1823) ; mais
cet écrivain les a fait précéder de cette déclaration formelle : « Les habitants de Nice
parlent encore aujourd’hui l’idiome provençal.» Cela est parfaitement vrai ; ce qu’il dit
après l’est beaucoup moins. Sans contredit Nice avait de fréquentes relations commerciales
avec la Ligurie ou Rivière de Gênes ; mais elle en avait de tout aussi grandes avec la
Provence à l’ouest du Var : elle en avait aussi par mer avec la Toscane, mais de moindre
importance qu’avec Marseille. Quant au Piémont, dont elle est séparée par la chaîne des
Alpes et ses contreforts, et avec lequel elle ne pouvait avoir que très difficilement des
communications par voie de terre, en raison du manque de bonnes routes, ses relations
commerciales ne consistaient guère qu’en importation de bestiaux.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
MCE PROVENÇALE
95
contreuse application de l’orthographe italienne à l’idiome
niçois, la preuve péremptoire que l’italien n’a eu et ne
pouvait avoir que fort peu d’influence sur la prononciation
de cet idiome, tellement peu, que la chose mérite à peine
d’être signalée.
On ne saurait, en effet, donner comme preuve de cette
influence l’emploi, dans l’écriture, des formes ce, ci pro¬
noncées à l’italienne : ici la chuintante forte che, chi (tché,
tchi) du provençal a été remplacée par la notation italienne,
de même qu’à la chuintante douce j (djé) on a substitué
la forme gi : de sorte qu’au lieu d’écrire par exemple,
comme on le faisait autrefois, charra, pichoun, pounchut,
jamai, jugà, on a écrit ciarrh , picioun, pounciut , giamai,
giugà. Vous ne pouvez ignorer que les deux chuintantes
provençales ont existé de tout temps dans le niçard : il
n'y a donc eu là qu’un simple changement de signe ; la
chose n’a nullement été modifiée.
On ne pourrait pas davantage arguer de ce fait que
l’articulation qué, figurée par la lettre q en provençal comme
en français, l’a été par le ch italien, et que l’on a écrit
achéu, acheta, achi , chith, chiet , au lieu d’a quéu, aquela,
a qui y quitk , quiet , formes incontestablement meilleures.
Là aussi, il n’y a eu qu’une simple substitution de signes
orthographiques.
En réalité cette influence de l’italien se réduit à deux
cas exceptionnels, savoir : 1° la prononciation de trois ou
quatre mots, tels que a cident (accident), ecelent (excellent),
acetk (accepter), ecith (exciter), dans lesquels les Niçois font
du c la chuintante forte tché à la manière des Italiens, au
lieu de lui conserver le son de l’s qu’on lui donne dans tout
le midi, comme ils le faisaient eux-mêmes jadis et comme ils
le font encore aujourd’hui dans un plus grand nombre d’au¬
tres mots, tels que crdà , celesta, circoustama, circula,
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
%
NICE PROVENÇALE
fa.cila.men , publicité, récipient , etc. 1 ; *2° dans l’accen¬
tuation ou accent prosodique d’un très petit nombre de
mots empruntés à l’italien : anima, regina , grammatica , ou
ayant la forme italienne, quoique appartenant aussi bien à
la langue cl'oc, comme par exemple musica , dont ils font
la première syllabe longue et la seconde brève, au contrai¬
re des Provençaux à l’ouest du Var. Tout cela, redisons-le,
* / 11
mérite à peine d’être remarqué ; des faits pareils se ren¬
contrent partout dans les pays de frontière, et on ne saurait
en conclure que la prononciation de l’idiome lui-même,
dans ce qui le constitue essentiellement, a subi une sérieuse
influence étrangère.
Il en serait tout autrement et l’on aurait raison d’assu¬
rer que les Niçois ont adopté une prononciation italienne,
si cette prononciation s’était imposée dans les cas très
importants que nous allons citer et où le niçard, par son
caractère propre, par sa qualité de dialecte dérivé de la
vieille langue provençale, a repoussé énergiquement toute
modification pouvant résulter de son contact avec la langue
italienne. Voici le fait : l’idiome niçois, de même que les
autres dialectes de la langue d'oc et que le français, a deux
u : l’un que nous appellerons 1 'u gaulois 8 et qui sonne
comme dans cette phrase tu Vas vu ; l’autre Vu latin, qui
se prononce ou et que nous représentons dans la langue
écrite par ce groupe de deux voyelles; mais que les Italiens,
qui n’ont que celui-là, figurent simplement par la voyelle
u. L’influence de l’italien aurait été vraiment digne d’être
1. Tous ces mots sont écrits ainsi dans la première édition de la Nemaida donnée par
Kancher, et pourtant on ne les prononce pas à l'italienne mais à la provençale. CVst que
Kancher n'avait accepte qu’à contre-cœur, pour ses écrits en niçard, l'orthographe italienne,
imposée par un usage relativement moderne; et, entraîné par son instinct de grammairien,
de linguiste et de lettré, cédant inconsciemment peut-être à l’empire de la raison, il lui
est arrivé dans bien des cas de rendre à l'idiome niçois son orthographe propre, celle de la
langue d’oc.
2. Cet u gaulois a persisté jusqu'à présent dans les patois de la haute Italie, ancienne
Gaule cisalpine.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
NICK PROVENÇAL]-:
97
constatée, si l’a gaulois eût fait place à Yu latin et que
les Niçois eussent cessé de dire, par exemple : un malur,
degun, la luna, la natura , et prononcé tous ces mots à
l’italienne : oun malour, degoun, la louna, la natoura.
Il en eût été de même pour le z, qui en niçard sonne com¬
me en français et en provençal, tandis qu’il se prononce
dsé en italien : au lieu de zéro, Zémira 1 les Niçois auraient
fini par dire dséro, dzémira.
Il est donc certain que l’italien n’a exercé qu’une très
faible influence sur la prononciation de l’idiome niçois :
ajoutons qu’il ne pouvait en avoir une bien grande, par
la seule raison que le génie de la langue de si n’est pas
le même que celui de la langue d'oc
Aussi le niçois, dialecte moderne de la langue des trou¬
badours, s’est-il difficilement prêté à l’adaptation d’un sys¬
tème orthographique tout à fait contraire à son caractère
originel : si bien que, revêtu de cette livrée étrangère dans
l’écriture, il se montre souvent à nous sous des formes
bizarres, ridicules môme, telles par exemple que celles des
mots siel, sent, sirche , chinze, chestioun, formes qui no
viennent ni du latin cœlum, centum, circus, quindecim,
questio , ni de la langue d’oc cel, cent, cirque, quinze,
questio ou question, ni même de l’italien cielo, cento, cir-
co, quindici, questione, où se voient toujours le c, et le
q étymologiques.
Nous pourrions signaler bien d’autres singularités ou
bizarreries que présente au linguiste le langage populaire
de Nice, mais ce serait nous écarter beaucoup trop de
notre sujet 3 . Arrivons à un autre fait de prononciation,
1. Nom d’une chienne dans la Nemdida de Rancher, ch. II, v. 293.
2. Tout vrai linguiste comprendra la force de cette raison.
3. Voir pour plus ample connaissance de ces faits nos deux brochures intitulées VIdiome
niçois , ses origines , son passé , son état présent , et Exposé d'un système rationnel d'ortho¬
graphe niçoise; mémoires insérés dans les tomes V et VII de la Société des Lettres. Sciences
et Arts des Alpes-Maritimes.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
0R
NICE PROVENÇALE
auquel on a voulu donner une certaine importance, savoir
le maintien à Nice de l’ancienne désinence a, remplacée
dans presque tout le midi romanisant par la désinence o.
Ici nous serons forcé de nous livrer à une discussion un
peu longue peut-être ; mais nous avons à réfuter les idées,
l’opinion d’un écrivain niçois, le chevalier Toselli, dont la
parole avait une assez grande autorité de son vivant, et en
a encore aujourd’hui chez bon nombre de ses concitoyens.
Dans un livre qu’il publia en 1864 et qui porte le titre
de Rapport cl’une conversation sur le dialecte niçois ,
M. Toselli nous apprend tout d’abord que se trouvant un
jour assis avec un de ses amis sur un banc du boulevard
du Pont-Neuf, il entendit la grosse voix d’un Français
venu à Nice d’un village situé sur la rive droite du Var, et
qui se plaignait de ce que M. le maire avait mis lei basculo
per l'octroi 1 2 , de sorte qu’il lui a fallu payer 63 francs et 12
sous pour uno carretado * de 500 kilos de raisin.
« Ces quelques paroles, dit-il, me firent faire l’observa-
« tion qu’il existe une grande différence entre le dialecte
« niçois et le dialecte provençal. » Et où voit-il cette
grande différence? En ce que le paysan d’outre-Var a dit
basculo , carretado , tandis qu’un Niçois aurait dit bascula ,
carretada.
Son ami n’étant pas de son avis, M. Toselli, pour le
convaincre lui fait observer qu’à Nice « on prononce
« et l’on dit : la luna settembrina es la plus clarina 3 ,
« tandis que les Provençaux vous diront : la luno settem-
« brino es la plus clarino. Par là, ajoute-t-il, vous voyez,
« aussi clair que les rayons de cette lune, que les Proven-
« çaux ont leurs finales en o, tandis que nous, Niçois, les
1. Les bascules pour l’octroi.
2. Une charretée.
3. La lune de septembre est la plus claire.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
NICE PROVENÇALE
99
« avons en a. » — Et M. Toselli part de là pour faire tout
un volume de 224 pages, dans lequel il se flatte d’avoir
démontré que le niçard et le provençal sont des langues
entièrement différentes.
Ce n’est pas tout : il fait aux Provençaux un reproche
bien grave. « Ils se servent, dit-il, de l’article féminin la
avec le final masculin o, comme iuno, clavino , settembrino .»
— Mais où donc M. Toselli a-t-il vu que o est le final
masculin ? Et en supposant que cela soit, comment n’a-t-il
pas remarqué que les Niçois font usage de l’article masculin
lou devant des mots ayant la finale essentiellement féminine
a : lou poèma , lou poèta, lou bôia (le bourreau), lou garda ,
moussu lou mera (monsieur le maire), etc. ? Ce qui est
bien autrement anormal, en apparence du moins ; car, au
fond, c’est la moindre des choses dans un cas comme dans
l’autre.
Il faut vraiment ignorer les premiers éléments de la
phonétique et de la linguistique pour s’arrêter à des faits
aussi peu importants et en tirer les conséquences qu’en a
tirées M. Toselli. Il n’y a, dans cette substitution de l’o à
l’a final d’un mot, qu’une simple nuance de prononciation,
due à des causes purement accidentelles et qui n’infirme
en rien l’identité de l’expression elle-même.
L’ami de M. Toselli, qui ne partage pas sa manière de
voir sur le fait en question, lui envoie une chanson intitulée
Canson nissardo per l'arrivado a Nisso 1 du roi Charles-
Félix, imprimée en 182G et dont M. Toselli cite un couplet
commençant par ce vers : Lo gran Carlo onoro Nisso *,
où l’on voit, comme dans le titre, que la finale o a remplacé
l’a dans les mots nissardo , a rrivado, Nisso, onoro ; cet
ami en conclut qu’à Nice même on admettait la finale o,
1. Chanson niçarde pour l’arrivée à Ni ce.
2. Le grand Charles honore Nice.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
K)0
NICE PROVENÇALE
et en cela il ne se trompe point. M. Toselli lui fait cette
singulière réponse : « D’abord la chanson est signée par
« un certain G. F. Bertô, que l’on me dit être d’origine
« provençale ; le nom même l’indique. Pourtant cette
« famille est très ancienne à Nice, car ce fut une de celles
« qui émigrèrent en 1792. Cette pièce de vers a été impri-
« mée à Coni, où le dialecte niçois n’est presque pas
connu. » — Et là-dessus M. Toselli triomphe !
Mais d’abord, aurait pu lui répondre son interlocuteur,
le nom de Bertô n’indique nullement que l’auteur de la
chanson soit d’origine provençale : la forme provençale
serait Ber tau (prononcé Bertaou) ; et d’ailleurs si, comme
vous le dites, la famille de ce Bertô est très-ancienne à
Nice en 1826, quoiqu’elle n’y soit venue qu’en 1792, cette
famille a eu tout le temps, même en trente-quatre ans, d’ap¬
prendre à dire comme les Niçards : Nissa, nissarda, arri-
vada, onora, au lieu de Nisso, nissardo, arrivado, onoro.
En second lieu, de ce que le niçois est peu connu à Coni,
est-ce une raison pour en conclure que l’imprimeur de cette
ville n’a pas imprimé le texte tel que l’auteur l’avait écrit?
Avait-il une raison quelconque,était-il Provençal lui-même,
pour se permettre de changer en o toutes les finales en a ?
Page 113 de son livre, M. Toselli rapporte une autre
chanson signée A. C., publiée à Nice en 1811, à l’occasion
de la naissance du roi de Rome et dans laquelle les
désinences sont également en o au lieu d’être en a. Il va
sans dire que, comme pour la précédente, M. Toselli attri¬
bue gratuitement cette chanson à un Provençal de la rive
droite du Var ; nous estimons, nous, qu’elle est sans nul
doute l’œuvre d’un Niçois : sept ou huit locutions propres
au dialecte niçard le prouvent suffisamment.
Voici enfin une pièce où l’o remplace l’a final et que
cependant M. Toselli reconnaît sans difficulté comme due
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
NICE PROVENÇALE
101
à la plume d’un Niçois. C’est un catéchisme publié en 1782
par M* r Charles-Eugène Valperga de Maglione, évêque de
Nice, à l’usage de son diocèse : nous transcrirons cette
pièce telle que l’a donnée M. Toselli, avec son orthographe
italienne et pour quelques mots toute de fantaisie.
De lei part de la dottrina Cristiana
D. Fes un at de Fet.
R. Suivan la divino paraulo : Jeu crei che en lo Sacramen de
FEucaristio li es lo cors, lo sanc, l’anima e la divinità de Gesu Crist,
vero Dieu e vero ome vieu ; lo cal naisset de Mario Verge, e morit su
la cros per no sauvà ; e aùro es adorà dai beat en sciel, e serà lo mieu
gieuge apprès la muort. Ah ! si, lo crei, e v'adori, o mieu Gesù, e vo
preghi d’accreisse en jeu la fet.
D. Dies lo Salut Angelico.
R. Vo saludi Mario, pleno de grassio, lo Signer es embè vo : vo
sias benedido tra lei fremoi, e benedit es lo fruch dou vuostre ventre
Gesù. Santo Mario, Maire de Dieu, pregàs per nautre peccator aùro,
e en l’oro de la nuostro muort. Ensin sio.
« Ce catéchisme, fait observer M. Toselli, comme on le
« voit, avec toutes ses finales en o, fut réimprimé avec
« les mêmes désinences en 1823, par ordre de M* r J.-B.
« Colonna d’Istria, évêque de Nice ; mais l’année suivante,
« d’après les instances du chanoine Boullié, directeur du
« séminaire, et du chanoine Doneudi, curé de la cathé-
« drale, personnages de grand mérite, connaissant les
« exigences des temps, on fut obligé de le faire réimprimer
« de nouveau avec les finales en a, y changer des paroles
« et varier des phrases. »
Changer des paroles et varier des phrases? Sans doute
écrire par exemple siel ou mieux ciel, au lieu de sciel,
après au lieu d’a pprès, acreisse au lieu d'accreisse ; nous,
vous au lieu de no, vo ; dire simplement sias benedida et
non vo sias benedida, tour de phrase inusité : tout cela
s
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
102
NICE PROVENÇALE
était nécessaire en effet ; mais ce fut bien moins, croyons-
nous, pour satisfaire aux exigences du temps qu’à celles
de quelques personnes familiarisées avec la langue italienne,
que se fit le remplacement d’une finale par une autre. La
désinence o était encore fort usitée à Nice, dans une partie
de la population, en cette même année 1823 : l’historien
niçois Durante nous en donne la preuve dans ce passage
de son livre publié précisément en 1823, date de la première
édition dudit catéchisme, passage qui bien certainement
n’a pas dû rester inconnu à M. Toselli. :
« Le bas peuple de Nice désigne encore aujourd’hui les ruines de
l’ancien amphithéâtre de Cimiez sous le nom de la Tino de lei
Fadoi l . » (Histoire de Nice, 1.1, p. 341. Note).
Le fait est que la désinence a n’a fini par prévaloir à
Nice que depuis un demi-siècle environ, et que la désinence
o n’a pas cessé d’être en usage en divers lieux de l’ancien
comté, surtout dans la région des montagnes, où persistent
plus longtemps les vieilles formes de langage.
Ce serait en effet une grande erreur de croire que la
désinence o est toute moderne : les troubadours, il est vrai,
ne l’avaient pas, mais elle apparaît déjà dans plusieurs docu¬
ments du quinzième siècle, et en 1520 à Nice même dans
une chanson composée à l’occasion de l’arrivée du roi
4
Charles III, le 24 avril de la dite année.
« Pendant le peu de temps qu’il séjourna dans la ville, dit
Durante, le peuple célébra son ivresse par des danses, des chansons
et des fêtes continuelles. » — Et en note au bas de la page : « Parmi
les chansons que chantait le peuple, une surtout était ' remarquable
par le refrain suivant :
Se guerro faras,
Lu nuostre cuors, lu nuostre bras auras 2
(Histoire de Nice. t. II, p. 207). »
1. Lu cuve des Fées.
2. Si tu fais la guerre, tu auras nos cœurs et nos bras.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
NICE PROVENÇALE
103
Il n’est pas douteux que la désinence o continua d’être
usitée au dix-septième siècle, concurremment peut-être
avec la désinence a ; car nous la retrouvons dans deux
documents du dix-huitième siècle, dont nous ne donnerons
ici que quelques extraits avec leur orthographe italienne.
Le premier de ces documents date de 1726. C’est une
longue pièce de vers, composée au sujet d’un procès de
sorcellerie. Voici, d’après le niçois Scalier *, le fait vrai¬
ment extraordinaire qui donna lieu à ce curieux procès.
Un démon, se faisant appeler Asmodée, apparaissait
certains jours au village de Châteauneuf près de Nice, et,
ce qui en vérité est bien surprenant, dans l’église même,
où, le dimanche de la Passion, ri prêcha à la foule des
fidèles depuis l’heure d’après diner jusqu’au lendemain.
Ce démon loquace causait volontiers avec ses adeptes et
leur dictait même des poésies en langue vulgaire, ce qui
veut dire sans doute qu’il les inspirait aux personnes que
l’on croyait possédées de l’esprit malin. Scalier nous a
conservé une de ces poésies : elle porte ce titre où l’on
voit plusieurs mots ayant la finale o au lieu de la finale a :
faccio (facho), caro figlio, diccio (dicho), Françoiso Mario :
Canson faccio da jeu Asmodeo, diau de l'infer, su Lucrezia Barnoino,
la mieu caro figlio, diccio dalla domaisella Françoiso Mario Galleano, etc.
C’est-à-dire : « Chanson faite par moi Asmodée, diable
« de l’enfer, sur Lucrèce Barnoino, ma chère fille, dite
« par la demoiselle Françoise Marie Galleano. » C’est donc
le démon lui-même qui parle, et il a pris la parole pour
donner à Lucrèce, qui est en prison, des conseils sur la
tenue qu’elle devra avoir en présence de ses juges. Ainsi
il l’engage à leur répondre avec humilité et les yeux tou¬
jours fixés en terre, e lu ues toggior fissas en teiTO ; et il
1. Manuscrit conservé aux Archives de la Ville. Tome III, supplément. ....
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
101
MCE PROVENÇALE
ajoute responde li emb allegresso , réponds-leur avec allé¬
gresse : terrOy allegresso au lieu de terra f allegressa.
Cette pièce, longue de cent et quelques vers assez
mauvais, fabriqués évidemment par une personne du peu¬
ple, renferme beaucoup d’autres mots à la finale o au lieu
de la finale a, outre ceux que nous avons signalés dans le
titre ; tels sont touto serenith, publico gleio, ma nier o,
clemenso, les adjectifs féminins confuso , reducio (reducho),
chieto (quieto), etc.
Asmodée termine son exhortation par quelques paroles
consolatrices. « Ce qui doit te réjouir, dit-il à la prisonnière,
« c’est que nous avons affaire au Sénat ; car si ç’eût été au
« Saint-Office, je te promets en vérité qu’ils t’auraient déjà
« fait brûler. »
Io ti prometti en verità
Che t’aurian già fa brnlà.
« Les sentences des autorités civiles et ecclésiastiques,
nous apprend M. Verani-Masin ', rejetèrent, il est vrai,
parmi les extravagances populaires de tels prétextes de
possession démoniaque ; mais les dépositions jointes au
procès, aussi nombreuses qu’authentiques, les exorcismes
pratiqués par les prêtres, les coups, les homicides et l’em¬
poisonnement d’une des inculpées à la suite d’une expé¬
rience faite par un médecin des prisons de Nice, sont
tellement choses notoires, Scalier de son côté accorde une
telle foi à ces pactes diaboliques et rapporte si complai¬
samment la solennelle intervention, dans toute cette sin¬
gulière affaire, de M* r Recrosio, évêque de Nice, qu’il
serait regrettable, pour l’histoire des aberrations de l’esprit
humain, d’ensevelir dans un oubli dédaigneux un tableau
aussi instructif des étranges croyances, qui, même dans la
1. Relazione solia proposta fatfca al raunicipio sc sia il caso di raandare aile starape il
manoscritto di Giuseppe Scalier. Xizza, 1859.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
NICE PROVENÇALE
105
première moitié du dernier siècle, obscurcissaient encore
l’intelligence d’une multitude de gens de toute classe et
de toute condition. »
Revenons à la question des désinences. Le second des
documents du dernier siècle, dont nous avons promis de
donner connaissance au lecteur, est une chanson qui se
trouve à la page 22 d’une brochure intitulée : Auguri di
fortunato viaggio per S.E. il signor Conte di S. Andrea \
luogotenente generale nelle R. Armate , ecc., ecc. In occa-
sione che parte per la Sardegna in qualitk di Vicere. —
In Nizza. 1787. La pièce elle-même, quoique écrite en
niçard, porte ce titre particulier en italien : Canzone delle
pescatrice nizzarde, qui peut se traduire ainsi : Chanson
des poissardes de Nice*. En voici quelques passages
reproduits textuellement :
Abitans dou littouragge,
Corres vitto, vennes ensen
A souhetà un buon viagge
Au Visorei, che nen ven
Per si mettre din la barco,
Che reteni non pouden.
Li donen ben vivo marco,
Dou nuostre attacamen.
Cantus sian din la marino
Saben toi, ne si trompan,
Che se Nisso ha buono mino,
Lou deu au sieu faire gran.
Quand la Vilo gouvernavo
Embe glorio e splendor,
Eu da Paire nen tratavo,
S’attiravo toi lu cors.
1. Charles-François Thaon, comte de Saint-André. Il était Niçois.
2. Pescatrice, pêcheuses, femmes de pécheur*.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
NICE PROVENÇALE
106
Tantus Princes de la Franso
Touto Londro venio aussi
E noun si sentio che danso
Che allegresso, che plesi *.
Dans ce fragment d’une vingtaine de vers, nous comp¬
tons (proportion énorme) dix-huit mots en italique ayant
la désinence o : ici comme partout ailleurs, ils auraient pu
tout aussi bien l’avoir en a; car (et il est bon d’en faire la
remarque) la différence entre les deux émissions de voix
que représentent ces désinences est à peine sensible à l’o¬
reille, lorsqu’elles ne portent pas l’accent tonique ; et bien
des personnes qui ne connaissent aucun des dialectes ro¬
mans du midi, ne la saisissent même pas. Dans ce cas, en
effet, les voyelles a et o ont un son faible, sourd, douteux,
presque identique ou, pour mieux dire, participant de l’une
et de l’autre de ces voyelles : toutes deux sjnt entièrement
équivalentes à l’e muet du français et forment comme lui
des rimes féminines : en un mot, il n’y a là qu’une faible
nuance de prononciation. Cela est tellement vrai, que l’on
rencontre parfois l’usage simultané de ces deux finales
sourdes dans le même canton et, qui plus est, dans les diffé¬
rents quartiers d’une même ville.
Mais admettons que la différence entre le son sourd de
l’a et de l’o à la fin des mots soit plus marquée qu’il ne
nous semble, les Niçois, sous prétexte qu’ils ne disent point
aujourd’hui barco, vivo marco, la marino, gouvernavo la
vilo, mais barca, viva marca , la marina, gouvernava la vila,
n’auraient pas davantage le droit de prétendre que leur
1. Traduction : Habitants du littoral, courez vite, venez ensemble souhaiter un bon voyage
au vice-roi, qui nous vient pour monter dans la barque, que nous ne pouvons retenir. Don¬
nons-lui une bien vive marque de notre attachement. — Tous tant que nous sommes dans la
marine, nous savons, et nous ne nous trompons pas, que si Nice a bonne mine, elle le doit à
sa grande habileté. — Quand il gouvernait la ville avec gloire et splendeur, il nous traitait
en Père, il s’attirait tous les cœurs. — Nombre do princes de la France, venaient, tout
$
Londres aussi : et on ne voyait que danse, qu’a Négresse, que plaisir*.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
NICE PROVENÇALE
107
idiome n’est pas un dialecte provençal ; car à ce compte
pourraient en dire autant, pour leur propre idiome, les
habitants des régions montagneuses de la Provence (Hautes
et Basses-Alpes), tous vrais Provençaux, qui en général ne
connaissent aussi que la désinence a, tout comme à Mont¬
pellier et autres pays à l’ouest du Rhône.
Veut-on un autre fait de même nature ? On dit à Nice
et dans tout le midi de la France : ambicioun , a tencioun,
nacioun; les Marseillais disent : a mbicien, atencien, na-
cien ; ils terminent en gi tous les mots que les autres
Provençaux terminent en ge : couragi, angi f fegi, au lieu
de courage, ange, fege (foie); devons-nous en conclure que
le marseillais n’est pas du provençal? Toutes les langues
offrent de ces différences dialectales qui constituent des
idiomes particuliers, mais nullement des langues différentes.
Reste un point à examiner. On rencontre dans l’idiome
niçois un très petit nombre de mots incontestablement
italiens, comme par exemple a nimo, caparra, et cela suffit
à quelques personnes pour qu’elles voient dans cet idiome
un patois italien du même genre que le napolitain et le
vénitien, plutôt qu’un dialecte provençal. Nous nous per¬
mettrons de poser à ces personnes cette simple question :
« La langue anglaise renferme une quantité considérable
de mots purement français et orthographiés comme ils le
sont en France, tels que : préface, race, place, notice,
distinct, crime, novice, crédit, exempt, excuse, impor¬
tant , importance, évidence, excellence, exclusion, ex¬
ception, occupation, nation, division, occasion et une
multitude d’autres mots en ion : l’anglais n’est-il au fond
qu’un misérable patois français ? »
La lumière est suffisamment faite, croyons-nous, sur le
sujet qui a donné lieu à une discussion un peu trop lon¬
gue peut-être : nous tenons donc pour certain qu’aucun
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
108
NICE PROVENÇALE
lecteur de bonne foi, s’il a bien voulu nous suivre attenti¬
vement jusqu’au bout, ne donnera un démenti aux paroles
suivantes par lesquelles nous terminerons un modeste tra¬
vail entrepris uniquement par amour de la vérité :
« Nice, colonie marseillaise, celto-ligure, gallo-romaine
et enfin provençale, en revenant d’elle-mêrae à la France
par son vote unanime de 1860, n’a fait que reprendre sa
vraie nationalité. »
A.-L. Sardoü.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
ÉTUDES
D’ENTOMOLOGIE APPLIQUÉE A L’AGRICULTURE
A. PERAGALLO
Membre des Sociétés entomologiques de France et d’Italie
9
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
Digitized by
. Original from
HARVARD UNIVERSITY
I
I
I
I
LE CHÊNE 1
Le chêne, Quercus , est de la famille botanique des Cory-
lacées.
On distingue ces arbres, en chênes à feuilles caduques, et
chênes à feuilles persistantes.
Parmi les espèces de la première section qui croissent en
France, nous avons : 1° le chêne blanc, Quercus peduncu -
lata, qui prend des développements considérables ; son
nom lui vient de ce que ses glands accouplés, pendent au
bout d’un pédoncule axillaire; on l’emploie pour les tra¬
vaux de construction et de menuiserie ; 2° dans les Pyré¬
nées, le chêne tanzin, Quercus tanza, à feuille coton¬
neuse, utilisé dans les landes de Bordeaux pour retenir les
sables; 3° le chêne. des environs de Paris, le rouvre,
Quercus robur , auquel on donne la préférence pour les
grandes constructions civiles et navales, et les traverses de
chemin de fer.
On cite des chênes à feuilles caduques qui ont acquis une
grosseur phénoménale, et ont plusieurs siècles d’existence;
celui de Cumfin, près Chàtillon-sur-Seine, mesure 7 m ,33 de
tour au collet. Le chêne d’Allonville ail mètres de circon¬
férence au collet, et 8 m ,45 à hauteur d’homme.
1. J’ai fait de larges emprunts aux travaux publiés par l’Administration des Forêts; je
ne pouvais puiser à meilleure source.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
112
LE CHÊNE
Parmi les chênes à feuillage persistant on compte : 1° le
chêne vert ou yeuse, Quercus ilex , qui remonte en France
jusqu’à Angers et qui est très commun dans le Gard et les
Alpes-Maritimes. On en voit à Drap et à Cimiez, près Nice,
sur la place du couvent, de très beaux exemplaires ; 2° le
chêne au kermès, Quercus coccifera, qui n’est, pour ainsi
dire, qu’un buisson sauvage mettant deux années à produire
son gland. C’est sur cette espèce essentiellement méridio¬
nale que vit le Coccus ilicis, ou kermès, employé en phar¬
macie et en teinturerie ; 3° enfin, le chêne liège, Quercus
suber , que l’on ne rencontre qu’en Corse, en Algérie et
dans cinq ou six de nos départements méridionaux.
L’histoire du chêne, les légendes qu’il rappelle, occupe¬
raient un volume; nous nous contenterons de dire que, sous
son ombrage et avec son gui, les Druides de la Gaule pro¬
cédaient à leurs cérémonies religieuses. Aujourd’hui les
Druides ont disparu, le gui a persisté, mais il ne sert que
d’enseigne aux cabarets, et d’aliment aux oiseaux de la forêt.
Nous parlerons du chêne blanc, peu commun sur le
littoral, lorsque, traitant des chênes à feuilles persistantes,
nous rencontrerons quelque analogie ou quelque différence
à signaler.
I. — LE CHÊNE LIÈGE
Le chêne liège, Quercus suber , en Portugal sovecro f en
Espagne corcho, en Provence suro, en Italie suvero f en
Angleterre cork f en Hollande korth y en Allemagne kor -
heiche f en Prusse, korkowa, en Algérie kerrouch } se ren¬
contre entre le 34® et le 45® degré. On le reconnaît surtout
à son écorce de forme caractéristique ; cet arbre vit long¬
temps, et sa grosseur arrive à 10 ou 12 mètres de tour,
surtout en Algérie.
Il est pivotant lorsque le sol le permet. Sa vitalité est
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
i
LE CHENE
113
énergique; incendié il repousse promptement; on ne le
trouve pas à une altitude supérieure à 900 mètres. Le sable,
les schistes, les granits lui conviennent, mais il viendrait mal
dans les terrains calcaires. Son bois est lourd et difficile
à travailler; il se fend facilement et n’a d’emploi qu’en
menuiserie où l’on utilise sa couleur rougeâtre; il brûle
bien et fournit un bon charbon. Sa densité est de 800 à
1029. Son feuillage, qui dure deux ans, est peu épais, ce
qui permet à son bois de se développer avantageusement.
Sa fleur monoïque apparaît en avril, la fleur mâle sous
la forme de chatons réunis en bouquets, la fleur femelle
sous celle de petites capsules écailleuses surmontées d’une
aigrette rouge. Les glands, peu agréables à manger, tom¬
bent d’octobre à la finde janvier. L’écorce se compose de
deux couches concentriques bien distinctes et de nature
différente : la première, qui confine au bois, est formée
d’une matière grenue, peu élastique, entremêlée d'un tissu
fibreux : c’est la partie active de l’écorce; elle concourt à
la formation des couches corticales et ligneuses de l’arbre.
C’est ce que l’on appelle mère , lard, tanin. Sa destruction
rend l’arbre improductif de liège et amène la mort du pied.
La deuxième écorce, plus épaisse et composée d’une
matière spongieuse, élastique et compressible, peu perméa¬
ble aux liquides, constitue le liège, enveloppe inerte qu’on
peut enlever sans nuire à l’arbre. En se succédant les
unes aux autres, les couches profondes poussent celles
extérieures à se fendre et à se bosseler. On appelle liège
mâle ou vierge, l’écorce que l’arbre produit naturellement
et qui n’a jamais été renouvelée : elle peut acquérir une
épaisseur de 0 ra ,25 à 0 m ,30, mais elle ne se détache pas
d’elle-même. Le liège vierge est dépourvu d’élasticité et
impropre à la plupart des usages industriels ; il est
presque sans valeur et ne sert qu’aux pêcheurs, et pour
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
114
LE CHENE
des décorations rustiques. L’opération du dépouillement
de l’écorce vierge se nomme le démasclage ; on y procède
en août et septembre, au moyen d’une hachette avec
laquelle on fend d’abord le tronc circulairement en deux
endroits, près du sol et à la naissance des grosses bran¬
ches. On fend ensuite le liège en long sur deux côtés
opposés, et avec le manche de la hachette, qui est terminé
en coin, on fait des pesées pour soulever et détacher le
liège. Les planches ainsi obtenues sont empilées sur place
et contenues planes autant que possible, avec de grosses
pierres. Ces planches sont ensuite triées, nettoyées et
livrées au commerce.
Le liège qui se reproduit après le démasclage et qu’on
récolte en mai s’appelle liège femelle ; la mère qui le
donne contient beaucoup de tanin et est même exploitée
comme production de cette denrée : c’est ce tanin qui en
se décomposant devient liège. M. Capgrand-Mothes, de Sos
(Lot-et-Garonne), a présenté à l’Académie des Sciences un
mémoire sur une nouvelle méthode de cultiver le liège, qui
permettrait d’obtenir une écorce sans croûte ni crevasses.
« On n’ignore, pas dit l’auteur du travail, que le liège, le
« meilleur, obtenu par les procédés ordinaires, doit être
« forcément débarrassé d’une croûte rougeâtre intérieure,
« qui représente une année de végétation et qui occasionne
« un déchet de 10 à 15 pour cent. » Afin d’éviter ce déchet,
M. Capgrand pense qu’il suffit de revêtir la mère immédiate¬
ment après le démasclage , c’est-à-dire après la première
tire, en remettant en place cette première écorce à peu
près inutilisable, et en la fixant à l’arbre après avoir eu le
soin de fendre la mère du haut en bas suivant deux lignes
opposées. Pour les tires successives, il faut nécessairement
avoir recours à un revêtement fait avec des matières
étrangères.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
LE CHENE 115
Au concours agricole de Nice, en 1883, et à l’Exposition
internationale de 1884, M. Capgrand-Mothes a exposé
différentes enveloppes de chêne liège et des carcasses
entières d’une grande dimension. J’ai eu l’occasion de
m’entretenir avec cet inventeur, et de me rendre compte
des résultats véritablement très remarquables obtenus par
l’emploi de son système. Il n’est pas douteux pour moi,
que le procédé de M. Capgrand, primé à plusieurs concours,
ne soit appelé à rendre de véritables services à l’exploi¬
tation des forêts de liège *.
En Italie, après le démasclage, on enlève une partie du
tanin, ce qui constitue un bénéfice et améliore, dit-on, la
qualité du liège qui doit pousser.
En Algérie on récolte une grande quantité de tanin,
qu’on enlève surtout aux arbres destinés à disparaître après
vingt-cinq ans d’exploitation ; chaque pied peut donner en
moyenne 45 k. de cette matière.
Le chêne n’est pas le seul arbre qui produise du tanin ;
on en puise aussi, pour la préparation des peaux, dans le
sumac, le cachou, le sapin, le saule, le bouleau. C’est en
se combinant avec la gélatine et l’albumine contenues dans
les matières animales, que le tanin forme un composé
insoluble et imputrescible.
En définitive, l’exploitation du liège est une opération
conservatrice, celle du tanin est destructrice.
Dans les bas-fonds on ne récolte qu’un liège soufflé et
grossier ; celui recueilli dans les terrains situés sur les
hauteurs à l’ouest, est maigre et peu recherché. Le com¬
merce préfère celui provenant des expositions du midi et
de l’est, dans des régions peu élevées.
1. M. Capgrand-Mothes fut chargé, en 1882, d’une mission spéciale pour l’application de
son procédé, surtout en ce qui a trait à la défense de la mère au moyen de matières
étrangères au liège ; des essais ont été faits à ce sujet dans le massif de l’Estérel ; il y a
évidemment des améliorations À obtenir dans la pratique.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
116
LE CHENE
Ce n’est qu’après la troisième récolte ou troisième tire,
que le liège est parfait ; l’arbre a alors à peu près qua¬
rante ans, se décomposant ainsi qu’il suit : démasclage, à
vingt ou vingt-cinq ans ; deuxième tire, de trente à trente-
cinq ; première bonne récolte ou troisième tire, de quarante
à quarante-cinq ans.
Le liège sert principalement pour la fabrication des
bouchons ; celui qui présente à la face intérieure ou ventre
des bourrelets, ou dont le tissu est traversé par trop de
ces canaux pleins de matière pulvérulente qui font trou
sous le couteau, ne peut être utilisé par les bouchonniers.
Ces fabricants plongent le liège dans une chaudière d’eau
bouillante, l’y laissent un quart d’heure, puis ils le décou¬
pent en bandes d’abord, par petits carrés longs ensuite,
qu’ils versent dans un filet.. Après les avoir de nouveau
fait bouillir pendant un quart d’heure, ils les enferment dans
une pièce où ils égouttent et d’où ils sont extraits cinq ou
six mois après pour être travaillés. Les meilleurs bouchons
sont ceux qui ont été fabriqués avec des carrés conservés
pendant trois années.
Les bouchons les plus fins sont faits à la main ; on
obtient cependant des machines un produit apprécié.
Le chêne liège était connu des anciens. Pline 1 dit en
parlant de cet arbre, qu’il est de grandeur moyenne, que
son gland n’est pas bon à manger, et que son écorce, qui se
renouvelle, sert aux pêcheurs et pour les chaussures des
femmes ; il ajoute qu’on en couvre aussi les toits. Pline
commet une erreur, sans doute, en disant que cet arbre
manquait dans les Gaules. Il ne résulte pas des ouvrages de
l’antiquité que de tout temps le liège ait été utilisé pour
boucher les vases contenant des liquides ; il est plutôt pro-
1. Pline, livre XVII, ch. xm.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
LE CHENE
117
bable que c’est l’industrie du verre qui a donné de l’activité
à l’exploitation de ce produit végétal. C’est en Espagne
et en Portugal qu’on fit les premiers bouchons, au treizième
siècle; aujourd’hui, l’Afrique peut lutter sur ce terrain avec
la Catalogne.
II. CHÊNE VERT (YEUSE).
Le chêne vert occuperait en France une superficie de
367,000 hectares, embrassant vingt-quatre départements.
Le Gard possède à lui seul 90,000 hectares de bois de chêne
vert ; les Alpes-Maritimes n’en auraient que 2,960 hectares.
C’est un arbre de grandeur moyenne, aux feuilles persis¬
tantes, épineuses, luisantes en dessus, grisâtres en dessous ;
ses fleurs sont monoïques, les fleurs mâles avec chatons
sur les pousses de l’année précédente, les fleurs femelles
avec stigmates rouges sur les pousses de l’année ; le gland
est généralement géminé. Rabelais et autres de son temps
croyaient à l’existence d’arbres mâles et d’arbres femelles.
Le chêne yeuse présente deux variétés : celle à bois rou¬
ge, tendre et élastique; celle à bois dur, blanc et cassant.
Il vil à peu près dans la région de l’olivier, mais on le
trouve à l’état fossile jusqu’à Lyon.
Pline 1 parle d’un yeuse de Tusculum dont le tronc avait
34 pieds de tour; M. Bédic cite deux chênes de cette
espèce à Vaucluse, âgés de quatre-vingt-dix ans, et qui
ont 2 m ,75 de circonférence; n’oublions pas ceux de Cimiez
et de Drap.
L’arbre porte fruit à dix ans; la floraison, qui se produit
du 15 au 20 août, colore l’arbre en jaune. Le gland tombe
vers la fin d’octobre ; celui de la Saint-Michel est le
meilleur.
I. Pline, livre XVI, ch. xl.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
118
LE CHENE
Le véritable produit du chêne vert c’est l’écorçage qui
est une mutilation. On le pratique en vue de l’exploitation
du tanin, au moment de la sève du printemps. Opéré sur
un chêne à bois dur, il est plus difficile, mais produit
davantage. On recommande de n’écorcer que par un temps
sec, afin que la pluie, si elle survient, ne dissolve pas la
substance gélatineuse qui va former la nouvelle écorce.
Mises en tas sur des fagots dont on les recouvre, les
planches d’écorces enlevées se sèchent lentement jusqu’au
moment de la vente, en juillet ; la marchandise a perdu
alors 40 pour cent de son poids, et vaut de 18 à 20 francs les
100 k.; le façonnage a coûté de 5 à 7 francs seulement.
On se rend compte de la richesse en tanin par le procédé
de MM. Neuty et Ramspacher. Plus une écorce est épaisse,
plus elle est riche en tanin; il faut que la face interne ait
l’éclat du poli et qu’elle soit cassante ; elle doit enfin, pour
être tout à fait bonne, présenter un aspect rougeâtre, vers
la face externe. On préfère l’écorce du chêne dur ; l’aba¬
tage doit se faire entre deux terres, avec le pic tranchant
ou la trinque, au printemps ou en automne.
Le chêne yeuse ne donne que peu de bois de service;
son poids est de 1 k., 180 gr. â l’abatage, et de 940 gr. en
octobre; la dessiccation a donc fait perdre 20 pour cent en
quelques mois. Le stère de ce bois pèse en moyenne
500 k. Les fagots n’ont de valeur qu’autant qu’ils ont
leurs feuilles; ceux de 1 mètre à l m ,80 se vendent de 6 à
8 francs le cent.
On peut fabriquer le charbon au moment de l’écorçage ;
on y
procède en forêt, par meules rondes, avec du bois de
0 m ,40 à 0 ra ,80. La meule doit contenir 10,000 k., qui après
huit à dix jours de cuisson- donnent 1,500 k. de charbon.
Le charbon provenant de l’veuse est homogène, exempt
de fumerons, sec, sonore, à cassure luisante ; il brûle len-
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
LE CHENE
119
tement mais régulièrement, et vaut en moyenne, 7 fr., 50,
avec 3 fr. 20 de frais.
Le chêne yeuse fournit aussi du bois de charronnage
avec lequel on fait des rayons de roues, et des manches
d’outils; l’ébénisterie l’emploie après l’avoir plongé deux
heures durant dans l’eau bouillante, ce qui lui donne de la
souplesse. Pour l’empêcher de se fendiller, il faudrait le
faire tremper dans l’eau pendant une année.
Les produits accessoires de la forêt en chêne vert sont :
le pâturage, la glandée, les plantes aromatiques, les bruyè¬
res, les kermès et même les truffes, sans compter la
pierre, la terre de bruyère, les mines, les champignons et
la chasse.
La question de savoir s’il ne serait pas préférable de
laisser le gland à la forêt est controversée. Si on en fait
une ressource agricole, il est utile de ne pas ignorer qu’un
litre en contient à peu près deux cent quatre-vingts pour
un poids de 700 gr. On les passe au four ou on les fait
simplement sécher, afin de faire sortir les larves de
Balaninus qu’ils contiennent ; le porc peut en manger
3 litres par jour, le mouton 1 litre.
Sont nombreuses les plantes aromatiques productives
qui couvrent le sol de nos forêts; citons plus particuliè¬
rement la lavande, la sauge, le thym, le romarin.
Chercher la truffe c’est la cultiver. Le chêne truffier
n’est pas un produit de l’imagination ; mais il faut avant
tout que le terrain soit, lui aussi, truffier. Je ne sache pas
que celui des Alpes-Maritimes jouisse de cet avantage.
Pour que le chêne vert soit truffier, il faut que ses raci¬
nes ne plongent pas profondément dans le sol ; la truffe
ne se produira au pied du chêne yeuse planté en bonnes
conditions, c’est-à-dire sur une pente de 0 m ,50, qu’entre
huit et dix ans.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
120
LE CHENE
Dès que la truffe apparaît, on devra éclaircir les semis
et piocher légèrement, ou plutôt chercher le tubercule ;
après vingt ans, les racines auront plongé, et vous pourrez
exploiter le bois.
Si l’on sème les glands du chêne, il n’est pas nécessaire
d’éliminer ceux qui ont été attaqués par la larve du Bala-
ninus qui respecte le germe. On doit semer à 0 m ,30 de
profondeur, à 1 mètre sur deux de distance ; on jettera
vingt glands dans chaque trou pratiqué, on recèpera après
cinq ans, et on exploitera à trente ans. Si l’on veut repiquer
des semis, on doit les planter par deux, en ayant soin de
raccourcir le pivot, et de tailler légèrement l’arbuste.
En résumé, en ce qui concerne le chêne yeuse, l’écorçage
est dommageable aux arbres, mais productif; il faut abattre
de bonne heure pour faciliter la repousse, abandonner les
glands à l’agriculture et les plantes odoriférantes aux bes¬
tiaux.
III. — CHÊNE KERMÈS
Pour terminer ce chapitre nous dirons que le chêne du
kermès, Quercus coccifera, est un arbrisseau buissonnant
à petites feuilles d’un vert luisant, ondulées, épineuses, à
branches diffuses, à glands bisannuels, terminés par une
pointe aiguë, aux racines riches en tanin.
Le chêne rabugas est encore plus buissonneux que le
coccifera.
LES ENNEMIS DU CHÊNE
Après avoir fait l’historique du chêne, nous nous occupe¬
rons des ennemis de son bois, de ses feuilles et de son fruit.
Le chêne a de très nombreux ennemis parmi les insectes ;
l’ouvrage allemand de M. Haltenbach en mentionne cinq
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
LE CHÊNE 121
cent quarante-sept, dont cent quarante-six Coléoptères. J’ai
relevé, de mon côté, dans le catalogue de M. Millière 1 ,
soixante-quatre espèces méridionales de Lépidoptères dont
les chenilles vivent aux dépens de cet arbre. Le tronc est
miné par les larves de gros Coléoptères ; les feuilles sont
dévorées par des chenilles nombreuses, et les fruits, y com¬
pris la truffe, sont habités par de petits Coléoptères et par
des larves de papillons. Il n’est pas jusqu’aux fourmis qui ne
soient accusées d’endommager le liège.
COLÉOPTÈRES
Sans vouloir rechercher les cent quarante-six espèces de
Coléoptères, désignées par l’entomologiste allemand comme
vivant sur le chêne, sans décrire les nombreuses espèces de
cette famille indiquées par M. de la Blancherie, je donnerai
quelques renseignements sommaires sur ceux de ces insec¬
tes qui vivent le plus évidemment à ses dépens, réservant
des développements pour l’ennemi le plus dangereux, le
Coroebus bifasciatus.
Lucanus cervus (Lin.), cerf volant. Ce grand Lamelli-
corne marron et fortement armé, désigné par Pline, vit à
l’état de larve pendant plusieurs années dans le tronc de
l’arbre, rongeant le bois dans tous les sens et y traçant de
larges galeries. La femelle, beaucoup plus petite que le mâle,
est dépourvue de ses terribles mandibules.
Le Dorcas parallelipipedus (Lin.), insecte de la même
tribu, mais beaucoup plus petit et par conséquent moins
nuisible, vit aux dépens du bois.
Le Melolontha vulgaris (Fab.), hanneton, se réunit par¬
fois en grandes bandes, à l’état d’insecte parfait, pour
dépouiller de leurs feuilles les jeunes taillis.
1. Millière, Catalogue raisonné des lépidoptères des Alpes-Maritimes , Canne9, 1873.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
LK CHKNK
122
On prend aux environs de Toulon et en quelques autres
lieux, sur le chêne kermès, un beau et grand Buprestide
le Julodis onopordinis (Fab.).
L'Attelabus curculionides (Lin), petit charançon rouge
à formes arrondies, enveloppe ses œufs dans une feuille
roulée en fuseau.
Il en est de même du Rhynchites praeustus (Boh.), d’un
rouge jaunâtre, que l’on prend sur le chêne blanc.
Sur le chêne, les Coeliodes sont représentés par le
quercus (Fab.); les Baridius par le picinus(Germ.),dont la
larve vit dans les souches; les Orchestes par le quercus
(Lin). Les Balaninus, glaudium (Marsh.), elephas (Sch.),
pellitus (Sch.) sont communs dans le fruit. Les galles sont
habitées par le petit Balaninus pyrrhoceras (Marsh).
Parmi les Longicornes dont les larves perforent les
troncs, nous citerons : le Prionus coriarius (Lin.), gros
Cerambyx couleur de poix qui se tient, pendant le jour,
collé contre les troncs ; le splendide et rare Prinobius
Germari (Muls.), long de 25 lignes, d’un brun clair avec
des méplats sur le corselet; les Cerambyx miles (Bon.),
héros (Fab.), cerdo (Lin.) et surtout le grand velutinus
(Brullé), dont j’ai pris en deux visites, à Nice, au moyen de
la fumée de tabac, seize exemplaires dans le même arbre
de moyenne grosseur; des Phymathodes , des Callidium ,
des Clytus et même le Niphona, picticornis (Muls.),dit-on;
des Clythres, des Cryptocéphales f des Bostriches , des
Apates ; enfin des Buprestides, parmi lesquels le beau
Julodis onopordinis (Fab.), le Coroebus undatus (Fab.)
et surtout le véritable fléau des forêts de la région méri-
dionale, le Coroebus bifasciatus (Castelnau), dont nous
avons fait une étude toute spéciale.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
LF. OHÊNK
m
COROEBUS BIFASCIATUS (castelnau et gory)
de Kopotêo; (nom mythologique)
En traversant, le 14 mai 1882, la forêt de l’Estérel, qui
fait la limite actuelle entre le département du Var et celui
des Alpes-Maritimes, je fus frappé de l’aspect maladif que
présentaient les chênes verts et les chênes liège de cette
région. Les arbres couverts de chatons gracieux d’un jaune
d’or, étaient déparés par des branches mortes formant tache ;
ces taches, parfois isolées sur un seul arbre, étaient souvent
au contraire au nombre de deux et même de trois, soit au
sommet, soit le plus fréquemment aux parties basses. Ce qui
me frappa surtout, c’est que beaucoup de jeunes arbres
avaient leur tige principale atteinte jusqu’au niveau du sol.
Je m’informai auprès d’agents des forêts, et j’appris que les
chênes de l’Estërel étaient cette année plus que les années
précédentes, endommagés par un ver qui opérait sur une
étendue de plus d’un mètre, et qu’on allait combattre en
cassant les branches malades.
En effet, lorsque, dix jours plus tard, je descendis du
chemin de fer, auTrayas, afin de constater par moi-même les
dégâts et de me procurer les éléments nécessaires pour pro¬
céder à l’élevage et à l’étude de l’ennemi, je trouvai à terre
presque toutes les branches atteintes ; et le travail avait
été fait avec un tel ensemble, que je ne pus me procurer que
celles appartenant à des chênes verts, et sauvegardées par
leur situation trop élévée ou trop difficile à aborder. Mais
je fus plus heureux dans la suite, en parcourant les pro¬
priétés particulières.
En 1866, M. Bedel, inspecteur des forêts, a inséré dans
la revue de cette Administration un mémoire où il est dit
que le chêne est attaqué par un Coléoptère, dont l’auteur
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
124
LE CHÊNE
ignore le nom. M. Bedel se contente de rendre compte
des dégâts que cause cet insecte.
Dans les annales de la Société entomologique de France,
M. Abeille de Perrin habitant Marseille ', donna au
sujet de ce Duprestide ennemi du chêne, des indications
qui ont servi de base à mes observations personnelles.
Il établit que la femelle du Coroebus bifasciatus pond en
juin à l’extrémité des branches, que la larve née de l’œuf
déposé, creuse en descendant sous l’écorce d’abord, dans
le bois ensuite, une galerie qui s’élargit avec elle ; qu’en
mars de l’année suivante cette larve ayant acquis son
maximum de développement, perfore annulairement le
bois pour achever de faire mourir la branche ; puis, qu’elle
remonte de quelques centimètres, et établit sa loge de
transformation. M. Abeille de Perrin ne parle pas de
parasite.
Le Coroebus bifasciatus aurait été trouvé par lui dans
la forêt de l’État du Lubéron (Var), dans Vaucluse, les
Bouches-du-Rhône, à la Grande-Chartreuse, et même dans
la forêt de Chantilly.
En 1873, M. Froideau, garde général des forêts, signala
à la Société entomologique de France les dégâts causés
aux chênes de la Nièvre par une larve d’un blanc rosé,
qui attaquait la plupart des chênes blancs et les faisait
périr sur une longueur de plus d’un mètre.
En 1874, M. Mathieu, professeur à l’école forestière de
Nancy, s’occupa de cette question.
En 1875, encouragés par leur chef, M. Thiriat, conser¬
vateur dés forêts du Gard, deux Inspecteurs de cette Admi¬
nistration, MM. de Trégomain et Régimbeau, étudièrent
chacun de leur côté, les dégâts causés dans leur cantonne-
1. Abeille de Perrin; Annales de la Société enUymolofjiqne de France , années 1867, f. lxt ;
1869, f. lui ; 1870, f. xxxvu.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
LE CHÊNE
125
I
|
I
I
ment respectif aux chênes verts par la larve du Coroebus
et publièrent 1 des mémoires très intéressants, très savam¬
ment développés, accompagnés de planches coloriées, faisant
connaître les transformations de la larve, et dénonçant son
parasite, de la famille des Hyménoptères.
En mars 1878, M. Bargagli de Florence, rendant compte
à la Société entomologique italienne, du résultat de ses
études sur les insectes ennemis du chêne, parle du mode
d’opérer de YAgrilus bifasciatus d’Olivier, dans des termes
qui s’écartent peu des remarques de ses prédécesseurs.
Enfin, en 1882, dans le numéro du 14 mai du Journal du
Va r, M. Azam, entomologiste très autorisé de Draguignan,
traitant de la question des transformations du Coroebus f
émet l’opinion que l’œuf, au lieu d’être déposé sur les
feuilles, où il est difficile à découvrir, est introduit sous
l’écorce de l'extrémité des branches du chêne, au moyen de la
tarière dont la femelle est pourvue, et dont M. de Trégomain
avait donné le dessin. En effet, si l’on admet, ce que je
n’accepte pas pour ma part, que l’organe si évident que
présentent certains exemplaires de Coroebus , est un organe
femelle, il y aurait lieu de penser que les œufs sont
insinués dans le bois ; mais cette supposition ne pourra,
je l’espère, résister aux preuves contraires que je suis à
même de produire, grâce au concours du savant anatomiste
M. le professeur Laboulbène *.
Lorsque M. Régimbeau a étudié les transformations du
Coroebus bifasciatus y qu’il appelle trifasciatus , le mal
était tel dans les forêts du Gard que sur certains canton¬
nements, on évaluait à deux mille fagots par hectare, le bois
provenant des branches atteintes et coupées. Les observa-
1. Régimbbaü —de Trégomain. — Revue des forêt*, 1876-1877.
2. M. l’abbé de Marseul, après avoir lu mes observations et examiné les sujets à l’appui, a
partagé pleinement mon opinion. Voir la note finale en ce qui concerne M. Laboulbène.
10
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
126
LE CHÊNE
tions de cet inspecteur ont porté sur quatre cents de ces
branches. Selon lui, ainsi que nous l’avons dit, la femelle
pondrait sur les branches, ce qui s’accorderait difficilement
avec l’existence d’une prétendue tarière proportionnellement
volumineuse, et la larve s’introduirait dans le bois par
l’aisselle d’une feuille. Cette larve manœuvrerait exacte¬
ment comme l’a indiqué M. Abeille de Perrin, mais il
résulterait des observations de M. Régimbeau, que parfois
la loge à transformation est creusée dans le bois vif, et
non dans la partie mourante de la branche ; remarque très
intéressante que j’avais faite moi-même, et qui peut être,
comme on le verra plus tard, d’une grande utilité pour assu¬
rer, d’une manière complètement rassurante, les moyens de
destruction.
Selon M. Régimbeau, la larve n’attaque que les arbres
ayant de vingt à vingt-cinq ans, ce qui a dû être vrai dans
i e Gard, mais ce qui ne l’est malheureusement pas dans
nos régions plus méridionales, où l’on rencontre, assez
fréquemment, la tige principale de jeunes arbres qui n’ont
certainement pas vingt années, morte jusqu’en terre.
« Vers le 15 mai, dit cet inspecteur, la larve trace son
« anneau ; à la fin du même mois, a lieu la transformation
« en nymphe ; l’insecte parfait sortirait dans la seconde
« quinzaine de juin. »
M. Régimbeau ayant élevé des Coroebus , n’a pas assisté
à des accouplements, mais il aurait remarqué des œufs
déposés à l’aisselle des feuilles.
De son côté M. deTrégomain ayant mis des Coroebus en
cage, n’a, pas plus que son collègue, été témoin d’accouple¬
ments, et n’a pas découvert d’œufs extérieurement; il émet
en outre l’idée, que je ne puis accepter, d’une durée d’exis¬
tence de deux ans pour la larve.
Chacun de ces inspecteurs parle d’un parasite de taille
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSiTY
LE CHÊNE
127
moyenne, de la famille des Ichneumons , auquel M. de
Trégomain donne le nom de genre Lissonota.
Après avoir analysé, aussi brièvement que possible, les
travaux qui ont précédé mes observations, passons main¬
tenant aux résultats de mes études personnelles.
Je ne puis rien dire au sujet de l’accouplement et de la
ponte, mais tout me porte à penser que l’accouplement
doit avoir lieu vers le sommet des arbres, et que les œufs
sont déposés,ainsi que le dit M. Régimbeau, sur les feuilles,
et mieux, à leur aisselle.
Ce que je puis affirmer, c’est que la jeune larve commence
ses dégâts à l’extrémité d’une tige, et que de juin, à mai
de l’année suivante, elle parcourt en descendant, et après
un temps d’arrêt probable pendant la saison d’hiver, une
longueur de plus d’un mètre, avant de tracer son anneau
circulaire et de forer sa loge à transformation.
Dans le chêne blanc, et dans le chêne vert, la larve procède
ordinairement en contournant la branche, où elle trace
parfois, sous l’écorce, des spirales allongées à peu près ré¬
gulières. D’autres fois au contraire, son cheminement mar¬
che en ligne plus ou moins droite; la larve plonge plus ou
moins dans le bois; cela provient sans doute de dérange¬
ments qu’elle aura éprouvés sur sa route.
Au fendillement, à la boursouflure de l’écorce, on peut
quelquefois se rendre compte du chemin qu’a suivi la larve.
Mais c’est surtout lorsqu’elle a pratiqué son anneau circu¬
laire, et souvent croisé, qu’il est possible de préciser le point
où se fait la transformation.
Dans le chêne liège les choses se passent autrement, et
le cheminement de la larve n’est indiqué que par le dépé¬
rissement et la mort des tiges secondaires, qui se sont
trouvées sur son parcours. En effet, le chêne liège a deux
écorces : le liège que respecte la larve comme ne pouvant
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
128
LE CHÊNE
lui fournir une nourriture et un abri suffisants, et le lard
qui est une matière trop amère pour qu’elle l’attaque
et s’en nourrisse. Les galeries sont donc tracées dans le
bois lui-même, au-dessous des deux enveloppes, ce qui
fait que rien n’apparaît à l’extérieur.
Qu’elle opère dans le chêne blanc, le chêne vert, ou le
chêne liège, la larve rejette derrière elle la sciure digé¬
rée qui devient presque aussi consistante que le bois, et
qui reste imprégnée de particules animales dont viennent,
ultérieurement, se substanter d’autres larves de petits
Coléoptères.
Vers le mois de mai, la larve du Coroebus qui a acquis
alors une longueur de trois à quatre centimètres, s’arron¬
dit et se prépare à se transformer; c’est alors que l’instinct
merveilleux de l’insecte se manifeste. Non seulement cette
larve choisit l’endroit où le bois offre plus de résistance,
mais comme elle va rester pendant un temps relativement
long sans mouvement, à l’état de nymphe, il faut qu’elle
soit certaine de la sécurité que lui présentera son berceau.
Plus la branche qui va protéger son sommeil sera morte,
exempte de sève, plus elle sera isolée de la végétation de
l’arbre, plus son avenir aura de garanties ; aussi cherche-
t-elle à tuer définitivement cette branche qu’elle a jusqu’à
ce jour respectée dans ses forces vives, tout en la rendant
déjà malade. Dans ce but, elle change de mode d’opérer
et travaille circulairement, de manière à former sous
l’écorce, presque à mi-bois, une sorte d’anneau; puis pour
plus de certitude de son repos, elle croise son trajet, re¬
monte de quelques centimètres, plonge jusqu’au centre,
en aboutissant presque à la surface, afin de faciliter sa
sortie, et creuse sa niche à transformation, à laquelle elle
donne d’avance la dimension et la forme de l’insecte par¬
fait. Mais pourquoi, une fois sur six, selon mes constata-
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
LE CHENE
129
lions, la larve va-t-elle, au contraire, se nicher au-dessous
de son anneau, dans la partie vive du bois? Cette larve
serait-elle plus robuste et surtout plus intelligente que les
autres? Se sentirait-elle de force à lutter contre l’humidité
de la sève? Comprendrait-elle, que si la branche vient à
être cassée au point où l’anneau est tracé, ce qui arrive
toujours, elle sera mieux abritée sur le tronc que dans la
partie mise à bas? Je n’ose me prononcer, mais je démon¬
trerai, en traitant des moyens de destruction, que si le
raisonnement est accordé à une larve, celui qu’elle fait
dans la circonstance n’est pas sans valeur; nous trouverons
aussi dans ce fait, de précieuses indications pour mener
à bonne fin l’opération de garantie.
Voilà donc la larve installée dans sa loge à transforma¬
tion. Là, elle se ramasse, s’arrondit, perd petit à petit sa
forme larvaire, et se transforme bientôt en une nymphe
molle, blanche, laiteuse, présentant déjà, dans sa tête, ses
antennes, ses pattes, ses yeux et son abdomen, le faciès de
l’insecte parfait. Vers le 15 juin, cette nymphe se colore en
commençant par la tête, continuant par le thorax, et finissant
par les élytres l . Devenu complet, le Coroebus pratique son
trou de sortie, non pas rond comme on l’a dit à tort—le trou
rond est celui du parasite—mais en forme de bouche de four,
ou d’entrée de tunnel, et sort pour aller s’accoupler dans
les régions élevées.
Je ne sais pas qu’il soit fréquemment arrivé à un ento¬
mologiste de capturer en chasse, ce Coléoptère qui est
commun cependant, si on a la patience de l’élever chez soi.
Plus adroit que les naturalistes, un Hyménoptère de
taille moyenne, le Cerceris bupresticida, dont nous par¬
lerons en traitant des amis du chêne, fait du Coroebus ,
1. On trouvera à la lin du travail, une note sur relevage d*une nymphe eu plein air.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
130 LE CHÊNE
qu’il sait découvrir, un véritable massacre au profit de sa
progéniture l .
De ce qui précède, il ressort pour moi, qu’il faut repousser
l’existence de la larve pendant deux années, à moins qu’on
n’entende par deux années, la période de temps comptée de
juin à mai de l’année suivante ; qu’il est de toute utilité
de rectifier l’erreur de sexe qui s’est accréditée jusqu’à co
jour, et de prendre la prétendue tarière pour ce qu’elle
est réellement, c’est-à-dire pour un organe mâle bien
caractérisé ; qu’il faut aussi, toujours avec l’autorité de
M. le professeur Laboulbène, combattre cette assertion
qu’on trouve des nymphes avortées, desséchées dans leur
loge, couvertes d’œufs, comme si une nymphe, c’est-à-dire
un être à peu près inerte, pouvait produire des œufs.
Il est vrai, et je l’ai constaté plusieurs fois, que certai¬
nes nymphes ont été recueillies dans ces conditions, mais
M. Laboulbène, auquel j’ai soumis le cas et les doutes
qu’il m’inspirait, est d’avis que ces corps ronds que j’avais
pris pour des exsudations graisseuses, sont des œufs d’un
Acarus parasite qui vont faire, de sa part, l’objet d’études
spéciales *.
Déjà M. Bargagli de Florence, m’avait écrit au sujet de
ces corps ronds :
« J’ai plusieurs fois observé de ces petites boules, sur
« des nymphes de Lixus, et j’ai remarqué que ces petits
« corps sont d’abord d’un blanc de lait et que, par la suite,
« leur surface se recouvre de taches irrégulières mais très
« nettement limitées, d’un brun foncé; quelquefois j’ai vu
« se promenant sur ces boules, de petits Acariens que je
« soupçonne être les parasites de la nymphe ». Le naturaliste
florentin aurait donc entrevu la vérité.
1. Voir le chapitre spécial au Cerceris bupresticida.
2. Voir la note ir 2 à la fin du présent travail.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
i
LE CHÊNE
131
Voici la description scientifique, dans ses divers états,
du Coroebus bifasciatus, d’après les auteurs et mes obser¬
vations particulières. Celles-ci portent surtout sur la distinc¬
tion du sexe de l’insecte parfait.
Larve. — La larve est longue de trois à quatre centimètres
lorsqu’elle a acquis son plus grand développement; elle est
apode,à forme de pilon aplati au début, arrondie ensuite,avec
dix segments abdominaux ; sa couleur générale est un blanc
légèrement rosé; le corps est garni de petites spinules diri¬
gées en arrière, qui l’empêchent de glisser lorsqu’elle se porte
en avant. Mise à l’air, elle périt promptement; on est cepen¬
dant parvenu, dit-on, à lui faire accomplir artificiellement
ses dernières métamorphoses, en l’introduisant sous bois, au
moyen d’un trou de vrille, bouché ensuite hermétiquement
avec de la cire.
Nymphe. — La nymphe que l’on commence à rencontrer
vers la fin de mai, n’a que deux centimètres de longueur; elle
est grasse, large, de couleur blafarde; sa forme indécise
d’abord, s’indique de plus en plus; ses ailes sont repliées en
dessous, ses yeux sont colorés, ses antennes et ses pattes bien
évidentes sous le corps; elle est à nu dans sa loge à transfor¬
mation, merveilleusement disposée et unie ; derrière elle, sont
ses dépouilles.
Il est possible de l’élever à l’air libre; l’opération réussit
assez bien, mais avec des lenteurs qui ne doivent pas
exister dans la nature *.
Insecte parfait. — C’est ici que je me vois obligé de
faire subir des modifications importantes à la description
des auteurs.
Longueur 0 m ,015, largeur 0 m ,005, pour le mâle; longueur
0 m ,016, largeur 0",006, pour la femelle. Allongé, subparal-
1. Voir à la fin du travail la note n* 1.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
132
LE CHENE
lèle au milieu, assez convexe, antennes de onze articles, tête
régulièrement ponctuée; yeux grands et ovales; épistôme
échancré ; pronotum sans mentonnière (ce qui selon M. de
Marseul, est le signe distinctif du genre), beaucoup plus
large que long, avec les bords latéraux crénelés ; écusson
triangulaire à bords antérieurs élevés ; élytres, à peine
sinuées, d’un bronzé plus ou moins verdâtre avec le bout
arrondi et dentelé, creusées vers le milieu sur les côtés;
la moitié postérieure, d’un cuivreux plus pâle que le reste,
avec trois bandes bleues; abdomen pointillé et peu pubes-
cent, jambes postérieures garnies en dehors, d’une brosse
de poils fauves en dedans, de petites dents ; cinq articles
aux tarses dont quatre munis de brosse, le cinquième
avec crochet noir. La femelle, sans tarière visible, est plus
forte, plus lourde que le mâle; ses antennes sont grêles,
courtes, sombres, presque disgracieuses, dépassant à peine
le prothorax; elle est moins foncée en couleur. Le mâle est
plus petit, plus étroit, plus svelte, plus coloré; il a des anten¬
nes beaucoup plus élégantes, plus larges, plus pectinées, plus
longues, plus cuivreuses surtout ; presque toujours il met
dehors un fort pénis noirâtre à double crochet qui a été, à
tort, pris pour un organe femelle.
MOYENS DE DESTRUCTION DU GOROEBUS BIFASCIATUS
Les sylviculteurs et les naturalistes qui ont écrit au sujet
du Coroebus bifasciatus , ont été d’accord pour indiquer
comme moyen défensif de briser, au commencement de mai,
les branches attaquées très reconnaissables à leur état de
dépérissement au milieu des arbres en pleine végétation.
Ce mode d’opérer, facile à mettre en pratique, j’en conviens,
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
LE CHÊNE
133
ne présente pas toutes les garanties désirables, et demande
des soins tout particuliers.
Si vous commencez trop tôt, c’est-à-dire avant le milieu
de mai, époque à laquelle la larve du Coléoptère n’a pas
encore tracé sa galerie annulaire, la branche, si malade
qu’elle soit, pliera et ne rompra pas.
Si la galerie annulaire a déjà été tracée, la branche saisie
par son extrémité, et attirée vers le bas avec une légère
torsion, se brisera infailliblement au point où existe l’an¬
neau, mais il se présentera trois cas : 1° la larve, en train
de forer dans l’épaisseur du bois le chemin qui doit la
mener à sa loge de transformation, ou installée déjà dans
cette loge, sera mise à jour par l’effet de la brisure, et
tombera sur le sol pour y périr sans aucun doute ; 2° la
larve aura pratiqué son berceau à quelques centimètres
au-dessus de l’anneau circulaire; elle se trouvera donc
renfermée dans la portion de la branche qui aura été mise
à bas, et si l’air ne l’impressionne pas trop, elle est suscep¬
tible de continuer à prospérer, et pourra produire l’insecte
parfait, si vous n’avez pas eu le soin d’enlever les branches
cassées, et de les livrer promptement au feu ; 3° enfin,
dernière hypothèse, la larve, par suite d’un enchaînement
de circonstances, ou d’un calcul dont je ne puis écarter
l’intelligence, l’instinct, si vous voulez, aura foré sa loge
dans le bois vif, à quelques centimètres au-dessous de
l’anneau, ce qui arrive assez fréquemment ; dans ce dernier
cas, en admettant toujours que l’air extérieur ne l’impres¬
sionne pas trop vivement, son existence est assurée, et vos
efforts sont sans résultat pratique.
On devra donc, pour obtenir toute certitude, et n’avoir
pas opéré infructueusement, adopter et conseiller la mar¬
che ci-après :
Vers la fin de mai, mais pas avant, afin d’épargner le
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
*
134 LE CHÊNE
parasite, comme on le verra plus tard, s’il existe sur les
arbres des branches mortes l’année précédente avec trou
de sortie, on pourra sans danger les casser d’après le mode
ci-dessus; mais si la branche est simplement malade de
l’année, ce qui est facile à reconnaître à la teinte du feuil¬
lage, on devra la scier à quelques centimètres au-dessous de
l’anneau circulaire qui, presque toujours, trahit sa présence
par une boursouflure, un fendillement, et un craquement
lorsqu’on attirera la branche à soi, s’il s’agit de chêne blanc
et de chêne vert, et par ce craquemment seul, si on opère
sur le chêne liège : de cette manière on sera certain d’avoir
la larve ou la nymphe dans la partie coupée *.
Il va sans dire que, dans tous les cas, les branches
abattues devront être mises immédiatement en fagots et
livrées au feu, au lieu d’être laissées sur le sol.
Lorsque nous parlerons des parasites du Coroebus , nous
ferons connaître un autre moyen d’une exécution moins facile
peut-être, mais plus certainè pour détruire le Coléoptère,
en épargnant autant que possible son parasite.
Il me reste à faire une dernière recommandation qui a
son importance.
Dans nos régions du sud-est, c’est le chêne liège qui
est plus particulièrement rémunérateur; mais il ne forme
pas sur nos coteaux méditerranéens des massifs compacts ;
le plus souvent, il est mêlé au chêne vert. Or il ne faudrait
pas se contenter, comme je l’ai constaté sur différents
points, d’opérer sur les chênes liège, en laissant dans leur
voisinage des chênes verts infestés, constituant un véritable
danger ; car l’ennemi des deux arbres est le même.
Il faut donc abattre dans de bonnes conditions, à la scie
de préférence, toutes les branches atteintes, aussi bien sur
1. Voir à la fin du travail la note n« 1, concernant l’élevage à l’air libre d’une nymphe.
Digitized by
Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
LE CHÊNE
135
le chêne liège que sur le chêne vert et même sur le chêne
blanc, et ne pas hésiter à aller chercher ces branches, soit
au sommet des arbres, soit sur les pentes d’un accès
difficile.
HYMÉNOPTÈRES PARASITES
OU ENNEMIS DU COROEBUS BIFA8CIATUS
0
MM. Régimbeau et de Trégomain, ont décrit comme
parasite du Coroebus bifasciatus un Hyménoptère qu’ils
ont désigné sous le nom de Ichneumon genre Lissonota.
Or j’ai obtenu de mes élevages deux parasites bien distincts
l’un de l’autre, mais qui ne sont ni l’un ni l’autre du genre
Lissonota.
Selon M. André de Beaune auquel j’ai toute confiance, les
deux parasites qui sont éclos chez moi en 1883 et en 1884, de
cocons trouvés dans les loges du Coroebus, seraient :
1° LÏEphialtes carbonarius (Grav.);
2° Le Cryptus Dianae (Grav.)?
I. EPHIALTES CARBONARIUS (grav.)
Larve. — La larve est grasse, molle, d’un blanc mat, se ter¬
minant en pointe à ses deux extrémités, renflée sensiblement
vers son milieu, courbée; elle est apode et me paraît avoir
douze anneaux ; mise dans l’alcool, elle devient rapidement
noire; sa longueur est de 4 à 5 lignes. Cette larve se file
un cocon, allongé d’un blanc mat, très résistant, qui devient
jaunâtre et parcheminé à l’extérieur.
Nymphe. — Je n’ai pas vu la nymphe de YEphialtes car¬
bonarius, mais je suis porté à penser qu’elle doit rappeler
par sa forme l’insecte parfait.
Insecte parfait. — Longueur : mâle, de 3 à 4 lignes et
demie; femelle, de 3 à 8 lignes; face plus ou moins garnie
d’un duvet argenté; palpes blancs ou testacés; labres rare-
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
136
LE CHÊNE
ment ferrugineux; antennes allongées, filiformes un peu
courbes à l’extrémité, longues comme la moitié du corps,
celles du mâle atteignant parfois la longueur du corps; chez
le mâle les articles 1 et 2, sont souvent blanchâtres en dessus.
Thorax un peu gibbeux, cylindrique avec une macule
blanche en avant des ailes.
Ailes petites, étroites, yalines ou un peu jaunâtres.
Stigma brun ou parfois jaune.
Nervure radicale brune ou noire.
Pattes grêles, allongées, fauves ; chez le mâle, les tro¬
chanters sont ordinairement jaunes en dessous ainsi que
les hanches antérieures.
Abdomen deux fois long comme la tête et le thorax,
cylindrique, linéaire ou fusiforme ; quelquefois avec un
tubercule latéral.
Tarière de la femelle plus longue que le corps, avec
fourreaux noirs velus ; tarière proprement dite, lisse
brillante, rougeâtre, lanciforme à l’extrémité qui est den¬
telée.
Du reste, le genre Ephialtes est très voisin du genre
Lissonota. Tous les deux sont des Ichneumonides de la
tribu des Pimplariae. La différence qui sépare ces deux
genres, est que l’abdomen du second est en grande partie
lisse en dessus, et que celui du premier est chagriné,
marqué de tubercules, fossettes, etc., etc.
II. CRYPTUS DIANAE (gràv.)?
Longueur du mâle 0 ra ,010 à 0 m ,0il, femelle de 0 m ,011 à
0 m ,013. Tête et antennes noires ; le mâle avec le premier arti¬
cle taché de blanc en dessous ; la femelle avec les cinquiè¬
me, huitième et neuvième articles blancs, selon Gravenhorst;
avec les neuvième, dixième et onzième articles blancs selon
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
LE CHÊNE
137
d’autres auteurs; souvent, la femelle a de minces lignes
blanches sur les orbites et sur le ventre. Chez le mâle,
dit Gravenhorst, ces taches blanches existent presque tou¬
jours et les pièces buccales sont de même couleur.
Thorax gibbeux, noir chez la femelle ; noir avec un point
blanc sur les ailes, chez le mâle.
Pattes rouges, avec les hanches et les trochanters noirs ;
genoux postérieurs sombres.
Ailes un peu enfumées ; côtes testacées vers la base ;
stigma noir ou brun ; aréole pentagonale.
Abdomen rouge, avec le pétiole et les deux derniers seg¬
ments noirs.
Tarière noire, un peu plus courte que l’abdomen avec son
pétiole.
Ce Cryptus indiqué d’Allemagne et d’Italie (Parme,
Gênes), n’est désigné dans aucun auteur comme parasite
d’un autre insecte; il n’aurait pas encore été capturé en
France, puisque M. Dours n’en fait pas mention dans son
catalogue des Hyménoptères français, publié en 1874.
Assez voisin de YEphialtes carbonarius , il en diffère
cependant par son extérieur plus lourd, sa taille plus grande
et par le peu de longueur de la tarière.
On ne peut mettre en doute qu’il soit parasite du Coroebus,
puisqu’il m’est éclos de nouveau pendant l’Exposition In¬
ternationale de Nice, en mai 1884, d’un cocon trouvé, en.
juin 1883, dans une loge de Coroebus, et conservé dans un
tube.
OBSERVATIONS
Il paraît certain que les deux parasites du Coroebus bi -
fasciatus : YEphialtes carbonarius et le Cryptus Dianae,
éclosent avant leur victime, c’est-à-dire au commencement
ou au plus tard au milieu de mai ; c’est ce que j’ai constaté
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
138
LE CHÊNE
par deux annéos consécutives d’études; telle était, du reste,
l’opinion de M. Régimbeau.
Ces Ichneumonides sortiraient donc des branches mor¬
tes l’année précédente qui n’ont pas donné naissance à un
Coroebus. Leur trou de sortie est rond, plus petit que celui
du Coléoptère ; si l’on fend la branche en hiver, on trouve
dans la niche centrale un cocon à enveloppe résistante et
blanche qui occupe tout le berceau et qu’on peut impunément
retirer et enfermer dans un tube avec certitude de le voir
aboutir au printemps suivant.
Il faut donc admettre que YEph.ia.ltes ou le Cryptus,
sortis en mai après un sommeil d’un an, s’accouplent sans
tarder ; la femelle cherche alors la larve du Coroebus qui
se dispose à se transformer, la guette, la pique et lui confie
ses œufs.
L’instinct maternel de la femelle, les crevasses du bois,
les bruits qu’elle perçoit lui font deviner où se trouve cette
larve ; il est propable même qu’elle choisit le moment où
elle se rapproche de l’écorce, pour tracer son anneau ; ce
moment est propice en effet, car la larve a acquis tout
son développement, elle est grasse à souhait et va entrer
dans la période du repos.
Afin d’atteindre la larve du Coroebus , la femelle de
YEphialtes ou du Cryptus utilise sa tarière.
La larve de l’Ichneumonide qui éclôt peu de temps après
dans le corps de la larve, a le soin de n’attaquer pour se
nourrir, comme tous les parasites du reste, que les parties
grasses, respectant les organes essentiels.
La larve du Coroebus de son côté, ignorant sans doute
qu’elle contient le germe de sa mort, continue ses derniers
travaux ; elle plonge dans le bois, fore sa loge, prépare sa
sortie, et s’endort pour ne plus se réveiller.
Après avoir, assez promptement, acquis une certaine
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
LE CHENE
139
grosseur, la larve de l’Hyménoptère en finit avec la larve
ou la nymphe du Coroebus, et lorsqu’elle a tout dévoré,
qu’elle reste maîtresse d’un berceau qu’elle ne s’est pas
donné la peine de faire, elle file son cocon dans lequel elle
s’endort pour n’éclore qu’au printemps suivant, ce dont je
me suis assuré à différentes reprises, en* recueillant en
automne, des branches de chêne vert ou de chêne liège
complètement mortes et ne présentant pas de trou de sortie.
Puisque le Coroebus bifasciatus est attaqué par des
ennemis dont le rôle est d’en diminuer le nombre, il s’agi¬
rait de trouver le moyen d’arriver à ce résultat, en épar¬
gnant, autant que possible, YEphialtes et le Cryptus. Ce
moyen consiste à tailler assez bas au printemps, au
commencement de mars par exemple, les branches dont
»
le jaunissement terminal dénonce suffisamment les dégâts
de la jeune larve du Coroebus descendant vers le tronc de
l’arbre. En coupant à 0 m ,10 au-dessous du point où s’arrête
le dépérissement, on sera à peu près certain d’avoir détruit
la larve, ce dont on pourra du reste s’assurer en fendant,
par épreuve, quelques-unes des branches abattues. On sera
certain aussi de n’avoir pas nui aux parasites utiles qui, à
ce moment, sont à l’état de nymphe dans les branches
mortes de l’année précédente.
Il est éclos de mes bois d’élevage de 1884, non seulement
les deux parasites que je viens de décrire, mais encore de
charmants Braconides d’un noir brillant, avec ailes d’un noir
mat, et abdomen rouge; de très nombreux Chalcidides, des
Cynipsides et de petits Diptères qui doivent être les parasites
des larves de petits Coléoptères ÇPhymatodes , Agrilus,
Dasytes) qui viennent se repaître des excréments laissés
derrière elle par la larve du Coroebus.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
140
LE CHÊNE
CERCERIS BUPRESTICIDA
MM. Léon Dufour de Saint-Séver, et Fabre, de Vaucluse,
ont donné, chacun de leur côté, des détails très intéres¬
sants sur les mœurs d’un Hyménoptère fouisseur de taille
moyenne, le Cerceris bupresticida, qui ne nourrit ses larves
qu’avec des Buprestides, tandis que son voisin, le Cerceris
tuberculata les alimente avec des Curculionides.
Le Cerceris bupresticida f recherche toute particulière¬
ment le Coroebus bifasciatus; ce n’est pas son parasite,
mais son ennemi acharné. On peut donc le considérer com¬
me un défenseur des intérêts forestiers, et à ce titre, nous
lui devons une place dans notre travail sur le chêne.
Selon M. L. Dufour, cet Hyménoptère, dont je donnerai
plus tard une courte description, établit son nid dans les
parties les plus dures des routes et allées ; ce nid, que
l’insecte creuse avec ses mandibules et ses tarses anté¬
rieurs garnis à cet effet de piquants faisant l’office de râteau,
est précédé d’un boyau d’entrée un peu coudé, d’une dimen¬
sion double de celle de l’ouvrier, et est terminé par une
cavité qui contient cinq cellules ou loges séparées, indépen¬
dantes, disposées en cercle, destinées à autant de larves.
Dans chacune de ces loges, la femelle dépose trois ou quatre
Buprestides; des Coroebus surtout, en ayant soin de pondre
un œuf sur le corps de l’une de ses victimes. Les larves qui
vont naître ayant leur nourriture assurée, la galerie est
close hermétiquement et l’existence du nid ne se trahit que
par la petite motte de déblais qui le surmonte.
M.. L. Dufour ayant constaté que les Buprestides emma¬
gasinés par la femelle du Cerceris, se conservent dans un
état si satisfaisant, que vingt jours après leur introduction
dans les cellules, les membres ont encore leur élasticité et
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
LE CHÊNE
141
%
les viscères leur fraîcheur, en conclut que l’Hyménoptère
a dû injecter, avec son aiguillon, dans le corps du Coléoptère,
un venin conservateur.
Les expériences et études de M. Fabre ont été encore
plus approfondies que celles de M. L. Dufour ; elles sont
surtout intéressantes en ce que l’auteur du mémoire publié,
cherche à démontrer que la conservation vraiment extraor¬
dinaire des Buprestides donnés en pâture à ses larves par
la femelle du Cerceris , n’est pas due, comme l’avait pensé le
savant entomologiste de Saint-Sever, à l'introduction
dans leur corps d’un venin conservateur, mais bien à une
paralysie complète du système nerveux au moyen de ce
liquide; il établit en effet que le Coléoptère est toujours
piqué au poiût où les nerfs se réunissent en faisceaux, et il
appuie son opinion sur des expériences qui ont été, paraît-il,
concluantes.
les moyens ordinaires se
« décompose et surtout se dessèche en quelques heures, dit
« M. Fabre, celui qui a été paralysé, après avoir été piqué à
« la jointure du prothorax, entre la première et la deuxième
« paire de pattes, point où converge le système nerveux, au
« moyen d’une plume de fer imbibée d’ammoniaque, se con¬
te serve frais pendant des semaines. »
Le Cerceris bupresticida est donc un grand destructeur
de Buprestides, puisque chaque femelle pond cinq à six
œufs, devant produire autant de larves à chacune desquelles
elle donne en pâture trois à quatre Buprestides, ce qui ferait
vingt-quatre par nid. Il est dès lors utile de respecter son éta¬
blissement lorsqu’on vient à le rencontrer sur son chemin.
Voici la description du Cerceris bupresticida (L. Dufour) :
Larve. — Apode, munie d’une tête visible avec des an¬
tennes ; allongée, blanche, rétrécie en avant, recourbée en
forme de hameçon. Longueur 6 lignes.
h
« Lorsqu’un Buprestide, tué par
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
142
LE CHÊNE
Cocon. — Soyeux, membraneux, d’un rougeâtre pâle, en
forme de bouteille, arrondi en arrière, rétréci en avant,
en forme de col fermé et tronqué à l’extrémité. Longueur
6 lignes.
Insecte parfait. — Noir, ponctué, thorax sans taches ;
abdomen avec quatre fascies dorsales jaunes; face avec trois
taches jaunes ; ailes enfumées, noirâtres à l’extrémité ;
cuisses à moitié noires, pattes jaunes, tarses antérieurs
dentés en forme de râteau .chez la femelle dont la longueur
est de six lignes. Mâle un peu plus petit; antennes de treize
articles ; tarses antérieurs non dentés ; avant-dernier seg¬
ment ventral avec épine de chaque côté.
On le trouve l’été sur les fleurs.
COCCIDES
Dans son travail si intéressant sur les Coccides publié
en 1868 et années suivantes par la Société entomologique
de France, M. Signoret donne la description des espèces
ci-après qui vivent sur le chêne :
1° Aspidiotus ilicis (Sig.) qui se tient sur les rameaux;
2° Aspidiotus quercus (Sig.) qui se trouve tout l’été sur
les feuilles et sur le tronc ;
3° Kermes ballotae (Lich) qui vit exclusivement sur le
chêne vert à gland doux;
4° Kermes Bauhinii (Planchon), qui vit sur le chêne
vert et sur le chêne Kermès.
En 1884, sur un chêne vert de l’Estérel, j’ai recueilli cette
dernière Cochenille en abondance. Plus de cinquante boules
noirâtres de la grosseur d’un petit pois, sortaient des fissures
de branches malades ; une matière blanchâtre, visqueuse
les retenait au bois : ces boules à enveloppe écailleuse,
étaient pleines d’une innombrable quantité de petites larves
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
LE CHENE
143
rosées très vives et de chrysalides qui ont donné des para¬
sites ayant la forme des Chalcidides;
5* Kermes vermilio (Planchon), qui vit sur le Quercus
coccifera et ressemble beaucoup au Bauhinii .
J’ajouterai quelques indications sommaires sur le Kermès
au point de vue tinctorial.
Le Kermès n’est guère employé aujourd’hui que dans
quelques manufactures de l’Orient.
Desséché, l’insecte se conserve longtemps ; on a pu
en utiliser qui étaient morts depuis plus de cent ans.
Le principe colorant qu’il renferme a été nommé Car-
minine par Pelletier. Ce que nous appelons carmin est
un mélange de carminine et de diverses matières albumi¬
neuses.
L’un des procédés les plus usités pour obtenir le carmin,
est de verser de l’alun et de la crème de tartre dans une
décoction de Cochenille. L’opération donne pour résultat
un dépôt solide, pulvérulent d’un rouge magnifique qui
est utilisé par les peintres et les fabricants de bonbons
et de liqueurs.
HÉMIPTÈRES DU CHÊNE
Mon intention n’est pas de présenter le Phylloxéra du
chêne comme dangereux pour cet arbre, mais je crois
cependant qu’il est utile de ne pas le passer sous silence
dans ce travail d’ensemble.
Il a fallu les dégâts terribles causés à la vigne par un
Phylloxéra (vastatrix), pour que l’attention se portât sur
celui du chêne W .
En 1874, M. Lichtenstein, récapitulant divers travaux,
(]) Ce sont les études du Phylloxéra du chêne de M. Balbiani qui ont facilité celle
du Phylloxéra de la vigne.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
144
LE CHÊNE
donnait dans les annales de la Société entomologique de
France la synonymie des espèces, au nombre de trois,
de Phylloxéra vivant sur le chêne : P. quercus (de Fons)
et P. Balbiani (Lich) tous les deux Européens ; et le P. Riley
(Lich) qui n’existe qu’en Amérique.
Mais en 1875, dans les mêmes annales, folio cxlii, le
naturaliste américain Riley expose qu’il n’y a réellement
que deux Phylloxéra du chêne : le P. quercus (de Fons)
pour l’Europe et le P. Riley , plus petit, plus étroit, la
nymphe moins rouge, les ailes plus foncées, pour l’Amérique.
HYMÉNOPTÈRES
S’il est des Hyménoptères utiles au chêne, il en est
au moins un qui peut lui devenir nuisible.
Ainsi, le liège sur pied est parfois attaqué, perforé au
point de n’être plus vendable, par une fourmi qui se plaît
à y tracer des galeries.
On ne doit pas laisser des fourmilières s’établir au pied
de ces arbres ; une forte décoction d’aloès les en éloigne.
LÉPIDOPTÈRES
J’ai dit que de très nombreuses chenilles vivaient aux
dépens des feuilles du chêne. Limité dans l’étendue de
mon travail, je me bornerai à citer quelques-unes des
espèces méridionales que je relève dans le catalogue rai¬
sonné de M. Millière.
Cnethocampa processiona Lin. Les chenilles de cette
Liparide qui donne le papillon en juin, vivent en société
sous une toile soyeuse fixée à l’aisselle d’une grosse
branche ; c’est autour de ces nids qu’on prend le beau
Coléoptère vert doré, Calosoma sycophanta.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
i
LE CHENE
145
Le meilleur moyen de détruire cette chenille très véné¬
neuse, est de laisser tomber dans le nid quelques gouttes
d’huile.
Bombyx quercus Lin. Ca.toca.la conjuncta (Esp.) pro-
missa (Roes.) sponsa (Lin.) conversa (Esp.) sur les fleurs,
nymphogoga (Esp.) Metrocampa honoraria (W.V.). Plu¬
sieurs Tortrix. Carpocapsa grossana (Hw) et ampiana(Hb)
dont la chenille vit en automne dans les glands. Nepticula
ruficapitella (Hw) ilicivora (de Peye) suberivora (Stt.)
suberis (Stt.), etc., etc.
Il est difficile d’indiquer les moyens de destruction pour,
un si grand nombre d’ennemis peu dangereux d'ailleurs;
je n’entrevois en dehors de ce que j’ai dit relativement aux
processionnaires, que la recherche des chenilles et l’emploi
des feux nocturnes pour attirer les noctuelles.
LÉPIDOPTÈRES DES BOUCHONS DE LIÈGE
On savait que les bouchons de liège sont attaqués par les
chenilles de deux Tine a; la tigranella (Dup.) et une variété
de VOenophila.
En 1883, M. Constant du Golfe-Juan a fait connaître qu’il
a trouvé la chenille de YAsopia farinalis (Lin.) dans des bou¬
chons où elle avait fait de nombreuses galeries : on pourrait
remédier à cet inconvénient en choisissant et ébouillantant
les bouchons avant de s’en servir, et en ne tenant pas les
bouteilles dans une cave trop humide. Il faut ajouter encore à
ces Lépidoptères YEndrosis lactiella (Schr) selon M. Fallou,
dans les caves sèches *.
1. Dans les annales de la Société entomologique de France (1881, f. lyi), M. Lucas a
dénoncé un petit Crustacé de la division des Porcellionides, Oniscus murarius , comme
s'attaquant aux bouchons.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
146
LE CHENE
GALLES DU CHÊNE
Les Cynipsides producteurs de galles jouent un certain rôle
dans l’existence des chênes. Si un chêne du Levant, Quercus
infectoria, est productif d’une denrée commerciale, la noix
de galle, les essences de nos régions n’ont qu’à souffrir de
ces végétations. Il me parait donc utile de ne pas oublier les
Cynipsides et de les inscrire au nombre des insectes nuisibles
du chêne.
Les galles souvent communes sur les hêtres, les saules,
les rosiers, le chêne et surtout sur le chêne blanc, sont
le produit de la piqûre d’un petit Hyménoptère pupivore de
la famille si nombreuse des Cynipsides, autrefois Gallicoles.
Armée d’un oviducte long et délié, la femelle introduit ses
œufs dans les végétaux. Les sucs affluent autour du point
piqué et il s’y développe une excroissance généralement
arrondie, au centre de laquelle se trouve l’œuf.
La larve solitaire, apode, s’y nourrit et sort par un trou
rond pour aller se transformer en terre. Dans de certaines
espèces, la transformation s’accomplit dans la galle elle-
même.
La galle du Q. infectoria produite par le Cynips tinctoria
est ronde et d’un gris brunâtre; elle est grosse comme la
moitié d’une noix ; sa dureté est extrême ; on l’utilise
comme teinture ou comme astringent. Chez nous, les galles
du chêne sont nombreuses. M. le docteur Giraud signale
dans les annales de la Société entomologique de 1868, 1* lu,
plusieurs espèces allemandes qu’il a trouvées dans les forêts
françaises, ce sont :
1° Cynips callidonia (111.) qui produit sur les bourgeons
avortés des galles verdâtres portées par un long pédoncule ;
2° Cynips wajalis (Ger.) qui donne un espèce de cône
d’un brun verdâtre ressemblant à un bourgeon avorté ;
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
LE CHÊNE
147
3° Spathegaster tricolor (Hart), petit insecte, aux ailes très
longues, à pubescence noire qui provoque sur la surface
inférieure des basses branches de petites boules de O”,005
au plus de substance tendre d’un blanc verdâtre couvertes
de filaments roses ;
4° Spathegaster flosculi (Ger.). Cet Hyménoptère est plus
robuste que le tricolor ; on le rencontre sur les rameaux
bas et peu vigoureux ;
5° Andricus inflator (Hart). La galle de ce petit Cynip-
side devient parfois nuisible par sa trop grande multipli¬
cation ; elle transforme les bourgeons en une excroissance
verdâtre creusée au centre *.
M. Lichtenstein* a fait connaître qu’on a trouvé dans le
bois de Vincennes des galles coniques et cannelées entourant
les tiges des semis de chêne, au point où ils sortent de terre;
ces galles sont l’œuvre du Cynips Sieboldi (Hart).
Enfin, pour compléter sommairement l’histoire des Cynip-
sides du chêne, je relève, qu’en 1864 M. Lucas a signalé le
Cynips aptera (Hart) qui forme sur les chênes rouvre de la
forêt de Vincennes des grappes très serrées de galles rougeâ¬
tres; et qu’en 1870, M. Puton rend compte d’un fait très inté¬
ressant pour la sylviculture, celui des dommages réels causés
en Lorraine dans une pépinière de jeunes chênes arrivés à
leur deuxième année, par les galles du Cynips corticalis
(Hart) appliquées sur les feuilles depuis le collet jusqu’à la
base.
1. Dans le même volume, f. cix, M. le docteur Giraud présente quelques observations
touchant le C. fecundatrix (Hart) qui avait provoqué de nombreuses galles sur des chênes
pédonculés de Fécamp.
2. Lichtenstein — Annales de la Société entomologique de France , année 1877 f. xxxii.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
148
LE CHENE
AMIS DU CHÊNE
Nous avons fait connaître en détail la biologie et l’utilité
pour le chêne des ennemis du Coroebus bifasciatus. Pres¬
que toutes les larves des Coléoptères et des Lépidoptères
que nous avons indiquées comme vivant sur le chêne, ont
dans les nombreuses familles des petits Hyménoptères, des
parasites dont la science n’a pas encore suffisamment étudié
les mœurs.
Ce dont je suis certain, en ayant été témoin bien des fois,
c’est des services rendus aux chênes par deux Coléoptères
grands destructeurs de chenilles.
Le Calosoma sycophanta (Lin.) grand et beau Carabique
vert doré qui s’acharne après les chenilles processionnaires,
les poursuivant jusque dans leur nid ; et le joli Sylpha
maculata, jaune avec points noirs, qu’on est sûr de ren¬
contrer contre les troncs des jeunes chênes atteints par les
chenilles. Il ne faut pas non plus oublier les Coccinelles
qui, à l’état de larve et d’insecte parfait, font une guerre
continue aux pucerons et aux petites larves.
Mais les amis les mieux caractérisés du chêne, sont les
petits oiseaux; et, parmi ceux de taille moyenne, le Pic Vert,
(Picus viridis) dont l’existence se passe à chercher sous
les écorces, les larves et les insectes parfaits.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
LE CHÊNE
149
1
NOTE SUR L'ÉLEVAGE A L’AIR LIBRE D’UNE NYMPHE
DE COROEBUS BIFASCJATUS
J’ai dit qu’il y avait danger à laisser, même à l’air libre, des nym¬
phes du Coroebus bifasciatus ; j’appuie cette assertion sur une preuve
indiscutable.
Le ‘20 juin 1884, en cassant une branche de chêne liège dans la
forêt de l’Estérel, j’ai recueilli, au moment où elle allait tomber sur le
sol, une nymphe de Coroebus. Cette nymphe était molle, laiteuse
d’un blanc mat ; bien que sa tête fut légèrement endommagée, je résolus
de l’élever afin de m’assurer si, conservée en plein air, elle produirait
l’insecte parfait. Je l’installai donc sur un lit de mousse et j’en fis
l’objet d’un examen attentif.
Le 22, je constate que la transformation commence par les yeux et
les mandibules qui deviennent noirâtres ; une ligne d’un vert vague
se manifeste, en transparence, sur le dos dessinant déjà les anneaux ;
enfin le corselet prend une teinte jaune d’ivoire.
Le 26, la couleur verte noirâtre métallique a à peu près envahi
tout le corps de la nymphe, sauf l’extrémité de l’abdomen, les ailes et
les élytres qui conservent leur teinte jaunâtre.
Je remarque un léger mouvement; l’insecte rend par l’anus un
liquide gluant, il maigrit et se dessèche. Dans la nuit du 26 au 27 les
progrès sont devenus très sensibles : la tête s’est inclinée, les antennes
d’un roux verdâtre, se sont détachées du corps ; les ailes membra¬
neuses et les élytres repoussées par les pattes qui s’agitent, ont pris
leur place sur les anneaux thoraciques.
Le 29 seulement on aperçoit les taches ou bandes bleues de l’extré¬
mité des élytres.
L’insecte a dù souffrir de la blessure que la nymphe avait reçue à
la tête, mais il a complètement abouti, car il se meut et indique déjà
son sexe en exhibant son pénis à double crochet.
Il résulte de cette étude, que l’opération de casser les branches sans
précaution est mauvaise en tous points, puisque si elle a lieu, et c’est
le cas le plus fréquent, lorsque la larve est déjà transformée en nym¬
phe, cette nymphe peut aboutir, soit qu’elle reste sur la partie de
branche adhérente à l’arbre, soit qu’elle soit gîtée dans la branche
coupée et laissée au pied de l’arbre, soit enfin qu’au moment de la
cassure elle tombe sur le sol. Il n’y a donc qu’un seul moyen : scier
au-dessous de l’anneau et brûler, sans retard, les branches abattues.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
150
LE CHÊNE
II
DÉTERMINATION DES DEUX SEXES DU COROEBUS BIFASCJATUS
Ayant fait couper vers la fin de mai 1882, dans la forêt de l’Estérel,
cinquante branches mortes de chêne vert et vingt de chêne liège, j’ai
eu de très nombreuses éclosions en Coroebus bifasciatus, sans compter
un Coroebus undatus, et en Hyménoptères parasites.
Trente-huit Coroebus bifasciaius ont été introduits dans une
vitrine garnie de branches fraîches de chênes blanc, vert et liège.
Ces insectes faisant de petits vols saccadés et tournoyants, se sont
immédiatement mis à attaquer les feuilles par la tranche, négligeant
le chêne blanc pour les deux autres espèces qui avaient abrité leura
premiers états.
Pendant huit jours, j’ai étudié mes prisonniers, et je dois avouer
que je n’ai assisté à aucune velléité d’accouplement, à aucune ponte
d’œufs ; mais malgré cette absence matérielle de preuves, j’ai été
de plus en plus persuadé que les auteurs avaient fait erreur au sujet
de la distinction des sexes, chez le Coroebus bifasciatus lorsqu’ils
ont décrit et dessiné comme tarière, ce qui est indubitablement un
pénis.
Voici sur quelles observations j’ai appuyé ma conviction :
1* Sur ce que les Coroebus à prétendue tarière, sont plus nombreux
que ceux qui en sont dépourvus ;
2° Sur ce que les sujets munis de cet appendice sont plus petits
que les autres, plus étroits, plus sveltes, beaucoup plus vifs, plus
colorés, et surtout sur ce que leurs antennes dépassent de beaucoup
la base du corselet, sont élégantes, profondément dentées et d’un
rougeâtre cuivrèux métallique.
Voilà, il me semble, des caractères de nature à faire cesser tous les
doutes. Mais j’ai voulu avoir l’avis de M. l’abbé de Marseul, et faire
appel aux lumières d’un anatomiste des plus distingués, M. le .profes¬
seur Laboulbène.
J’ai donc envoyé à M. de Marseul des Coroebus des deux sexes
et j’en ai également fait un envoi à M. Laboulbène, en les priant de
trancher la question. Des deux côtés j’ai eu la satisfaction d’obtenir
gain de cause.
« L’appendice que porte l’un des individus communiqués, m’écrivit
« M. de Marseul, est sans aucun doute un pénis et non une tarière.
« Le sujet qui en est pourvu est donc un mâle, l’autre individu
« paraît être une femelle. »
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
LE CHENE
Le 3 juillet 1883, M. Laboulbène me répondit :
« Vos Coroebus bifasciatus sont arrivés vivants ; or le mâle est
« bien positivement celui que nous pensions, à pénis proéminent ; les
« vaisseaux testiculaires remplis de spermatozoïdes ne laissent aucun
« doute.
« Les femelles n’avaient pas les œufs mûrs, mais leurs organes géni-
« taux étaient caractéristiques. J’ai retrouvé sur ce Coroebus ce que
« j’avais vu en 1857dans YAnthaxia manca (Archives entomologiques
« de Thomson et Mémoires de la société biologique avec planches). »
Le mâle du Coroebus est donc l'insecte porteur de la soi-disant
tarière qui est un pénis.
Mais ma consultation portait sur un autre point : on avait trouvé
anciennement et j’avais reconnu moi-même sur des nymphes mortes
de Coroebus bifasciatus de petits corps oviformes et blanchâtres
qu’on avait pris pour des œufs.
La production d’œufs par une nymphe me paraissant inadmissible,
je soumis mes doutes à M. Laboulbène.
Ces deux faits : notion erronée des sexes chez le Coroebus bifasciatus,
et existence de corps oviformes sur des nymphes mortes, ont été si¬
gnalés à l’Institut par notre collègue de la Société entomologique de
France, dans une note dont voici l’analyse :
Après avoir fait connaître que l’existence d’une tarière de couleur
brun noir, de consistance cornée et très résistante, a été admise jusqu’à
ce jour, comme caractérisant la femelle du Coroebus bifasciatus,
le savant professeur établit que cette prétendue tarière, qui n’existe
que sur les insectes d’une taille moindre, avec des antennes plus
élargies, est en réalité un organe mâle ; il s’est assuré par la dissec¬
tion que l’extrémité supérieure reçoit le canal éjaculatoire ; il a vu
dans l’abdomen des tubes spermatiques remplis de spermazoïdes ;
aucun doute ne peut exister à cet égard.
Les auteurs ont donc attribué à tort à la femelle une tarière qui est
l’armure génitale et pénienne du mâle.
Quand aux corps oviformes trouvés dans les niches à éclosion sur
des nymphes mortes, M. Laboulbène avait pensé d’abord que ce pou¬
vaient être des Cryptogames développés sur des insectes morts, mais
par suite d’un examen scrupuleux au microscope, il a trouvé cons¬
tamment avec eux des Acariens parfaitement reconnaissables à
leur rostre et à leurs pattes; de plus, ces corps écrasés montraient
à leur intérieur de véritables œufs à divers degrés de développe¬
ment. Il a reconnu, enfin, que ces œufs devaient être produits par ces
Acariens.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
152
LE CHENE
La conclusion serait donc la suivante : « Un Acarien dont l’espèce
« sera ultérieurement déterminée, et voisin des Tyrographes, se
« trouve dans les galeries à métamorphose sur les nymphes mortes du
« Coroebus bifasciatus.
« Cet Acarien est très remarquable parce que son abdomen se dilate
« en une grosse vésicule et se remplit d’œufs.
« Le développement abdominal spécial à cet Acarien, et non encore
« signalé dans les Arachnides de cette famille, rappelle celui qui est
« propre aux femelles des Termites et surtout aux femelles de la
« Chique des tropiques (Dermatophilus ou Pulex penetrans ). »
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
I
II
LA VIGNE
La vigne est un arbuste sarmenteux de la famille des
Ampélidées. Elle occupe le second rang dans les l’échelle des
richesses territoriales de la France. Cette famille n’a qu’un
genre important, le genre Vitis qui croît spontanément en
Asie et en Amérique.
On compte plus de cinquante espèces de Vitis y compris
celle de nos régions, Vitis vinifera qui possède de nom¬
breuses variétés.
Cet arbrisseau acquiert souvent de fortes dimensions ;
»
Strabon parle d’un cep de la Margiane dont deux hommes
pouvaient à peine embrasser la tige ; Pline fait mention
d’une statue de Jupiter sculptée dans un seul morceau de
vigne ; le temple de Diane à Ephèse était soutenu par des
colonnes de vigne de Chypre ; les portes de la cathédrale
de Ravènes étaient faites en vigne avec des planches de
4 mètres de hauteur sur 0 ra ,40 de largeur; on voyait à Ecouen
et à Versailles en 1790 de grandes tables construites d’une
seule planche de ce bois ; à Besançon on admirait avant les
gelées de 1793, une vigne de l m ,08 de circonférence s’élevant
à 14 mètres du sol et tapissant 40 mètres de murailles.
. La durée de la vigne n’a pour ainsi dire pas de limites ;
Miller parle d’une vigne d’Italie qui devait avoir plus de
trois cents ans.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
154
LA VIG N K
Risso, dans son ouvrage en cinq volumes sur les produc¬
tions de nos régions, publié en 1826, énumère quatre-vingt-
dix-neuf variétés de vignes cultivées de son temps dans le
midi : quarante-quatre en raisins blancs, quarante-cinq en
raisins plus ou moins noirs. Roubaudi dans son travail de
1843, cite pour nos contrées méridionales \
Raisins de tables : le salerne, la clarette, le roussan, le
spagnou, le raisin de Noël et surtout le barbaroux.
Raisins pour la production du vin : le piqucreau, le
sauvaget, le brouinest, le verlantin, le braquet, le négrau,
la trinquiera.
Il parle avec éloges mérités du bellet, vin très capiteux
et très estimé, récolté sur le territoire d’Aspremont et de
Nice (coteaux).
Le raisin de Corinthe noir, sans pépins, fait la richesse des
îles Ioniennes et de l'Archipel.
Noé, dit la Genèse, (ix. 20-21) fut le premier qui cultiva la
vigne et en fit fermenter le jus. De l’Asie, cet arbrisseau fut
introduit en Grèce d’où il remonta en Italie, en Espagne et
dans les Gaules. Pline parle des vins de Clermont, de Sens
et de Vienne.
La culture de la vigne prit dans les Gaules une si grande
importance au détriment de celles des céréales, que l’an 92
de notre ère, Domitien fit arracher tous les ceps et défendit
d’en planter de nouveaux. Faut-il attribuer cette mesure à
des craintes de démoralisation ? Le fait est qu’on avait été
déjà obligé d’interdire aux matrones romaines l’usage du vin
dont elles abusaient, paraît-il, et que dans la République
marseilaise on avait fixé pour les deux sexes, à l’âge de
trente ans, le droit de boire du vin.
Pouvons-nous blâmer Domitien, lorsque nous lisons dans
1. Roubaudi, Productions de Nice , 1843 f. 268.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
LA VIGNE
155
l’histoire de France que Charles IX mit entrave à la
prospérité de la vigne par son ordonnance de 1566, fixant
pour chaque commune à un tiers seulement, le terrain à
planter en vignes? Qu’en 1577 Henri III se contenta de
conseiller la mesure au lieu de l’ordonner, et que Louis XV
tenta aussi de restreindre la culture de cet arbuste.
Sur quatre-vingt-six départements qui composaient la
France, sans compter l’Algérie, en 1879, dix seulement : le
Calvados, les Côtes-du-Nord, le Finistère, la Manche, le
Nord, le Pas-de-Calais, la Somme, la Seine-Inférieure,
Belfort, ne possédaient pas de vignes. La Creuse, l’Ille-et-
Vilaine, le Morbihan, la Seine, le Cantal, l’Eure, la Mayenne,
l’Oise, n’arrivaient pas chacun, à 1,000 hectares.
Les plus riches départements étaient à cette époque,
d’après le travail fait par l’Administration des Contributions
directes, en vertu de l’article 1 er de la loi du 9 août 1879 : la Gi¬
ronde (177,004 hectares), la Charente-Inférieure (140,678 h.),
l’Aube (134,241 h.), le Gers (127,752 h.), la Dordogne
(116,624 h.), la Charente (102,407 h.), l’Hérault (94,638 h.),
le Lot-et-Garonne(82,209 h.),le Lot(81,178 h.),les Pyrénées-
Orientales (70,142 h.), la Haute-Garonne (67,905 h.), le Var
(66,394 h.), l’Indre-et-Loire (59,771 h.), le Tarn (58,299 h.),
le Rhône arrive 17 e avec (45,034 h., la Côte-d’Or 22 e avec
32,179 h.,1e Jura 32 e avec 19,539 h., les Basses-Alpes 37 e
avec 16,206 h., les Alpes-Maritimes 51 e avec 9,051 h., les
Bouches-du-Rhône 60 e avec 6,718 hectares seulement.
Si nous nous basons sur le nombre d’hectolitres ob¬
tenus, nous trouvons que la récolte a donné en 1789,
25,000,000h.; en 1804,46,000,000 h.; en 1808,37,000,000h. ;
en 1834,45,000,000 h. ; en 1840,45,000,000 h. ; en 1858, après
plusieurs mauvaises récoltes occasionnées par l’invasion
de l’oïdium, 54,000,000 h., grâce au soufre: c’est le plus
fort rendement jusqu’en 1865 qui a donné 69,000,000 h. ;
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
156
LA VIGNE
en 1869, on a récolté, 70,000,000 h. ; après plusieurs mauvai¬
ses récoltes; 1875 a donné 84,000,000 h. ; mais ce rendement
tombe à 42,000,000 h. en 1876 ; et se relève à 56,000,000 h. en
1877, pour retomber à 49,000,000 h. en 1878 et à 30,000,000 h.
en 1880. La récolte totale de 1883 a été de 45,000,000 h.
Il est intéressant de se rendre compte des importations
et des exportations en vins pendant une période de cin¬
quante années.
Les importations ont été de 2,166 hectolitres, en 1830 ; de
2,617 h. en 1840; de 3,195 h. en 1850; de 4,478 en 1873;
de 155,179 h. en 1854; de 628,445 h. en 1857; de 183,211 h.
seulement en 1860; de 126,610 h. en 1870; de 1,602,881 h.
en 1878 et de 7,219,642 h. en 1880. Ce dernier chiffre se
divise ainsi qu’il suit :
Espagne 5,111,590 h. ; Italie 1,581,537 h. ; autres pays
526,515 h. La plus forte année a été 1880, qui a dépassé
1879 de 4,281,531 h., et 1877 de 6,512,278.
Les exportations se sont élevées en 1830, à 874,650 hec¬
tolitres ; en 1840, de 1,333,580 h. ; en 1850, de 1,910,654 h. ;
en 1860, de 2,020,786 h. ; en 1870, de2,866,005 h. ; en 1880,
de 2,488,013. Elles n’ont donc pas subi l’influence de l’aug¬
mentation des importations et celle des maladies de la
vigne; la plus forte année a été 1873 avec 3,980,439 h.
Les 2,448,013 h. exportés en 1880 on eu pour destina¬
tion : l’Algérie 180,871 h. ; l’Allemagne 243,182 h. ; l’Angle¬
terre 434,178 h. ; la Belgique 258,555 h. ; l’Italie 14,895 h. ;
les Pays-Bas 69,599 h. ; la Russie 32,477 h. ; la Suisse
352,000 h. ; les États-Unis 84,099 h. ; enfin, pays divers
817,757 h.
La Corse, ainsi que l’Algérie, ont fait ces dernières
années de grandes plantations de vignes qui commencent
à être très rémunératrices et que le Phylloxéra n’a pas
encore envahies.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
LA VIGNE
157
Les climats tempérés sont plus favorables à la culture de
la vigne que les climats chauds ; elle s’accommode de tous
les terrains, sauf cependant de ceux qui sont marécageux ou
trop secs. Elle préfère les terrains calcaires, sablonneux,
caillouteux, exposés au midi : on a vu dernièrement qu’elle
prospère dans les sables les plus fins.
Il est essentiel d’approprier au climat les cépages à
planter, et si on en mélange plusieurs ensemble, il est
indispensable de choisir ceux qui doivent mûrir en même
temps. Rien ne dégénère comme la vigne sortie de son
rayon naturel. Comment oser espérer que dans les Alpes-
Maritimes, par exemple, on pourra obtenir du Bourgo¬
gne ou du Bordeaux de choix, parce qu’on aura fait venir
et planté des cépages authentiques de Clos-Vougeot ou de
Château-Margaux.
Il est évident aussi, que la culture de la vigne a suivi
l’abaissement général et progressif de la température.
Pour preuve, nous dirons que l’empereur Julien vantait
les vins des environs de Paris (Argenteuil, Suresne);
qu’autrefois on disait d’un homme riche qu’il ne buvait
que du Saint-Pourcin, et qu’en 1420, on parlait avec
respect des vins de Nantes où il n’existe plus de vignobles
aujourd’hui.
A cette époque, une lutte acharnée existait entre les vins
de Bourgogne, le Pomard surtout, et les vins non mousseux
de Champagne, et on comparait les vins d’Orléans à ceux
de Beaune.
La multiplication de la vigne s’obtient par semis de
pépins, par marcottes ou provins et par boutures.
On ne sème généralement que pour obtenir des variétés.
Le provignage très usité en Bourgogne, consiste à creu¬
ser autour des ceps que l’on veut renouveler, des fosses
dans lesquelles on couche des sarments tenant au tronc,
12
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
158
LA VIGNE
que l’on maintient au fond avec des crochets de bois; ces
sarments sont ensuite redressés et couverts de terre; un
œil ou deux seulement sont laissés au-dessus du sol. Au
bout d’un an, les yeux enterrés ont pris racine et l’on peut
sevrer les provins en les séparant de leur mère.
La bouture préférable, dit-on, est employée exclusive¬
ment dans certaines régions.
On coupe des sarments longs de 0 m ,25 à 0 m ,30 et après
les avoir fait tremper dans l’eau pendant quelques heures,
on les couche en pépinière dans une terre bien préparée.
Il faut couper la bouture dans le bois à fruit, le plus loin
possible du talon et le ficher en terre à 0 m ,30 de pro¬
fondeur. .
Chaque péiys a son mode de plantation et de direction
de la vigne. Dans le centre de la France, on plante en
lignes parallèles, en laissant 0 m ,50 à 0 m ,65 entre chaque
ligne ; dans le Tarn où les vignes ne sont pas maintenues
par des échalas, on laisse entre les lignes assez d’espace
pour que la charrue puisse opérer facilement.
Dans le midi, on plante généralement les ceps des co¬
teaux au bord des planches ; ceux des plaines à 1 mètre
l’un de l’autre, et on sépare les lignes par un espace de
4 à 5 mètres où l’on cultive des céréales, des fèves et où
l’on plante des arbres fruitiers (oliviers, figuiers, amandiers,
cerisiers, mûriers, etc., etc.).
Pour renouveler un vignoble, on commence par creuser
des fossés parallèles d’environ 1 mètre de profondeur sur
autant de largeur, dans les terrains pierreux et de 0 m ,80 à
1 mètre, dans les bonnes terres; on laboure ces fossés à la
profondeur de 0 m ,20 et on y plante à la distance de 0 m ,60 à
1 mètre l’une de l’autre, des boutures à chevelu sur lesquelles
on met, avec un peu de terre neuve, du fumier ou des marcs
de raisin, puis des broussailles qu’on recouvre de terre.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
LA VIGNE
159
Dans le centre de la France, chaque cep est soutenu par
un échalas court en chêne ou en châtaignier ; on les installe
lorsque le moment est venu d’attacher la vigne, et on les
retire après la vendange pour les mettre en tas ; il est
essentiel de les écorcer avant de s’en servir, et de brûler le
bout qui doit entrer dans le sol.
Dans les grandes exploitations, en Bordelais surtout,
les échalas sont remplacés par plusieurs rangées de fils de
fer galvanisé soutenus par des poteaux. Dans le Tarn, dans
l’Hérault on laisse traîner les vignes.
Du côté de Tarbes, les vignes grimpent sur de forts
échalas de plusieurs mètres de hauteur. Dans les Alpes-
Maritimes, on utilise les roseaux disposés comme les fils
métalliques. Ailleurs enfin, on plante, à des distances vou¬
lues, des arbres destinés à servir de support aux ceps qui
forment, de pied à pied, plusieurs séries de guirlandes.
La vigne n’a pas besoin d’engrais pour donner un bon
produit ; elle demande tout au plus, de temps en temps, un
peu de terre neuve; l’engrais pousse à la quantité, mais nuit
à la qualité. En Bourgogne on ne fume qu’en cachette les
vignes à vins fins. Si l’on tient absolument à fumer, on
devra employer tous les dix ans des engrais préparés avec
des feuilles, des gazons, des curages de rivières, fossés,
bassins, sur lesquels un hiver a passé.
Trois façons par an sont nécessaires: un labour profond
après la vendange, et deux binages ; l’un lorsque le raisin
noue, l’autre lorsqu’il change de couleur. Après chaque
façon, on doit brûler sur place les plantes arrachées qui
sont nombreuses.
L’opération essentielle, c’est la taille. Selon les conditions
particulières de chaque vignoble, il faut tailler plus ou
moins long, laisser à chaque cep plus ou moins de coursons,
à ceux-ci plus ou moins d’yeux ou de bourres ; en été on
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
160
LA VIGNE
doit en outre raccourcir les sarments qui tendraient à
s’allonger outre mesure.
La taille doit se faire en automne dans les pays où les
désastres de l’hiver ne sont pas à craindre ; en avril, au
plus tard, dans les autres régions. La taille d’automne
donne trop de bois, celle du printemps dorme trop de fleurs.
Couper franchement en bec de flûte, à deux bourgeons sur
le littoral, à quatre bourgeons dans les coteaux et garder
les plus beaux sarments pour les boutures. On devra ne les
mettre en pépinières qu’après les avoir fait tremper pendant
plusieurs jours. On. peut enfin, après une gelée ou une
grêle tailler de nouveau. La vigne taillée pleure abondam¬
ment ; ces pleurs sont efficaces pour réconforter les yeux
débilités.
Nous parlerons de la greffe au chapitre des vignes amé¬
ricaines.
Le suc fermenté de la vigne constitue le vin. La distilla¬
tion de ce vin donne l’eau-de-vie. Le vinaigre est le produit
de sa fermentation acide. La râpe, appréciée par les bes¬
tiaux, constitue un bon engrais ; de même que les vieilles
souches et les sarments font un feu des plus agréables et
des plus sains.
Le raisin vert est employé sous le nom de verjus, le
raisin mûr est un aliment salutaire à la santé.
Les raisins secs ont aussi leur emploi, pour la fabrication
de vins ordinaires, dans la composition des desserts et en
guise de médicaments.
On emploie aussi le marc pour la fabrication du vert-de-
gris ; de ce marc, de la lie et des dépôts blancs et rouges
recueillis contre les parois des différents vases qui ont con-
tenu du vin, on extrait l’acide tartrique. Ce produit, décou¬
vert en 1770 par Scheele, s’obtient au moyen d’opérations
chimiques successives. Il est employé dans l’industrie com-
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
LA VIGNE
101
me mordant et pour la fabrication de l’eau-de-seltz ; la
médecine en fait un fréquent usage comme laxatif.
Dans le Tarn et en Italie, on retire des pépins de l’huile
à brûler.
Enfin, les cendres de la vigne contiennent d’assez fortes
quantités de potasse que certains viticulteurs restituent,
avec juste raison, aux terres qui l’ont produite.
Vendanger c’est couper le raisin et le porter au pressoir.
Il ne faut pas attendre pour vendanger que les feuilles tom¬
bent; on pourrait, dans certaines contrées, avoir à subir
une gelée. Les observations ci-après peuvent servir de
règle.
La queue du raisin devient brune, la grappe est pen¬
dante, le grain se ramollit, le jus est savoureux, doux, épais,
les pépins sont vides de substances glutineuses. On ne devra
vendanger que par un temps sec. Dans nos régions, le
raisin est porté directement de la vigne à la cuve où l’on a
le tort de ne pas le fouler immédiatement. Risso condamnait
déjà en 1826 ce mode d’opérer.
La fermentation doit arriver à 25 degrés de température.
Après dix ou quinze jours au plus, le vin est tiré et mis en
tonneaux sans autre précaution, trop souvent, que de tenir
les fûts débouchés jusqu’à achèvement de l’opération.
Afin que cette seconde fermentation fonctionne régulière¬
ment, on devrait revenir au système de l’ancien syphon
perfectionné par M. Burel, ingénieur à Montpellier.
En Bourgogne, même pour les meilleurs crus, la cuve
reçoit le raisin tel qu’il vient d’être coupé ; dans l’Hérault
on fait subir au fruit un premier foulage extérieur, sans
préjudice de celui de la cuve.
Dans le Bordelais, on a le soin d’enlever les grappes.
Le premier jet des cuves constitue la première cuvée ;
la deuxième est donnée par le pressoir ; puis viennent les
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
162
LA VIGNE
piquettes obtenues des marcs auxquels on ajoute les gra-
pillons cueillis tardivement.
Les Grecs distinguaient leurs vins en xpororcov et Scuréptov,
suivant qu’ils provenaient de la cuve ou du pressoir.
Les Romains appelaient le premier, vinum primum , et
le deuxième, vinum secundarium.
Faut-il admettre avec Aristote que les vins d’Arcadie se
desséchaient au point qu’il fallait racler les outres et dé¬
layer le produit de l’opération dans de l’eau pour le mettre
en état de servir de boisson ?
Pline parle de vins conservés pendant cent ans et épais
comme du miel. Gallien dit aussi qu’on conservait dans le
coin des cheminées, des vins appelés à cause de cela,
vinum fumarium.
Damasippe aurait servi à Cicéron du vin de quarante ans,
d’après Macrobe. Enfin, Pline raconte qu’on fit boire à
Galigula du vin qui avait plusieurs siècles d’existence.
La conservation, l’amélioration des vins, demandent des
soins minutieux.
Les soutirages doivent être dirigés méthodiquement.
Enfin, on ne doit mettre en bouteilles que des vins parfai¬
tement dépouillés et collés.
On guérit le vin devenu amer en le mélangeant avec du vin
de Tavel (Gard) ; on remet ceux qui paraissent disposés à tour¬
ner en les faisant bouillir : c’est le système Pasteur. On les
vieillit d’une manière sensible, en les exposant, bonde
ouverte, à la gelée et en les soutirant immédiatement après.
Les vins de Bordeaux s’améliorent au roulis de la mer
et s’accommodent de tous les climats. Les vins de Bourgo¬
gne, plus délicats, se conservent mal dans le midi et se
maintiennent délicieux en Belgique et en Russie.
Dans une conférence faite en 1882, à Argenteuil, le pro¬
fesseur d’agriculture G. Rivière, a donné sur la fabrication
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
I
LA VIGNE 163
et sur le sucrage des vins, des indications dont voici le
résumé :
1° Séparer les raisins en raisins mûrs et en raisins d’une
maturité incomplète ; réserver ces derniers pour la fabrica¬
tion d’un vin de deuxième qualité ;
2° Pratiquer l’égrappage usité en Bordelais ;
3° Adopter le système de fermentation à cuve close, en
ménageant deux ouvertures bien fermées mais pouvant
donner, par le haut, accès à la vendange ; par le bas, sortie
aux marcs ; disposer sur la cuve, pour l’expulsion du gaz
carbonique, le syphon de l’ingénieur Burel dont nous avons
déjà parlé ;
4° Pratiquer le foulage du raisin, soit avec les pieds, soit
mécaniquement, afin d’obtenir plus de couleur;
5° Ne pas hésiter à sucrer le vin en employant du sucre
cristallisé ; se baser pour cette opération, sur cette donnée
que un kilo de sucre par hecto de jus, augmente de un degré
la force alcoolique du vin.
Faire fondre le sucre dans du moût et le précipiter au
centre de la vendange en fermentation.
M. Rivière conseille enfin de tirer à fond la mère-goutte
et, pour avoir la seconde qualité, de verser sur les marcs
non encore pressés, une quantité d’eau égale à celle du vin
enlevé en y ajoutant autant de fois 1 kilo 700 grammes de
sucre qu’on veut obtenir de degré alcoolique, soit 13 kilos
600 grammes par hecto pour obtenir 8 degrés.
Employer le sucre en deux fois, au début et au milieu
de la fermentation, tirer ensuite et presser énergiquement.
On obtient ainsi un second vin inférieur au premier, sans
nul doute, et moins coloré que lui, mais très appréciable
encore.
Par la loi du 30 juillet 1884, le gouvernement vient de
prendre sous sa protection le sucrage des vins en réduisant
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
164
LA VIGNE
de 50 fr. à 20 fr. le droit à payer pour les sucres destinés à
cet emploi.
L’importance prise par la fabrication des vins au moyen
de raisins secs a nécessité en 1879 la réglementation de
cette opération, qui a été reconnue non contraire aux princi¬
pes d’hygiène générale.
Il aurait été importé en 1879, 51,000,000 de kilos de rai¬
sins secs, dont 26,000,000 par Marseille, venant de Turquie
et d’Espagne. Si l’on admet qu’avec 1 kilo de raisin sec
on fabrique 3 litres de vin faible, on arrivera pour 1879
à une production de 153,000,000 de litres de vin, représen¬
tant à 0 fr., 20 cent, seulement, 30,600,000 de francs.
Anciennement les vins de l’Hérault étaient appelés vins
de chaudière et valaient de 5 fr. à 10 fr. l’hectolitre; aujour¬
d’hui que l’invasion de YOïdium et du Phylloxéra a donné
à la fabrication des alcools de betteraves et de grains une
grande impulsion, ces vins se boivent et sont vendus de 18 fr.
à 25 fr. l’hectolitre ; mais les alcools de premier choix, les
cognacs réels ne s’obtiennent qu’avec le produit du raisin.
La falsification des vins a été élevée à la hauteur d’un
art. Je ne qualifierai pas de falsification le mouillage qui
n’est pas dangereux pour la santé publique; le sucrage, fort
usité dans certaines régions, en Bourgogne, par exemple ; le
vinage, qui est presque une garantie de conservation. Quant
au plâtrage qui est, paraît-il, selon l’opinion de la Société
vinicole de Béziers, nécessaire pour la conservation et de
transport des vins du Midi jusqu’au lieu et au moment où
ils seront coupés, il n’est pas, selon divers médecins et
chimistes, préjudiciable à la santé, à la condition, cepen¬
dant, qu’il ne soit employé qu’à faible dose.
Il faut qualifier de falsification vraie l’emploi de matières
colorantes, telles que le bois de campêche, les baies d’ama-
ranthe et de sureau et surtout de la fuchsine dont l’inno-
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
LA VIGNE
165
cuité proclamée dernièrement, ne me parait pas mieux
démontrée que celle de la trichine et du vert-de-gris.
La fuchsine est une matière minérale colorante extraite
de la houille.
De nombreux moyens ont été indiqués pour reconnaître
la présence de ce corps dans les vins; outre le papier soi-
disant infaillible, d’un emploi souvent difficile, j’indiquerai
deux recettes dont l’expérience a démontré la valeur :
1° Faire chauffer le vin jusqu’à l’ébullition, plonger dans
le liquide un brin de laine blanche imbibé d’eau: si la
laine devient rouge, c’est que le vin contient une matière
étrangère ;
2° Verser dans une petite quantité de vin assez d’ammo¬
niaque pour que l’odeur s’en fasse sentir ; mêler et ajouter
quelques gouttes d’une solution concentrée de sulphydrate
d’ammoniaque ; jeter le tout sur un filtre en papier joseph :
si le vin est naturel, le liquide qui passera présentera une
couleur verte.
Dernièrement on a cru trouver, dans la photographie des
vins, le moyen de reconnaître leur âge et s’ils sont falsifiés
ou non.
LES ENNEMIS DE LA VIGNE
Les ennemis de la vigne sont si nombreux que dans la
crainte de décourager les viticulteurs, je ne parlerai que de
ceux qui présentent certains dangers.
LÉPIDOPTÈRES
Oenoptera pilleriana (Sch.) ou Pyrale de la vigne, que
Pline et Caton appelent Convolvulus et que Plaute désigne
sous le nom d ’Involvulus ; je me réserve d’exposer les
phases de son existence.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
166
LA VIGNE
Cochylis roserana (Fr.). Teigne de la vigne f Tinea
uvella dont je parlerai aussi ultérieurement.
Lobesia botrana (Sch.) dont la chenille vit sur les grappes
en fleurs qu’elle lie.
Ino ampelophaga (Bayl) petit papillon verdâtre à chenille
jaunâtre, très nuisible en Italie, en Autriche, en Crimée et
même en France.
Deilephila celerio (Lin.) porcellus (Lin.). Les chenilles
de ces deux grands papillons s’attaquent à la vigne dans
des conditions à ne pas être très nuisibles.
Triphaena pronuba (Lin,). La chenille grise, longue de
0 ,n ,04 à 0 m ,06, ronge les bourgeons pendant la nuit ; elle a
#
été signalée dans la Gironde.
COLÉOPTÈRES
Bromius vitis (Fab.) (Ecrivain, Gribouri), dont je parlerai
longuement.
La famille si nombreuse des Otiorhynchus dont j’expo¬
serai les dégâts nocturnes.
Rhinchites betuleti (Fab.). B a cchus (Fab.). populi (Lin.).
Vesperus Xatartii (Mulsant), strepens (Fab.), Longicornes
nocturnes qui feront l’objet d’un chapitre spécial.
Melolontha vulgaris (Fab.) dont la larve (ver blanc) qui
vit plusieurs années en terre, ronge les racines de la vigne,
et dont l’insecte parfait (hanneton) dévore parfois les feuilles.
Lethrus cephalotes (Lin.) Lamellicorne nuisible aux
vignes en Hongrie.
Graptodera oleracea (Lin.), ampelophaga (Guer) altises
dont je ferai connaître les mœurs et les ravages.
Agrilus derasofasciatus (Batz). Sinoxylon sexdentatum
(01.) Callidium unifasciatum (Fab.). Rhopalopus clavipes
(Fab.). Psoa dubia (Ross.), qui vivent dans les sarments
morts ou coupés.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
LA VIGNE
167
HÉMIPTÈRES
Phylloxéra vastatrix (Planchon) auquel je réserve des
développements indispensables.
Lecanium vitis (Lin.) ou Pulvinaria vitis, Coccide dont
il est utile de se débarrasser pour éviter la venue des
fourmis.
Aspidiotus uih's (Sign.)Gallinsecte qui provoque la venue
de la Fumagine.
Aphis vitis (Sign.), véritable puceron signalé surtout en
Hongrie et en Amérique.
Nysius cymoides, Punaise nuisible en Algérie, où elle
pique les bourgeons.
Hysteropterum grylloïdes (Fab.) Hémiptère homoptère
qui, dernièrement, a inspiré sur certains points, des craintes
dont M. André fait justice. M. Lichteinstein a publié des
études à son sujet.
ORTHOPTÈRES
Forficula auricülaria (Perce-oreilles).
Coloptenus italicus, Sauterelle qui a fait des ravages en
Crimée.
Phaneroptera falcata : P. liliifolia, qui mangent le raisin.
Ephippigera vitium (Porte-selle) Gaza des Hébreux,
qui en 1613 causa des dégâts au point de nécessiter une
ordonnance de destruction ; cet Orthoptère est attaqué,
selon M. Fabre, par un grand Hyménoptère, Sphex occita-
nica, qui recherche les femelles pleines d’œufs, les paralyse
avec son aiguillon et les emporte dans son nid pour les
donner à ses larves.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
168
LA VIGNE
DIPTÈRES
Cecydomia vitis (Lich.) qui produit sur les feuilles de
la vigne de petites galles faciles à distinguer de celles du
Phylloxéra des feuilles, en ce que celle du Diptère appa¬
raît des deux côtés de la feuille avec son ouverture en
dessus, tandis que celle de l’Hémiptère n’est saillante qu’en
dessous et s’ouvre en dessus.
HYMENOPTERES
Vespa crabro (Lin.) ou Frelon et Polistes gallica qui
attaquent le raisin et qu’on attire dans des fioles remplies
d’un liquide mielleux mais fermenté, pour en éloigner les
abeilles.
MOLLUSQUES
Hélix hortensis : H. variabilis qui vivent des feuilles de
la vigne; les larves des deux Coléoptères: Drilus flavescens
(Fab.) et Luciola lusitanica (Char.) vivent aux dépens des
Hélix de petite taille ; YHélix promatia ou gros escargot
de Bourgogne, est une véritable ressource comestible.
Arion rufus : Limax agrestis, limaces qui dévorent les
bourgeons et en vue desquelles il est utile d’épargner les
gros Carabes, surtout le Procrustes coriaceus et les
Staphylins qui s’en nourrissent.
On peut détruire un certain nombre d’escargots et de
limaces, en visitant de temps en temps, de petits tas de
pierres qu’on a disposés dans les vignes et sous lesquels
ces mollusques aiment à se réfugier pendant le jour.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
LA VIGNE
169
ARTHROPÈDES
Phytoptus vitis (Land.), petite araignée qui se contente
de sucer et de dessécher quelques feuilles. « L’essentiel, dit
M. André, c’est de ne pas confondre le Phytoptus avec
XOïdium. » Les moyens de préservation sont : tailler court,
brûler les sarments et ébouillanter les ceps.
Parmi les Arthropèdes myriapodes, Iulus sabulosus. I.
terrestris. I. communis, qu’on rencontre fréquemment sur
les ceps de vigne ; mais puisque ces animaux sont carnas¬
siers, ils doivent être plutôt utiles que nuisibles.
CRYPTOGAMES
Oïdium Tuckeri, (Erysiphe y mal blanc , meunier).
Peronospora viticola (Mildew , faux Oïdium).
Phoma uvicola y (Anthracnose , maladie noire y Carie ,
Charbon , Rot).
Je consacrerai un chapitre spécial à chacun de ces trois
ennemis de la vigne.
LÉPIDOPTÈRES NUISIBLES A LA VIGNE
Nous avons donné la liste des principaux Lépidoptères
nuisibles à la vigne.
Dans cette liste, je prendrai, pour les décrire, les trois
espèces qui, à l’état de chenilles, causent à cet arbuste,à ses
feuilles, à ses fleurs et à son fruit, les dommages les plus
réels.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
170
LA VIGNE
TORTRIX PILLERIANA (pyralb db la. vigne)
Les ailes sont d’un jaune pâle à reflets métalliques avec
une tache près de leur base et trois bandes transversales
brunes.
La chenille réunit les feuilles et les fruits pour s’établir
au milieu.
Les œufs pondus par plaques, à la surface des feuilles,
sont faciles à découvrir et à détruire.
Ce Microlépidoptère qui vit de préférence sur YAsclepias
vincetoxicum, dit M. Millière, a causé, à certaines époques,
de très grands dommages aux vignes de la basse Bourgogne ;
ce que témoigne le monument de reconnaissance élevé à
Raclet, vigneron de Romanèche, qui a sauvé les vignobles
de son pays en indiquant le seul remède vraiment efficace,
l’eau bouillante projetée sur les ceps.
TORTRIX ROSERANA (teigne des grappes)
La Tortrix pilleriana s’attaque aux bourgeons, la rose-
rana s’établit dans le fruit.
Ce papillon aurait, en certaines années, détruit la moitié
de la récolte dans certaines localités italiennes.
Il aurait deux manières bien distinctes de vivre, selon
que sa chenille s’adresse aux grappes vertes ou à celles qui
sont mûres.
Dans le premier cas, elle réunit plusieurs grains dans une
enveloppe soyeuse commune et s’y établit. Elle est alors
d’un blanc verdâtre, tendant au rougeâtre, la tête est rou¬
geâtre, avec une petite tache noire de chaque côté ; elle se
transforme sur place, en une chrysalide d’un fauve mêlé de
vert pâle ; l’insecte parfait sort quarante jours après l’éclo¬
sion de l’œuf.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
LA VIGNE
171
Dans le second cas, c'est-à-dire pour la deuxième géné¬
ration, la chenille plus rougeâtre que la première, est isolée
le plus souvent dans un seul grain. Cette seconde généra¬
tion est suivie d’une troisième et même d’une quatrième,
destinée à assurer celle de l’année suivante ; la chrysalide
passe alors l’hiver, soit en terre, soit dans Éès crevasses
des ceps. *
Au printemps, le papillon éclôt, s’accouple et la femelle
va pondre sur les jeunes grappes.
On n’a indiqué d’autre moyen de destruction que de re¬
cueillir et de brûler les agglomérations de grains de la pre¬
mière génération, la plus facile à reconnaître.
Les fumigations peuvent aussi avoir leur utilité.
INO AMPELOPHAGA (Bayle)
Si les Tortrix pilleriana et roserana sont dangereuses
pour les vignobles français, la Ino ampelophaga , jolie
Phalène vert sombre métallique, est un fléau pour ceux de
la Hongrie et de l’Italie et peut le devenir pour ceux de
France.
Voici ce que M. Millière dit de ce Microlépidoptère qui
n’est pas rare, paraît-il, depuis quelque temps dans nos ré¬
gions méridionales : 1
« Cette espèce est nouvelle pour la faune entoraologique
« de France. Elle vole assez abondamment dans la vallée
« du Cannet (Alpes-Maritimes) parmi les vignes anciennes.
« La chenille vit aux dépens de leurs feuilles, et certaines
« années, elle cause à la vigne un dommage très appréciable.
« Contrairement à ce qui a lieu chez la plupart des chenilles,
« Yampelophaga ronge non les bords de la feuille, mais troue
1. Millière, Lépidoptérologie 8 • fascicule . Lyon. Pitrat 1882.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
172
LA VIGNE
« celle-ci en diverses parties de son milieu à la manière des
• v Hélix. Elle ressemble assez aux chenilles de ses congé-
« nères globulariae , statices et pruni ; elle est toutefois
« moins convexe que cette dernière. A sa seconde mue, elle
« rappelle la chenille adulte de la globulariae ; mais parve-
« nue à toute sa grosseur, elle n’a plus que deux couleurs:
« le dos et les flancs sont d’un brun rougeâtre et le dessous
« est devenu jaune de Naples ; la tête est très petite et
« noire, les seize pattes sont d’un jaune clair et tout le
« corps est recouvert de gros points pilifères bleuâtres,
« donnant naissance à de nombreux poils bruns, médiocre-
« ment longs. Au mois de juin Yampelophaga descend de
« la vigne qui l’a nourrie et file une toile épaisse, blanchâ-
« tre, dans les feuilles sèches où elle demeure dix-huit à
« vingt jours en chrysalide. (M. Milliere ne croit pas à deux
« générations malgré l’opinion de Duponchel et celle de
« Costa). L’ ampelophaga qui à l’état d’insecte parfait est
« d’une grande vivacité, ne varie pas ; elle présente cette
« particularité inexpliquée à mes yeux, jusqu’à ce jour :
« de même que toutes les Zygaena elle ne peut périr pion*
« gée dans le flacon à cyanure de potassium. »
On a indiqué comme moyen de destruction de cette
Zygaena de la vigne, d’écraser les œufs, de frapper sur les
branches afin de faire tomber et de recueillir la chenille, de
visiter et gratter les échalas, de couper et brûler les extré¬
mités des roseaux servant de supports et d’allumer des feux
nocturnes, très utiles pour combattre les noctuelles.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
LA VIGNE
173
COLÉOPTÈRES NUISIBLES A LA VIGNE
BROMIUS VITIS (Fab.)
Le Bromius vitis, appelé par les viticulteurs Gribouri,
Ecrivain, Grippe-bourre, constitue un véritable danger
pour les vignobles du centre de la France ; il est à peu près
inconnu dans nos régions du sud-est.
C’est un petit insecte ailé, long de 4 à 5 millim. à peu
près globuleux ; sa tête et son corselet sont d’un noir gris
velu ; ses élytres bombées sont ferrugineuses et ses pattes
ont une couleur brune. Dans son état d’insecte parfait, il
attaque les bourgeons de la vigne et décrit avec son rostre,
sur les jeunes feuilles, des dessins qui justifient l’appella¬
tion locale d’ Ecrivain.
Le Bromius vitis apparaît au commencement de juin,
lorsque les bourres de la vigne se développent ; il s’accou¬
ple immédiatement et la femelle dépose dans les crevasses
des ceps, des paquets d’œufs jaunâtres et brillants ; les
jeunes larves qui en sortent, au bout de douze à quinze
jours, se laissent sans doute choir, car il est positif qu’on
les trouve attaquant les racines de la vigne.
Ces larves blanches, recourbées, longues de 7 à 8 millim.
sont munies de six pattes armées d’ongles et présentent
^ur les côtés, à chacun de leurs douze anneaux, des
faisceaux de poils assez longs ; des poils existent aussi à
l’extrémité de l’abdomen. Au commencement du printemps,
elles se transforment, dans une loge façonnée sous terre,
en une nymphe blanchâtre, poilue et rappelant déjà la forme
de l’insecte parfait.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
LA VIGNE
174
&
J’ai indiqué comme moyen de combattre l’invasion du
Bromius vitis, de planter dans les vignes des pieds de
groseilliers. sauvages qui, prenant leurs feuilles avant la
vigne, sont envahis d’abord par les Écrivains, très friands
de leur tendre feuillage. On n’a alors qu’à visiter avec
précaution ces pièges le matin de bonne heure, et à les
f 9 •
secouer légèrement dans un parapluie renversé.
/ On a indiqué aussi les poulaillers portatifs Utilisés pour
la destruction du ver blanc du hanneton, lors des façons
d’avril et l’emploi des tourteaux de graines de moutarde.
Le traitement des vignes par le sulfure de carbone ou le
sulfo-carbonate de potassium, l’immersion, enfin tous les
remèdes employés contre le Phylloxéra et ayant le sol pour
champ d’opération, ne peuvent que tendre à la destruction
des larves du Bromius vitis.
LES OTIORHYNCHUS
r C’est à M. de Vergnette, correspondant de l’Institut et
riche propriétaire de vignobles dans la Côte-d’Or, qu’on
doit, dit M. Ed. André *, l’étude des premiers états des
Otiorhynchus , appelés par les vignerons : Coupe-bourgeons.
Gros écrivain.
Les Otiorhynchus sont des Coléoptères phytophages à
habitudes nocturnes; leur couleur sombre, disparaît sou¬
vent chez certaines espèces, sous une matière pulvérulente,
jaunâtre.
La’larve vit en terre des radicelles de la vigne et d'autres
plantes ; elle est apode, charnue, blanchâtre, en forme de
barillet allongé, poilue. En terre ont lieu ses transforma¬
tions.
1. André Ed. Parasites de la vigne . 1883.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
LA VIGNE
175
L’insecte parfait paraît en mai, se cache pendant le jour,
au pied des souches et n’attaque les bourgeons avec son
rostre qu’à la nuit. Selon M. de Vergnette,la femelle pond
ses œufs au collet de la plante.
Le nombre des espèces d'Otiorhynchus nuisibles à la
vigne, sur divers points serait, d’après M. Bargagli ', de
dix ; c’est beaucoup pour un seul genre.
Les plus connues en France, sont :
L’O. ligusticiy (Lin ) qui a le corps noir, couvert de peti¬
tes écailles grises ;
L’O. sulcatus (Fab.), corps noir, élytres de même couleur,
avec stries élevées et crénelées, et trois lignes alternes
noires et jaunes, accompagnées de points formés par des
poils ferrugineux ;
L’O. picipes (Fab.), corps ovale, brunâtre, pattes d’un
brun roussâtre.
M. Bargagli cite encore, comme vivant aux dépens de la
vigne, en différents pays, l’O. armatus (Bohm) et sa variété
romanus (Hosh.); l’O. asphaltinus (Germ.); l’O, corruptor;
l’O. globus (Bohm); l’O. raucus (Fab.); enfin l’O. tristis (Lep.).
Vu la difficulté de combattre cet ennemi nocturne de la
vigne, dont la larve est un peu partout, nous devons res¬
pecter le crapaud dans les entrailles duquel on trouve de
nombreux débris d’insectes.
Comme nous l’avons déjà dit, d’après M. de Vergnette,
le traitement des vignes en vue de la destruction du Phyl¬
loxéra , doit avoir pour résultat de tuer un grand nombre
de larves d'Otiorhynchus.
1. Bulletin de la Société entamologique italienne, du l ir et 2 juin 1884.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
176
LA VIGNE
VESPERUS XATARTII (Muls.)
Voici la description du Vesperus Xatartii 1 2 * :
Male : tête et prolhorax bruns, élytres subparallèles
d’un jaune testacé voilant l’abdomen.
Femelle : tête et prothorax d’un blanc plus ou moins
foncé, élytres livides, glabres, déhiscentes.
Le Vesperus Xatartii cause des dégâts très sérieux
dans les vignobles des Pyrénées-Orientales, à Collioure
surtout. Il apparaît en novembre et pond en décembre sous
les écorces des arbres ou dans les tiges des ronces; la larve
éclôt en mai, se laisse tomber sur le sol, y pénétré et s’atta¬
que, pendant les quatre années de son existence, aux raci¬
nes de la vigne ; deux fois par an, pendant les fortes
chaleurs et pendant les froids, elle s’enfonce profondément
en terre, se retire dans une coque et s’endort ; enfin, au
dernier printemps de sa vie larvaire, elle passe à l’état de
nymphe et n’éclôt qu’en novembre. Il a été cependant dé¬
montré que comme pour notre V. strepens il y aurait deux
éclosions.
La larve est velue, blanchâtre, elle a six pieds, douze
segments non compris la tête et l’anus.
Allongée au début r elle devient ensuite lourde, trapue ;
elle a alors 0 nl ,025 de longueur sur 0 ra ,012 de largeur.
La nymphe n’a rien de particulier. MM. Lichtenstein
et Valéry Mayet en donnent la figure dans les Annales de
la Société entomologique de France 8 .
On n’a pu, jusqu’à ce jour, trouver d’autre moyen cura¬
tif que de rechercher les larves au moment des labours,
l’insecte parfait à la nuit, et de les détruire.
1. Mulaant et Rey. Monographie des Loixgicomes , f. 446.
2. Lichtenstein et Valéry Mayet. Annales de la Société entomologique de France ,
année 1875, £. 93, pl. 4.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
LA VIGNE
177
VESPERUS STREPENS (Fab.)
Ce Longicorne nocturne, beaucoup plus grand que le
Xatartii, a longtemps passé pour rare.
On prenait quelques mâles au vol la nuit, ou accrochés
immobiles aux branches pendant le jour ; on le trouvait
aussi parfois retiré dans le creux des arbres. Mais deux faits
de date assez récente, tendent à démontrer qu’à certaines
époques de l’année, ce beau Longicorne est excessivement
commun, aussi bien sur le littoral de la Méditerranée que
dans les montagnes des Alpes-Maritimes.
t° A la fin de novembre, l'abbé Clair a pris le V. strepens
par centaines, dans le canal dérivatif d’arrosage qui conduit
à Cannes, à ciel ouvert, les eaux de la Siagne ;
2° Dans la nuit du 15 au 16 juin 1883, on a capturé dans
le canal d’irrigation de Venanson, à 1,200 mètres au-dessus
du niveau de la mer, cinquante-cinq de ces insectes dont
trentre-trois femelles.
Ce Coléoptère nocturne aurait donc plusieurs époques
d’éclosion et plusieurs modes de se nourrir, et il est utile de
rechercher si les individus pris dans le canal de la Siagne
qui traverse les vignobles importants des communes de
Mouans-Sartoux, n’ont pas vécu aux dépens de la vigne
comme les larves de l’espèce des Pyrénées-Orientales.
La taille du V. strepens mâle varie de 0 m ,020 à 0 m ,025;
il est élancé de formes, ses ailes membraneuses, puissantes
lui permettent de voler rapidement ; on prétend même, que
dans son vol, il produit un certain bruit strident d’où son
nom de strepens. Sa couleur est un brun de poix très clair,
tournant sur le jaunâtre livide, les yeux seuls sont noirs et
assez gros, les antennes, d’un rouge fauve, sont plus
longues que le corps.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
178
LA VIGNE
La femelle, plus forte que le mâle, est lourde, massive,
sa couleur est plus foncée, ses yeux plus petits, ses anten¬
nes grêles atteignent à peine le milieu du corps, ses élytres
courtes, souvent chiffonnées, s’écartant à leur extrémité,
sont de beaucoup dépassées par un énorme abdomen que
termine un oviducte flexible, articulé et assez long destiné
à introduire les œufs en terre. Cette femelle possède des
ailes membraneuses mais si atrophiées, qu’il est évident
qu’elle ne peut s’en servir.
GRAPTODERA AMPELOPHAGA (Guer.)
En 1881, mon attention fut appelée sur les dégâts causés
à une treille de Nice, par un petit Coléoptère vert, volant
et sautant avec une grande facilité ; j’eus promptement
reconnu qu’il s’agissait d’une Altise le Graptodera awpelo-
phaga indiqué comme nuisible à la vigne.
Le premier auteur du mal est une petite larve d’un jaune
noirâtre, allongée, linéaire, couverte de poils, très vive,
longue de 0 ra ,007 à 0 ra ,008; sa tête, d’un noir brillant est for¬
tement armée de mandibules larges avec dents aiguës.
Cette larve a six pattes, neuf segments abdominaux sembla¬
bles entre eux, recouverts, ainsi que les segments du thorax,
de plaques écailleuses sétigères formant tubercules d’un
noir brillant et disposées ainsi qu’il suit : sur le dessus du
corps une série de plaques en carré long, trois fois plus
longues que les autres séries de droite et de gauche qui
ressemblent plutôt à des points ; c’est cette disposition des
plaques, c’est leur couleur franchement noire, c’est le peu
de longueur des poils couvrant la larve qui font distin¬
guer le G. ampelophaga de l’oZeracea d’après Guérin et
Allard, Il est donc question ici de Y ampelophaga) le der-
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
LA VIGNE
179
nier segment présente un prolongement bifide dont l’insecte
se sert comme moyen de locomotion.
ts
' Cette larve met à croître dix ou douze jours.
Les divers auteurs ne sont pas d’accord sur le mode de
transformation de la larve du Graptodera ; Chapuy et
Candèze ont prétendu qu’elle se transforme à l’air libre.
Selon Allard, Dubois et André, dont je partage l’opinion,
la transformation aurait lieu en terre, dans une petite loge.
Cette larve est très vorace et a bientôt réduit les jeunes
feuilles à l’état de dentelle ; elle s’attaque aussi aux bour¬
geons dont elle empêche le développement. La nymphe, de
la couleur du fond de la larve au début, s’obscurcit ensuite ;
il lui faut dix jours de repos pour produire l’insecte parfait.
*11 y aurait dônc plusieurs générations dans la même
année; j’en ai reconnu au moins trois, d’avril à août.
L’insecte parfait est de la grosseur d’un petit grain de
blé. Sa tète est d’un vert noirâtre et brillant, le corselet et
les élytres très durs et assez bombés couverts de points
innombrables, sont d’un vert moins noir ; le dessous du
corps est de la couleur de la tête; les jambes sont de la
couleur des élytres, celles des deux paires antérieures grê¬
les, celles de la troisième paire ont les cuisses sensiblement
renflées, ce qui permet à l’insecte d’accomplir de petits
sauts sur lui-même ; le mâle est plus petit que la femelle.
L’un et l’autre attaquent, comme la larve, les feuilles par
petites plaques ; ils s’accouplent immédiatement, et la
femelle dépose sous les feuilles, à l’angle formé par la ner¬
vure centrale et les nervures secondaires, des œufs en
nombre impair de treize à dix-neuf. Ces œufs allongés, d’un
jaune rosé, sont collés très régulièrement, les uns à côté
des autres, sur deux et même trois rangées, et signe carac¬
téristique, chacun d’eux présente à sa partie supérieure,
une crête d’excréments allongée, saillante, brune d’abord,
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
180
LA VIGNE
noire en se desséchant qui par sa couleur, tranche avec
celle de l’œuf.
Au commencement de 1884, mon vieil ami M. Bruyat,
secrétaire de la Société d’acclimatation de Nice, a trouvé en
assez grande quantité, au pied des vignes d’expérience du
Château, le Graptodera ampelophaga qui avait sans doute
passé là l’hiver à l’état d'insecte parfait.
D'après les travaux fort intéressants de mon collègue
Bargagli de Florence sur la Flore des Altises d’Europe,
Yampelophaga n’attaquerait que la vigne et le saule, tandis
que Yoleracea serait nuisible non seulement à la vigne,
mais encore à douze autres espèces de plantes de diverses
familles.
On peut se débarrasser de cet insecte, en recherchant et
écrasant les œufs, en secouant les branches dans un para¬
pluie renversé afin d’y recueillir les larves, enfin en faisant
la chasse, pendant l’hiver, de l’insecte parfait, sous les écor¬
ces ou dans la terre au pied des ceps.
Les auteurs font mention d’un petit Hemiptère bleu, le
Stirethrus coeruleus (Lin.) ou Zicrona coerulea connu
sous le nom vulgaire de Pentatome bleu qui fait sa proie
du Crepitodera ampelophaga.
CRYPTOGAMES NUISIBLES A LA VIGNE
oïdium tuckeri ou erysiphe tuckeri
(mal blanc ou meunirb)
Les Cryptogames (xpùirno, je cache; r^oç, noces) sont ainsi
appelés parce que la science n’a pas encore pu se rendre
compte de leur mode de reproduction. Chez eux, le spore,
qui semble remplacer l’embryon chez les plantes Phanéro-
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
LA VlüNÇ
181
games, n’étant qu’une cellule sans distinction apparente de
parties, la germination n’est, elle-même, qu’un développe¬
ment de nouvelles cellules engendrées par la cellule mère.
Malgré l’opinion contraire de divers savants, les Crypto¬
games sont de véritables végétaux de dimensions microsco¬
piques souvent, et parfois très grands comme certains fucus
qui ont 100 mètres de long. Ils sont le commencement et
la base de la vie organique ; on les rencontre partout :
dans l’eau, sur la terre, sur les rochers les plus arides.
Après plusieurs essais de classifications dues à Ray, à
Linnée, à de Jussieu et à de Candolle, Lindley et Brogniart
les ont divisés en Thallogènes et Acrogènes. Notre Oïdium
Tuckeri est un Thallogène. Ceci établi, abordons l’histoire
abrégée de ce Cryptogame.
Lorsque le Phylloxéra est apparu, la vigne traversait
déjà une période maladive des plus graves ; un Crypto¬
game presque microscopique arrivant dit-on du nouveau
monde par l’Angleterre, était venu se joindre à ses enne¬
mis de vieille date. L'Oïdium Tuckeri est signalé pour la
première fois en 1845. Il pénétra promptement en France
et deux années suffirent pour en faire un fléau destructeur.
La première région véritablement envahie fut la rive gau¬
che du Rhône.
En 1867, les treilles suisses étaient atteintes ; en 1880,
trente-neuf départements français étaient infestés; 873,400
hectares sur 2,144,900 plantés en vigne étaient annihilés
comme récolte. Le Var perdait 30,000 hectolitres ; l’Hérault,
859,000 h.; le Gard, 96,092 h.
Des vignes de l’Hermitage envahies en 1874 il ne resta
bientôt plus que celles de l’ingénieur Thiolière qui sut
employer à temps, la seule arme de combat reconnue effi¬
cace, le soufre.
L 'Oïdium appelé Tuckeri du nom du viticulteur qui le
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
182
LA VIGNE
signala le premier 1 , offre, observé au microscope, une série de
filaments grisâtres, s’entre-croisant en tous sens et ayant l’as¬
pect de tiges composées de cellules mises bout à bout ; il émet
des spores qui tombant sur un grain de raisin donnent nais-
sance à un nouveau fouillis de filaments produisant à leur tour.
Les grains envahis se dessèchent, se fendent et finissent
par pourrir répandant autour d’eux une odeur de moisi
caractéristique.
Inerte pendant la saison d’hiver, YOïdium renaît au prin¬
temps; les grosses chaleurs le dessèchent, les grandes pluies
l’arrachent et l’entraînent.
Le soufre en fleur mêlé avec une faible portion de soufre
à canon pulvérisé, est le seul remède. Il est admis, qu’on ne
doit soufrer ni par la pluie, ni par le vent; on se sert de
soufflets ou de houppes fabriqués à cet effet et il est recom¬
mandé à l’opérateur de se munir de lunettes garantissant
les yeux. On doit agir dans la matinée, par un temps clair
et modérément chaud; 100 kilos de soufre d’une valeur de
33 à 35 francs suffisent pour un hectare de vignes, médica¬
menté en trois fois : 20 kilos en mai, 30 kilos en juin, après
la fleur, et 50 kilos lorsque les grains commencent à varier.
On a prétendu que le soufre n’avait le plus souvent
qu’une action indirecte, et en se basant sur ce que les
rangées de vignes qui bordent les routes et qui sont cou¬
vertes de poussière, sont rarement atteintes par la maladie,
on est arrivé à proposer de faire simplement tamiser, dès
le printemps et à plusieurs reprises, sur les ceps, de la
terre prise au pied même de ces ceps.
Aujourd’hui YOïdium n’a pas disparu, mais on s’en préoc¬
cupe moins en présence d’un ennemi beaucoup plus dange¬
reux, le Phylloxéra vastatrix.
1. Edmond André. Les parasites de la vigne. Beaune, 1882
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
LA VIGNE
183
PERONOSPORA VITICOLA (Berkley)
MILDEW OU MILDIOU 1 (FAUX OÏDIUM)
C’est en 1878, à Libourne, à Nérac et en Bourgogne,
qu’on a constaté pour la première fois sur les vignes,
l’existence en Europe du Mildew ou Mildiou (en anglais
pourriture).
0
La maladie se présente en automne seulement sous la
forme de taches blanches sans filaments, qui occupent la
face inférieure des feuilles, tandis que la partie correspon¬
dante est noirâtre.
Ces taches envahissent rapidement les jeunes tiges et
mêmes les grappes au moment de la floraison, mais jamais
les grains formés, verts ou mûrs.
Ce champignon végète à l’intérieur de la feuille ce qui le
différencie de YOïdium qui se maintient à la surface. Il
possède deux espèces de spores, ceux d’été et ceux d’hiver ;
les spores d’été sont portés par des arbrisseaux microsco¬
piques très délicats, il faut trois jours au plus pour que ce
Cryptogame germe, s’accroisse et fructifie. Les générations
se succèdent donc d’une manière effrayante.
Les spores d’hiver sont encore peu connus, leur mission
serait de préparer la génération de l’année suivante.
Les grosses chaleurs nuisent au développement du Mil-
dew. La feuille attaquée se dessèche, le soleil la fait tomber
et le sarment reste à nu avec ses raisins non protégés,
avant leur maturité. Ce Cryptogame est, paraît-il, plus
difficile à détruire que YOïdium en raison de son siège
profondément établi dans le tissu de la feuille.
1. Un Cryptogame du même genre, le Peronospora infestans est très funeste aux
pommes de terre.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
184 LA VIGNE
Il a été prescrit de brûler les feuilles tombées, les sar¬
ments coupés et les feuilles malades.
On peut aussi le traiter comme YOïdium par le soufre
en y ajoutant de la chaux, ou laver, quinze jours avant le
développement des bourgeons, les ceps et les grosses bran¬
ches avec une solution de sulfate de fer (un kilo) et d’eau
(deux kilos).
On a conseillé aussi, d’employer en juillet, un mélange
de 11 kilos de sulfate de fer en poudre et 20 kilos de
plâtre.
On a remarqué que le Riparia sauvage et les Hybrides
sont exempts de Mildew.
PHOMA UVICOLA (Curtis) (anthracnose)
Un autre Cryptogame, signalé en 1878, compromet aussi
nos récoltes en vins; c’est \ePhoma uvicola ou Anthracnose.
Il apparaît en mai sur les jeunes pousses qu’il couvre de
taches arrondies d’un noir brunâtre. On emploie pour le
combattre, d’abord la chaux grasse délayée, puis la chaux
mélangée avec du soufre.
HÉMIPTÈRES NUISIBLES A LA VIGNE
LE PHYLLOXERA VASTATRIX (Planchon)
Les transformations du Phylloxéra ont été l’objet d’étu¬
des très savantes de la part de MM. Riley d’Amérique,
Targioni-Tozzetti et Costa d’Italie, et chez nous de la part
de MM. Balbiani, Tisserand, Prilleux, Planchon, Marion,
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
LA VIGNE
185
!
I
Lichtenstein, Valéry Mayet, Signoret, M. Girard, André,
etc. C’est dans les travaux de ces naturalistes distingués
venant fortifier mes propres observations, que je puiserai
les éléments des chapitres qui vont suivre.
Le Phylloxéra vastatrix (Planchon) nous vient d’Amé¬
rique. C’est un insecte du groupe des Hémiptères homop-
tères voisin des Pucerons ec armé comme eux d’un suçoir
qui caractérise son mode de nourriture ; sa longueur est de
3/4 de millimètre, il est donc visible à l’œil nu. Il pond des
œufs féconds. Des expériences ont démontré l’identité par¬
faite qui existe entre le Phylloxéra des radicelles de la
vigne et celui de ses feuilles et vrilles ; seulement, s’il est
facile de faire prospérer sur les radicelles l’insecte pris sur
les feuilles, il est difficile d’obtenir le même résultat sur les
feuilles ou les vrilles avec un insecte venant des radicelles.
Du reste, c’est presque uniquement sur les vignes améri¬
caines qu’apparaissent, sur les feuilles, les galles contenant
le Phylloxéra gallicole.
Ces galles des feuilles ressemblent à une petite verrue
déprimée à son sommet et présentant une ouverture garnie
de poils; au centre est une pondeuse entourée de nombreux
œufs (cinquante à soixante) qui souvent débordent. Elles
occupent la partie supérieure de la feuille ou de la vrille.
MM. Planchon et Lichtenstein pensent avec raison que
les premières galles du printemps proviennent de la géné¬
ration ailée qui a déposé sur le cep ou sur la terre l’œuf
d’hiver découvert par M. Balbiani.
Le Phylloxéra radicicole est surtout dangereux en ce qu’il
détruit les radicelles par lesquelles se nourrit la plante et y
produit des renflements presque toujours recourbés, jaunes
d’or au début, bruns ensuite ; la femelle pondeuse est gitée
dans la partie concave.
En avril, ces renflements deviennent ridés, flasques,
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
18<>
LA VIGXK
presque noirs. Le Phylloxéra, les quitte alors pour se coller
dans les rides des grosses racines, où il vit en famille sans
produire de nodosités.
Pour démontrer l’existence des nodosités causées par
l’insecte sur les radicelles, M. Cornu 1 conseille de prendre
deux pots, de les remplir de terre saine, de planter dans
chacun d’eux une bouture enracinée et saine également, de
la laisser reprendre, et de déposer des Phylloxei'a sur les
racines de l’une d’elles; des renflements se produisent sur la
bouture contaminée, tandis que l’autre en sera indemne.
Le premier mal réside donc dans les renflements des
radicelles; de là la nécessité d’étudier ces modifications
de la sève.
Si les renflements étaient un état maladif attirant le
Phylloxéra comme on l’a prétendu, on n’aurait pas vu les
vignes en serre de M.de Rothschild à Pregay, près Genève,
bien surveillées, envahies par le Phylloxéra , arrivé d’Amé¬
rique dans des vignes en pots.
Il suffit, pour produire le renflement, que l’insecte im¬
plante son suçoir dans la radicelle ; s’il la quitte ensuite,
l’effet continue de progresser.
Le Phylloxéra est donc la cause du mal et non sa consé¬
quence ; lorsqu’il n’existe plus de radicelles, l’insecte se
jette sur les grosses racines, ainsi que nous l’avons déjà dit.
Son suçoir implanté, le jeune Phylloxéra reste d’ordi¬
naire immobile au milieu des tissus qui se gonflent ; quel¬
quefois cependant il se déplace à la suite d’une des trois
mues qui précèdent la ponte.
Pour étudier les renflements dus au Phylloxéra sans
faire périr la plante, M. Cornu indique le moyen ci-après:
Planter la vigne dans un vase en insérant la tige dans la
1. Cornu. Étude sur le Phylloxéra, Mémoire présenté h l’Institut National de France
en 1878 (avec planches coloriées).
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
LA VIGNE
187
rainure d’une planchette, ou même entre deux planchettes,
couvrant ce vase en entier et le dépassant des deux côtés ;
introduire des Phylloxéra dans les radicelles de ce cep ;
lorsque le moment propice est arrivé, retourner le vase sur
les planchettes dont les extrémités ont été posées sur deux
tables, de manière à ne causer à la plante aucun déchausse¬
ment, et enlever délicatement le vase de manière à mettre
au jour son contenu. On pourra ainsi étudiera la loupe les
dégâts causés par l’insecte; il sera bon après chaque ins¬
pection de recouvrir les radicelles avec du papier buvard
légèrement humecté.
Quelques cultivateurs ont voulu admettre que le renfle¬
ment des racines provenait d’une substance irritante pro¬
duite par l’insecte; il était utile de combattre cette idée,
dangereuse en ce sens, que la science serait alors amenée
à faire fausse route en cherchant à combattre cette subs¬
tance imaginaire.
Pour soutenir une pareille thèse on s’appuyait sur ce
que le Phylloxéra étant un Hémiptère, devait se com¬
porter comme la Punaise par exemple qui, par sa piqûre,
provoque des désordres sur les végétaux qu’elle attaque.
La preuve, dit M. Corjiu, que le renflement ne provient
pas d’une liqueur irritante émanant du Phylloxera f c’est
que ces nodosités ne se produisent pas sur les grosses
racines lorsque l’insecte vient les attaquer ; le dépérisse¬
ment des renflements n’est donc dû qu’à leur dessèchement
plus ou moins prompt, selon que le milieu dans lequel
végète la vigne est plus ou moins humide.
Les renflements sont d’abord jaunes clair, puis jaunes
d’or ; le gonflement s’accroissant, les couches supérieures
se fendillent, l’air pénètre dans les tissus qui brunissent et
deviennent flasques : il y a alors péril pour la vigne parce
que, au moment où les radicelles doivent se transformer en
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
188
LA VIGNE
racines, elles se trouvent épuisées, au point de ne pouvoir
franchir ce passage critique.
M. Fabre de la Gironde a émis l’opinion que les racines
des vignes américaines sont moins impressionnées par le
Phylloxéra que celles des vignes européennes; le fait est
qu’on dirait que sur les cépages américains, l’insecte est
moins porté vers les racines que vers les tiges, les vrilles
et les feuilles.
De tout ce qui précède, on peut tirer comme conclusion
pratique que tous les efforts doivent tendre à la destruction
de l’insecte, auteur direct des renflements et que l’exis¬
tence des nodosités est une preuve certaine d’invasion,
car la vigne n’est pas comme les légumineuses et certaines
autres plantes ; elle n’a pas naturellement des renflements.
Les auteurs n’étaient pas tombés d’accord au sujet des
différentes formes du Pylloxera. M. Cornu s’est attaché à
rechercher où se trouve la vérité. Il s’est surtout occupé des
formes aptères ; tandis que M. Balbiani se réservait les
formes ailées, voici le résultat succinct des recherches de
ces deux savants.
Nous avons dit que le Phylloxéra si commun sur les
racines de la vigne et celui si rare des feuilles et des vrilles
de nos vignes européennes, constituent une seule et même
forme.
Le nombre des mues est le même, les divers organes
sont identiques; seulement la mère pondeuse gallicole n’a
pas les tubercules que les individus radicicoles possèdent.
Le Phylloxéra radicicole se divise en deux groupes. Le
premier produit les mères pondeuses ; le second engendre
les nymphes origine des ailés ; mais jamais les mères
pondeuses ne se transforment en ailés selon M. Balbiani.
Voici la description de la mère pondeuse radicicole.
Le thorax a trois segments, le sternum trois divisions
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
LA VIGNE
189
portant autant de paires de pattes, l’abdomen huit seg¬
ments ; les yeux sont formés de trois taches ; les antennes
ont trois articles, le suçoir présente trois soies dont celle du
milieu plus longue que les deux autres,est double; elles sont
contenues dans une gaine à quatre pièces ; les stigmates
sont au nombre de douze, et on compte soixante-dix tuber¬
cules sur le corps.
La mère pondeuse dispose ses œufs par groupes sur les
racines au nombre de trois à six par jour ; au-dessous de
dix degrés de température, la ponte cesse et la mère meurt
après une existence de deux mois. La dernière génération
plus petite de taille que les autres, composée de sujets
bruns, aplatis, réunis en société, constitue ce qu’on appelle
les Hibernants qui se réveillent dans une mue dès que la
température s’élève, et commencent à pondre. Ce réveil a
lieu vers le 15 avril dans l’Hérault, vers le 1 er mai dans la
Charente.
Parlons maintenant de la nymphe émanant du deuxième
groupe et devant produire l’ailé.
Cette nymphe a des antennes allongées et une forme
plus élancée que celle de la mère pondeuse, elle pré¬
sente sur les côtés des fourreaux noirs destinés à con¬
tenir les ailes. De cette nymphe qui se transforme à
sa sortie de terre, provient l’ailé femelle, sans mâle,
qui ressemble à une petite mouche jaune d’or à corselet
noir, à ailes grisâtres; le premier article des antennes est
relativement très grand, les yeux sont multiples, les ailes
de la première paire ont quatre nervures et une tache jaune,
les ailes de la deuxième paire sont munies de crochets.
Le thorax se divise en trois parties : thorax, mésothorax
et métathorax, lesquelles se subdivisent elles-mêmes, la
première en deux sections, la deuxième en trois, la troi¬
sième en deux.
14
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
190
LA VIGNE
Le Phylloxéra ailé est d’autant plus dangereux qu’il
peut se transporter à de grandes distances.
Nous devons aux études de M. Balbiani de savoir que
cette femelle ailée et fécondée sans mâle, pond des œufs
des deux sexes, que les plus petits de ces œufs donnent
des mâles et les plus gros des femelles, aptères tous les
deux et dépourvus de suçoir et d’organe de digestion ; les
jeunes de cette série s’accouplent à l’extérieur, le mâle
meurt immédiatement et la femelle pond l’œuf unique qui
doit produire la femelle pondeuse de la génération souter¬
raine, c’est-à-dire trente millions d’insectes dans le cours
d’une année.
L’ŒUF D’HIVER
Nous avons dit que c’était à M. Balbiani, qu’on doit la
connaissance de l’œuf d’hiver, une des plus utiles décou¬
vertes qui aient été faites relativement aux différentes
phases de l’existence du Phylloxéra 1 .
Par cet œuf unique, verdâtre, relativement gros, cylin¬
drique, arrondi aux deux bouts, s’opère la régénération de
l’insecte.
On le trouve plus particulièrement sur les ceps, tout au
fond des gerçures de l’écorce, dans les bois de deux à dix
ans, ou au collet des racines et parfois sur le sol sous les
feuilles sèches.
L’œuf d’hiver est donc une phase essentielle, indispensa¬
ble de la propagation du Phylloxéra ; sans lui tout danger
disparaît, car le cycle des séries souterraines n’a qu’un
temps limité. C’est donc là le principal ennemi qu’il est
utile de combattre, car cet œuf pondu en octobre,
1. Balbiani, Rapport au Ministre de VAgriculture. Journal Officiel du 20 septembre 1882.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
. LA VIGNE
191
donne naissance, ainsi que nous l’avons déjà dit, à la
femelle fécondée, sans ailes, munie d’un suçoir, contenant
de nombreux œufs également fécondés et femelles qui se
laissant choir sur le sol, gagne les radicelles à travers les
fissures du terrain, s’y établit, et produit d’avril en août de
si nombreuses générations destructrices.
L’importance de l’œuf d’hiver a été péremptoirement
établie par M. le comte de Lavergne au Congrès Phylloxé-
rique de Bordeaux. L’opinion de M. Balbiani est aussi
celle de M. Valéry Mayet de Montpellier.
Comme toutes les questions capitales, celle de l’œuf
d’hiver a été assez vivement discutée. M. Balbiani et le
naturaliste italien Targioni-Tozzetti ont échangé sur ce
sujet de nombreux et fort intéressants mémoires que nous
croyons devoir analyser succinctement.
M. Balbiani avait fait connaître que le 25 septembre 1875,
dans un vignoble de Libourne, on avait découvert, sur
les vignes européennes, plusieurs œufs d’hiver du Phyl¬
loxéra et il avait indiqué divers moyens de destruction de
cet œuf.
A cet exposé, M. Targioni répond que les procédés de
destruction proposés par M. Balbiani sont d'une facile appli¬
cation, mais il conteste le point principal, c’est-à-dire l’exis¬
tence de cet œuf d’hiver sur les vignes européennes. « Du
reste, dit-il, quand bien même cet œuf serait détruit, les gé¬
nérations souterraines suffiraient pour perpétuer le danger.»
M. Balbiani fait remarquer à son tour que la découverte
de l’œuf d’hiver, objet de son mémoire, a eu lieu dans une
localité où n’existent pas de vignes américaines. Quant
à la seconde objection, relative à la perpétuité des généra¬
tions souterraines, il fait part d’observations sérieuses
desquelles il résulte que les générations souterraines vont
s’affaiblissant.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
192
LA VIGNE
M. Targioni discute pied à pied les dernières objections
de M. Balbiani 1 .
Il commence par avouer que dans le rapport du 25 sep¬
tembre 1875, il n’avait pas entrevu clairement qu’il fût
uniquement question de vignes européennes; que du reste
l'observation de M. Balbiani reste isolée. Pour lui, comme
pour les naturalistes français, il n’y a qu’une seule espèce
de Phylloxéra, de la vigne. Le différend consisterait donc
simplement dans une question d’interprétation de certains
faits.
« Une simple présomption, dit-il, n’est pas admissible
dans une question aussi grave. »
M. Targioni ne peut admettre non plus ce principe posé
par le savant français : que toutes les fonctions de l’écono¬
mie diminuent d’énergie par le fait même de leur durée et
de leur exercice prolongé.
On voit que ce débat entre deux savants convaincus, de
nationalité différente, mais de mérite égal, est plein
d’intérêt.
En attendant la décision de la section de la commission
du Phylloxéra qui doit élucider cette question, et tout
chauvinisme à part, j’ai la plus grande confiance dans les
observations de M. Balbiani, et je termine ce chapitre par
l’exposé des moyens indiqués pour la destruction de l’œuf
d’hiver.
On avait d’abord conseillé l’eau bouillante qui a donné
en basse Bourgogne de si merveilleux résultats pour la
destruction des œufs de la Pyrale.
De l’eau bouillante, on est arrivé à l’emploi du feu.
M. Fabre de Lyon a prescrit en effet de promener en mars
sur les ceps et sur la terre qui les entoure, pendant quel-
1. Targioni-Tozzetti, Bulletin de la Société entomologique d’Italie, année 1883.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
LA VIGNE
193
ques minutes au plus, la flamme d’un instrument qu’il
appelle Pyrophore insecticide et de compléter l’opération
en brossant énergiquement les ceps.
On a conseillé aussi d’enduire les ceps de goudron dans
lequel l’huile lourde entrerait pour une certaine portion.
Ce mélange aurait pour conséquence de rendre l’huile moins
fluide et de déposer sur les crevasses un enduit gluant qui
empêtrera et fera périr celles des femelles pondeuses
agames qui seraient parvenues à éclore.
« Il est résulté d’expériences de laboratoire, dit M. Bal-
biani, que la destruction superficielle des souches, le flam¬
bage des écorces doivent être opérés pendant la saison
froide, mais que le badigeonnage peut être employé en tout
temps. »
Il s’agit donc de trouver pour cette dernière opération une
substance qui, tout en étant toxique pour les œufs par contact
direct ou par les vapeurs qui s’en émanent, soit inoffensive
pour la vigne et assez puissante pour aller chercher l’œuf
dans le plus profond de sa retraite. MM. Boisseau et
de Laffitte, adoptent le procédé de l’huile lourde que nous
avons indiqué.
M. Henneguy, du Collège de France, obtient une péné¬
tration plus certaine en ajoutant à l’huile, du méthylène ou
esprit de bois qui la dissout ; mais ce procédé a pour incon¬
vénient d’augmenter singulièrement la dépense.
On a proposé aussi une solution de sulfo-carbonate de
potassium à 1/20, appliquée au pinceau, qui serait mortelle
pour l’œuf, mais là encore intervient la question de
dépense.
M. Maurice Girard 1 , donne le dessin d’un gant à mailles
inventé par M. Sabaté et destiné à décortiquer les ceps
%
1. Maurice Girard. Le? Phylloxéra , brochure petit format, Hachette 1SS3, !• édition. .
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
«
194 LA VIGNE
assez profondément pour pouvoir espérer atteindre et écra¬
ser l’œuf d’hiver.
Le moyen préférable et le moins coûteux serait donc le
mélange de neuf parties de goudron de houille et une
partie d’huile lourde, dont le prix d’achat est de 20 francs
les 100 kilos pour l’huile et de 15 francs pour le goudron,
en ayant le soin d’éviter de toucher les bourgeons.
TRAITEMENTS CONTRE LE PHYLLOXERA
é
Nous allons passer rapidement en revue les divers traite¬
ments indiqués pour détruire le Phylloxéra , réservant un
chapitre particulier à ceux de ces traitements que l'expé¬
rience a fait reconnaître comme véritablement efficaces et
qui sont : 1° la submersion; 2° le sulfure de carbone; 3° le
sulfo-carbonate de potassium.
Voici ceux de ces divers procédés secondaires qui sont
arrivés à ma connaissance :
1° Traiter par le sulfure de carbone, puis quinze à vingt
jours après, par le sulfo-carbonate; ce moyen terme n’a
pas donné de résultats complètement satisfaisants;
2° Déposer au pied des souches, dans de petites cuvettes,
une demi-dose de sulfure de carbone, soit 20 à 25 grammes,
selon la force du sujet, avec 8 à 10 litres d’eau et pra¬
tiquer autour des ceps des injections de sulfo-carbonate de
potassium;
3° Remplacer le sulfo-carbonate de potassium par le
sulfo-carbonate de calcium;
»
4° Employer le sulfure pulvérulent de potassium, le dépo¬
ser au pied des souches en le combinant avec du fumier de
ferme ce qui évite la dépense de l’eau ;
Digitized by
Original from
HARVARD UNIVERSITY
LA VIGNE
195
5® L’huile de Mozambique est le secret de M. Roux de
Marseille; c’est, on le présume, de l’huile de poisson dans
laquelle on a fait infuser des plantes vénéneuses. On devra
déchausser le cep, l’enduire du mélange jusqu’à une cer¬
taine hauteur, déposer un peu d’huile au fond de la cavité
et recouvrir de terre ;
6° Un propriétaire de Lunel a proposé de faire circuler
des vapeurs sulfureuses dans le sol en employant des drains
de son invention ;
7° M. Fuselier arrive au même résultat au moyen d’une
charrue-fourgon-chaudière qui insinue le gaz insecticide
tout en préparant le sol ;
8° M. Roustan, de Mougins (Alpes-Maritimes), préconise
l’emploi du Daphné gnidium (garou) haché, mélangé avec
de l’urine et de la lessive, et déposé aux pieds des ceps, en
mai, après une fermentation de quinze jours. Ce serait une
dépense de 10 francs par cinq cents pieds ;
9° M. Maurin, de Toulouse, brosse énergiquement les
ceps au moyen de sa Bergeronnette artificielle ;
10° M. Mandon, de Limoges, empoisonne la sève de la
vigne en introduisant au centre de la plante, au moyen d’un
petit entonnoir, du phénol qui, s’assimilant lentement à la
sève, pénétré jusqu’aux radicelles et momifie le Phylloxéra.
On a employé d’après le même procédé, la térébenthine et le
foie de soufre ; l’opération Mandon revient à 0 fr. 01 centime
par cep, on peut opérer quinze cents pieds par jour; l’effet
dure cinq mois ;
11° M. Blancardi, comte de Villefranche, propriétaire et
agronome distingué de Sospel, est l’auteur d’un procédé
qui consiste à introduire à une certaine profondeur, sous
les radicelles, au moyen d’un pal muni d’une broche, une
cartouche contenant des gaz explosibles insecticides; la
cartouche en faisant explosion, soulève légèrement le sol,
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
196
LA VIGNE
ce qui permet au gaz de circuler et de produire l’effet
voulu ;
12° En se basant sur les auteurs romains (car il ne faut
pas croire qu’anciennement, la vigne n’avait pas d’ennemis),
on avait, dès le début du mal, conseillé l’ammoniaque et
l’urine décomposée ;
13° Afin d’éviter le danger que présente le sulfure de
carbone, on a proposé d’enfermer cette matière dans des
capsules gélatineuses qui, introduites dans le sol au moyen
d’un pal plein, s’y ramollissent promptement et laissent
échapper les gaz insecticides qu’elles contiennent.
Prix : 0 fr. 02 c. par capsule ou 250 francs par hectare ;
14° Selon M. Beaurepaire, il faudrait restituer aux vignes,
à l’état de cendres provenant des feuilles et des sarments,
l’azote, la potasse et le phosphore qui leur sont indispen¬
sables ;
15° Pratiquer au pied des vignes un vide assez profond
qu’on remplira de sable très fin, afin d’empêcher la première
femelle pondeuse agame, qui se laisse choir du cep, de
pénétrer jusqu’aux radicelles;
16° On a conseillé la plantation, dans les vignes, de frai¬
siers, de mais, de luzerne, et l’enfouissement au pied des
ceps, des plantes ci-après : datura, jusquiame, lupin blanc,
absinthe, assa-fetida, madia sativa ;
17° On a conseillé aussi de semer au pied des vignes, des
plantes à feuillage visqueux, poilu, afin de gêner d’une part,
la sortie des nymphes, de l’autre, l’arrivée au sol des pon¬
deuses ;
18° On a prétendu que la vigne pouvait être greffée sur
racines de ronces. M. Hardy a été chargé de s’assurer du
mérite de cette découverte qui est contredit d’avance par
MM. Gaston Bazille, Chatin et Barrai, comme contraire
aux lois générales de la greffe;
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
LA VIGNE
197
19° Dans le même ordre d’idées, un agriculteur prétend
que la vigne peut être greffée sur l’airelle, petit arbrisseau
alpestre ; il met même en vente des pieds d’airelle, amenés
par la culture à une grosseur satisfaisante;
20° Enfin M. Lecornu du Taillis aurait proposé d’enrou¬
ler autour des ceps, vers le collet de la racine, les fils
conducteurs d’un courant d’électricité dynamique, rattachés
aux deux pôles d’une pile thermo-électrique, opération qui
aurait pour conséquence de tuer ou tout au moins d’éloigner
l’insecte destructeur. Ce mode de traitement, signalé au
Ministre de l’Agriculture, aurait été soumis à la commission
du Phylloxéra.
TRAITEMENT PAR SUBMERSION
C’est M. Faucon parait-il qui, le premier, il y a de
cela douze années, a indiqué la submersion comme moyen
de défense contre le Phylloxéra, et rien n’a été ajouté
depuis cette époque à ses prescriptions. Longtemps ce
traitement a été regardé comme seul infaillible ; mais depuis
que la science a fait connaître les insecticides employés
aujourd’hui, on est arrivé à douter des effets souverains
de la submersion et à dire que la nécessité où l’on est de
laisser séjourner l’eau pendant au moins quarante-cinq
jours'consécutifs, a pour conséquence fâcheuse non seule¬
ment d’user la vigne et de pousser à la production du bois
au détriment du fruit, mais encore de précipiter au fond du
sol trop délayé les sels minéraux indispensables à l’exis¬
tence de la plante.
De plus, ce traitement, assez coûteux, n’est applicable
que dans des conditions de plaine et de voisinage de cours
d’eau qui empêchent d’en faire usage lorsqu’il s’agit de vins
fins généralement produits par des vignes de coteaux.
L’expérience indique qu’il faut opérer de novembre à
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
198
LA VIGNE
mars, pendant une durée consécutive de six semaines au
moins, en maintenant toujours sur le sol, une hauteur d’eau
de 0 m ,10. Pour y arriver, on devra établir autour des champs
à submerger, des digues en talus confectionnées soit avec
le terrain superficiel de ces vignes, soit avec des terres
empruntées aux champs voisins.
Après trois années successives d’opération, le Phylloxéra
doit avoir disparu, ce dont il sera utile de s’assurer avant de
cesser la submersion.
Les vignes ainsi traitées doivent être ensuite surveillées
afin de recommencer l’opération dès qu’une nouvelle inva¬
sion se manifestera.
Les vignes soumises à la submersion, demandent des
engrais riches en azote, potasse et phosphore, surtout si on
a employé de l’eau limpide ; mais si on s’est servi d’eaux
limoneuses, on pourra se contenter de répandre, par hec¬
tare, 100 kilos de potasse et 40 kilos d’acide phosphorique.
LE SULFURE DE CARBONE
Il est maintenant reconnu que les vignes atteintes par
le Phylloxera f peuvent être reconstituées au moyen du
sulfure de carbone, administré rationnellement : c’est l’opi¬
nion de M. Plumeau, président de l’une des sections du
Congrès Phylloxérique de Bordeaux.
Ce mode curatif, n’est véritablement efficace que dans
les terrains présentant une certaine profondeur de terre
végétale ; dans les autres natures de sol, l’emploi du sulfo-
carbonate de potassium est préférable.
Quant aux vignes trop vieilles il serait de beaucoup plus
avantageux de les arracher.
Le traitement des vignes malades par le sulfure de car¬
bone, présente certains dangers, non seulement pour les
ceps, mais encore pour les opérateurs ; on doit donc agir
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
i
LA VIGNE
199
I
I
»
I
I
avec prudence et surveiller attentivement les ouvriers char¬
gés de ce travail délicat. Le pal Gastine, est généralement
employé 1 .
M. Ferrier a fait connaître au congrès de Bordeaux, que
le sulfure de carbone a rendu de véritables services dans
les Pyrénées-Orientales ; il recommande de se préoccuper
de la nature et de l’état du sol et du sous-sol, et il.conseille
d’opérer en été et de ne pas aller à plus de 0 m ,30 de pro¬
fondeur.
M. Alliés, de Marseille, rend lui aussi un bon témoignage
de l’emploi du sulfure de carbone ; il donne 30 grammes
par pied de vigne, en deux fois, et ne va qu’à 0 m ,20 de
profondeur.
M. de Laffitte, du Lot-et-Garonne, préconise la disposi¬
tion des trous en quinconce.
Il n’est bruit que des succès obtenus par M. Thiolière de
l’Hermitage. Lorsque la côte en question est à peu près
détruite, il a su sauver ses vignobles par l’emploi de 250
kilos de sulfure de carbone, par hectare, et d’une bonne
fumure. M. Thiolière opère en hiver.
« Il est indispensable, dit-il, d’aider à la médication par
l’emploi d’engrais contenant les trois principes essentiels
d’un terrain à vignes : l’azote, la potasse et le phosphore. »
M. Marion, de Marseille, s’est occupé d’une manière
spéciale et avec une légitime autorité, de cette question si
importante. Ce savant professeur préfère l’emploi du sul¬
fure de carbone, préconisé par M. le baron Thénard, à celui
du sulfo-carbonate de potassium conseillé par M. Dumas,
et au remplacement des vignes malades par des cépages
américains.
1. Dans le Bordelais, tous les propriétaires qui n’ont pas craint de faire les dépenses
nécessaires pour l’emploi du sulfure de carbone ou du sulfo-carbonate de potassium ont
obtenu d’excellents résultats.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
200
LA VIGNE
Les rapports successifs qu’il a publiés sur ce sujet renfer¬
ment de précieuses indications et de sages conseils, fruits
de son expérience et de celle de nombreux viticulteurs.
Selon lui, on doit opérer pendant la saison d’hiver, en
deux séances distantes de six à huit jours ; la dose serait de
25 à 30 grammes d’insecticide liquide par mètre carré avec
trois à quatre trous par pied de vigne, en ayant le soin d’en
forer un à 0 m ,30 seulement de chaque cep: «le traitement
réitéré empêchera à peu près certainement, dit-il, la réap¬
parition du Phylloxéra, vers le mois de juillet. »
L’opération doit être faite avec le pal Gastine chargé de
5 à 6 grammes de liquide, et mieux encore avec deux pals
afin d’activer le travail ; en outre, il est indispensable de
traiter la vigne entière, et non pas seulement les taches.
Deux hommes sont nécessaires pour desservir chaque
pal : le premier peut forer et charger cinq trous à la minute,
soit deux mille quatre cents pour une journée de huit
heures ; le second a pour mission de boucher immédiatement
et hermétiquement les trous.
Ainsi que nous l’avons déjà dit, la dépense, en admettant
que le prix des 100 kilos de sulfure de carbone soit de
45 francs, peut être évaluée à 250 francs.
Il est recommandé de ne remuer la terre ni immédiate¬
ment avant l’opération, ni tout de suite après, et de n’opérer
ni dans les terrains argileux et peu profonds, ni dans ceux
trop mouillés; les vapeurs sulfureuses ne pouvant se répandre
facilement nuiraient à la plante en stationnant trop longtemps
autour d’elle.
A la fin de son cinquième rapport, M. Marion donne des
tableaux synoptiques dans lesquels nous puiserons quelques
renseignements.
La compagnie de Paris, Lyon à la Méditerranée aurait
livré du 1 er janvier 1877 au 1 er octobre 1881 à quarante-deux
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
LA VIGNE
201
départements dont vingt-deux syndiqués, au prix de 45 francs
les 100 kilos, 30,465 barils de sulfure de carbone, et à l’étran¬
ger 289 barils seulement.
L’Hérault aurait enlevé 17,810 barils; le Rhône 1,664 ;
l’Aude 1,552 ; les Pyrénées-Orientales 1,146 ; le Var 1,207 ;
les Bouches-du-Rhône 1,237 ; les Alpes-Maritimes 420.
En 1877, la livraison aurait été de 1,085 barils; celle de
1878 se serait élevée à 2,362 ; elle aurait atteint en 1879 le
chiffre de 4,230 ; en 1880 celui de 8,907, et en 1881 celui
de 14,150.
Le gouvernement de son côté a alloué aux départements
constitués en syndicat : en 1879, 47,000 francs pour 53
associés et 390 hectares; en 1880, 510,000 francs pour 1,507
associés et 6,771 hectares ; en 1881, 1,163,000 francs pour
6,414 associés et 17,125 hectares.
LES CHARRUES SULFUREUSES
Le pal Gastine a longtemps régné en souverain maître
pour la diffusion du sulfure de carbone ; mais depuis quel¬
ques années, l’attention des viticulteurs a été appelée sur
les charrues sulfureuses. Il m’a été donné d’assister à
des expériences faites en présence d’une commission par
M. Gutmacher au moyen de la sulfureuse à traction ani¬
male de son invention. Cette charrue très élégante, tout en
étant très solide, dit-on, opère au moyen de deux chevaux
mis bout à bout, et peut pénétrer à une profondeur de 0 ra ,30
dans les terrains les plus difficiles ; je me suis bien assuré
que la diffusion du sulfure contenu dans un barillet com¬
muniquant avec le soc de la charrue n’éprouvait aucun
obstacle, et que le sillon creusé se refermait si hermétique¬
ment qu’une allumette enflammée promenée sur son parcours
ne produisait aucune explosion.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
202
LA VIGNE
La charrue à traction animale de M. Gutmacher du prix
de 380 francs, ainsi que la vigneronnette à main vendue
120 francs, sont appelées à rendre des services dans les
terrains faciles, profonds, peu pierreux ou peu argileux ;
mais on se demande si leur fonctionnement est possible
dans les vignes des coteaux et s’il n’y a pas à redouter des
dérangements difficiles à réparer sur place. Tout viticulteur
serait donc dans la nécessité, afin de parer aux événements,
de faire l’acquisition de deux de ces instruments et par
conséquent d’avancer une forte dépense première. D’un
autre côté est-il bien démontré que la diffusion du sulfure
de carbone sur une seule ligne soit aussi efficace pour la
destruction du Phylloxéra , que celle opérée dans des trous
formant ceinture autour des ceps ? Ce sont là des questions
que l’expérience seule pourra résoudre.
SULFO CARBONATE DE POTASSIUM
De l’avis de certaines personnes, le sulfo-carbonate de
potassium 1 , est préférable au sulfure de carbone. Outre que
son emploi présente moins de danger pour les ouvriers, il
offre l’avantage de fournir à la vigne, en même temps que
l’insecticide, un des trois éléments constituant l’engrais qui
lui est nécessaire, la potasse.
Il faut reconnaître cependant, que la dépense dépasse
d’un tiers celle que l’on aurait à subir en se servant du
sulfure de carbone. Le sulfo-carbonate de potassium n’est
donc utilisable que pour des vignobles produisant des vins
d’un prix dépassant la moyenne.
1. Le sulfo-carbonate de potassium est un liquide rouge qui dose'lorsqu’il est de bonne
qualité 14 à 16 p. •/• de sul/ure de carbone et 15 à 18 p. •/• d’alcali, tout en marquant 42
à 44 degrés à l’aréomètre Baumé ; le litre pèse 1430 à 1450 grammes.
Ce produit, très énergique contre le Phylloxéra , est un inoffensif pour la vigne; il faut le
diluer dans de l’eau, en variant les proportions d’un litre pour 300 d’eau à un litre pour
600. selon l’état maladif : creuser des cuvettes de 0*,80 de côté, autour du cep.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
LA VIGNE
203
M. Mouillon, aux portes de Cognac, a obtenu de très
bons résultats de l’emploi du sulfo-carbonate de potassium.
« L’essentiel, dit-il, c’est d’agir en hiver et en une seule
fois, dès le début, sans attendre que les taches qu’on a
remarquées s’étendent, et de ne s’arrêter qu’après la troi¬
sième année de traitement. »
L’association d’une fumure pulvérulente est indispensable
mais on pourra négliger l’élément potasse. L’engrais
Faucon est conseillé, toutefois le bon fumier de ferme est
préférable.
On devra donner beaucoup de soins aux vignes et débar¬
rasser le terrain de toute plante adventive, afin que le
chevelu ait toute liberté pour se développer.
PLANTATION DES VIGNES DANS LES SABLES
La résistance des vignes d’Aigues-Mortes, aux attaques
du Phylloxéra^ démontre que cet ennemi de nos récoltes
en vins ne se plaît pas dans les sables; il faut en effet, à cet
Aphidien, pour qu’il prospère, des terrains dans lesquels
il puisse facilement circuler, soit des profondeurs du sol à
l’extérieur, et vice versa, soit de radicelle à radicelle.
On peut donc déduire de cette remarque, que plus la
ténuité des grains de sable approchera de la grosseur de
l’insecte, plus on sera certain d’être préservé. Ce principe
est fortifié par la comparaison de ce qui se passe à Aigues-
Mortes, sur le littoral de la Méditerranée, et à Arcachon,
sur celui de l’Océan. A Arcachon, les sables d’une antiquité
moins réculée, paraît-il, ayant un grain plus grossier, le
mal n’est conjuré qu’en partie, tandis que sur les plages du
delta du Rhône, le Phylloxéra n’existe pas, bien que ses
dégâts se fassent remarquer dans les pays environnants.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
204
LA VIGNK
LES VIGNES AMÉRICAINES
Nos vignobles européens peuvent être reconstitués par
la plantation des vignes américaines, dont la vigueur supé¬
rieure aux nôtres, dont le chevelu plus abondant, offrent
une plus grande résistance aux attaques du Phylloxéra.
Mais comme les vins produits par ces vignes ont généra¬
lement un goût fort désagréable et très prononcé, il est
convenu qu’on ne doit planter ces cépages que comme
porte-greffes.
On fait cependant une exception en faveur des variétés
Aestivalis, Jacquez et Herbemont qui peuvent être plantées
pour la production directe, ainsi que les hybrides Triumph
pour les vins blancs, et Otello pour les vins rouges. Mais
aussi bien pour les vignes à production directe que pour
les porte-greffes, il est prudent de n’employer que des
sarments et non des boutures enracinées.
Ce système a eu et a encore, cependant, ses détracteurs.
Il a été prétendu, que planter des vignes américaines,
accusées de nous avoir donné le Phylloxéra , c’est entre¬
tenir des foyers souterrains d’infection, qui envahiront les
vignes françaises.
Au congrès de Beaune, en 1869, M. Laliman proposa
pour la première fois, dit-on, la plantation des cépages
du nouveau monde. Des essais heureux furent faits
dans l’Hérault, et M. Gaston Bazille conseilla de greffer
sur souches de Riparia et York’s Madeira, les variétés de
nos régions.
De grandes plantations existaient déjà dès 1873, mais le
système prévalut surtout au retour d’Amérique de M. Plan-
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
LA VIGNE
205
chon 1 ; partout alors, dans l’Hérault, le Gard et même la
Gironde, réussite complète.
M. l’abbé Dupuis, dans une brochure publiée en 1883,
compte plus de trente espèces de vignes américaines expé¬
rimentées en Europe. Tous ces cépages ont été étudiés et
des esprits sérieux tels que M. Paul Saurin de Toulon,
concluent à ce qu’on n’accepte en définitive que le Jacquez
pour la production directe, et le Jacquez, le Solonis, le Pi-
paria sélectionné et Y York*8 Madeira comme porte-greffe.
M. Saurin établit que ces divers plants s’unissent d’une
manière satisfaisante par le greffage avec les Hybrides du
Bouschet à jus rouge, le Mourvèdre, le Carignan, la
Clairette, le Muscat , YOlivette noire et blanche, le Syrals
et le Cïnsault.
Le Jacquez et le Solonis demandent la pépinière, quant
au Riparia et au York’s-Madeira, ils peuvent être plantés
à demeure, à l’état de boutures.
M. Blanc, d’Aubagne, commença à planter des vignes
américaines pendant l’hiver 1877-78, la plupart, en boutures
des plants Jacquez, Herbemont, Solonis , Taylor, et après
plusieurs années d’expériences, il aboutit à des conclusions
conformes à celles de M. Saurin.
On doit greffer par un temps sec et calme, plutôt chaud
que froid, dans la première ou deuxième année de planta¬
tion, sans attendre la troisième. La greffe à fente simple a
été reconnue préférable à celle dite à l’anglaise et est
plus facile à pratiquer. On doit choisir pour l’opération, le
mois d’avril pour les terrains secs et le mois de mai pour
les terrains humides.
On greffera à 0 m ,02 ou 0 m ,03 du sol, en opérant sur le
1. En Amérique, où 90,000 hectares de terres sont plantés en vignes et où il se récolte plus
de 100 millions d’hectolitres de vin (année moyenne), le Phylloxéra n’inspire aucune crainte ;
là, comme chei nous, les plants les plus résistants sont les Rupestris et les Riparia ; le Vitis
vimfera seul présente quelque danger.
15
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
LA VIGNE
206
porte-greffe une coupe nette, débarrassée de sève. Le greffon
étant introduit dans la fente, après avoir été dépouillé du
sable dans lequel il a dû passer l’hiver, on serrera énergi¬
quement avec un lien quelconque disposé d’avance à portée
de la main, on enduira la greffe de mastic ou simplement de
terre glaise et on buttera la terre de manière à couvrir le
greffon qui doit avoir deux yeux.
Puisqu’on conseille de greffer sur les plants américains
en raison de ce qu’ils ont un puissant chevelu, on pourrait,
il me semble, essayer de greffer sur notre vigne sauvage
qui végète dans les mêmes conditions.
Comme conclusion, et tout en tenant grand compte des
objections de M. Marion, en faveur du sulfure de carbone,
je n’hésite pas à conseiller d’arracher et de remplacer par
des cépages américains, greffés avec nos cépages indigènes,
les vignes trop vieilles, trop malades ou plantées dans des
régions non submersibles \
LES VIGNES DU SOUDAN ET AUTRES
Au début de la crise commerciale, provoquée par l’invasion
du Phylloxéra, on a cru trouver dans la culture des vignes
tuberculeuses, apportées par M. Lecard, des solitudes dan¬
gereuses, couvertes et humides du Soudan, un moyen
précieux de régénération. Mais les essais tentés n’ont donné
que des résultats peu probants.
Des pépins de ces vignes à racines de Dahlias, vendus
à raison de 5 francs pièce, n’ont abouti que là où des
1. Au moment où je livre mon travail à l’impression, j'apprends qne M. Gaston Baiille a
fait connaître à la Commission supérieure du Phylloxéra , que dans' J'arrondissement de
Montpellier, les propriétaires, qui depuis quelques années, ont planté des vignes américaines,
viennent d’obtenir, en 1884, de très belles récoltes.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
LA VIGNE
207
soins tout particuliers leur ont été prodigués, et je ne sache
pas qu’on ait eu, jusqu’à ce jour, la satisfaction de voir
fleurir la plante, et encore moins, d’apprécier les qualités
et le rendement de son fruit.
M. Daurel, professeur à Montpellier, a semé sous châssis,
sept pépins. Cinq ont germé après avoir été stratifiés dans
du sable pendant un certain temps ; quatre plants qui ont
résisté ont été repiqués le long d’une muraille exposée en
plein midi. Ces plants ont-ils à cette exposition, subi les
effets d’une température trop élevée et surtout trop sèche?
Ce qu’il y a de certain c’est que deux d’entre eux seulement
ont donné six feuilles alternes et poussé des tiges d’une
longueur de 0 ra ,45. Que sont devenus ces ceps, depuis cette
époque ?
Au jardin botanique de Dijon, on a enregistré un com¬
mencement de réussite ; quelques-uns des pépins semés ont
donné des tiges et des feuilles, mais si microscopiques
qu’elles ont péri dans leur plus tendre enfance.
Au Jardin botanique de Paris, en août 1882, j’ai découvert
cette plante en pot, non sans un certain travail de recherches.
Il en existait, dans la grande serre, un beau pied donné
par M. Drouin, commandant de la Nièvre, ainsi que l’indi¬
que une étiquette fichée dans la terre du vase. La plante,
en fort bon état de végétation, ressemblait tellement à une
vigne ordinaire, que je me suis cru, de prime abord, l’objet
d’une mystification. -
D’une souche noirâtre qui est le tubercule, m’a dit le
gardien, partaient trois tiges de force différente dont la
plus vigoureuse avait au moins 0 m ,80 de hauteur ; ces tiges
sont noueuses, ligneuses, d’un verdâtre rosé, surtout vers
l’extrémité ; on y remarque, aussi bien que sur les nervures
du dessous des feuilles, des poils épines très marqués et
rougeâtres. Les feuilles,alternes, ayant un diamètre de 0 m ,10
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
208
LA VIGNE
dans leur plus grand développement, ont un faux air de
feuilles de tilleul à pointes très accentuées ; sur certains
points de la tige, existent des vrilles nombreuses, rougeâ¬
tres et à deux crochets.
Il résulte pour moi, de ce que j’ai lu et vu, en fait de
vignes tuberculeuses du Soudan, qu’il faudra encore bien
des études et une longue acclimatation, avant qu’on puisse
les utiliser avantageusement.
L’exposition horticole de Paris (mai 1883), n’est pas de
nature à modifier mon opinion.
Je lis en effet, dans le compte rendu de M. Menault.
(Journal officiel du 25 mai 1883) :
« On remarque trois pieds de vignes tuberculeuses du
« Soudan, exposées parM. Lavallée, président de la Société
« d’horticulture, qui seul a su faire végéter ces vignes par
« la culture forcée , sans qu'on puisse en espérer la moin-
« dre utilité comme fruit de table ni comme production
« de vin. »
Il me semble que la cause est jugée.
On a parlé aussi d’une autre vigne, le Cistus Rocheanii
de la Sierra-Leone, qui aurait prospéré à Marseille, et d’une
vigne du Japon qui fructifie dans des régions aussi froides
que le nord de la France.
A ce sujet, M. Carrière a fait à la Société nationale
d’Agriculture, une communication de laquelle il résulte que
les deux espèces de vignes chinoises qu’il possède, Vitis
Romanelli et Spinovitis Davidi, cette dernière épineuse,
se seraient montrées rustiques sous le climat de Paris, mais
qu’il n’en connaît encore ni les fleurs ni les fruits.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
I
LA VIGNE
209
LES AMIS DE LA VIGNE
Outre les petits oiseaux qui détruisent un nombre infini
d’œufs, de larves et d’insectes parfaits, et que, pour ce motif,
il faut protéger ; outre les crapauds qui dans leurs prome¬
nades nocturnes font une guerre acharnée aux insectes
ennemis de la lumière; outre les taupes, qui ne poussent
leurs galeries qu’à la recherche des larves ; outre les nom¬
breux Hyménoptères de petite taille qui sont parasites des
destructeurs, nous devons épargner ces grands et beaux
Carabiques : Procrustes coriaceus d’un noir mat chagriné,
Carabus auratus, Lotharingus, vagans à la robe métallique,
vulgairement appelés jardinières qui, de nuit, dévorent
chenilles et limaces; les Staphylinus circulant avec leurs
mâchoires en avant et leur abdomen en l’air, et les Silpha
sombres, à bouclier arrondi, qui sont essentiellement
carnassiers.
Il n’est pas jusqu’aux Lucioles et au Drillus flavescens f
qui passant leur existence larvaire dans l’intérieur des Hélix,
ne puissent être considérés comme des amis de la vigne.
A un certain moment, on a fondé un espoir de destruction
partielle du Phylloxéra dans quelques petits insectes
microscopiques et souterrains : Hoplophora arctata, Tyro-
glyphus phylloxerae, Gamasus Blankenhorni, Oribates
globulus , Nollerus nubilus ; mais MM. Mégnin et D r Fu-
mouze ont démontré que ces insectes vivent surtout des
débris laissés par le Phylloxéra et des racines en décom¬
position *.
1. Ed. André. Parasites de la Vigne. Beaune 1882, f. 162.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
210
LA VIGNE
CONSIDÉRATIONS FINALES
Je puiserai dans le savant rapport lu le 19 janvier 1883
à la Commission supérieure du Phylloxéra , que présidait
M. Dumas, par M. Tisserand, directeur de l’Agriculture,
les conclusions et le résumé du chapitre de la vigne.
Il résulte de ce rapport, qu’à l’expiration de 1882, cin¬
quante départements étaient envahis, 764,000 hectares de
vignes étaient détruits, et que 642,000 hectares étaient plus
ou moins endommagés; il nous restait encore 1,500,000 hec¬
tares non atteints, dans les grands crus de la Gironde et de
la Bourgogne; la Champagne était épargnée, la Corse et
surtout l’Algérie, ne connaissent pas encore le terrible
destructeur de nos vignobles.
Tout n’est donc pas perdu et M. Tisserand fait à
l’administration, au Parlement, à la science et à l’initiative
individuelle un énergique appel qui sera entendu.
Dès 1880, dit l’auteur du rapport, le gouvernement
prodiguait des conseils encourageants, poussait à la forma¬
tion des syndicats et appliquait la loi pour le traitement des
vignes Phylloxérées. De son côté le Ministre de l’agriculture
faisait étudier les cépages américains capables de résister
à l’invasion du fléau. Les services rendus par l’École d’agri¬
culture de Montpellier sont vivement appréciés. De plus,
il encourageait la création de pépinières et faisait faire
de nouvelles distributions de boutures ; enfin il établissait
près de Nantes à l’École d’agriculture du Grand Juan une
pépinière de plants américains provenant uniquement de
semis.
Quant aux moyens curatifs, M. Tisserand avait déjà
fait connaître dans son précédent rapport que les traite-
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
LA VIGNE
211
ments administratifs avaient été, en 1881, appliqués à
1,532 hectares.
Le mal n’avait pas été détruit, il est vrai, mais il était
enrayé sur plusieurs points ; d’un autre côté les syndicats,
autorisés par les lois des 15 juillet 1878 et 2 août 1879,
s’étaient développés, puisqu’en 1879 cinquante-trois proprié¬
taires syndiqués pour 390 hectares avaient reçu 47,000 francs
de subvention; qu’en 1880, quinze cent sept viticulteurs pour
6,771 hectares s’étaient partagé 510,000 francs ; et qu’en 1881,
six mille quatre cent quatorze associés pour 17,125 hectares
avaient reçu 1,163,000 francs. Ce qui était de bon augure,
c’est que les petits vignerons s’empressaient de s’adjoindre
aux grands propriétaires.
Les syndicats, en 1881, avaient traité 3,158 hectares par
la submersion, 11,719 par le sulfure de carbone et 2,248 par
le sulfo-carbonate de potassium.
Mais toutes les tentatives ont été impuissantes pour lutter
contre les causes défavorables de l’année 1882.
Devant cette situation désastreuse, M. Tisserand pousse
de plus en plus les viticulteurs vers le syndicat seul capable,
dit-il, de livrer le grand combat. La plaie est toujours dans
les petits propriétaires qui, soit par ignorance, soit par
négligence, soit par incrédulité, se gardent de dénoncer les
taches qui se produisent dans leurs vignes, compromettant
ainsi non seulement leurs intérêts, mais aussi ceux de leurs
voisins. L’essentiel serait donc d’exercer une surveillance
intelligente et soutenue plus particulièrement sur les vignes
considérées comme indemnes, afin d’éviter les constatations
tardives toujours dangereuses.
Dans ce but on doit tendre à organiser des syndicats
mixtes s’occupant en même temps de recherches et de
traitements.
Ceux existant sur ces bases, en Suisse, dans l’Indre-et-
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
212
LA VIGNE
Loire, Saône-et-Loire et le Gers ont produit les meilleurs
résultats.
En 1882, le gouvernement a fait exécuter des traitements
dans seize départements, sur 600 hectares environ. Son
action s’est exercée surtout sur le département des Alpes-
Maritimes. Les intéressés se sont chargés de la main-d’œuvre
et l’administration n’a plus eu à contribuer à la dépense que
pour la fourniture du sulfure de carbone ; quand aux syndi¬
cats, dans vingt-huit départements 12,338 propriétaires ont
syndiqué 32,685 hectares, ce qui a occasionné une dépense
de 1,744,996 francs.
Mais le gouvernement, ajoute M. Tisserand, ne se con¬
tente pas de subventionner les propriétaires libres ou en
syndicat, il fournit de plus, aux départements ruinés, la
possibilité de reconstituer leurs vignobles, au moyen des
cépages américains ; il encourage la création des pépinières
sans hésiter à les subventionner, et il fait poursuivre à
l’établissement agricole de Montpellier, des études de gref¬
fage qui sont une conséquence des plantations de ceps
exotiques.
Le Phylloxéra n’est malheureusement pas le seul enne¬
mi de la vigne, et il était utile que la Commission ne perdit
pas de vue YOïdium, le Mildew f VAnthracnose . Des rap¬
ports très remarquables de M. Cornu, inspecteur général
des maladies parasitaires et de M. Prilleux, professeur à
l’Institut national agronomique, dénotent que le Phylloxéra
n’absorbe pas toutes les préoccupations des savants.
« Le point capital, dit M. Tisserand, en terminant, c’est
de préserver de l’invasion du Phylloxera f l’Algérie qui
commence à produire de grandes quantités de vins fort
appréciés.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
III
L’ORANGER
L’oranger (Citrus aurantium ), comme le citronnier, fait
partie de la famille des Aurantiacées.
C’est un végétal à écorce lisse, dont toutes les parties
sont munies de petits réceptacles remplis d’une huile
volatile.
Les feuilles sont alternes, épaisses, luisantes, arrondies
au sommet, articulées avec un pétiole souvent ailé ; les
épines sont toujours axillaires ; le calice est campanulé; les
pétales et les étamines sont en nombre égal à celui des
divisions du calice; le fruit est pulpeux,généralement acide,
avec enveloppe épaisse, riche en huile odorante : c’est une
baie arrondie, aplatie d’ordinaire aux deux bouts, divisée en
neufs loges ayant chacune deux semences plus ou moins
productives.
Cet arbre a été introduit en Europe et en Afrique, de
l’Asie centrale et de la Chine.
On a prétendu que l’oranger avait été importé par un
noble Portugais, au seizième siècle ; un historien du Dau¬
phiné produit cependant un compte de l’an 1333, où il est
question de sommes payées pour transplantation d’orangers.
En 1516, François I er assista, à Marseille, à un combat
naval dont les oranges furent les projectiles.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
214
L'ORANGER ET LE CITRONNIER
En 1564, Charles IX, visitant la Provence, coucha à
Cuers, où il vit des orangers.
A Hyères, le jour de la Toussaint, on avait planté une
allée d’orangers couverts de fruits et construit une fontaine
d’où jaillissait de l’eau de fleur d’oranger.
« Il y avait à Hyères, dit un historien du temps,un oranger
dont le tronc ne put être embrassé par Charles et le roi de
Navarre ; sur l’écorce de cet arbre on écrivit :
« Caroli regis amplexu glorior. »
Henri IV fit construire une orangerie aux Tuileries, où
plus tard, les orangers firent place aux vers à soie.
La chair de l’orange est généralement jaune; des variétés
de Malte donnent cependant des fruits à pulpe sangui¬
nolente.
D’autres espèces, tirées du Portugal, produisent, même
dans nos régions, des fruits doubles et triples qu’il est facile
de reconnaître au petit mamelon central et extérieur qui
existe à la partie opposée à la queue.
Les oranges de Jaffa sont grosses, ovoïdes; leur pulpe est
abondante, mais peu délicate.
Le mandarinier (Citrus deliciosa ) à feuillage fin, tendant
à former buisson, à fleur petite et blanche, à fruit petit,
presque rouge, aplati et creusé à ses deux extrémités, n’est
connu que depuis cinquante ans. Risso en parle à peine. Sa
pulpe se détache facilement de l’écorce qui laisse aux doigts
un parfum âcre, diversement apprécié par les consomma¬
teurs. Les coteaux de Montboron et de Carabacel, près
Nice, paraissent favorables à la culture de cette variété.
L’oranger de Chine (Citrus myrtifolia) au feuillage dur,
petit et sombre, donne des fruits petits, arrondis et amers,
que l’on confit, soit verts, soit mûrs, après les avoir pelés
et fait macérer ; c’est ce que l’on appelle le Chinois.
Digitized by
Original from
HARVARD UNIVERSITY
j
L'ORANGER ET LE CITRONNIER 215
L’oranger à fleur douce, produit une fleur blanche, peu
estimée pour la distillation, et des fruits qui sont cueillis
prématurément en décembre, pour les besoins du premier
de l’an.
Le Bigaradier (Citrus vulgaris) ou oranger à fleur aigre,
est moins haut que l’oranger doux. Son fruit n’est pas man¬
geable, mais sa fleur est très recherchée ; car pendant que
sur le marché de Nice, la douce vaut 0 fr. 40 le kilo, l’aigre
se paie 0 fr. 60. En 1883, à la suite de fortes gelées, les
fleurs du Bigaradier ont atteint le prix de 2 fr. 50 et même
3 francs le kilo.
L’écorce de l’orange amère est découpée en lanières,
séchée au soleil et expédiée au loin pour la fabrication du
Curaçao.
La feuille infusée dans de l’eau bouillante donne une
boisson calmante.
L’oranger vit longtemps, devient très gros et produit
énormément. Avant que les vergers des Açores eussent été
ruinés par la maladie, on citait des arbres qui avaient donné
annuellement vingt mille oranges livrables au commerce.
Le territoire de Valence, en Espagne, produit de si
grandes quantités d’oranges que l’on trouve avantageux
d’en fabriquer un vin (vino di naranjas) qui est fort agréa¬
ble, dit-on.
Les importations en oranges et en citrons ont été, en
1846, de 11,424,000 kilos ; en 1856, de 15,964,000 k. ; en
1866, de 25,928,000k. ; enfin en 1877, de 27,720,000 kilos.
Elles consistent surtout en oranges qui nous viennent
d’Espagne, d’Algérie et de Jaffa pour les gros fruits, de
Malte et de Sicile pour les Mandarines. La valeur de ces
importations peut être évaluée de 9 à 10 millions de francs
par an.
Au commencement du siècle, on connaissait déjà plus de
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
216
L’ORANGER ET LE CITRONNIER
soixante espèces d’orangers ou de citronniers, cultivées
pour la plupart en serres.
L’oranger se multiplie par semis, par boutures et par
marcottes ; on sème les pépins des fruits remarquables par
leur beauté. Pour les boutures, on doit choisir une branche
saine, droite que l’on enfonce en terre à quatre pouces de
profondeur.
La marcotte s’obtient sur le pied lui-même en enfermant
dans un vase disposé à cet effet et rempli de bonne terre,
une branche à laquelle on a fait une forte ligature afin de
la forcer à donner des racines.
On greffe à écusson ou à œil dormant, les troncs qui ont
au moins la grosseur du doigt, en prenant le citronnier
pour porte-greffe de l’oranger.
On taille après la fleur qui vient en mai. Cette époque
de la floraison, peut être plus hâtive; ainsi, en 1883 on a
vu des orangers en fleurs au mois de janvier.
L’oranger ne fleurit qu’une fois par an et ne donne de
produits abondants que chaque deux années.
Le fruit cueilli en hiver, se vend 20 à 25 francs le mille.
Les lanières desséchées du Bigaradier, sont livrées en
Allemagne surtout, au prix de 1 franc le kilo.
Il est reconnu que l’oranger a besoin de moins d’eau que
le citronnier.
*
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
L'ORANGER ET LE CITRONNIER
2 11
LE CITRONNIER
A partir de Villefranche jusqu’à Gênes, le littoral culti¬
vable, à pentes plus ou moins accessibles, à vallons arrosa-
bles, est couvert d’arbres de moyenne hauteur, serrés les
uns contre les autres, aux branches grêles, fines, garnies
de feuilles rares d’un vert jaunâtre, articulées sur un pétiole
simplement marginé d’un rouge violet.
Vers leur extrémité, ces masses de verdure sont piquées
de nombreux fruits, arrondis, oblongs, d’un jaune doré,
avoisinant des cimes rougeâtres et des fleurs odorantes à
tissu charnu, blanches en dedans, roses en dehors avec
paquets d’étamines jaunes.
Ces arbres gracieux, toujours couverts de feuilles, de
fleurs, de fruits verts et de fruits mûrs, ce sont des
citronniers.
Passé Villefranche, en allant vers Marseille, on n’en ren¬
contre que des échantillons, plutôt comme arbres d'agrément
que comme arbres de produit.
Le citronnier diffère de l’oranger en ce que son port est
plus léger, qu’il peut difficilement être disposé en boule,
que le fruit est plus pointu et que l’arbre est plus sensible
au froid.
Importé de Médie, dans l’Asie centrale, il n’a pas été
connu des Grecs avant Alexandre, selon Théophraste.
Il a dû être introduit en Italie et en France en même
%
temps que l’oranger.
Cette sous-famille comprend :
1° Le Cédratier (Citrus medica) dont on confit le fruit;
la Corse en expédie de grandes quantités ;
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
L'ORANGER ET LE CITRONNIER
218
2° Le Limettier (Citrus limetta) dont le fruit très gros
et doux ne mûrit bien qu’à Naples et en Sicile;
3° Le Bergamotier (Citrus limetta bergamota) qui donne
un fruit d’un goût exquis et d’une odeur délicieuse, son
écorce sert à doubler des bonbonnières, elle fournit aussi
une huile essentielle utilisée dans l’industrie ;
4° Le Limonier (Citrus limonium) qui a des branches
longues et flexibles; ses fruits oblongs, appelés limons, se
vendent dans le commerce, sous le nom de citron, mais ils
se distinguent des citrons vrais par leur écorce mince et
par l’abondance de leur suc qui reste toujours acide.
On a fait une variété à part (Sarcodactyle) du citronnier
dont les fruits affectent des formes bizarres rappelant la
disposition des doigts, par la séparation des carpelles.
Le principal pays producteur des citrons, dans notre ré¬
gion, c’est Menton, puis vient Roquebrune.
On dit que le citronnier fleurit chaque lune, mais il n’y a
véritablement que trois floraisons par an.
La première a lieu en mars, et produit les Testasses ou
gros fruits et les Maraviglia; la récolte a lieu en septembre;
le prix de vente varie entre 45 et 75 francs le mille.
La seconde peut être fixée au mois de mai, avec récolte
en janvier; elle donne le Granetti dont le prix s’élève parfois
à 45 francs.
La troisième fleurit en août et produit en avril la Ver-
danne dont le prix est de 45 à 75 francs.
La Verdanne est habituellement expédiée en Amérique.
NEROLI, PETIT-GRAIN, EAU DE FLEUR D’ORANGER'
Le Néroli le plus recherché, la meilleure eau de fleur
d’oranger sont obtenus de la distillation de la fleur aigre du
Bigaradier à fruits amers.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
L’ORANGER ET LE CITRONNIER
219
Cette fleur est distillée dans la proportion de 30 kilos
de fleurs pour 50 litres d’eau et l’on obtient en moyenne,
de ce mélange, 30 grammes de Néroli à 0 fr. 40 le gramme
et 30 litres d’eau de fleur d’oranger, se divisant ainsi
qu’il suit : 10 litres de triple à 2 francs, 10 litres de double
à 1 franc, et 10 litres de simple à 0 fr. 60; l’eau sortant de
l’alambic est recueillie dans un vase en verre, présentant à
sa partie inférieure un syphon recourbé, par lequel se pro¬
duit un écoulement continu d’eau; l’essence surnage et est
retirée de temps en temps au moyen d’une pipette à deux
branches et à ballon.
La distillation des feuilles et des petites branches prove¬
nant de la taille, donne un produit secondaire appelé Petit-
grain, d’une valeur inférieure à celle du Néroli.
Le Néroli et le Petit-grain obtenus des fleurs et des
feuilles de l’oranger à fruit doux sont peu recherchés ; quant
à l’eau, provenant de la même source, elle n’est générale¬
ment utilisée que pour remplacer l’eau ordinaire dans la
distillation de la fleur aigre, ou pour être mélangée avec
l’eau triple.
Les négociants savent titrer leurs eaux en utilisant, dit-on,
ce principe que l’acide azotique attaque et ronge les eaux
de fleurs, tandis qu’il est sans action sur les eaux de feuilles.
Le Néroli entre dans la composition de plusieurs par¬
fums et plus particulièrement dans la fabrication de l’eau
de Cologne.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
220
L’ORANGER ET LE CITRONNIER
INSECTES NUISIBLES AUX ORANGERS ET AUX CITRONNIERS
L’oranger et le citronnier ont de telles affinités, que
devant rendre compte des ennemis et des maladies de ces
deux variétés d’un même genre, il m’a paru rationnel de
les réunir dans un même chapitre.
Je ferai remarquer cependant, que si les Coccides à tégu¬
ments durs et à téguments mous attaquent les deux espèces
d’arbres et y provoquent la Morphée , les Lépidoptères, à
l’état de chenille, sont plus particulièrement nuisibles aux
citronniers et cela se comprend, vu qu’ils sont presque
toujours en fleurs et plus fréquemment arrosés.
I. — COCCIDES
I. — DACTYLOPIUS CITRI (Boisdüval) 1
Cette Cochenille à téguments mous, est très commune sur
les orangers et sur les citronniers de Nice et de Menton.
Je dis sur les deux arbres, car M. Signoret ne voit entre
les Cochenilles attaquant ces deux végétaux, que de légères
diflérences portant seulement sur la pubescence et sur
l’épaisseur des pattes relativement aux tarses.
Elle a le corps d’un brun rougeâtre ; autour d’elle exis¬
tent de nombreux appendices cotonneux (dix-sept de chaque
côté) ; à l’extrémité de l’abdomen, les deux qu’on y remar¬
que sont beaucoup plus longs que les autres, l’animal est
entièrement couvert d’une poussière blanche.
1. Signoret, Annales de la Société entomologiqne de France , 1875, f. 312.
L’ORANGER ET LE CITRONNIER
221
Longueur de 0 m ,003 1/2 à 0 m ,004 sur 0 m ,002 environ de
largeur.
La femelle a huit articles aux antennes ; les tarses sont
d’un tiers moins longs que les tibias ; les digitules filiformes
sont très longs; les filières sont nombreuses; l’anneau
génito-anal est large avec six poils.
La larve a six articles aux antennes ; les filières abdo¬
minales sont moins denses que dans l’état parfait.
Le mâle est long, brun sur la tête et le thorax, jaunâtre
sur l’abdomen ; les pattes et les antennes sont d’une cou¬
leur plus foncée ; ces dernières ont dix articles.
Thorax étroit ; élytres très longues, d’un blanc grisâtre ;
abdomen très long, avec filières sur les bords.
Organes sexuels en tubercule assez gros, terminé par une
pointe arrondie.
Pattes longues; tarses plus longs que les cuisses; cro¬
chets très long.
Digitules des tibias longs et filiformes avec bouton à
l’extrémité ; ceux des crochets à peine visibles.
Cette Cochenille, véritable fléau, constitue sur les jeunes
fruits et les feuilles, des amas cotonneux et gluants, tran¬
chant par leur blancheur rosée, sur la couleur du fruit et sur
la couche noire de Morphée qui l’entoure toujours.
En bouleversant ces amas vivants, on écrase quelques
Cochenilles qui donnent un liquide rougeâtre; on y trouve
les insectes dans leurs divers états, plus, des larves de
Coccinelle et la chenille d’un petit Lépidoptère dont nous
parlerons ultérieurement, YEphestia gnidiella.
Le Dactylopius citri recherche surtout les endroits abri¬
tés où les plantes trop serrées manquent d’air et de lumière;
il nuit à la végétation de l’arbre, en bouchant les pores de
ses feuilles; il se joint aux Lécanides et aux Aphidiens pour
donner naissance au Miellat et à la Morphée.
16
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
222
L’ORANGER ET LE CITRONNIER
II. — ASPIDIOTUS LIMONII (Signoret)»
Cette espèce de Cochenille à téguments durs, que l’on
trouve plus particulièrement sur les jeunes branches, a,
selon M. Signoret, les lobes de l’extrémité abdominale
détachés et apparents, et les lamelles fimbriées longues ;
le dernier segment abdominal est allongé.
Le bouclier de la femelle adulte est arrondi et d’un blanc
jaunâtre, avec les dépouilles centrales jaunes et une grande
quantité d’œufs.
Le bouclier du mâle est plus allongé.
Lorsqu’on soulève une des carapaces maternelles, au
moment de l’éclosion des petits, on voit à l’œil nu, au
milieu des œufs en retard, de nombreuses jeunes larves
blanches semblables, sauf la couleur, à de gros Phylloxéra
courant avec une grande rapidité.
Le mâle est assez commun, sa tête est écbancrée en
avant, les antennes sont longues, le thorax arrondi et large.
III. — LECAN1UM HESPERIDUM (auctorum)*
Cette Cochenille est révêtue d’un cuirasse solide; sa forme
est allongée; sa couleur est d’un jaune brun; on en trouve
un dessin assez réussi dans le règne animal de Cuvier. Son
adhérence, est très grande sur les feuilles où elle se tient de
préférence, et avec lesquelles elle se confond au début.
Antennes de sept articles; jambes grêles; digitules très
longs ; anneau genito-anal entouré de six poils.
Larve longue avec six articles aux antennes. Le mâle n’a
pas encore été décrit. En retournant la femelle on trouve
sous elle des embryons sans œufs, ce qui donne à penser
qu’elle est vivipare.
1. Signoret — Annales de la Société entomologique de France , 1869, f. 125.
2. Signoret — Annales de la Société entomologique de France , 1873 f. 399.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
E/ORA.NGER ET LE CITRONNIER
223
IV.— LECANIUM OLEAE (Bernard) 1
On rencontre aussi sur l’oranger et le citronnier, la Coche¬
nille de l’olivier dont nous avons parlé en détail dans notre
travail concernant cet arbre*. Voici le résumé de ce que
nous en avons dit d’après M. Signoret et d’après nos
observations particulières :
« Cette Cochenille est brune, avec une forte carène et deux
lignes élevées transversales sur le dos ; sa forme est presque
en cœur ; les antennes ont huit articles ; jaunâtre au début
elle devient noire ensuite; la femelle pond, et abrite sous elle
des œufs en grande quantité. »
MOYENS DE DESTRUCTION
DES COCHENILLES DE L’ORANGER ET DU CITRONNIER
Je trouve dans le bulletin de la Société entomologique
italienne d’utiles renseignements sur les différents moyens
proposés pour détruire les Cochenilles de l’oranger et du
citronnier. Ces indications sont données par M. Michel
Angelo, consul de Palerme, qui préconise le mélange du
soufre et du plâtre à partir du mois d’avril en y joignant le
brossage en hiver, des troncs, branches et fruits. Mais il
condamne les aspersions d’eaux salines, alcalines ou acides
’qui peuvent être fatales à la plante ; il repousse aussi la
médication, consistant à projeter violemment des liquides
curateurs. Il conseille au contraire, de n’employer que
des instruments pulvérisateurs. Aux huiles végétales trop
coûteuses, M. Michel Angelo substitue l’acide phénique,
1. Signoret — Annale* de la Société entomologique de France , 1873, f. 440.
2. Peragallo — L’Olivier . *es ennemis , ses maladies et ses amis. 2* édition, Nice, 1883, f. 77.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
224
L’ORANGER ET LE CITRONNIER
l’essence de térébenthine, le pétrole; ce dernier surtout
comme plus économique : « Il faut l’utiliser, dit-il, dans les
proportions d’un litre pour 30 litres d’eau et n’opérer
que le soir ou la nuit au printemps, au moment de la pre¬
mière génération.» Le consul de Palerme est d’avis en outre
de frotter les troncs avec de l’eau de chaux et de couper et
brûler immédiatement sur place, à la nuit, les petites bran¬
ches trop malades.
M. le docteur Papacogli recommande, de son côté, l’emploi
de la nitro-benzine. Mais l’essentiel, selon nous, c’est de
ne pas détruire les petits oiseaux, d’aérer les plantations, et
de les soustraire à l’influence pernicieuse d’une trop grande
humidité.
II. — LÉPIDOPTÈRES
J’allais, après avoir consulté mon savant collègue de la
Société entomologique de France, M. Millière, commencer
la mise au net de mes notes détaillées concernant l’étude
sur place et l’élevage de trois petits Lépidoptères dont les
chenilles vivent sur les citronniers de Menton et de Roque-
brune, lorsqu’il m’a communiqué une brochure du profes¬
seur Penzig 1 dont les précieuses indications sont venues
confirmer mes propres observations.
Je suis donc certain de travailler sur un terrain solide en
prenant pour point d’appui un ouvrage aussi complet et
aussi scientifiquement conçu.
La note (c’est de la modestie au premier chef) du profes¬
seur Penzig serait de nature à faire disparaître mes illusions
sur la nouveauté de mes découvertes dans le cas où j’aurais
eu la faiblesse d’en concevoir.
1. Prof. Pen*ig.— Unnuovo flagello degli agrwni, estratto del giornale VItalia agricola.
Milan, 6 février 1883.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
L'ORANGER ET LE CITRONNIER
225
Je me doutais, en effet, qu’en Italie où les contrées à
citrons sont plus étendues que dans la partie est du midi de
là France, et où l’histoire naturelle possède de savants
représentants, on avait dû étudier déjà les chenilles du
citronnier et en donner la description.
Selon le naturaliste milanais, les chenilles des citronniers
ont été d’abord signalées par M. Panizzi de San-Remo,
dont les observations ont servi ensuite à M. Targioni-
Tozzetti pour le travail qu’il a inséré en 1879, dans les
Annales italiennes de l’agriculture, n° 9.
Ainsi que je l’ai constaté sur les citronniers de Menton
et de Roquebrune, en août et en septembre 1883, et aux
mêmes époques de 1884, le professeur Penzig a trouvé sur
ceux de San-Remo et de Vintimille, trois espèces bien dis¬
tinctes de petits Lépidoptères :
1° L'Acrolepia citri (Millière) ;
2° L'Ephestia gnidiella (Mul.) ;
3° L’ Euphithecia pumilata (Hb.).
Le premier de ces trois papillons, à l'état de larve, serait
le plus dangereux comme apparaissant en plus grand nom¬
bre. Sur ce point, nous sommes parfaitement d’accord, ainsi
que sur la dénomination scientifique des trois ennemis.
Le naturaliste milanais n’a pas parlé des parasites de ces
chenilles; c’est la partie de mes études qui, je l’espère,
constituera leur nouveauté.
I.— ACROLEPIA CITRI (Millière)
L'Acrolepia citri est une Tinéide qui a été déterminée
par MM. Millière et Ragonot, et qui figure dans le splen¬
dide ouvrage du premier de ces lépidoptéristes \
1. Iconographie et description de chenilles et Lépidoptères inédits , v. 11, page 405,
ligures 17 à 20.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
226
L’ORANGER ET LE CITRONNIER
Il est probable que la femelle dépose ses œufs ronds et
d’un jaune clair près de la fleur en bouton.
Je dis ses œufs, car contrairement aux observations du
professeur Penzig, j’ai souvent rencontré plusieurs jeunes
larves dans le même bouton.
La jeune chenille ne tarde pas à éclore; elle est au début,
d’un blanc jaunâtre presque uniforme à l’œil nu, et conserve
assez longtemps cette couleur ; au moment de sa transfor¬
mation dernière, lorsqu’elle a atteint sa plus grande lon¬
gueur (7 à 8 millim.) son corps est d’un jaune verdâtre qui
ressort dans le creux de chaque anneau et en dessous.
La tête est cornée, brillante, d’un brun obscur ; les yeux
sont très visibles. Ce qui distingue d’une manière indéniable
cette chenille de celle de la Tinéide de l’olivier 1 (Prays
oleellus) que nous avons décrite, c’est que cette dernière
présente sur le premier anneau thoracique, deux taches d’un
noir brillant qui n’existent pas chez YAcrolepia citri, qui a
simplement ce premier anneau plus sombre de teinte et plus
consistant que ceux qui le suivent.
Le corps de la chenille, avons-nous dit, a pour teinte
générale un jaune verdâtre, et présente six pattes dures,
brunes et armées d’onglets plus bruns encore. Les fausses
pattes au nombre de huit sont placées sous les sixième,
septième, huitième et neuvième anneaux ; elles sont armées
d’appareils à cils courts qui leur permettent d’adhérer for¬
tement.
Le dernier segment abdominal est conique et dentelé à
son extrémité anale, il est prenant comme les fausses pattes.
A partir du premier anneau thoracique, la robe se couvre
en dessus, de marbrures rougeâtres très délicates.
Mise dans l’alcool, la chenille qui a perdu ses teintes ver-
1. Peragallo — L’Olivier, ses maladies, ses ennemis et ses amw,2* édition, Nice, 1883, i. 80.
Digitized by
Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
L'ORANGER ET LE CITRONNIER
227
dâtres devient complètement d’un jaune rosé avec le dos
beaucoup plus fortement teinté que le reste ; les yeux et
les mandibules sont très noirs 1 .
Très vive, elle se meut dans l’intérieur du bouton dont
elle a perforé l’enveloppe, y laissant un trou rond très
évident.
Une fois installée dans ce bouton, elle commence par
dévorer la base des étamines, puis elle attaque le petit
fruit naissant; on la trouve parfois allongée au fond du
calice, enveloppant de ses anneaux la base de ce fruit et
cherchant à s’y introduire.
Dans ses changements de place, l’animal émet des fils
qui enserrent les étamines et retiennent ses excréments.
Lorsque la fleur attaquée est complètement épanouie, on
voit les étamines bouleversées, et le jeune fruit perforé sur
plusieurs points, ne tarde pas à noircir et à se dessécher,
lorsqu’il n’a souvent pas atteint la grosseur d’un grain de blé.
Si la chenille est inquiétée, elle quitte en hâte la fleur, en
contourne l’extérieur, puis, si le danger lui paraît grandir,
elle cherche à gagner une autre branche ou le sol, en se
suspendant à un fil qu’elle produit, et qui s’allonge avec une
grande rapidité. Si le calme se fait autour d’elle, elle
remonte en se tortillant, l’abdomen relevé; le fil disparaît
alors comme si l’insecte l’avait de nouveau emmagasiné.
La chenille ayant acquis son plus grand développement
se prépare à tisser son cocon à transformation. En nature,
on trouve ce cocon dans le calice même des fleurs ; mais en
captivité, elle quitte assez généralement la fleur pour aller
1. Je ferai remarquer, et ceci n’a pas d’application, en ce qui concerne le professeur Penzig
qui a bien évidemment étudié la chenille de ÏAcrolepia vivante, qu’il faut se méfier des
déterminations faites sur insectes de tous ordres conservés dans l’alcool. J’ai été à même
de constater relativement à la chenille qui nous occupe, et à sa chrysalide, et plus particu¬
lièrement encore pour la larve du Diptère Syrphus, que dans l’alcool, les délicates teintes
vertes de ces larves disparaissent complètement, lorsqu’au contraire les teintes rosées
s’accentuent.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
228
L’ORANGER ET LE CITRONNIER
s’établir dans l’une des encoignures de la vitrine qui la
renferme.
Le berceau est d’un gris brun, à mailles tellement lâches,
qu’on peut suivre facilement les phases de la transformation.
Une fois enfermée, la chenille diminue de taille de manière
à n’avoir plus que 0 m ,005 â 0 m ,006 de longueur.
Des chenillles ayant commencé leur cocon les 20 et 21
septembre ont donné le papillon les 26 et 27 suivants; le
sommeil de la chrysalide a donc duré de six à sept jours.
Au début, cette petite chrysalide de 0 m ,005 adhérente
au fond de son cocon au moyen de ses onglets et d’un fil
assez lâche mais résistant, a le fond du corps d’un verdâtre
plus vif vers la tête ; le dessus et une ligne sur le devant
sont d’un rouge pointillé assez prononcé ; puis, les teintes
vert vif et rouges s’éteignent, et la chrysalide devient
entièrement d’un brun clair verdâtre qui s’assombrit de
plus en plus.
Au moment de son éclosion, le papillon est presque noir ;
ce n’est que plus tard qu’il pâlit, et que les dessins si varia¬
bles de sa robe apparaissent.
On le voit immobile, les antennes collées au corps, les
pattes ramenées en dessous, semblable à un petit fuseau
noir, avec une espèce de crête sur la partie extrême posté¬
rieure des ailes étroitement enroulées.
Lorsque la Tinéide est bien séchée, elle redresse ses
antennes qu’elle porte alors en avant, et quelle agite conti¬
nuellement. Sa tête se relève, ses pattes s’allongent, elle
procède à sa toilette lissant surtout ses antennes; à la
moindre inquiétude, elle se déplace vivement par un petit
vol saccadé; puis elle enroule de nouveau ses ailes, incline
la tête, et rentre pattes et antennes.
Les dessins des ailes de ce papillon varient beaucoup, et
disparaissent même parfois complètement, pour faire place
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
»
L’ORANGER ET LE CITRONNIER 229
à une teinte générale gris souris plus ou moins claire, plus
ou moins argentée.
Voici quel est l’aspect général de cette Tinéide en bon état
de conservation :
Le corps est d’un gris souris presque argenté en dessous ;
la tête est de cette même couleur, les yeux sont gros, les
antennes très déliées et noirâtres atteignent le milieu du
corps.
En examinant avec beaucoup d’attention un certain
nombre de sujets à l’état de repos, on peut dire qu’il existe
à la naissance du prothorax une ligne noire formant un
demi-croissant dont le sommet est cohtigu à la tête ; au
premier tiers supérieur des ailes enroulées, presque à la
moitié, on remarque une seconde tache noire représentant
un A à sommet encrassé et sans barre transversale, dont les
côtés embrassent l’ensemble des ailes, et dont le sommet est
dirigé vers la tête.
Plus bas existe une troisième tache noire ayant la même
direction que la seconde mais plus vague de teinte. Enfin,
la crête finale plus sombre de nuance que le fond gris des
ailes, constitue une dernière tache assez distincte.
Je ne parle pas des nombreuses mouchetures noires qui
recouvrent les côtés des ailes.
Les trois paires de pattes sont irrégulières en longueur;
la seconde paire présente un éperon, la troisième en a deux.
Elles sont annelées de noir sur fond gris, et plus particu¬
lièrement les tarses.
Je n’ai été amené à étudier les chenilles du citronnier
qu’à l’époque où elles causent, paraît-il, les dommages les
plus appréciables, c’est-à-dire à la floraison d’août.
Les observations du professeur Penzig portant sur une
plus longue période de temps, je suis d’autant mieux disposé
à accepter leurs résultats relatifs à la biologie de YAcrolepia.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
230
L'ORANGER ET LE CITRONNIER
citriy que le travail de ce naturaliste me semble avoir été
fait avec la plus grande conscience.
M. Penzig croit pouvoir affirmer qu’il y a trois générations :
la première au printemps, en avril et mai, la seconde en août,
et enfin la troisième en octobre et novembre ; cette dernière
destinée à assurer la première de l'année suivante. Selon
lui, l’hibernation se ferait à l’état d'œuf, et la génération la
plus nombreuse, et par conséquent la plus nuisible, serait
celle d’août, celle du printemps, gênée dans son dévelop¬
pement par les intempéries relatives de l’hiver, passerait
presque inaperçue.
Je trouve également dans le mémoire du professeur
milanais que la première invasion du mal aurait été
constatée en Corse sur les cédratiers, et que M. Panizzi
l’aurait observée plus tard en Sicile.
Comme moyen de destruction de cette chenille et des
deux autres dont nous allons parler, M. Penzig conseille de
ramasser et de brûler les fleurs attaquées, ce qui est facile,
puisqu’il s’agit d’un arbre peu élevé et ayant un feuillage
maigre.
M. Panizzi avait proposé d’utiliser en infusion une plante
qui croit spontanément sous le citronnier, le Solarium
nigrum ou morelle à fruit noir qui passe à tort pour être
vénéneux. Selon plusieurs autorités botaniques, non seule¬
ment le Solarium nigrum à fruit noir n’est pas vénéneux,
mais il est comestible, ce dont je me suis assuré par
moi-même, et très recherché à ce titre par les créoles de
Bourbon fixés dans nos contrées.
Il faut donc s’en tenir au moyen radical indiqué par le
professeur Penzig. A ce moyen que j’ai vu employer à
Menton, j’en ajouterai un autre : c’est de recueillir les herbes,
toujours fort nombreuses qui poussent sous les citronniers,
de les faire sécher, de les disposer ensuite par petits tas
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
L'ORANGER ET LE CITRONNIER
231
sous les arbres, et d’y mettre le feu à la nuit tombante. On
assainira ainsi le champ, et on détruira un grand nombre
de papillons nuisibles attirés par la lumière, sans compter
les autres insectes qui se seront abrités sous ces appâts.
II. — EPHESTIA GNIDIELLA (Millière)
L’Ephestia gnidiella est une Phycide qui a été décrite
par M. Millière 1 .
Le savant lépidoptériste de Cannes lui a donné le nom
spécifique de gnidiella parce qu’il l’a découverte pour la
première fois sur le Daphné gnidium , arbuste assez com¬
mun sur nos coteaux.
Cette chenille paraît être essentiellement polyphage, car
on l’a rencontrée sur d’autres plantes encore.
En ce qui me concerne, je dois établir que si je l’ai
trouvée dans les fleurs du citronnier, j’ai constaté aussi et
plus souvent, sa présence sous les amas blanchâtres qui
sont dus au Dactylopius citri.
Après avoir lu avec beaucoup d’attention les observations
du professeur milanais relativement à cet insecte, je ne puis
m’empêcher d’admettre que ce soit réellement celui trouvé
à Menton.
Selon moi, cette chenille dont le papillon éclos dans mes
boîtes d’élevage, ressemble beaucoup à celui du professeur
Penzig, et qui est positivement YEphestia gnidiella, est un
peu plus grande que celle de YAcrolepia; elle en a la forme
mais en diffère par sa couleur noirâtre sous laquelle perce
de chaque côté une bande plus sombre encore, pointillée et
comme marbrée. Cette chenille est poilue ; ses yeux même
sont garnis de poils; sa tête est d’une couleur plus intense
ainsi que le premier anneau thoracique; mise dans l’alcool,
1. Millière — Iconographie , vol. h, page 308, pl. 83, flg. 4 à 9.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
232
L’ORANGER ET LE CITRONNIER
elle s’éclaircit comme teinte, et devient marron avec les
bandes des côtés très prononcées.
Elle est très vive, semble fuir la lumière, et est beaucoup
plus longue à se mettre en cocon que la Tinéide. L’insecte
se fait d’abord un abri lâche dans lequel il file un cocon
impénétrable plus blanc que celui que produit YAcrolepia.
Si la mise en cocon a été réellement longue, il en est de
même du temps nécessaire à la chrysalide pour donner
naissance au papillon ; il lui faut au moins neuf jours au lieu
de six.
Le papillon est plus grand ; il est gris foncé ; ses ailes au
lieu d’être strictement enroulées en forme de fuseau, vont en
s’écartant graduellement de manière à présenter un trian¬
gle très aigu.
Le corps est gris souris argenté en dessous, un peu plus
foncé de teinte en dessus ; l’abdomen est fortement garni de
poils rappelant la disposition postérieure des ailes.
Le dessous de ces ailes, aussi bien inférieures que supé¬
rieures, est gris cendré très brillant.
Les ailes supérieures ne sont frangées qu’à leurs extré¬
mités et du côté intérieur seulement, leur teinte générale est
un gris lie de vin à reflets métalliques; on y remarque deux
dessins plus clairs, blanchâtres qui les traversent oblique¬
ment dans toute leur largeur en affectant différentes formes
contournées. Lorsque le papillon a les ailes déployées, la
teinte métallique lie de vin s’accentue davantage, mais les
dessins s’éteignent et finissent, lorsqu’il a longtemps circulé,
par disparaître en partie, laissant subsister seule, la teinte
souris argentée du fond.
Les ailes inférieures ont en dessus une teinte un peu
plus sombre qu’en dessous; elles sont longuement frangées
surtout extérieurement; une ligne un peu sombre sépare
la frange du champ de l’aile.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
L’ORANGER ET LE CITRONNIER
233
Les pattes sont d’un gris uniforme, rappelant la teinte
générale du dessous du corps, ailes comprises.
h’Ephestia gnidiella a près de 0 m ,015, ailes déployées,
tandis que YAcrolepia citri ne mesure que 0 m ,010 à 0 ra ,012.
Le professeur Penzig dit peu de choses touchant la
biologie de ce papillon. Selon lui, il n’aurait que deux
générations.
L’habitat de cette chenille au milieu des amas de Coche¬
nilles, ne serait-il pas un indice qu’elle se nourrirait
de ces insectes, et que par conséquent elle serait loin d’être
nuisible au citronnier? C’est une question intéressante à
élucider.
III.— EUPITHECIA PUMILATA (Hb.)
Après avoir constaté la présence dans les fleurs du
citronnier d’une Tinéide et d’un Phycide, nous avons encore
à enregistrer, comme vivant sur cet arbre, la chenille plus
forte d’une Géométride ; et le fait est certain, puisque n’ayant
encore aucune connaissance du travail du professeur Penzig,
j’avais reconnu l’existence à Menton, de cet ennemi du
citronnier.
L’ Ephithecia pumilata est sensiblement plus grande
que YEphestia qui, elle-même, est de plus forte taille que
Y Acrolepia.
De même que le papillon varie beaucoup dans les nuances
et les dessins de ses ailes, de même la chenille présente
des variations qui en rendent la description difficile.
Le corps de cette chenille est comme celui de toutes les
Géométrides, à peu près cylindrique. Ici les six véritables
pattes existent, mais le dixième anneau et le douzième et
dernier seulement présentent une paire de fausses pattes.
Le fond du corps est jaune verdâtre avec lignes noires
sur les côtés.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
234
L’ORANGER ET LE CITRONNIER
Au milieu du dos, on remarque une ligne noire du haut
de laquelle partent deux autres lignes de même couleur, se
dirigeant vers les côtés, et cela pour chaque anneau ; tout
le corps est recouvert de poils assez clairsemés.
La chrysalide, brun jaunâtre, est légère de forme.
Les exemplaires de ce papillon que je dois à mon élevage,
sont d’une couleur gris-jaunâtre, plus brillante en dessous
qu’en dessus. Les yeux sont gros et verdâtres; les ailes infé¬
rieures sont marbrées de petites taches irrégulières noirâ¬
tres, elles sont dentelées postérieurement avec une ligne plus
sombre servant de base à la frange ; les ailes supérieures plus
grandes et plus sombres de teinte, présentent la même ligne
foncée à la naissance des franges ; sur leur champ on remar¬
que, outre les petits points des ailes inférieures, quelques
dessins, les uns plus sombres, les autres plus clairs.
En terminant la description très détaillée du papillon et
de ses variétés, le professeur Penzig fait connaître que
cette même espèce a été également rencontrée dans les
fleurs et les fruits de la Globularia alypum, de YErica
arborea, du Buxus sempervirens, du Rosmarinus oflîci-
nalis , de la Clematis flammula et d’autres plantes encore.
On pourrait donc dire que YAcrolepia citri seule est spé¬
ciale au citronnier, si je n’avais pas trouvé sur des feuilles
de prunier à Moulinet, à 800 mètres au-dessus du niveau
de la mer, c’est-à-dire bien au-dessus des orangers et
citronniers, des cocons identiquement semblables à ceux
de YAcrolepia qui m’ont donné des Tinéides ressemblant à
s’y méprendre à celles du citronnier.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
L’ORANGER ET LE CITRONNIER
Ü35
III. — DIPTERES
Le colonel Goureau a fait connaître qu’une petite mouche
rayée de jaune sur un fond bleu, vit à l’état de larve
dans la pulpe des oranges ; elle aurait reçu le nom de
Cerutitis hispanica (B.) ce qui indiquerait que l’observation
vient d’Espagne.
Je n’ai rien trouvé de plus détaillé relativement à cet
insecte.
IV. — COLEOPTERES
On accuse le Curculionide noir et nocturne, Otiorhyn-
chus meridionalis, qui ronge les jeunes tiges de l’olivier,
d’attaquer aussi l’oranger.
J’ai trouvé souvent dans les citrons tombés, et ayant
séjourné quelque temps sur le sol, une charmante petite
Nitidulide d’un jaune foncé, le Carpophilus mutilatus.
Tout fruit tombé, dans certaines localités humides, qui
présente à la partie touchant la terre, un petit trou rond,
renferme cet insecte en nombre plus ou moins grand.
Pour l’obtenir, il suffit de presser légèrement le citron,
le Carpophilus sort aussitôt avec le jus, et sans être
mouillé.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
230
L’ORANGER ET LE CITRONNIER
MALADIES DE L’ORANGER ET DU CITRONNIER
I. — LA MORPHÉE
Dans le travail que j’ai publié sur l’olivier 1 2 , j’ai parlé
longuement de la Morphée en indiquant les moyens de
défense qui ont été employés.
Je pourrais donc, puisqu’il est reconnu que la Morphée de
l’olivier, du citronnier, de l’oranger, du figuier, du laurier-
rose, du yucca, etc., est identiquement toujours la même
maladie, ayant même origine ; je pourrais, dis-je, me dis¬
penser de traiter de nouveau cette question, et renvoyer à
mes précédentes indications ; mais je crois plus convenable
de donner à nouveau, en parlant du citronnier et de
l’oranger, quelques indications rapides sur le noir fléau
qui les dépare et leur nuit.
La Morphée (Fumagine), aurait été signalée pour la
première fois en France sur les oliviers en 1787 par Bernard
de Marseille.
Selon cet auteur, la maladie proviendrait uniquement de
la sève extravasée délayant les excréments d’une Cochenille :
c’était soulever un coin du rideau*.
En 1806, l’abbé Loquez dans un livre publié à Nice,
traite longuement de la Fumagine, qui, arrivant d’Italie,
dit-il, commençait à envahir les citronniers et les orangers
de Menton, sans avoir encore atteint ceux de Nice, et qui
1. Peragallo.— L'olivier, ses maladies, ses ennemis et ses amis,2* édition, Nice, 1883, f. 104.
2. Dana son travail sur Nice et ses environs : 1843, f. 216, Roubaudi dit que cette mala¬
die est réputée venir d’une espèce de pou fécondé par un moucheron originaire de Rome où
il se développa d’une manière extraordinaire lors des travaux entrepris pour le dessèchement
des Marais Pontins, il conseille de frotter les branches et d’asperger les arbres avec de
l’eau additionnée d’acide sulfurique.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
L’ORANGER ET LE CITRONNIER
237
respectait à cette époque les oliviers ; il l’appelle une maladie
cutanée semblable à la gale.
D’après lui, ce serait le résultat d’un double parasitisme
de la Cochenille et d’un champignon. Quant au Miellat qui
est le début du mal, le champ propice pour la propagation
du Cryptogame, il l’attribue à une extravasion des sucs
propres des arbres par les blessures que font sur les
feuilles les trompes acérées des Cochenilles.
La question avait en peu d’années, fait un nouveau pas.
En 1837, Guérin, dans son dictionnaire d’histoire natu¬
relle, dit en parlant de la Morphée « que l’arbre devenant
« malade par l’effet de l’humidité ou des brouillards, est
« envahi par la Cochenille. Il faut admettre, ajoute l’auteur
« de l’article, ou que cette Cochenille produise elle-même
« la maladie, ou quelle en soit simplement la cause. L’opi-
« nion la plus répandue serait que cette infection serait le
« résultat d’une sève dépravée par le sol humide, et que la
« piqûre de la Cochenille, couvrant les feuilles et les brin-
« dilles d’une matière visqueuse, y fixe les semences des
v Byssus et des Mucros qui voltigent dans l’atmosphère.
« Ce qui le prouverait c’est que la maladie n’existe pas
« dans les localités battues par les vents, et sur les arbres
« où n’apparaît pas le Gallinsecte.
« La Cochenille arrive sur l’arbre languissant et s’y
« multiplie rapidement; la sève déborde sous les piqûres;
« elle se fige sur les feuilles en un vernis transparent
« d’une douceur fade; la plante devient noire et la Morphée
« qui s’est déclarée, arrête la croissance et la fécondité de
« l’arbre en gênant sa respiration. *
Il était réservé à MM. Rivière et Roze de donner les
notions les plus exactes, celles qui peuvent être considérées
comme définitives, sur la Morphée.
« Depuis l’apparition du Dictionnaire de Guérin, deux
17
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
238
L’ORANGER ET LE CITRONNIER
« camps se sont formés au sujet de cette question impor-
« tante » disent MM. Rivière et Roze dans deux mémoires.
« Le camp des entomologistes qui persiste à attribuer
« l’origine du champignon à la présence de la Cochenille;
« sans la présence du Miellat, point de Fumagine ;
« Le camp des botanistes qui soutient que le champignon
« seul constitue la maladie. »
Mais suivant MM. Leveillé, Le Maout et Descaine (1868),
la Fumagine n’est pas parasite de l’arbre, elle végète sur
le léger enduit formé par l’excrétion mielleuse des Pucerons
ou par les déjections des Cochenilles ; c’est donc aux Puce¬
rons et aux Cochenilles qu’il faut faire la guerre.
Devant de pareilles autorités, se détachant du camp des
botanistes, la cause des entomologistes parait gagnée.
Enfin, M. Rivière soutient que le Miellat qui se couvre
des germes ambiants du Cryptogame, proviendrait non pas
comme le pensait l’abbé Loquez, d’un écoulement de la sève
par les blessures faites à l’épiderme des feuilles par la
trompe des Cochenilles, mais uniquement de leurs déjec¬
tions projetées en grande abondance souvent fort loin, ce
qui expliquerait l’existence de la maladie sur des plantes
où ne vit pas l’insecte, mais qui sont voisines de celles qu’il
habite.
J’ai déjà accepté cette solution en ce qui concerne l’oli¬
vier, je l’accepte encore pour l’oranger et le citronnier.
Avant de passer aux moyens curatifs, je crois devoir
consigner ici les résultats d’une expérience de cabinet qui
tend à prouver que les Cochenilles projettent bien autour
d’elles les sucs qu’elles ont enlevés aux plantes sur les¬
quelles elles vivent.
Ayant enfermé dans une grande vitrine quelques bran¬
ches d’orangers couvertes de Fumagine et possédant de
nombreux Lecanium vivants, j’ai fait constater par des
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
L’ORANGER ET LE CITRONNIER 239
propriétaires de Menton, l’existence sur le fond de la
vitrine, après un délai de vingt-quatre heures seulement,
de très nombreuses gouttelettes d’un liquide visqueux,
blanc et transparent, qui avaient été évidemment produites
par les Lecanium , et qui, peu de temps après, se sont cou¬
vertes de Fumagine dont les germes étaient ambiants.
Le fait de l’expansion par la Cochenille des sucs extraits
de l’arbre, et qui ont traversé son organisme, ne peut donc
être mis en doute ; et lorsqu’on remarque que parfois les
plantes et même le sol, ombragés par un arbre envahi,
sont dans l’espace d’une nuit, mouillés comme si une légère
pluie était survenue, on ne peut qu’admettre l’importance
des dommages occasionnés.
Comme moyen curatif, M. Rivière indique les aspersions
d’eau de chaux ; les fumigations de tabac, le soufrage par
sublimation, le lavage et le brossage des feuilles, tiges et
fruits, et enfin la suspension sous les arbres de faisceaux de
paille imbibés de Coaltar conseillée par le docteur Signoret
pour tuer ou éloigner les mâles ailés de ces insectes. A
Menton, j’ai vu employer le pétrole et l’eau fortement
vinaigrée pour le lavage des feuilles, et le brossage des
branches.
Dans son travail si complet, l’abbé Loquez donne les
conseils ci-après qui datent de 1806, mais qui n’en sont pas
moins appréciables. Supprimer l’excès d'humidité; planter
moins serré; donner de l’air aux arbres; placer les engrais
asez loin des troncs ; laisser les arbres s’élever ; mettre de la
modération dans les arrosages; beaucoup d’eau donne du fruit
mais nuit à l’arbre ; enfin, couper et brûler les branches infes¬
tées. Les annales de la Société entomologique de France
font connaître (1883, f. 32) deux modes de traitement des
arbres atteints de la Morphée dus à des savants étrangers :
1° émonder les arbres attaqués et les asperger au moyen
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
240
L’ORANGER ET LE CITRONNIER
d’une pompe-seringue, avec le mélange suivant : émulsion¬
ner dans huit parties d’eau une partie de pétrole et une
partie de chaux grasse très finement triturée (Gennadius
d’Athènes); 2° saupoudrer les arbres attaqués, pendant
qu’ils sont mouillés par la rosée, avec de la cendre de bois
non lessivée (L. Inzenga, directeur de l’Institut agronomi¬
que de Palerme).
L’essentiel, pour résumer toutes ces indications, c’est de
maintenir les arbres dans de bonnes conditions hygiéniques;
d’éviter de planter dans les bas-fonds et dans les régions
trop accessibles aux brouillards ; de supprimer toutes les
branches malades et de détruire à la main le plus de Coche¬
nilles possible.
il. — GOMME
Pour l’oranger et le citronnier, ainsi que pour les pêchers,
amandiers, cerisiers, abricotiers, etc., etc. ; la gomme est
une véritable maladie, un signe certain de dépérissement.
Toute branche qui donne de la gomme doit donc être coupée,
car elle est morte ou va mourir *.
LES AMIS DE L’ORANGER ET DU CITRONNIER*
I. — SYRPHUS HYALINATUS (de Fallen)
J’ai trouvé dans les fleurs des citronniers à Menton et à
Roquebrune, d’assez nombreux exemplaires d’âges différents,
d’une larve fort curieuse qui, à la présence constante autour
d’elle de chenilles de YAcrolepia noires et desséchées, vit
1. Selon M. Brioxi de Valence (Journal de Micographie , 1878, f. 321) la gomme des
orangers serait nne maladie cryptogamique.
2. Nous rappelons ici que nous avons fait des réserves relativement à la chenille de
VBphestiagnidiella qui pourrait bien être plutôt utile que nuisible à l’oranger et au citronnier.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
L’ORANGER ET LE CITRONNIER
241
évidemment aux dépens de ces chenilles, ce dont du reste,
je me suis assuré dans mes vitrines d’élevage.
De ces larves, une seule s’est transformée et m’a donné
un Diptère, réputé déjà Aphidiphage comme toutes les
espèces de son genre : c’est donc évidemment de toutes
manières un ami du citronnier. Ce Diptère, d’après M. Bigot,
est le Syrphus hyalinatus (de Fallen); l’exemplaire que j’ai
obtenu est un mâle. Voici sa description dans tous ses états,
excepté dans celui d’œuf :
Larve. — La larve est d’un rouge velouté au début, puis,
au fur et à mesure qu’elle grandit, le corps devient verdâtre
avec un noyau rougeâtre ; enfin, au moment de son plus
grand développement, c’est-à-dire lorsqu’elle a atteint la
longueur de 0 m ,012 à 0 m ,015, elle est alors d’un vert vif,
brillant et visqueux, beaucoup plus pointue vers la tête qui
est un peu plus sombre de teinte. Sur la partie supérieure
du corps il existe une tache longue, irrégulière, allongée à
égale distance des deux extrémités ; elle est d’un vert blan¬
châtre mat ; au milieu du dos on aperçoit en transparence,
une autre tache rougeâtre qui semble être produite par les
viscères. Cette larve est apode ; sur le premier anneau on
remarque deux taches noires peu distinctes; tout le corps
est fortement ridé en travers, ce qui rend difficile de compter
les anneaux.
Pupe. — Peu de jours après, cette larve s’est aplatie
contre le fond de la vitrine; puis, petit à petit, elle s’est
ramassée au point de produire une pupe ayant tout au plus
0' n ,007, très bombée et munie d’une espèce de queue.
Cette pupe est d’un vert assez prononcé, plus clair au-
dessous et à l’extrémité, avec des dessins noirs disposés ainsi
qu’il suit : sur le devant, c’est-à-dire sur la partie bombée
opposée à la queue, deux taches noires à peine distinctes
formant sourcil de chaque côté ; puis plus en arrière, quatre
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
242
L’ORANGER ET LE CITRONNIER
taches également noires disposées en carré ; puis encore
vers la queue dans la partie claire, une grande tache noire
en croissant, les cornes tournées vers la partie supérieure ;
enfin, il existe une dernière tache noire longitudinale sur
^a queue terminée par deux lobes; et de chaque côté de
la pupe, un peu vers le dessus, une ligne noire et sinueuse
occupant presque toute la longueur. La pupe, solidement
adhérente, à plat sur le ventre et sur la partie inférieure de
sa queue, semble construite en cire transparente. Six jours
plus tard, la couleur verte avait à peu près disparu pour
faire place à une teinte noirâtre ; on apercevait cependant en
dessous, vers la partie voisine de la queue des nuances
jaunâtres alternant avec d’autres noirâtres, indiquant la
présence d’anneaux abdominaux de ces deux couleurs. Ces
transparences jaunâtres sont devenues de plus en plus
marquées jusqu’au dixième jour, époque à laquelle j’ai trouvé
le matin, la pupe ouverte par la partie opposée à la queue,
vide et à côté d’elle un Diptère de dimension deux fois plus
grande ; contre l’une des parois de la pupe était encore
adhérente, par un point d’attache imperceptible, la calotte
qui avait été détachée par la mouche.
Il est donc évident que le Syrphus hyalinatus de
de Fallen est un parasite utile au citronnier, puisqu’à l’état
de larve il attaque non seulement les Coccides, mais encore
les chenilles qui vivent aux dépens des fleurs et des fruits
de cet arbre; parasite d’autant plus précieux, qu’aux dires
de M. Bigot, il est commun, ce que démontrerait du reste,
le nombre relativemment important de larves de ce Diptère
que j’ai rencontrées et recueillies, au milieu des fleurs du
mois d’août.
Insecte parfait. — Longueur du mâle, 0 ra ,0i4 ; avec
les ailes allongées sur le corps, 0 m ,016 ; avec les ailes
déployées, la largeur est de 0 m ,022.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
L'ORANGER ET LE CITRONNIER
243
Tête de couleur sombre arrondie sur le devant, s’étendant
sur les côtés presque en ligne horizontale ; par derrière,
un tiers plus large que le prothorax.
Deux yeux à nombreuses facettes d’un roux mat, séparés,
sur l’occiput, par une ligne profonde, et en arrière par un
bourrelet noir brillant. Ces yeux sont bordés de cils blancs;
au-dessous, l’appareil buccal est d’un noir brillant.
Antennes courtes, lourdes, d’un marron jaunâtre avec
une soie assez courte.
A
Prothorax d’un vert sombre luisant, presque cuivreux,
finement pointillé et poilu.
Abdomen verdâtre en dessous, aussi long que la tête et
le prothorax réunis; en dessus, le premier anneau supé¬
rieur est noir, avec deux points jaunes disposés l’un à côté
de l’autre, horizontalement. Viennent ensuite deux anneaux
jaunes bordés de noir; la bordure du bas remonte en pointe
aiguë au milieu du jaune, sans cependant atteindre le som¬
met de l’anneau ; l’extrémité de l’abdomen est noire.
Les ailes sont enfumées, presque noirâtres, irisées, pro¬
portionnellement courtes, presque parallèles jusqu’aux deux
tiers de leur longueur, arrondies vers leur extrémité ; au
repos, elles sont couchées complètement sur le corps, celle
de droite recouvrant en entier celle de gauche. A travers
leur transparence, on aperçoit les anneaux jaunes de l’ab¬
domen qu’elles dépassent sensiblement; déployées, elles
laissent voir des nervures gracieuses un peu plus sombres
que le champ.
Les pattes postérieures sont noirâtres avec tarses roux ;
les antérieures et celles du milieu sont noires du haut
0
jusqu’au milieu des cuisses. Le reste, tarses compris, est
roux.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
244
L'ORANGER ET LE CITRONNIER
II. — CHALCIDIDES
Nous venons de parler d’un Diptère dont la larve se
nourrit des chenilles et des Coccides nuisibles au citron¬
nier. Il nous reste à faire connaître les véritables parasites
de ces chenilles, c’est-à-dire, les insectes qui déposent leurs
œufs dans le corps des chenilles vivantes, et dont les pro¬
duits sortent de la chrysalide. Cette partie de notre travail
sera malheureusement très incomplète, car l’état de la
science entomologique, ainsi que nous l’avons déjà dit en
traitant de l’olivier, ne nous permet pas encore de donner
des noms certains à toutes les petites espèces si nombreuses
de Diptères, et surtout d’Hyménoptères qui sont reconnues
parasites de certaines larves.
Tout ce que nous pouvons certifier, c’est que dans nos
vitrines d’élevage nous avons trouvé dans les chrysalides
de nos Microlépidoptères, de très nombreuses petites mo¬
mies noirâtres, ou d’un vert sombre, qui ont donné nais¬
sance à de petits Hyménoptères de plusieurs espèces et de
taille différente, évidemment de la famille des Chalcidides.
III. — HEMEROBIUS CHRYSOPS (Lin.)
Je terminerai ce chapitre du parasitisme par un fait
très intéressant : c’est celui d’une chrysalide d ’Eupithecia
pumilata qui a donné naissance à un Névroptère parasite,
presque trois fois plus volumineux qu’elle, un Hemerobius
chrysops.
En effet, d’une chrysalide de cette Géométride en retard,
et que j’allais ouvrir et jeter, est éclos pendant la nuit qui
a précédé l’exécution projetée, un exemplaire de petite
taille de ce Névroptère si généralement répandu et si mer¬
veilleux de conformation et d’aspect.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
L’ORANGER ET LE CITRONNIER
245
Du reste les Hemerobius sont connus pour être Aphidi-
phages. Il n’est donc pas étonnant que puisqu’il est constaté
qu’un autre Aphidiphage, le Syrphus hyalinatus, vit aussi
aux dépens des chenilles, les Hemerobius agissent de
même, tout en se comportant autrement.
Voici la description de Y Hemerobius qui m’est éclos
d’une chrysalide de chenille nuisible au citronnier : il est
identiquement le même, sauf la taille qui est moindre, que
celui que l’on rencontre sur les oliviers, caroubiers et autres
arbres.
Complètement d’un vert clair très brillant en dessus, plus
pâle et plus terne en dessous ; corps très allongé ; tête pointue
en avant en forme de bec, avec des palpes longs; antennes
presque aussi longues que le corps, y compris les ailes, très
fines d’un vert irisé, toujours en mouvement de droite à
gauche.
Yeux très gros, à mille facettes d’un rouge cuivreux
étincelant, qui deviennent noirs après la mort.
Cou long, arrondi, divisé en plusieurs parties, plus étroit
que la tête, et reposant sur des épaules franchement carrées.
Abdomen légèrement relevé vers son extrémité. Ailes
égales en longueur, au nombre de quatre, disposées au
repos, en forme de toit, et si bien accolées l’une sur l’autre
qu’on croirait qu’il n’y en a que deux; elles sont transpa¬
rentes, finement réticulées, bordées de poils courts, presque
arrondies vers leur extrémité, et s’élargissent sensiblement
en partant de la base ; leur couleur est un vert plus clair
que celui du corps.
Les jambes sont d’un vert plus jaunâtre; elles sont moins
sombres cependant que les antennes; les tarses sont plus
clairs.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
IV
LE CAROUBIER
Le caroubier, Ceratonia, est compris dans la famille des
Légumineuses et dans la sous-famille des Césalpinées.
C’est un arbre méridional qui s’élève parfois à 12 mè¬
tres de hauteur, et dont la circonférence dépasse souvent
25 mètres; il s’étale en s’arrondissant comme l’oranger.
Il y a plusieurs espèces de caroubiers :
C. sterilis : qui pousse dans les rochers, et donne beau¬
coup de fleurs, mais pas de fruits.
C.vulgaris ou nostral: bois cassant; feuilles d’un vert
remarquable; fruits longs, doux.
C. latissima : à fruits larges et rares; tronc noueux;
rameaux touffus; feuilles grandes; bois cassant.
Le caroubier de nos pays est le C. siliqua (Lin.) qui
fleurit en juillet, et ne produit que tous les deux ans.
Voici sa description botanique :
Fleurs sans corolle ; trois petits calices à cinq divisions ;
cinq étamines distinctes, plus longues que le calice, portées
par un disque charnu au centre duquel se trouve l’ovaire;
fruit désagréable étant vert, sucré, assez agréable, étant
mûr; formant une gousse longue, aplatie, rebordée, recour¬
bée, divisée par des cloisons en loges remplies d’une pulpe
succulente, avec semence luisante et dure. Cette gousse est
verte d’abord, brune ensuite; sa pulpe noirâtre et mielleuse
est riche en alcool.
Tronc raboteux ; branches tortueuses; cime étalée, arron-
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
LE CAROUBIER
247
die ; feuilles ailées sans impaire, composées de six à huit
folioles, lisses, fermes, presque rondes ; fleurs mi-sexuées,
naissant à la partie nue des vieilles branches, en dessous
et aux aisselles des feuilles, en grappes raides d’un rouge
lilas. Les fleurs mâles ont cinq étamines jaunes et un petit
calice à cinq divisions ; les fleurs femelles ont cinq tuber¬
cules sans pétales.
Le caroubier se multiplie par rejets dans les parties du
littoral de la Méditerranée, rocheuses et fortement exposées
au soleil ; on greffe le sauvageon à cinq ou six ans, et on
obtient des fruits vers la huitième année.
La loi turque accordait autrefois, dit-on, la propriété de
l’arbre sauvage, à celui qui l’avait greffé.
On peut aussi opérer par boutures en plantant dans des
endroits plus frais, des branches de moyenne grosseur, qui
portent des fruits plus promptement que les sauvageons.
On peut enfin, en mars, pratiquer un creux de 0 ra ,40 de
profondeur, qu’on remplit à moitié de fumier et de terre
sous laquelle on enfonce sept à huit graines; on ne laisse
que les deux plus beaux plans levés ; deux ans après, on
arrache le moins vigoureux.
Le caroubier pousse plus rapidement que l’olivier; il
accepte des sols plus ingrats ; l’humidité lui est nuisible.
Les propriétaires de caroubiers sont imbus de l’idée
fâcheuse que cet arbre n’a besoin d’aucuns soins. Je conviens
que la nature du terrain qu’il préfère rend sa culture difficile,
et que sa rusticité, est une garantie. Mais je pense que, si
par tin léger binage vous rendez l’arbre plus accessible à la
pluie par ses racines; que si vous le débarrassez de son bois
inutile ; que si vous enlevez des cavités de son tronc, le
terreau rouge qui sert de refuge à tant de larves ; que si
vous opérez les chancres qui le déparent ; que si, surtout,
vous n’omettez pas de cueillir tous ses fruits si sauvage ou
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
248
LE CAROUBIER
mal venus qu’ils soient, vous aurez amélioré le rendement.
Le fruit du caroubier mûrit à la fin de septembre.
Cueilli avant maturité, ce fruit est nuisible aux bestiaux ;
mûr, il les engraisse, et remplace l’avoine pour les chevaux.
Les moutons, les bœufs en sont friands.
En Pouille, en Sicile, en Grèce, en Russie et dans
la Roumanie, des peuplades entières s’en nourrissent.
Pendant le siège de Gênes, les troupes de Masséna
furent heureuses d’en trouver de forts approvisionnements.
C’est de caroubes, dit-on, que saint Jean se nourrissait
dans le désert; d’où vient le nom de pain de saint Jean
donné parfois à ce fruit. L’ile de Chypre en fait un si grand
commerce, qu’en 1879 elle en a expédié pour 2,142,000 fr. ;
Peglia, en Sicile, en exporte pour une plus grande valeur
encore. Nice en a de grands entrepôts.
Les graines produisent une teinture recherchée pour les
laines. On en fait, dit-on, manger dans ce but aux chèvres
du Thibet. Torréfiées on en obtient un café agréable. Le bois
est employé en marqueterie à cause de sa couleur rouge.
Comme combustible, il est peu estimé.
Les feuilles, qui contiennent beaucoup de tanin, peuvent
servir pour la préparation des cuirs.
A la suite de l’énorme déficit qu’avait subie la récolte des
vins, des industriels eurent l’idée de distiller le fruit du
caroubier pour en obtenir de l’alcool. Une maison de Paris
avait construit dans ce but, à Cette, une usine dont les frais
d’établissement ont dépassé 500,000 francs. Les espérances
conçues légèrement, avaient tellement accru la demande,
que le prix de la denrée fut doublé ; mais le rendement
ayant été reconnu insuffisant, et l’alcool obtenu n’ayant
pu être débarrassé d’un goût désagréable qui en rendait
l’écoulement difficile, le prix de vente du fruit retomba à
son taux normal qui est de 12 à 13 francs les 100 kilos.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
LE CAROUBIER
249
INSECTES ENNEMIS DU CAROUBIER
I. — LÉPIDOPTÈRES
Le fruit du caroubier, qu’on nomme caroube ou carouge,
est attaqué par deux chenilles qui lui causent de véritables
dommages. C’est d’abord une petite Tinéide que je une
réserve d’étudier ; mais c’est surtout une Phycide, le
Myeloïs ceratoniae (Z.) dont je donnerai la description
d’après les échantillons que j’ai obtenus en vitrine :
Longueur: ailes étendues O" 1 ,025; lie de vin, ailes supé¬
rieures d’un lie de vin clair mat, avec de fins dessins plus
clairs, et large frange précédée d’une ligne de points noirs ;
ailes inférieures d’une teinte plus claire, sans dessins appré¬
ciables, brillantes, avec nervures d’un brun rougeâtre, et
ligne sinueuse de même couleur avant la frange qui est
épaisse et générale.
Ventre et pattes blanchâtres.
Au repos, les ailes un peu en toit, un peu croisées les
unes sur les autres, paraissent d’un gris brun et dépassent
à peine l’abdomen.
Voici ce que mes études particulières m’ont donné,
relativement à ce joli petit papillon dont l’élevage est facile.
Le Myeloïs ceratoniae se présente à nous sous deux
aspects distincts, selon que les phases de son existence se
passent en plein air, ou qu’elles ont lieu dans des magasins
d’approvisionnement.
Lorsque par la négligence d’un propriétaire, ou par
l’existence sur des terrains incultes de caroubiers aban¬
donnés, la récolte de l’année n’a pas été faite en temps
utile, ou a été faite d’une manière incomplète, on voit, vers
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
250
LE CAROUBIER
le mois de novembre, les siliques pendantes à l’arbre en¬
vahies par la chenille du Myeloïs. Le mal gagne de fruit en
fruit, et on ne trouve bientôt plus sous la brune et dure
écorce, qu’un amas de déjections au milieu desquels appa¬
raissent intactes, les graines luisantes que leur dureté a
sauvées de la dévastation.
Arrivée à l’époque de sa transformation, la chenille se
laisse choir à terre en se suspendant par un fil, pour éclore
en juin, au moment où le fruit va être assez avancé pour
recevoir les œufs d’une nouvelle génération. Le fruit cueilli
en octobre contient donc le germe de sa destruction.
Dans les magasins, les caroubes venues de Chypre, de
Sicile ou de nos régions, sont mises en tas ou en sacs. Une
certaine fermentation s’établit; la pulpe est dévorée et lors¬
que la chenille du Myeloïs entrevoit que le moment de sa
dernière transformation approche, elle quitte le fruit et
n’ayant pas la terre pour s’abriter, elle se réfugie sous une
poutre, dans un recoin obscur mais sec, et là, après s’être
filé un cocon, elle attend à l’état de chrysalide le moment
de l’éclosion.
Il est probable qu’un grand nombre de Myeloïs périssent,
mais il est certain aussi que quelques-uns gagnent la campa¬
gne, et vont infester les fruits pendants, ou même, qu’ils
s’attaquent de nouveau aux approvisionnements.
Les moyens préservatifs s’indiquent d’eux-mêmes.
1° Il est essentiel de. veiller à ce qu’à la récolte des
caroubes, il n’en soit pas laissé sur les arbres ; la négli¬
gence d’un seul propriétaire pouvant occasionner une cala¬
mité générale ;
2° Il est indispensable aussi, qu’au lieu d’abandonner à
la poussière et aux toiles d’araignées, leurs magasins de
dépôt, les entrepositaires de caroubes remuent fréquem¬
ment leurs fruits, les changent de place, balayent avec soin
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
LE CAROUBIER
251
pour les brûler, les détritus qui couvrent le sol, tiennent
les solives et les murailles en bon état de propreté, et que,
par-dessus tout, lorsqu’ils vident un sac, ils brûlent les
débris qui se trouvent au fond, et qui contiennent de
nombreuses larves tombées du fruit.
II. — COCCIDES
Le caroubier a aussi pour ennemi, peu dangereux il est
vrai, des Coccides dont nous allons parler.
I.— GUERINIA SERRATULAE (Fab.)‘
Cette Cochenille est assez commune dans les anfractuo¬
sités du bois ; on la trouve aussi sur d’autres arbres dans le
midi de la France.
A la dernière partie de son existence, elle est enveloppée
%
dans une matière cotonneuse.
Débarrassée de cette matière, elle apparaît sous forme
allongée, ovalaire, presque parallèle sur les côtés.
La serratulae a O m ,C04 à 0 ra ,005 de longueur sur 0 m ,002
à 0 ra ,003 de largeur; elle est aplatie, d’un blanc rougeâtre,
foncé ; pattes noires ; antennes noires aussi, de onze ar¬
ticles.
La larve a six articles aux antennes : elle est ovalaire, d’un
brun rougeâtre avec séries de filières sur le corps. A l’ex¬
trémité abdominale existent six à huit poils très longs avec
deux beaucoup plus longs que les autres. Ecrasée, elle
laisse dans les doigts un liquide rougeâtre gluant.
1. Signoret — Annales de la Société entomologique de France, année 1875, f. 356.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
252
LE CAROUBIER
II.— ASPIDIOTUS CERATONIAE (Signobet)'
Cette Cochenille, qui ressemble sous tant de rapports à
la Nerii qu’on rencontre un peu partout, doit-elle consti¬
tuer une espèce nouvelle? M. Signoret le pense et il s’appuie
sur ce que le mâle n’offre pas la bande transverse aussi
prononcée ; sur ce que le bouclier blanchâtre avec centre
jaune est arrondi pour la femelle et allongé pour le mâle.
III. — COLÉOPTÈRES
On prend sous les écorces des caroubiers, dans les loca¬
lités bien exposées au soleil, un beau Coléoptère de taille
moyenne, à robe métallique d’un bleu rougeâtre, ayant
0 ra ,02 de longueur : c’est YUelops Rossii (Germ.), différencié
du coeruleus (Lin.), habitant différents arbres, en ce que
le dessous de son corps et ses pattes sont violets tandis
que le coeruleus a ces parties noires.
Les dommages que peut causer à l’arbre cet insecte,
assez rare du reste, sont assez discutables en ce sens qu’il
n’est pas démontré que sa larve s'attaque aux parties vives
du végétal.
Il en est de môme de quatre autres petites espèces de
Coléoptères : le Trogosita Mauritanica (Lin.), le Silvanus
advena (Wal.), le Silvanus fumentarius (Fab.), et YHypo-
phloeus fasciatus (Fab.) qui sont assez communs dans
ceux des fruits en magasin, attaqués par les chenilles de
Lépidoptères. Il est probable que leurs larves doivent vivre
des excréments et déchets de ces chenilles, et peut-être
aussi aux dépens de ces chenilles elles-mêmes.
1. Signoret — Annales de la Société entonxologique de France, année 1869, f. 118.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
UNE ANCIENNE ET CURIEUSE CLOCHE
A TOURETTES-VENCE
Les vieilles cloches, comme les autres monuments reli¬
gieux de date ancienne, ont leur histoire et leur importance
en épigraphie.
En septembre 1881, un de nos confrères et de mes amis,
M. P. Sénequier, juge de paix à Grasse, nous engageait à
aller visiter, avec lui, aux environs de Tourettes-Vence,
un ancien camp retranché, communément désigné sous la
pittoresque expression de lou casteii deï gaï (le château
des geais), élevé sur une de ces éminences rocheuses, si
fréquentes dans ce pays, aux larges échancrures et aux
vastes encroûtements calcaires, de forme irrégulièrement
pentagonale et dont les blocs de pierre, énormes, ne laissent
pas soupçonner à l’investigation humaine, par quels leviers
nos ancêtres mouvaient et disposaient sur place ces maté¬
riaux de construction.
Après avoir laissé cette étude à M. Sénequier, avec le désir
qu’il voulût bien ajouter quelques pages aux mémoires,
si intéressants, qu’il avait publiés sur d’autres monuments
de l’âge mégalithique, dans l’arrondissement de Grasse,
nous cherchions, dans le village, ce qui pouvait piquer
notre curiosité de touriste et d’antiquaire, quand notre
obligeant cicerone, M. Gourdan, curé de la commune,
appela notre attention sur la plus petite des cloches de son
18
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
254 UNE ANCIENNE ET CURIEUSE CLOCHE
église, ayant appartenu, nous dit-il, à des templiers de la
contrée, d’après une tradition locale et depuis longtemps
accréditée.
Quels sont les caractères de la légende, portée par cette
cloche ? De quelle époque présumée sont-ils les signes ou
tout au moins les indices?
Comme l’indique] notre dessin de moitié grandeur (n° 1
de la planche), exécuté, d’après un bon estampage, dû à
M. Gourdan, cette légende dit, en trois mots, fragments
de textes bibliques, que la voix du Seigneur résonne par
cette cloche: Vox Domini sonat.
Ces mots sont séparés par des points. Les lettres ont
0 m ,025 de hauteur. Elles sont en relief, ainsi que le double
toron, dans lequel sont compris, comme dans un cartouche,
leur encadrement linéaire et les ornements variés qui les
accompagnent.
A part le u, \'x et l’s qui sont romains, les autres lettres
ont conservé la forme gothique arrondie et les deux qui
terminent le mot sonat sont accolées d’une façon bizarre *.
Ainsi le trait horizontal du t se confond avec la barre
transversale supérieure de l’a et sa haste se soude, par
ses deux extrémités, au haut et au bas du premier jam¬
bage de cette lettre et s’en écarte, à sa partie médiane, en
formant un angle. Dans l’espace, servant à fermer la direc¬
tion circulaire de cette légende, est une croix trilobée, à
branches égales, dont les quatre angles rentrants de l’en¬
cadrement sont remplis par une petite croix de Saint-
André, aux branches terminées par un seul lobe.
Les ornements, que l’on voit dans les coins des autres
encadrements, hors ou dans les lettres, sont figurés par
des épis, palmes ou rameaux d’arbre ; par un croisillon
1. Nous devons la lecture de ce monogramme à M. Sénequier.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
A TOURETTES-VENCE
255
cantonné de quatre guirlandes dans l’intervalle des jam¬
bages du v , par une petite massue entre deux enroulements
dans la boule du d et par deux moitiés d’annelets, affrontées,
des deux côtés des i, avec un enroulement et deux rameaux
à chacun des angles de l’encadrement.
Les cadres, où sont disposées les lettres, sont inégaux
et les intervalles, qui les séparent, sont aussi inégalement
espacés.
Une heureuse occasion nous a permis, en novembre 1883,
de revoir cette cloche et un examen très attentif de cer¬
taines lettres nous a fait reconnaître qu’elles sont incontes¬
tablement représentées à l’aide d’un animal fantastique,
équivalent à ceux dont l’iconographie chrétienne nous a
conservé les types. Ici, il est anguiforme, avec aigrettes
au dos et à la tête, et il tient au bout de ses longues pattes,
les épis ou ramures dont nous venons de parler. Ainsi,
pour former les o, deux de ces animaux décrivent une
circonférence, en recevant, chacun dans sa gueule, l’extré¬
mité caudale de l’autre. Dans l’m, ils se regardent, portant
entre eux trois de ces épis, et s’enlacent par la queue en la
croisant symétriquement de manière à compléter la partie
inférieure, bien modifiée, de la même lettre gothique. Dans
les n, le trait horizontal supérieur du premier jambage est
pris dans la gueule d’une de ces bêtes fabuleuses, dont le corps
s’arrondit pour former les courbures du second jambage.
Cette inscription, par la manière dont elle est exécutée,
nous paraît le signe d’une époque de transition en quelque
sorte et d’un commencement de renaissance, et il est
évident que la tradilion qui, jusqu’à ce jour, a attribué cette
cloche aux templiers et trouvé du crédit dans l’opinion
d’hommes sérieux, est, pour cette fois, sans fondement.
Mais, en admettant, même à la suite de notre des¬
cription, qu’il pût s’élever des doutes sur l’époque du
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
•256
UNE ANCIENNE ET CURIEUSE CLOCHE
monument, ils s’évanouiraient bien vite devant l’examen
des ornements, annexés ou incorporés aux lettres, et de
leur encadrement. Ces ornements, rappellent assez bien
ceux qui décorent et même surchargent l’écriture des
premières années de la renaissance et nous étions dans
le vrai en assurant à M. Gourdan que sa cloche appartenait
au milieu du quinzième siècle et, peut-être, au commen¬
cement du seizième.
Quelques jours plus tard, en effet, notre opinion arrivait
jusqu’à la certitude, par les témoignages écrits que nous
voulions consulter :
« On trouve parfois, dit M. de Caumont *, mais exception¬
nellement, aux quinzième et seizième siècles, des caractères
fleuris qui ont un tout autre aspect que ceux des inscrip¬
tions précédentes. Des caractères semblables ont été em¬
ployés sur certains vases en métal et sur des cloches ; mais,
je le répète, on peut les considéier comme exceptionnels.
Il est souvent très-difficile de trouver un sens à ces ins¬
criptions, peut-être parce que les lettres sont entremêlées
avec de simples ornements. »
A l’aide de cette citation, empruntée à un homme qui a
été, pour tous les anciens monuments de la France, ce que
fut Pausanias à l’égard de ceux de la Grèce, nous sommes
amené à avouer que, si la cloche de Tourettes eût eu la
chance de recevoir la visite de cet archéologue, il n’eût pas
manqué de dire d’elle sans exagération: «non-seulement,
elle est une curiosité, ancienne et rare, mais même
exceptionnelle , à cause de son style ornementé. »
Demandons, maintenant, sur le même sujet, une appré¬
ciation plus technique encore, une vraie leçon de choses ,
comme on le dit si souvent aujourd’hui, à celui qu’on
*
1. Architecture religieuse , pag. 735, 737 et 738.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
i
A TOURETTES-VENCE
257
pourrait, avec raison, appeler le Vitruve de la science
monumentale moderne.
« A dater du seizième siècle, dit-il 1 , les cloches sont
décorées de filets d’ornements, de rinceaux, de fleurs de lis,
d’armoiries, de petits bas-reliefs représentant le crucifie¬
ment de Notre-Seigneur Jésus-Christ, avec la sainte Vierge
et saint Jean, Jésus descendu de la croix entre les bras de
sa mère, des sceaux de chapitres, abbayes, églises et
donateurs. »
« Les inscriptions, façonnées au moyen de filets de cire,
appliqués dans les moules pour chaque cloche, pendant les
treizième et quatorzième siècles, sont faites, à partir du
quinzième, au moyen de caractères de plomb ou de bois,
servant à imprimer chaque lettre sur une petite plaque de
cire que l’on appliquait sur le modèle avant de faire le
creux ; par suite de ce procédé, les lettres se trouvent
inscrites, chacune dans une petite tablette plus ou moins
décorée, ainsi que l’indique la figure 3 (2 de notre planche),
copiée sur l’inscription de l’une des cloches de la cité de
Carcassonne. »
Nous terminons notre notice, dont l’épigraphie fait toute
la substance et le côté vraiment intéressant, d’après les
témoignages auxquels nous avons recouru, et nous tenons
à rappeler que, le 14 février 1879, l’Académie des inscrip¬
tions et belles-lettres accorda les honneurs d’une discussion
à une cloche de Valengins (Neufchâtel), du même âge que
la nôtre, dont M. Tissot envoya à cette compagnie savante
la légende. Le texte est à la fois emprunté à la langue
latine et au dialecte de la Suisse romande ; mais le compte
rendu de la séance, dont nous n’avons eu que des fragments
1. Nous devons encore à M. Scnequier, et nous l'en remercions de nouveau, le dessin
(n° 2 de la planche) et la citation de Viollet le-Duc (Dict. d'architecture française , tom. III,
p. 285 ).
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
258 UNE ANCIENNE ET CURIEUSE CLOCHE
par un journal, ne faisait pas connaître des lettres fleuries
ou autres ornements.
De l’exposé et des considérations qui précèdent, nous
nous croyons autorisé à déduire les conclusions que
voici :
L’extrait de naissance de la cloche de Tourettes-Vence
n’est pas, selon nous, dans la forme de son vase et de son
cerveau , dont nous n’avons pas cru d’ailleurs devoir donner
une description particulière.
Il ne faut pas non plus le chercher dans les ornements et
la forme des animaux fantaisistes de sa légende, composée
à la fois de caractères romains et gothiques.
Il ne peut être fourni, à notre sens, d’une manière
certaine et notamment d’après la citation empruntée à
M. Viollet-le-Duc, que par la confection typographique des
encadrements, inégaux et inégalement espacés, des lettres
de l’inscription, et la date de cette origine ne peut et ne
doit être antérieure au milieu du quinzième siècle, époque
généralement assignée à la renaissance des caractères
mobiles et à la découverte de l’imprimerie.
Nous soulignons à dessein le mot renaissance. Car,
aujourd’hui, il est probable, par le témoignage de certains
archéologues et de M. Descemet 1 entre autres, que les
Romains ont dû appliquer des caractères mobiles à leurs
inscriptions céramiques, à en juger par les dolia , nouvelle¬
ment découverts à Rome, au monte Testaccio , où des
légendes contiennent, chose remarquable! des lettres dé¬
placées et même retournées.
En conséquence, la cloche de Tourettes-Vence, par la
légende, dont elle fait sa ceinture , pour nous servir de l'ex¬
pression de celle de Valengins, sa contemporaine,est épigra-
J. Ch. Descemet, Inscriptions doliaires latines , p. 59.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
A TOURETTES-VENCE
259
phiquement et historiquement, fort curieuse et présente une
physionomie exceptionnelle ,dirait M. de Caumont, et peut-
être unique dans notre département, croyons-nous devoir
ajouter.
Nous serions donc heureux et largement récompensé de
la tâche que ce modeste mémoire nous a imposée, si, en le
publiant, nous avions pu donner un regain de renaissance
à un monument religieux de cette époque et concourir à
la mise en œuvre d’une des principales attributions de
notre Société des Lettres, Sciences et Arts, c’est-à-dire à
l’entretien et à la propagation, dans notre département, des
études d’épigraphie ancienne, les meilleurs auxiliaires de
l’histoire des choses et des hommes.
Antibes, 9 décembre 1883.
D r P. Mougins de Roquefort.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
EXCURSIONS ARCHÉOLOGIQUES
LUCERAM 1 (Alpes-Maritimes)
Le village de Lucéram est l’un des plus pittoresques de
nos montagnes ; il est situé dans la vallée du Paillon, près
de l’origine de ce torrent, et à. environ 26 kilomètres de
Nice.
Durante donne au nom de cette localité une étymologie
plus que discutable lucus eram, sans tenir compte de la
dénomination latine qui est Pagus Licirrum.
Avant d’arriver au village, situé à la base du Gros-Braus,
on rencontre, sur la rive gauche du Paillon, une chapelle
en ruines qui, d’après la tradition locale, aurait été cons¬
truite par les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem.
Le pignon de cette chapelle existe encore presque en
entier, avec son portail surmonté d’une baie circulaire.
Le plan de cette église 2 forme la croix latine avec abside
polygonale, ainsi que cela se rencontre fréquemment en
Provence.
La nef a 24 mètres de longueur ; elle est divisée en trois
travées de 7 mètres de largeur ; une grande arche plein-
cintre, encore existante, la séparait du chœur.
Il y avait, au transept, deux chapelles latérales de 4 mètres
de large sur 5 mètres de long..
Ces chapelles étaient éclairées par de longues et étroites
baies plein-cintre. Les fenêtres latérales de la nef, au
1. Dans sa séance du 2 mars 1881, la Société des Lettres , Sciences et Arts a autorisé
M. F. Brun à présenter ce mémoire au concours de la Sorbonne.
2. Voir figure l Te .
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
Fig. S.
Original from
HARVARD UNIVERSITY
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
Digitized by Goo
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
EXCURSIONS ARCHÉOLOGIQUES 261
nombre de quatre, deux de chaque côté, avaient, à peu près
2 ra ,50 de hauteur sur 0 m ,50 de largeur.
La porte principale, de forme ogivale, pouvait avoir
• •
4 m ,50 de hauteur sur 2 m ,50 de largeur.
A 2 m ,20 au-dessus de cette porte se trouve une baie
circulaire d’environ 1 mètre de # diamètre. (Voir le croquis
fîg. 2).
La clé de l’intrados de la voûte de la nef était à environ
9 mètres au-dessus du pavé de l’église.
Les bandeaux, au niveau des naissances, se composent
d’une plate-bande et d’un lourd talon renversé. (Figure 3.)
L’épaisseur des murs est de 0 m ,80 et celle des dosserets de
0 ,n ,40. La largeur de ces derniers est de 0 m ,70.
Cette construction de style barbare, aux moulures lourdes
et massives, où le plein-cintre s’allie avec l’ogive, remonte
au treizième siècle et peut être attribuée aux templiers,
comme le veut la tradition locale *.
Le village de Lucéram est presque entièrement composé
de vieilles maisons du quinzième siècle. En entrant par la
rue principale, on remarque un grand nombre de portes et
de fenêtres de cette époque. Les portes présentent, en géné¬
ral, un caractère architectural particulier qu’il est intéres¬
sant de signaler : le linteau, d’une seule pierre, est posé
horizontalement sur les jambages; sa partie supérieure
forme trois courbes convexes reliées entre elles par deux
courbes concaves. Partant des coussinets, une courbe très
caractéristique du quinzième siècle, l’ogive en accolade, est
simplement figurée en creux sur le linteau ; mais, chose
bizarre, les courbures de cette accolade sont renversées
dans le sens opposé à celui de l’accolade ordinaire et si
ces courbes n’étaient simplement figurées, elles présente-
1. Les ruines de cette chapelle ont été démolies il y a deux ans.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
26 2
EXCURSIONS ARCHÉOLOGIQUES
raient la disposition la plus barbare et la plus illogique au
point de vue de la construction. (Voir figure 4.)
Les coussinets sur lesquels portent les linteaux sont de
formes très variées, mais quelques-uns sont d’un bon style
et se terminent très originalement, par une sorte de demi-
pyramide renversée. (Figure 4.)
La fig. 5 représente le profil d’un coussinet d’un autre type.
Partout, le fleuron qui surmontait la pointe de l’accolade
a été martelé de telle façon qu’on en distingue à peine la
trace. Cette mutilation a eu lieu à l’époque de la révolution
de 1793, des exaltés ayant pris ces emblèmes pour des
fleurs de lis.
Pour arriver à l’église du village, on passe sous une
porte en ogive et l’on suit un véritable dédale de rues
étroites, aux maisons noires, de galeries voûtées, d’escaliers
en ruine, le tout d’un aspect des plus pittoresques.
L’église, consacrée à sainte Marguerite, date du quin¬
zième siècle, ainsi qu’en fait foi une inscription sur marbre
placée à la base de la tour et que Durante déclare indé¬
chiffrable. Elle est, en effet, fort incorrecte mais cepen¬
dant lisible et voici sa traduction : 1
Mille quater centum et octuaginta per annos octoque
et décima octava luceque Junii : ad operis tantis Jacobus
Bonfili et ipse.
Largifluis manibus auctor fuit atque promotor. Johanes
Bonfili presbiter.
4487 et die sexto Junii incepta aucta que fuit hec ecclesia
per me
En l'année 1504 l’église paroissiale de Lucéram fut ache¬
vée et décorée par les soins de Jean Bonfils, recteur de la
paroisse, ainsi que l’indique l’inscription gothique tracée en
1. Les estampages de toutes ces inscriptions ont été relevés par nos soins et avec l’aide
de nos confrères du Club Alpin.
Christofer Margico.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
EXCURSIONS ARCHÉOLOGIQUES 263
noir à l’intrados de la voûte. Elle n'a rien de bien remar-
quable ; la façade a été refaite à neuf et les fresques qui s’y
trouvaient ont été recouvertes de badigeon. Durante prétend
que c’était un ancien temple païen et que ces fresques
représentaient des nymphes et des satyres, ce qui est
absurde. Un vieillard de la localité nous a assuré qu’il avait
vu ces fresques et qu’elles représentaient simplement le
Songe de Joseph.
On remarque dans cette église une peinture sur panneaux,
du quinzième siècle, qu’il serait intéressant de pouvoir pho¬
tographier, mais cette opération exigerait le déplacement
du tableau qui est fort mal éclairé.
Au-dessus de la porte d’entrée de la sacristie se lit
l’inscription suivante en caractères romains :
SOLI DEO
f PRIOR CAVDARASÆ VICARIVS LVCERÀMI
PI VS A LIIS IMPIVS SIBI PIETATIS OPVS INSTITVIT
- >
»
R
ni
A l'angle d’une maison du village, près de la place, à
droite en montant la rue principale, on lit l’inscription
suivante, tracée en grandes lettres gothiques en relief,
entre deux mains coupées :
Exemple a tota gent
Plus val honor q'aaur ni argent.
La légende veut qu’un bandit, à qui appartenait sans
doute cette maison, ait dévasté le pays et pillé l’église. On
lui aurait, pour ces méfaits, coupé les deux mains.
Nous avons encore relevé l’inscription suivante sur la
porte d’une des maisons du village :
1570 CHRISTO ÀPERIATVR
•i> DIAVOLO CLAVDATVR-B.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
264 EXCURSIONS ARCHÉOLOGIQUES
Tous les estampages ont été adressés à M. Edmond
Blanc, pour son travail épigraphique sur la contrée.
On remarque, dans la partie haute de la ville, un reste
d’enceinte avec créneaux et meurtrières. A l’angle supérieur
de cette enceinte se trouve encore, admirablement conser¬
vée, une tour de flanquement ouverte à la gorge. (Fig. 6.)
Pour les personnes qui ne sont pas familières avec
l’archéologie militaire, cette large ouverture béante ne
s’explique pas au premier abord. C’est l’origine du bastion
moderne. L’ennemi, maître de la tour, ne pouvait s’en
servir pour attaquer l’intérieur de la place, à cause de cette
grande ouverture qui le laissait à découvert ; d’autre part,
les gardes étaient constamment et facilement surveillés et
les approvisionnements de munitions devenaient plus faciles
à faire, au moyen d’une simple poulie.
Cette tour, outre la plate-forme supérieure et le terre-
plein du bas avait deux planchers en bois, le tout mis en
communication par des échelles en bois et des trappes.
On remarque encore deux meurtrières au niveau du
second plancher et une au niveau du premier. Le couronne¬
ment de la tour formait encorbellement sur des consoles qui
avaient 0 m ,80 de saillie et étaient reliées entre elles par des
arcs plein-cintre formant mâchicoulis. (Fig. 7.) Le parapet
de la plate-forme supérieure est couronné de créneaux.
L’épaisseur des murs est de l m ,50 ; le vide de la partie
basse de la tour est de 2 m ,60 sur 3 m ,50 et affecte la forme
d’une ellipse.
L’entrée de cette tour est à 3 mètres au-dessus du sol.
Elle devait communiquer avec les courtines par des ponts
en bois dont les scellements se voient encore dans les murs.
Une inscription lapidaire qui se trouve dans l’île de
Lérins assigne une date à la construction d’une tour à
Lucéram. Est-ce bien de celle-ci que l’auteur de ce texte
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
EXCURSIONS ARCHEOLOGIQUES 265
étrange a voulu parler? Nous ne le citons que par pure
curiosité.
CIRCA ANNOS NOSTRAE SALVTIFERAE
REDEMPTIONIS • SEPTVAGINTA QVINQVE
SVPER TRECENTOS • TERTIO IAM COMPLECTO
SOECVLO • ET • QVÀRTO PER TERTIAM PARTEM
IAM ELAPSO. NARTIENTIVS
TVRRIM CONSTRVXIT IN LVCERAMENSIS.
IN ILLO TEMPORE ERAT CIVITAS ET SENATORES
HABEBAT • IN ILLA • TABKRNACULA.
Nous pensons qu’il est inutile de discuter un pareil texte
qui attribue à un PAGVS le titre de CIVITAS et veut que
cette bourgade ait eu des sénateurs.
Au point de vue purement archéologique, il est du reste
facile de se convaincre que, si c’est de cette tour que l’on a
voulu parler, l’auteur de l’inscription l’a vieillie de plus de
mille ans.
Près de cette tour, vers l’ouest, et un peu plus bas, se
trouve une ancienne porte dont l’arc en ogive seul est
conservé ; elle est d’un effet des plus pittoresques, que nous
avons essayé de rendre (fig. 8).
Le village de Lucéram est l’un des points les plus inté¬
ressants de la contrée et nous avons pensé bien faire en
commençant par lui nos études archéologiques sur les
petites localités voisines de Nice.
A tous les points de vue, nos montagnes des Alpes-
Maritimes sont intéressantes à étudier et nous considérons
comme une œuvre patriotique d’en signaler à nos conci¬
toyens et les beautés et les richesses.
Nice, le 1 er mars 1S81
Brun.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
DEUX DOCUMENTS
RELATIFS A L’ABBAYE DE LÉRINS
QUELQUES MOTS D’AVERTISSEMENT
Les deux pièces qu'on va lire et qui auront bientôt
trois siècles d'existence, ont été fidèlement copiées sur
les originaux que possède la bibliothèque Mazarine
(n° 27,305). Restées à peu près inconnues jusqu'à, ce
jour, elles nous ont paru assez intéressantes pour mériter
d'être reproduites telles quelles dans les Annales de notre
Société, à titre de renseignements sur une époque si
différente de la nôtre, surtout en matière de foi l , et en
outre comme matériaux propres à la composition d'une
bonne histoire abrégée de l'antique et célèbre monastère
de Saint-Honorat.
A.-L. Sardou.
1. Piété excessive et sotte crédulité jadis, scepticisme aveugle ou indifférence coupable
aujourd’hui.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
I
LE SAINCT THRÉSOR DE LYRIN
OU ABRÉGÉ DE LA CHRONOLOGIE DE l’aBBAIE ET VÉNÉRABLE MONASTÈRE
DE S. HONORAT
par Messire GASPAR AUGERI
Prieur de Magagnosc, protonotaire du S. Siège. — A Aix, chez Iean Roize
imprimeur de l’Université, à la place des Prescheurs. 1644.
Ce monastère est un azyle et une maison de refuge où
nous recevons l’accomplissement de nos prières ; c’est icy
la porte du Ciel, par où les grâces viennent aux hommes :
c’est en ce désert que l’on faict rencontre de l’Epoux qui
se plaist parmy ces agneaux et ces âmes innocentes : ce
ne seroit rien si je manquois à dire que c’est l’eschelle
de Iacob, par laquelle les Anges vont et viennent du Ciel
pour nous porter des agréables nouvelles de l’autre monde.
Curieux, arrestez vos pas, ne cherchez pas plus loing le
Paradis Terrestre, je vous l’offre dans nostre Royaume;
ceste Isle est encore aujourd’huy ce jardin délicieux, de
mesme que nos premiers parents ne sceurent autres fois
demeurer dans Edain apres le péché, que ce séjour ne
leur fut permis qu’au temps qu’ils furent en l’estât d’in¬
nocence. Ce lieu sanctifie si bien les hommes qui y entrent
qu’ils ne sçauroient continuer en leurs pechez. Mais quel
sujet aurions-nous d’estonnement si c’est icy le Royaume
du Dieu sanctifiant ? si l’Amour y a estably son Empire?
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
268
DEUX DOCUMENTS
et si le S. Esprit y tient son siégé et sa cour? Nous sçavons
qu’il se plaist d’estre sur les eaux, considérons-le doncques
en ce lieu donnant ses ordres comme un Souverain.
Parcourez tous les siècles, et je n’auray pas besoin de
preuves plus authentiques que celles que vous tirerez de
l’antiquité : nous sçavons qu’il a la direction de l’Eglise
de Iesus-Christ, que c’est luy qui est l’intendant de ses
finances : pourquoy ne l’admirerons-nous pas ? exerçant ses
soins à promovoir ses enfans aux Offices qui vaquoient
dans l’Eglise de Dieu, après qu’ils les avoit instruicts
comme ils dévoient s’y gouverner.
Au premier siecle à compter depuis la naissance de
Iesus-Christ *, il sacra Sainct Honoré Evesque d’Arles,
et après luy Sainct Hilaire : Sainct Eucher et Saint Iust
Evesque de Lyon, Sainct Maxime Evesque de Riez, Sainct
Loup Evesque de Troyes, Sainct Veran Evesque de Vance.
Au second siècle le mesme Amour voulant pourvoir son
bercail de pasteurs, choisit Sainct Cesaire pour avoir soin
de l’Eglise d’Arles, Sainct Sifred de Carpentras, Sainct
Apollinaire de Valance, Sainct Salonius de Vienne, Sainct
Salvian de Marseille, Sainct Fauste de Riez. Le S. Esprit
continuant les soins qu’il a de la conduicte de l’Eglise,
subrogea pour faire ses fonctions à Arles, Sainct Virgile ;
à Mets Sainct Arnoul, autres fois Duc de Lorraine, grand-
pere de Charlemagne; en Avignon Sainct Agricol, à
Paris Sainct Germain, environ l’an 600.
Au septième et huictième siècle de l’Eglise, les hommes
commençans de cognoistre la saincteté du lieu, vindrent de
toutes parts pour se soubmettre à l’empire de l’Amour. Nous
sçavons que S. Amand Abbé avoit la direction de 3000
Religieux, que pour un jour 500 furent martyrisez soubs
1. Messire Àugeri fait ici un anachronisme de quatre siècles : il aurait dû dire à compter
de la fondation du monastère, l’an 410.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
RELATIFS A L'ABBAYE DE LÉRIKS 26Ô
l’Abbé S. Porchaire. Bernarius nepveu du Roy Pépin,
quitta le monde pour s’enrollerparmy les sujets de l’Amour:
Elduinus quitta l’Evesché de Lyon pour venir vivre soubs
ses réglés ; Guillaume, Comte d’Antibe, vint se réfugier
en ce monastère, apres luy avoir donné les bourgs de Can¬
nes et d’Arluc 1 l’an 900. Le Dieu des cœurs est si char¬
mant, qu’il estend son empire sans contraincte, et oblige
les hommes à force de leur faire du bien à le recognoistre :
l’Eglise l’appelle le Dieu des presens, des dons et des grâ¬
ces. Au dixiesme siècle les hommes, si semble, vouloient
l’imiter et devenoient liberaux à force d’y estre obligez par
ses divines liberalitez : on vid alors que tous les Princes
et les Seigneurs s’efforçoient de donner ce qu’ils avoient de
plus précieux; ce Dieu des flammes eschauffoit si bien leurs
cœurs, qu’il les faisoit despouiller de toutes leurs richesses.
Sainct-Iulien, la Roquette, Mougins, Valauris, le Revest,
la Napoule, Clausonne, Pegoumas, Roquefort et Valbonne
furent des presens que divers Seigneurs donnoient : il fau-
droit plus de loisir pour pouvoir dire quelque chose de ceste
matière, puisque le Monastère de Lyrin avoit de bien en
18 Diocezes.
Les siècles suyvans ont esté tous semblables aux premiers.
Riez eut encore un Evesque de ceste Isle, Augeri estant
esleu environ l’an 1100. S. Lambert fut sacré l’an 1154.
Glandevez demanda Elzear l’an 1300. Frere Iean Tourne-
fort fut esleu pour estre Evesque de Nice. Les corsaires
voulurent ruiner ce Monastère, mais ils en furent chassez
par les Provençaux qui accoururent de toutes parts au se¬
cours des Reliques. Louis de Hierusalem choisit l’Abbé
Geofroy de Mont-esseu pour assister au Concile de Basle,
d’où il fut député vers le Pape Eugene IV, qui le pourveut
1. Ce bourg était situé dans la plaine de Laval au pied du tertre de Saint-Cassien du
côté de la mer ; il fut détruit en 1360 par les bandes des Tard-Venus.
19
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
270 DEUX DOCUMENTS
de l’Abbaïe de S. Germain des Prez lez Paris. Pie II tira
André de Plaisance Moine de Lyrin pour le faire Evesque
de Sisteron, l’an 1500. Et pour dire quelque chose de la
suite des temps, en ce raesme siecle Leon X unit ceste
Abbaie, qui estoit en commande, au mont Cassin, l’an 1515;
et apres encore desunie en l’an 1590, reunie derechef par
le pape Clement VIII, et enfin remise en Commande, par
les malheurs de nos guerres dernieres l’an 1636.
le n’ay rien dict de l’Evesque S. Anatolus, de S. Vin¬
cent Evesque de Xainte, de S. Magonce Evesque de Vien¬
ne, de S. Nazaire Evesque d’Arles, de S. Thomas Evesque
de Tarantaise en Savoye, de S. Concorde Evesque d’Arles,
d’Aiglerius Cardinal : il faudroit un volume entier si on
vouloit tout dire, encore laisseroit-on de matière pour un
autre.
Les langues du Sainct Esprit, plus éloquentes que la
mienne, preschent assez hautement la vertu de ces bons
Religieux : il se faut taire quand un Dieu parle ; les cieux
et tous les éléments publient la gloire de ceste Isle ; la
mer la baise tous les jours, comme si elle rendoit son
hommage à ce Dieu qui l’emprisonna dans ses limites,
La terre arrosée du sang de tant de Martyrs, riche des
sainctes despouilles de tant de Bien-heureux qu’elle enserre
dans son sein, n’envoyé jamais que des parfums vers le Ciel,
qui embaument l’air qu’on y respire. En attendez-vous
davantage? Voulez-vous, parlant du langage d’Hilaire, de
Cesaire, de Sidonius, d’Honorat de Marseille, d’Ennodius,
que je die que ce Monastère est une terre béniste, une
habitation consacrée, une congrégation fameuse ; c’est ne
pas dire la moitié de ce qu’il faut : disons que c’est le
camp de Dieu, la demeure d’une compagnie de Saincts,
une consolation amoureuse, la maison du Seigneur, c’est
dire quelque chose : mais appelons-la encore avec ces
Original from
HARVARD UNIVERSITY
RELATIFS A L'ABBAYE DE LÉR1NS
an
mesmes Autheurs, la fontaine des grâces ; pourquoy non,
puisque le S. Esprit, qui en est la source faict en ce lieu
sa résidence? Se trompe-t’on de l’appeler une demeure
tres-heureuse, puisqu’e-est (sicj l’habitation d’un Dieu?
Dit-on rien d’extraordinaire disant qu’elle est ceste cité
glorieuse de l’Apocalypse, que cesle Isle est la- mere
nourrice des Saincts, le bercail du Seigneur, la porte du
Ciel? et qu’enfin la terre de laquelle nous parlons est
saincte : pour parler avec le bon Iacob, qu’elle est un feu
bruslant, que le Dieu des divines flammes brusle tout ce
Desert par ces ardeurs. N’est-ce pas ce que le pape
Eugene III vouloit nous dire : Et cum ipsius Insulæ
littoribus applicuissent Sancti Moysis doctus exemplo,
calceamentis è pedibus resolutis per ambitum Insulæ
hujus nudis incedebat vestigiis, (ex lib. Ann. ex scriptis
Insulæ LyrinJ. Ne consideroit-il pas ceste Isle avec des
mesmes yeux que Moyse regardoit autres fois le buisson
ardent, puisqu’abordant Lyrin, et voyant au milieu de la
mer ceste terre embrasée sans se consommer, deschaussa
ses souliers pour marcher à pied nud sur ceste terre saincte?
La renommée de ceste Isle l’avoit obligé d’y passer
lorsqu’il fuyoit de Rome ayant appris que le peuple
Romain machinoit quelques mauvais dessein sur sa per¬
sonne, et se retiroit en France vers Sainct Bernard, duquel
il avoit esté Religieux.
Comme les Apostres, apres qu’ils eurent receu le Sainct
Esprit, parloient de toutes langues, que chaque nation
entendoit ce qu’on disoit : ici on void par un miracle
continuel les peuples s’accorder par ensemble, les François
et les Espagnols estre amis, les Niçars et les Piedmontois
s’entr’aimer estans en ceste Isle. Le Sainct Esprit dispartoit
tant de grâces au jour de ces grandeurs, qu’on y venoit
de tous les costez de l’Europe. Messieurs de la ville de
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
272
DEUX DOCUMENTS
Pertuis et de Rians y vont encore toutes les années en
Procession, bien qu’esloignez de trois ou quatre journées :
Dieu se plaist à estre honoré en ce lieu, et on ne sçauroit
dire toutes les merveilles qui se font à ceste occasion. Il
semble que le Seigneur n’escoute volontiers les pécheurs
qu’en ceste Isle, les malades changeans d’air en ce Monastère
recouvrent la santé : la mer s’est souvent métamorphosée en
crystal pour laisser aller delà l’Isle ceux qui ne trou voient
point de bateau pour les y porter, appaisant ses orages et
suspendant sa cholere, pour donner temps aux pèlerins de
passer mesme à pied sec ses ondes.
— Ici l’auteur saisit l’occasion d’appuyer ce qu’il vient de
dire, en rapportant quelques-uns des nombreux miracles
racontés par Raymond Féraud à la suite de son poème de
la Vida de sant Honorât (Voir Annales de la Société des
Lettres , .etc., t. III); et c’est par le récit de ces divers
prodiges que messire Gaspar Augeri termine sa curieuse
brochure. Deux de ces miracles ont plus particulièrement
fixé notre attention comme tableaux de mœurs d’un passé
lointain : nous les reproduisons ici à ce titre, d’après le texte
provençal de Féraud, que nous avons fidèlement traduit et
du mieux qu’il nous a été possible.
I. — ROGER LE LÉPREUX, SIRE DE GUADALÉ »
#
Je vais vous dire, seigneurs, ce qu’il advint à Guadalé.
Flavis, chapelain de ce lieu, avait auprès de lui trois enfants
qu’il instruisait pour qu’ils devinssent plus tard religieux
du monastère de Lérins, auquel leurs pères les avaient
promis.
1. Le Gdudelet sur le territoire de La Colle, ou La Gaude prés de la rive droite du Var ;
cardans le récit d ? un autre miracle, il est question d’un homme de Guadalé qui, au mojen
de deux mulets, faisait gratuitement passer le gué de ce fleuve aux pèlerins venant de Lérins
bu y allant.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
RELATIFS A L'ABBAYE DE LÉRINS 273
Or Roger, seigneur de Guadalé, qui se trouvait atteint de
la lèpre, ayant aperçu un jour ces trois enfants, beaux,
frais, gaillards, pleins de santé, les fit enlever par ses gens
et conduire dans sa chambre où on les égorgea secrètement,
pour qu’au moyen d’un bain pris dans leur sang, le seigneur
Roger fût guéri de sa lèpre. Mais à peine fut faite l’horrible
entaille à la gorge de chacun des enfants, voici que chaque
tête reprend sa position naturelle : la profonde blessure se
ferme, les pauvres enfants se lèvent et se mettent à pleurer.
Terrifié à cette vue, Roger se sent coupable et se voit
menacé, comme châtiment, de la perte de tous ses biens,
de sa vie même. Il se rend alors à Lérins avec les trois
enfants, se confesse à l’abbé saint Amand 1 ; puis sur le
conseil du digne abbé, il s’enferme dans un coin solitaire de
l’ile, loin de toutes gens.
Lorsque par les austérités auxquelles il s’était longtemps
soumis sire Roger fut devenu homme de sainteté accomplie,
saint Honorât lui apparut et le guérit de sa lèpre : après
quoi saint Amand le revêtit de l’habit religieux;’et pendant
de longues années, lui et les trois enfants servirent Jésus-
Christ. Cependant tout le temps que les enfants vécurent, ils
portèrent au cou les marques de leur affreuse blessure.
II. — LE PRINCE ET LA PRINCESSE DE NARBONNE
A LA TOUR ENCHANTÉE DE LA TURBIX
Aux temps antiques vivait un géant nommé Apollon,
grand savant, philosophe renommé et considéré comme un
dieu par bien des gens, tant il était expert en astrologie et
habile dans l’art de nécromancie.
Après avoir infecté de cette doctrine l’Aragon et toute
1. Abbé vers l’an 700.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
274
DEUX DOCUMENTS
l’Espagne, il parcourut divers pays, exerçant partout ses
artifices diaboliques; puis il s’achemine vers la Lombardie,
s’arrête à la Turbie et y trouve dans une forêt du mont
Agel, un lieu fréquenté par les démons et tout à fait propre
à ses incantations. Il trace des cercles et les signes du
zodiaque suivant la forme de la sphère; enfin il consulte les
sorts et reconnaît que sa fin approche. Ne pouvant échapper
à la mort, il veut du moins laisser après lui une œuvre qui
rappelle éternellement sa science et son habileté ; et il
construit par enchantement une grande tour ornée de
colonnes de marbre et de statues 1 ; après quoi il évoque les
démons et fait consacrer par eux une idole qui, par vertu
magique, rendait raison de tout ce qu’on lui demandait.
L’enchanteur Apollon place cette idole sur la tour, puis il se
tue et se fait enterrer secrètement.
Or, se rendaient de toutes parts avec empressement à la
tour de la Turbie les maris jaloux, y menant leurs femmes
pour éprouver leur fidélité; car l’idole fatale ne manquait
jamais de déclarer hautement ce qu’il en était : aussi mainte
femme se gardait-elle bien de tromper son mari, de peur
d’être menée à cette tour de malheur.
Aymès, prince de Narbonne, résolut d’y conduire sa femme
Tiborc, dont il avait quelque raison de soupçonner la vertu.
Ils s’arrêtèrent tous deux au monastère de Lérins, et la pauvre
Tiborc eut la bonne idée de tout avouer à saint Honorât. Le
saint la rassura et lui dit : « Chère fille, aie douleur et com-
« ponction de ta faute, mais ne crains rien; car du moment
« que tu t’en es confessée, l’idole ne sera pas si osée que de
« parler mal de toi. »
1. A l’époque où cette tour fut construite avec les débris des fameux Trophées (TAuguste,
tout souvenir de l’occupation romaine s’était effacé dans l’esprit des habitants de la contrée;
si bien que pour expliquer la présence en ce lieu.d’aussi prodigieuses constructions, les
imaginations, ici comme partout ailleurs en ces temps de profonde ignorance, se donnèrent
ample carrière dans le champ du merveilleux ; nul autre qu’un géant enchanteur n’avait pu
élever une tour pareille !
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
RELATIFS A L’ABBAYE DE LÉRINS 275
Il coupa à l’instant un morceau de sa cagoule et le mit sur
la tête de la dame, qui le recouvrit de son voile.
Ayant terminé toutes ses dévotions à l’abbaye, Aymès
monta à la Turbie avec sa suite et demanda à l’idole si
Tiborc avait jamais failli à ses devoirs d’épouse. « La
« princesse, répondit l’idole, est dame de grande vertu et
« n’a un seul jour commis pareille faute. »
Plus Aymès interroge l’idole, plus celle-ci persiste dans
son dire. Le prince de Narbonne rend alors tout son amour
à sa femme; et, joyeux l’un et l’autre, ils vont raconter
l’heureux évènement à saint Honorât, qui les engage à ne
plus, dorénavant, consulter le démon.
N. B. — La légende ajoute que peu de temps après,
saint Honorât fit démolir la tour de la Turbie par le père de
Tiborc, sire Vivaut, marquis de Marseille; mais l’histoire
nous apprend qu’au XVI e siècle le duc de Savoie, Emma¬
nuel-Philibert, fit restaurer la tour, depuis longtemps en
ruines, ainsi que les fortifications de la Turbie, et que tous
ces travaux furent détruits en 1706 par le maréchal de
Berwick, en même temps que le château de Nice.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
276
DEUX DOCUMENTS
II
RECUEIL ET INVENTAIRE DES CORPS SAINCTS
ET AUTRES RELIQUES QUI SONT AU PAYS DE PROVENCE
la plus part desquels ont esté visite*
par le Très-Chrestien Roi de France et de Navarre Lovys XIII, dit le Iuste,
au mois de Novembre de l’année 1622
par I. ARNOUX
Advocat. A Aix, par Eatienne David Imprimeur du Roy, du Clergé et de la dicte ville.
MDCXXXVI.
[N.-B. Nous n’empruntons à ce petit ouvrage que la liste
des reliques de l’abbaye de Saint-Honorat, liste publiée
23 ans après celle que le moine Vincent Barralis avait insérée
dans sa Chronologie de Lérins l . Comme ces deux docu¬
ments ne sont pas tout à fait identiques, nous croyons devoir,
au moyen des notes au bas des pages, indiquer les addi¬
tions et les omissions que présente l’inventaire donné par
Barralis, page 184 de la deuxième partie de son livre.]
A L’ISLE DE SAINCT HONORÉ DE LIRINS
Avant que d’escrire les Sainctes Reliques qui sont en
cette Eglise, il faut sçavoir que cette Isle est toute environ¬
née de Mer, et est fort solitaire, et, pour ce elle fut choisie
par S. Honoré Archevesque d’Arles, qui y fonda un Mo-
1. Chronologia Sanctorum et aliorum virorum Illustrium , ac Abbatum Sacrœ Jnsutœ
Lerinensis , etc. Lugduni, MDCXIII.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
RELATIFS A L’ABBAYE DE LÉRINS
277
nastère, et lors de ladite fondation y avoit plusieurs bestes
venimeuses, qui offençoient grandement ledit Sainct, lequel
ayant faict Oraison à Dieu de lui oster ces bestes, il fut
exaucé, et monta sur un Palmier qui y est encores admiré,
et tout aussi-tost qu’il y fut dessus la Mer versa sur ladicte
Isle, et emporta toutes lesdites bestes, et depuis en cette
Isle il n’y a jamais eu serpent ny lézard, ny autres bestes
rampantes et venimeuses . 1
Il faut remarquer qu’on ne sçait creuser en nulle part
des Isles qu’on ne treuve de l’eau salée, et cependant il
y a un puits d’eau douce, qui est chose miraculeuse, encor
que sont sortis de ce monastère plusieurs grands Saincts
personnages, lesquels ont grandement honoré l’Eglise de
Dieu.
En cette Eglise y a du bois de la vraye Croix de nostre
Seigneur,
Une espine de la couronne de Iesus-Christ,
Du sang de Iesus-Christ,
Du suaire que nostre Seigneur fut enveloppé,
De la colonne où il fut fouetté,
De sa robbe blanche, quand Herodes le manda à Pilate,
De sa Tunique,
Du Sépulchre,
Du bois de la table où fut faicte la Cene,
Du berceau.*
1. Tout cela est parfaitement conforme à la légende mise en vers provençaux l’an 1300
par R. Féraud ; mais le texte de ce troubadour nous offre de plus un trait d’érudition tout
à fait caractéristique de l’époque où naquit la légende. Deux des serpents, dit notre poète, de
grosseur énorme et les plus terribles de tous, avaient l’un le nom de Lerys , l’autre celui de
Rins y et c’est pourquoi l’ile fut appelée Ile de Lérins :
Per io fom appellada en l’islla de Lérins ,
Car laj ns si nojrian le Lerys e le Rins
2. Barralis donne en plus :
De terra in qua cecidit sançuis tempore sui passionis
De paUio in quo fuit revolutum evrpus Domini.
De cera quando fuit prasentatus à sancto Simeone
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
278
DEUX DOCUMENTS
Des Reliques de la. Sacrée Vierge
Il y a du laict sacré d’icelle,
Des drapeaux *,
Du couvre-chef,
De la Tunique,
Du suaire,
Du Monument,
De la peigne.*
Des Reliques des Prophètes
Il y a un doigt de S. Iean Baptiste,
De son suaire.
Des Reliques des Apostres.
Il y a des os de Sainct Pierre et Sainct Paul,
De S. André, et de sa main,
De S. Iacques, et de S. Philippe,
De Sainct Barthélémy,
De Sainct Simon et S. Iude . 3
Des Reliques des Innocents.
Il y a un bras d’iceux.
Des Reliques des Saincts Martyrs.
Il y a des os de sainct Estienne Protomartyr,
De sainct Denis Aréopagite,
Une dent de Sainct Laurens,
Des os de Sainct Vincens,
De sainct Xiste Pape 4 ,
1. C’eftrà-dire des langes. De Cunobulis (Vinc. Barralis).
2. De Capitergio (Y. B.)
3. Barralis ajoute : De Lapidibus criptæ in qua capto Domino Aposloli latuerunt .
4. Sancti Sixti Papn ( V. Barralis.)
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
RELATIFS A L’ABBAYE DE LÉRINS
279
De sainct Biaise Evesque,
De sainct Zenon Evesque,
De sainct Marcellin Evesque,
De sainct Claude,
De sainct Théodore,
De sainct Anastase,
De sainct Irenée,
De sainct Iustin,
De sainct Christofle,
De sainct Iustinian,
De sainct Faustin,
De sainct Epimache,
De sainct Benoist,
De sainct Gordian,
De sainct Félix,
De sainct Porcayre Abbé dudit Monastère, Martyrisé
avec cinquante 1 2 de ses Moynes en l’an 730.
Et plusieurs ossements des autres Martyrs qui sont
contenus au Catalogue dudit Monastère.*
1. Cinq cents et non cinquante. L’avocat Arnoux a mal traduit le latin quingenti du récit
de ce fameux massacre ; la liste de Barralis porte : et quingentorum monachorum eorpora
euncta.
2. Barralis donne en plus :
S • Thomas Canturiensis de cilicio , ossibus , sanguine et infula.
Sancti Luperici et Victorici ,
Sancti Agapiti ,
Sancti Nerei , S. Aquilei ,
Sancti Nicomedis,
Sancti Cucuphati ,
Sancti Fastini, S . Fausti ,
Sancti Gricioni , S. Orphisii ,
Sancti Exuperati , S. Fortunati ,
Sancti Pétri martyris de sanguine ,
Sancti Exuperii , S. Candidi ,
Sancti Cricentiniani }
Sancti Gricimaniy
Sancti Viriani, S. Exubérant /,
Sancti Orphisini ,
Sancti Leuticii et Sociorum ,
Sancti Placidi et Sociorum.
Il ne donne pas sain/ Epimache ni sain/ Gorritoti.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
280
DEUX DOCUMENTS
Des Reliques des Sa.in.cts Confesseurs
Y est le corps de Sainct Honoré, fondateur dudit Monas¬
tère, relevé en une très-riche Chasse d’argent ornée de
plusieurs pierres précieuses.
Il y a aussi des os de sainct Grégoire Pape,
De sainct Marc Pape,
De sainct Brice Evesque,
De sainct Eutrope Evesque,
Une dent de sainct Lambert,
Du manteau de S. Augustin,
De l’huile du sepulchre de sainct Nicolas ',
Des os de S. Maxime, Evesque de Riez,
Le corps de S. Vincent, Moyne dudit Monastère,
Le corps de sainct Antoine Syrin Moyne*,
Des os de sainct Antoine Abbé,
De S. Roman Abbé, une coste,
De sainct Lenfrede,
De la Tunique de sainct François d’Assize,
Du Capuce de sainct Bernard Abbé de Clervaux. 8
• \
Des Reliques des Sainctes Vierges
Il y a des os de S u Marie Salomé,
De saincte Marie Magdaleine.
De saincte Agathe,
1. De Oleo Sancti Nicolai Episcopi Miren (Y. B.)
2. S. Antonii Ciri monachi corpus (V. B.)
3. Le paragraphe de la Chronologie de Lérins qui répond à celui-ci en diffère quelque
peu. On y trouve en plus les trois reliques suivantes :
S . Turiani archiepiscopi Dolensis os ulnœ aliatum Parisiis anno Domini 1599 •
Sancti Caprasii Abbatis corpus.
S . Venantii , fratris S. Honorati patris nostri , corpus.
Il j a deux variantes au sujet du pape saint Grégoire et de l’évêque saint Maxime: leurs
reliques ne sont pas des os, mais c’est la tête du premier et deux dents du second.
Enfin les reliques de saint Augustin et de saint Lenfrede ou Leofrede sont ainsi indiquées :
De pallio ubi translatum fuit corpus S. Augustini à Sardinia Papiam.
S, Leofridi Abbatis in Normania os ulnœ , aliatum Parisiis anno Domini 1599.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
RELATIFS A L’ABBAYE DE LÉR1NS
281'
• De saincte Luce,
' De saincte Apollonie,
> Du Cerveau et du Suaire de saincte Eulalie,
Des os des Compagnes de saincte Ursule l ,
De l’huile du Sepulchre de S u Catherine Vierge et
Martyre,
Du baston de saincte Brigide.
En ceste Eglise il y a encor plusieurs autres sainctes
Reliques incogneuës, en laquelle par le moyen de l’aus-
terité du lieu, et respect des susdites S te ' Reliques, afflue
grande quantité de peuple en dévotion, et particulièrement
les Festes de la Pentecoste ; à chaque Festes d’icelles, les
villes de Pertuis et de Rians y vont en Procession, quoy
qu’esbignées de vingt ou tant de lieues.
— On demandera peut-être ce que sont devenus ces vieux
restes (le mot reliques n’a réellement pas d’autre sens) qui
pendant des siècles ont été, de la part de populations entières,
l’objet d’une profonde vénération ; et comment, bien que la
plupart de ces restes, tels par exemple, que le lait de la sainte
Vierge, son peigne, les langes de l’enfant Jésus, fussent
évidemment tout à fait apocryphes, tous, sans distinction,
aient été tenus pour de vraies et saintes reliques par le roi
Louis XIII et par un homme de savoir comme devait l’être
l’avocat Arnoux. C’est que la foi ardente et naïve n’y
regarde pas de s’y près; et il est fort probable que ces
mêmes reliques de Lérins, dispersées depuis longtemps un
peu partout; reçoivent encore de nos jours l’hommage d’un
assez grand nombre de croyants parfaitement convaincus
de leur authenticité. Pauvre raison humaine ! « L’homme est
ondoyant et divers. » a dit Michel Montaigne. Rien n’est
1. La Chronologia de V. Barr&lis dit : Sociarum sanctœ Ursulœ de ossibus , allatis anno
Domini 1504 et pars cranii dilata anno 1586 .
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
282
DEUX DOCUMENTS
plus vrai : en général nous flottons quelque temps entre
deux extrêmes ; puis un beau jour nous nous cramponnons
résolument, vous à l’un d’eux, moi à l’extrême contraire,
sauf à passer plus tard d’un extrême à l’autre ; et cependant
in medio virtus, nous crie un vieux proverbe latin, c’est-à-
dire : au milieu le bon, le vrai, le juste.
A.-L. S.
*
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
BIBLIOGRAPHIE
CARTULAIRE DE L’ABBAYE DE LÉRINS 1
PUBLIÉ SOUS LBS AUSPICES
DU MINISTÈRE DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE
PAR MM.
HENRI MORIS ED. BLANC
Archiviste des Alpes-Maritimes. Bibliothécaire de la ville de Nice.
Depuis l’apparition du VIII e volume de ses Annales, la
Société a fait une publication d’une haute importance,
celle du Ca.rtula.ire de VAbbaye de Lérins.
Depuis longtemps cette publication était souhaitée par
le monde savant. La Société des Lettres est heureuse
d’avoir pu mener à bonne fin cette louable entreprise et
d’avoir fait connaître in extenso un document qui doit
fournir une mine si précieuse à l’érudition.
Dans un inventaire des papiers de l’abbaye, rédigé au
XVII e siècle, le Cartulaire de Lérins est ainsi mentionné :
« Cotte P, fardeau 10 : Livre couvert de bois contenant
cent cinquante deux feuillets de parchemin, où sont trans¬
crits toutes les donations faictes au monastère, achats,
permutations, ventes, albergements, privilèges tant dudit
1. Paris, Champion, 1884, vol. in-4*, 474, LII pp.
Digitized by
Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
BIBLIOGRAPHIE
284
monastère que de ses despendances, commençant : « Carte
cunclarum ecclesiarum Forojuliensis episcopatu. Sancta
Maria Avinionis.» ; et finit par l’extrait de la bulle du
pape Alexandre, par laquelle l’église S. Honoré de Gênes
est donnée aux Pères Mineurs, et, en récompence, l’esglise
et hospital S. Antoine est donné au monastère de Lérins ».
Chaque fois qu’il est question du Cartulaire dans les
quatre volumes dont cet inventaire est composé, la mention
est toujours la suivante : « Livre couvert de bois, contenant
cent cinquante deux feuillets de parchemin, cotté P au
fardeau 10. »
Ce manuscrit compte aujourd’hui 162 feuillets, et une
reliure moderne a remplacé l’ancienne.
L’ajout des 10 derniers feuillets, dont le premier est
resté en blanc au recto, est donc postérieur au XVII e siècle.
La plupart des chartes qu’il contient forment double
emploi avec celles qui se trouvent déjà dans le corps du
volume. Plusieurs copistes semblent avoir pris part à leur
transcription.
Le manuscrit se termine par quatre pages d’index géo¬
graphique du XVII e siècle.
Dans toutes les marges du Cartulaire on lit des anno-
tâtions qui semblent être l’œuvre de l’auteur de l’index,
de Barralis, sans doute, qui les aurait rédigées au moment
où il composait sa Chronologie des Saints de Lérins.
Ces annotations marginales consistent soit dans la répé¬
tition du titre, soit dans l’analyse ou la date des chartes.
Le Cartulaire est un manuscrit de 28 centimètre de lon¬
gueur sur 18 centimètres de largeur, du fol. 1 au fol. 153
v°; à partir du fol. 154 r°, la largeur est de 18 e , 5. Il est
réglé à la pointe sèche. L’interligne mesure environ 9 milli¬
mètres. On compte de 22 à 25 lignes par page, jusqu’au
fol. 144 v°; la suite offre une irréguralité absolue dans le
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
BIBLIOGRAPHIE
285
nombre des lignes et dans l’interligne. La hauteur des
lettres varie entre 2 et 3 millimètres.
Jusqu’au fol. 144 v°, l’écriture est de la fin du XII e siècle.
Quelques blancs, laissés par le premier copiste, ont été
remplis à la fin du XIII e siècle et dans les siècles suivants.
Du fol. 144 v° à la fin du volume, l’écriture change à chaque
page.
Les titres sont écrits en lettres rouges, généralement
en tête des chartes, quelquefois en marge. La première
lettre du premier mot de chaque charte est ombrée de
rouge.
Le chrisma n’est pas d’un emploi très fréquent; on le
trouve au commencement de quatorze chartes.
Le seing affecte parfois la forme d’une grille, surtout aux
fol. 78 r° et 79 r°. Un fac-similé du texte joint au volume
en offre un exemple.
Les éditeurs ont reproduit de point en point le texte
du Cartulaire, se réservant de signaler, dans l'introduction,
les différences notables qui existent entre ce texte et celui
des originaux que possèdent les Archives des Alpes-
Maritimes.
Les chartes sont généralement classées d’après l’ordre
topographique, par évêchés : évêchés de Fréjus, d’Antibes,
de Vence, de Nice ; églises d’Italie ; évêché de Riez ; églises
entre la Durance et le Rhône ; chartes supplémentaires, se
rapportant à toutes les divisions précédentes. Il faut noter
toutefois que cet ordre n’est pas toujours très fidèlement
suivi.
Le texte est accompagné d 'Appendices et d 'Index.
Les Appendices comprennent : i° La liste des archevê¬
ques et évêques de la province ecclésiastique d’Embrun
et des abbés du monastère de Lérins du IX me au XIV me
siècle, c’est-à-dire pendant la période qu’embrassent les
20
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
286- BIBLIOGRAPHIE
• •
chartes du Cartulaire ; — 2° la première ligne de chacune
des chartes.
Les Index sont : 1° L’index chronologique, où les chartes
sont disposées par ordre de date et analysées sommaire¬
ment ; — 2° l’index général des noms de personnes et de
lieux; — 3° l’index des choses; —’4° un dictionnaire géo¬
graphique donnant l’identification de tous les noms de lieux.
Cette publication est ornée d’une vue de l’abbaye de
Lérins au XII me siècle, et d’un fac-similé d’une page du
Cartulaire.
La langue employée dans le Cartulaire de Lérins est un
latin de basse époque, mélangé de roman, qui n’est ni
meilleur ni pire que celui que l’on retrouve dans tous les
documents du moyen âge en Provence. Ce serait peine
perdue que d’y chercher l’application des règles les plus
vulgaires de la syntaxe. Contrairement à ce que l’on cons¬
tate d’ordinaire, ces fautes existent aussi bien dans les
originaux que dans le Cartulaire lui-même. Souvent, sans
raison, on rencontre, au milieu d’une phrase latine, des
membres de phrase en langue romane.
D’autres fois la charte commence en latin et finit en
roman, ou réciproquement.
Les observations précédentes ne s’appliquent pas aux
bulles ni aux privilèges accordés par les papes ou par les
princes régnants.
Les serments de fidélité sont rédigés presque toujours
en roman. L’emploi de la langue vulgaire était là presque
indispensable ; les autres actes, en effet, sont faits au nom
de personnes sinon lettrées, du moins entourées souvent de
secrétaires et de témoins à qui la langue latine était
familière. Les serments au contraire sont prononcés par
des paysans ignorants, quelquefois sans témoins ou en
présence d’autres tenanciers non moins ignorants. Il était
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
BIBLIOGRAPHIE
287
donc naturel qu’ils parlassent leur langue, afin de com¬
prendre et d’être compris.
Les formules employées pour le serment sont peu diffé¬
rentes les unes des autres ; c’est ordinairement par les mots
suivants que le serment commence : Aus tu, (le nom de
l’abbé), abbas que per za ma, mi tens, c’est-à-dire : écoute
toi,... abbé, qui me tiens par la main.
La langue parlée au XI me siècle à Lérins donne lieu à
une remarque très intéressante relative aux transformations
phonétiques ou orthographiques que peut subir une langue
vulgaire.
Nous voyons par exemple, dans la phrase citée ci-dessus,
que l’article la est représenté par le groupe za, que l’on
prononçait ça; nous retrouvons encore aujourd’hui, dans
l’arrondissement de Grasse et surtout à Grasse, les formes
sa man, sou can, sa fremo, sou cavau, pour la man , lou
can, etc. On prétendait que c’était là une corruption récente
qui s’était introduite dans le langage ; mais, avec le Cartu-
laire, on pourra prouver désormais que cette corruption, si
toutefois corruption il y a, date au moins du XI rae siècle,
et qu’il est probable qu’elle est plus ancienne encore. Il en
est de même du mot tens, que l’on prononçait fè-es, en
nasalisant le premier e, pour tenes. C’est là une forme
particulière qui n’a subsisté qu’à Grasse, et nous y trouvons
une nouvelle preuve de la persistance des particularités
phonétiques en dépit des systèmes orthographiques. Depuis
plus de deux siècles, les Grassois écrivent tenes et pronon¬
cent tè-es, comme le faisaient, au XI rae siècle, les paysans
de la région.
Les termes étrangers sont d’une extrême rareté dans le
Cartulaire; signalons cependant le mot arabe Zaf al bafal,
qui désigne une sorte de tissu ( drapus optimus zafalbafal).
Son explication semble se retrouver dans zaf ou saheb,
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
288
BIBLIOGRAPHIE
maître, l’article al, qui correspond à notre article le, et bafal,
tissu, c’est-à-dire le maître des tissus, le drap par excellence.
Signalons encore le terme hébreu ou plutôt syriaque
Mammona, le dorique Zabulina, etc., que nous n’avons
pas besoin d’expliquer, les dictionnaires ayant, depuis long¬
temps, donné leur signification exacte.
Le style des chartes est lourd et incorrect. On peut citer
deux passages en prose rythmée. Les citations des Ecri¬
tures sont très nombreuses.
Les noms de personnes appartiennent à la nomenclature
provençale et diffèrent peu de ceux des Cartulaires de
Saint-Victor et de Grenoble. Les noms de lieux sont em¬
pruntés à la langue romano-provençale.
Nous espérons que les quelques remarques que nous
présentons ici donneront à nos lecteurs le désir d'étudier
plus à fond le Cartulaire de l’Abbaye de Lérins.
Le Comité de publication. '
I
»
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
LISTE
DES MEMBRES DE Hi-A_ SOCIÉTÉ
PRÉSIDENTS D’HONNEUR
M. le Général Commandant la 29 me division d’infanterie.
M. le Préfet des Alpes-Maritimes.
Mgr l’Evêque de Nice.
M. le Maire de Nice.
PRÉSIDENT HONORAIRE
M. A.-L. Sardou, hommes de lettres.
MEMBRES HONORAIRES
S. A. S. Charles III, Prince de Monaco.
M. le Recteur d’Académie d’Aix.
M. Camille Flammarion, #, ❖ , astronome (1 er avril 1873).
M. Gazan, O. #, >5s colonel d’artillerie en retraite (3 juin 1873),
M. Gambart, C., ❖, consul d’Espagne (1 er avril 1876).
M. César Daly, ifc, ❖, architecte, directeur de la Revue d’Architecture
(16 février 1878).
M. Fréd. Mistral, #, littérateur, Capoulié du Félibrige (16 juin 1878).
M. Dele8trac, O., #, ❖, Inspecteur général des Ponts et Chaussées
(16 octobre 1878).
M. Victorien Sardou, O. #, membre de l’Académie Française (16 octo¬
bre 1878).
M. Ch. Robert, #, membre de l'Institut (16 décembre 1878).
M. Gustave Vallier, #, numismate à Grenoble (1 er mars 1879).
M. William Boyne, numismate à Nice (16 mai 1879).
M. R. Bischoffsheim, îfc, à Paris (16 janvier 1880).
M. Cugnin, O, iflf, command* du Génie en retraite, 6. rue Vauquelin, Paris.
M. Wahu, O. docteur en médecine, villa Albert, à Saint-Pons, près Nice.
M. Niepce (Alexandre), docteur en médecine, à Saint-Raphaël (Var),
(16 octobre 1883).
Bureau de la Société pour 1883-1884
Président : M. Usquin, #, ❖, directeur des Postes et des Télégraphes.
Vice-Président : M. Deville, Homme de lettres.
Secrétaire perpétuel : M. François Brun, I. architecte.
Secrétaire : M. Henri Moris, Q, archiviste du département.
Trésorier-Archiviste : M. Nœtinger, ❖, contrôleur des Contributions
directes et du Cadastre.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
LISTE DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ
MEMBRES TITULAIRES
MM.
Alfon8i, professeur d’italien au Lycée
de Nice (3 novembre 1883).
Ammel, rentier, boulevard du Pont-
Neuf, 4, à Nice (1 er juillet 1884).
Andrevs, (J.-B.), propriétaire, villa
Pigautié, à Menton ^16 novembre
1877).
Arène (Edouard), négociant, place de
la Liberté, 11 (4 novembre 1877).
0
Arnulphy ( Bernard ), docteur en
médecine, place du Jardin-Public, 6
(8 janvier 1877).
Bailet (Victor), chef de division à la
Préfecture (16 novembre 1882).
Balestre, docteur en médecine, pro¬
fesseur agrégé à la Faculté de
Montpellier, place Masséna, 3 (16
juin 1876).
Barbe, père, ancien maire de Cannes
(3 novembre 1879).
Baréty, docteur en médecine, place
Saint-Etienne, 18(3 novembre 1875).
Barrois, docteur ès sciences, direc¬
teur du laboratoire d’Histoire Na¬
turelle de Villefranche (15 mars
1882).
Bessat, premier président à la cour
d’appel d’Aix (14 mai 1876).
Blond, agent-voyer à Grasse (1 er sep¬
tembre 1858).
Bonnal, docteur en médecine, rue de
la Buffa, au Hammam (16 janvier
1874).
MM.
Bousquet (le chanoine), >5* vicaire
général de Vintimille, boulevard
Rambaldi, 1, à Nice (1 er février
1884).
Brun (F.), I. architecte à Nice,
membre fondateur, rue Saint-Etien¬
ne, 29 (14 novembre 1861).
Cachiardy de Montfleury, conseiller
général, maire de Breil, rue Gar-
nieri, 7, à Nice (l« r juillet 1884).
Chauvain (Pierre), rue Alberti, 18
(16 juin 1876).
Chevallier, architecte à Nice, 28,
avenue de la Gare (15 mai 1873).
Chiri8 (Edmond), #, manufacturier à
Grasse (1 er décembre 1883).
Chiris (Léon), sénateur, à Grasse
(11 mai 1876).
Collongues, ❖, docteur en médecine,
rue Notre-Dame, 2 (16 décembre
1874).
Conduzorgues-Lairolle (E.), avocat,
rue Longchamp, 7 (2 mars 1877).
Coppet (G.-C. de), chimiste, à sa villa
des Baumettes (19 février 1874).
Corinaldi (E.), propriétaire, place
Grimaldi, 2 (13 novembre 1868).
Corporandy. docteur, 35, rue Giof-
fredo (3 janvier 1883).
Defly (A.), ancien consul, rue Saint-
Etienne, 31 (2 mai 1877).
Desforges, ancien notaire, Cap-de-
Croix (16 avril 1875).
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
LISTE DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ
291
MM.
Dksjardin (P. A.), docteur en méde¬
cine, rue de Belgique, 2 (17 mars
1879).
Deslys (Charles), littérateur, cité du
Parc, 12 (16 janvier 1881).
Desprez, docteur en médecine, avenue
de la Gare. 27 (16 février 1877).
Deville (Louis), rue Garnieri, 8
(2 février 1880).
Dieudé-Defly (C.), architecte du dé¬
partement, rue de France, 11.
Docteur (Louis), publiciste (16 mai
1881).
Domergues, littérateur, rue Delille, 5
(16 avril 1875).
Duchênb, #, inspecteur des forêts en
retraite, à Perreux (Loire) (16
avril 1883).
Dumont (Eugène), #, villa Verdier (3
novembre 1882).
Durandy, #, ingénieur civil, prési¬
dent du conseil général, rue Saint-
Michel, 10 (11 mai 1876).
Elbel, #, compositeur, rue de France,
31 (16 novembre 1882).
Fama, député du Valais, promenade
des Anglais, 71, à Nice (5 janvier
1885).
Faraut (Henri), docteur en médecine,
rue Saint-François-de-Paule, 20 (16
janvier 1874).
Faraut (Frédéric) avocat, 20, rue
Saint-François-de-Paule (15 mars
1882).
Favet, #, I.V. inspecteur d’Académie,
route nouvelle de Villefranche,
maison Béardo (1 er octobre 1880).
Fontanes (de), avocat, rue de France
(11 mai 1876).
MM.
Frémy, #, docteur, 15, rue Guber-
natis (16 janvier 1883).
Funel de Clausonne (A.), avocat, rue
Gioffredo, 48 (5 décembre 1867).
Gardilllon, professeur de rhétorique
au Lycée de Nice (20 février 1885).
Gilly (Jules), villa Giulia, montée de
Villefranche (11 mai 1876).
Gilly (Jules), pharmacien, place de
la Liberté, à Nice (1 er mai 1884).
Gonnet, directeur du Crédit Lyon¬
nais, à Nice (1 er décembre 1884).
Grandvillibrs, docteur en médecine,
avenue de la Gare, 8.
Gruzu, docteur en médecine, villa
Cécilia, route d’Antibes, à Cannes
(16 novembre 1882).
Gueirard, docteur en médecine, à
Monaco (1 er juin 1882).
Guiraud, docteur en médecine, avenue
de la Gare, 39, Nice (1 er décembre
1881).
Halphen (Emile), 11, rueLongchamp,
Nice (21 janvier 1882).
Hanbury (Thomas), palazzo Orengo,
Mortola (Menton) (4 janvier 1882).
Harris, consul d’Angleterre, villa des
Rochers, ancienne route de Ville-
franche (17 mars 1879).
Hearn (Alf.), villa Aurigo, à Menton
(1 er mars 1884).
HoneLtMeiss, rabbin du Temple
Israélite Consistorial, rue Gioffredo,
42, à Nice, (20 février 1885).
Izalguier, (d’), ($, professeur libre et
publiciste, rue Gioffredo, 47 (16
avril 1877).
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
292
LISTE DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ
MM.
Jandin, président du tribunal de
commerce, & Lyon (9 janvier 1878).
Juge, ingénieur des mines, membre
fondateur, rue Saint-Etienne, 24,
(14 novembre 1861).
Lagarrigub (F.-C.), Q, ❖ , consul de
Turquie et de Portugal, rue
Gioffredo, 54 (9 janvier 1866).
Lambert, docteur en médecine, rue
Garnieri, 5 (9 janvier 1878).
Langlois, directeur de la librairie
Galignani, 13-15, quai Masséna, à
Nice (1 er juillet 1884).
Lazard, #, ingénieur civil (16 janvier
1881).
Legalais-Verdier, rue Masséna, 34
(I er octobre 1880).
Légo (Albert), avocat, à Grasse (1 er
juillet 1884).
Lenval, (baron de), promenade des
Anglais, 39 (mars 1879).
Levylibr, rue Grimaldi, 5, à Nice
(20 février 1885).
Lurat (Jean-Prosper-Aristide) entre¬
poseur des tabacs, rue du Paillon, 1
(16 janvier 1881).
Macario, ❖, docteur en médecine,
rue Croix-de-Marbre, 2 (17 novem¬
bre 1873).
Magnier ( Edmond ), directeur de
l'Evénement, boulevard des Italiens,
10, Paris (15 février 1882).
Marcy (Henri), t}, ❖, avocat,.ancien
magistrat, avenue de la Gare, 19,
h Nice (2 avril 1883).
Marguet P., #, conseiller de préfec¬
ture en retraite, rue Pertinax (5
février 1863).
MM.
Martin (Aimé), négociant, conseiller
général, rue Palermo, 1 (16 avril
1879).
Martinet, professeur au Lycée (1 er
février 1883).
Masse, notaire, rue du Pont-Neuf, 7
(12 avril 1876).
Maurin, docteur en médecine,
rue Papacin, 8 (16 octobre 1876).
Médecin (Alexandre), avocat, docteur
en droit, place Saint-François, 2, à
Nice (5 janvier 1885).
Moriez, docteur en médecine, rue
Gioffredo, 54, à Nice (1 er décembre
1884).
Morin, O. #, chef de bataillon en
retraite, rue Gioffredo, 42, à Nice
(1" mai 1883).
Moris (Henri), Q, archiviste du dé¬
partement des Alpes-Maritimes (15
mars 1882).
Nash (James), directeur du collège
Anglo-Américain, route de France.
Nice.
Niepce (père), O. #, docteur en méde¬
cine, quai Masséna, 5 (16 février
1865).
Nœtinger (Fernand), ❖, rue Saint-
François-de-Paule, 7 (16 février
1881).
Pacblli, professeur, avenue de la
Gare, 37.
Peragallo, 1$, directeur des con¬
tributions indirectes, rue Pastorelli,
18 (15 décembre 1877).
Planat, docteur en médecine, direc¬
teur de l’hospice de Saint-Pons (7
avril 1881).
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
LISTE DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ
MM.
PollonnàI8 (Désiré) #, y, conseiller
général, maire de Villefranche (16
mai 1881).
Pontremou (Aaron), négociant, rue
Sainte-Réparate, à Nice (17 dé¬
cembre 1883).
Prbire, avoué, ancien juge de paix,
rue du Pont-Neuf, 1 (3 novembre
1879).
Proll, docteur en médecine, directeur
des eaux de Gastein (Autriche), rue
du Temple, 20 (16 janvier 1874).
Quéry, pharmacien, quai Saint-Jean-
Baptiste (17 décembre 1883).
Quod, #, médecin en chef de l'hôpital
militaire, rue du Collège, 4, & Nice
(15 décembre 1884).
Ramakers (Tristan), chef de ba¬
taillon en ' retraite, rue Gioffredo,
48, k Nice (16 juin 1883).
Récipon, #, député, rue de France, 98,
villa Krohn (16 janvier 1881).
Régnier (Antony), artiste peintre, à
Marseille (1 er mars 1876).
Roissard de Bellbt, place Mas-
séna, 2 (II mai 1876).
A.-L. Sardou, y, *, ancien chef
d’institution, rue Adélaïde, 3 (19
mars 1868).
Salle, architecte, à Nice (1 er décembre
1884).
Sauniers (Paul) $?, littérateur, quai
Masséna (16 janvier 1881).
Schmeltz, docteur en médecine, rue
Gioffredo, 46 (3 janvier 1880).
Schouvaloff (comte P.), villa Monti-
cello (1 er juin 1878).
MM.
Stbinbruck, hôtel d’Angleterre, place
du Jardin-Public (16 juin 1876).
Sturge, docteur en médecine, rue
Longchamp, 9 (21 janvier 1882).
Teysseire, météorologiste, & Nice
(1 er décembre 1883).
Thaon, docteur en médecine (3 no¬
vembre 1875).
Tiengou des Rovaries, rue de la
Paix, 1 (16 février 1878).
Torreii.le (Alphonse), docteur en mé¬
decine, conseiller général à Vence
(1 er juin 1882).
Tribes, avocat, rue Gioffredo, 54, à
Nice (16 février 1884).
Troque, docteur, avenue de la Gare,
21 (16 février 1880).
Usquin, #, ❖, directeur des Postes
et des Télégraphes, villa des Oran¬
gers, rue Meyerbeer prolongée (1 er
mai 1880).
Vialb. banquier et consul des Etats-
Unis, Menton (21 janvier 1882).
Vigan, ifr, ingénieur en chef des
Ponts et Chaussées du département,
place d'Amérique, 31, à Nice (17
décembre 1883).
Vivier, #, artiste, rue Cassini, 18, à
Nice (1 er février 1884).
West, docteur en médecine, profes¬
seur à l’Université de Londres,
promenade des Anglais, 29 (15
mars 1882).
_ #
Wilson (Thomas), consul des Etats-
Unis d’Amérique, promenade des
Anglais, 91, à Nice (l* r mars 1884).
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
294
LISTE DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ
MEMBRES CORRESPONDANTS
MM.
Alaux, professeur de Faculté, a
Alger.
Azaïs (Gabriel), littérateur à Béziers.
Bacquias, docteur en médecine, député
de l’Aube, à Troyes.
Barbier, ancien bibliothécaire du
Louvre, à Paris.
Baldy, ancien proviseur à Beauvais.
Bedollière (de la), capitaine de fré¬
gate (1 er juillet 1884).
Bélin (Gaspard), homme de lettres, à
Lyon.
Bénard, secrétaire en chef de la mai¬
rie, à Boulogne-sur-Mer.
Berluc-Pérussis (de), président de la
Société académique, à Aix, rue
Cardinale, ou au château de Por¬
chères, par Forcalquier.
Berbezio (Victor), auteur dramatique,
à Turin.
Beuf (Charles-Joseph), à Vallauris.
Bon aparté-Wysb (Will. Ch.), litté¬
rateur et propriétaire en Irlande.
Bonfils (Stanislas), conservateur du
musée, à Menton.
Bottin, receveur des postes et télé¬
graphes, à Saint-Vallier-de-Thiey,
(Alpes-Maritimes).
Bourelly (Marius), littérateur, ma¬
jorai du Félibrige, boulevard de la
Liberté, 31, à Marseille.
Bourgujgnat, #, géologue, à Saint-
Germain-en-Laye.
MM.
Brown de Colshoun, #, capitaine de
vaisseau (1 er juillet 1884).
Cais de Pierlas (comte), via délia
Rocca, à Turin (1 er juillet 1884).
•
Cabrol, (docteur), O. ❖, à Paris.
•
Cassagne, (Armand), artiste peintre,
rue du Bac, 12, à Paris.
Cazenave de la Roche, docteur, à
Menton et aux Eaux-Bonnes.
Chevrier (Jules), directeur du Musée
de Châlon-sur-Saône.
Champoiseau, consul général de France
à Turin (1 er juillet 1884).'
Chiris (M.-A.), employé des Postes,
à Grasse.
Croizier (de), consul de Grèce, à
Versailles.
Desjardins (Tony), «£, président de
l’Académie de Lyon.
Didier (l’abbé), directeur du petit
séminaire de Brignoles.
Ducoux, docteur en médecine, à Mar¬
seille.
Duhamel, archiviste du département
de la Corse.
Duchesne de Saint-Léger, à Poitiers.
Durbnnb, #, maître de Forges, rue
de la Verrerie, 20, à Paris.
Dubarle (Achille), homme de lettres,
à Boulogne-sur-Mer.
Faraut (Félix), ingénieur civil, à
Saigon.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
LISTE DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ
295
MM.
Gaugubt (Elie), libraire-éditeur, rue
de Seine, 26, à Paris.
QrkLlety, docteur en médecine, rue
Lafayette, 137, & Paris.
Grimaldi, pro-secrétaire de S. E. le
cardinal Pitra, à Rome (3 novembre
1884). ’
Heillmann, conservateur du musée
de Cannes (3 novembre 1884).
Henry, docteur en médecine, & Fon-
• tainebleau (16 octobre 1884).
Hbuzry (Léon), #, conservateur au
Musée du Louvre.
Jolivot (Ch.), I. y, ❖.secrétaire du
gouverneur général de la princi¬
pauté de Monaco.
Lecocq (Georges), avocat, à Amiens.
Lbscouvé, #, premier président & la
Cour d'appel de Limoges.
Le Roy (Fernand), Q, ❖, sous-préfet
de Meaux (1 er mai 1884).
Lieutaud (V.). Cancelié du Félibrige,
à Volonne (Basses-Alpes).
Livbt (Ch.), Q, ❖ , homme de
lettres, à Vichy.
Lodois Latoste, secrétaire des com¬
mandements de la princesse de
Lusignan, à Paris (1 er décembre
1884).
Lombard (Alexandre),à Genève.
Luigi, pasteur évangélique à l'école
de Sainte-Philomêne, près Nice.
Macé, docteur en médecine, Aix-les-
Bains.
Maqubt (Adrien Ernest), i}, membre
de la Société Académique de Ver¬
sailles, à Marly-le-Roi (Seine-et-
Oise).
MM.
Maupassant (Hervé de), à Cannes
(3 novembre 1884).
Mazard, #, conservateur de la biblio¬
thèque du Musée de Saint-Germain.
Milliers, naturaliste, à Cannes.
Mougins de Roquefort (Eugène), #,
conseiller à la Cour d’Appel d’Aix.
Mougins de Roquefort (Paul), ❖,
docteur en médecine, à Antibes.
Mougins de Roquefort, propriétaire
à Grasse.
Mourlet, docteur en médecine, à
Mustapha inférieur, près d’Alger.
Mure de Pelannb, chancelier du con¬
sulat de France, à Turin (1 er juillet
1884).
Musso, secrétaire de la Mairie de
Roquebillière (1 er juillet 1884).
Ollivier, docteur en médecine, à
Antibes (1 er février 1884).
Parrocel, à Marseille.
Pavy, chanoine-évèque de N. D. de
Lorette, à Tours (16 octobre 1884).
Péridieu, ancien professeur au lycée
de Toulon.
Perrolle (Frédéric), notaire à Grasse.
Petit, président de la Société de
pharmacie, à Paris.
Pibrrugues (l’abbé), vicaire, à Grasse.
Puymaigre (comte de), membre de
l'Académie de Metz.
Raillard, ( l'abbé ), rédacteur du
journal scientifique Les Mondes , à
Paris.
Rivibr, ingénieur-chimiste, à Lau¬
sanne.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
296
LISTE DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ
MM.
Rivièrb, y, correspondant du minis¬
tre de l’instruction publique, rue
du Bac, 93, à Paris.
Rossi (G.), ❖ , inspecteur des fouilles
de la province de Vintiraille.
Roumanille, ❖, littérateur à Avignon.
Rovery, avocat à Saint-Etienne-
aux-Monts.
Santiago Garcia de Mbndoza, >5%
consul de Portugal, à Marseille.
Sénequibr (Paul), juge de paix à
Grasse.
Tarbé (Prosper), correspondant de
l’Institut, à Reims.
Tbrrin (Léon), homme de lettres, à
Grasse.
Vbslt (Léon de), professeur à l’école
des Beaux-Arts de Rouen.
Viems, à Menton.
Vingtrinier, membre de la Société
littéraire de Lyon.
Von Sigmund, docteur en médecine,
à Vienne (Autriche).
Wagner, professeur au Collège Roi-
lin, à Paris (1 er juillet 1884).
Willemin, docteur en médecine.
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
TABLE DES MATIÈRES
FAOKft
Compte rendu de la séance publique du 17 mars 1884.
Rancher, poète niçard. Sa vie, ses œuvres, par A.-L. Sardou. ..
Nice, station d’hiver, par J. C. Harris.
Fouilles à la grotte Lombard, exécutées par C. Bottin.
Compte rendu de M. Usquin sur l’édition des Précieuses
ridicules et des Femmes savantes, offerte à la Société
par M. Livet.
Nice provençale, par A.-L. Sardou.
Études d’Entomologie appliquée à l’Agriculture, par A. Peragallo
I. — Le Chêne.
II. — La Vigne.
III. — L’Oranger et le Citronnier.
IV. — Le Caroubier.
Une ancienne et curieuse cloche à Tourettes-Vence, par le
D r P. Mougins de Roquefort.
Excursions archéologiques : Lucéram, par F. Brun.
Deux documents relatifs à l’abbaye de Lérins, par A.-L. Sardou.
Bibliographie : Le Cartulaire de l'abbaye de Lérir\s .
Liste des Membres de la Société..
60
76
109
111
153
213
246
253
260
266
283
289
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
Nice — Typ. et Lith. Ànglo-Françaije Malvano-Mignon, rue Gioflredo, 62.
Digitized by
Original from
HARVARD UNIVERSITY
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
V
Go gle
%
*
✓
Digitized by Google
Original from
HARVARD UNIVERSITY
é
Original from
HARVARD UNIVE
Digitized by Google
Original fro/n
HARVARD UNIVERSITY
Original from
ARD UNIVER
HARVARD UNIVERSITY